13 tombeaux - Virginie Dubois - E-Book

13 tombeaux E-Book

Virginie Dubois

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Beschreibung

Tout meurt. Les illusions, la jeunesse, l'innocence, la gloire, les sentiments, la raison, la tristesse, les gens. Et à trop s'attacher à ce qui a une fin, on finit par oublier ce qui a un sens. J'ai voulu parler de ce qui se termine pour évoquer ce qui commence, sans cesse, parfois dans la douleur, dans le rire aussi. Mes 13 nouvelles racontent ces mouvements et commencent ainsi : " Mes histoires naissent toujours avec un presque rien. Deux cellules qui s'entrechoquent et se meurent. Avortements à répétition qui explosent dans l'instant de ce qui aurait pu être." À travers des drames, une fusillade, un conte, des histoires d'amour, une enquête, une dystopie ou encore une pièce de théâtre, elles racontent des rires, des larmes et des souvenirs que j'ai récoltés au gré de mes voyages et de mon imagination. Elles parlent de la vie, de la mienne et de celle des autres, de celle que l'on aurait voulu, et de celle que l'on regrette.

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Seitenzahl: 118

Veröffentlichungsjahr: 2015

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13 tombeaux

De passageChacaritaL’ombre d’un réverbèreLe (pas) Fabuleux Destin d’A.P.BalacerassirÉEradiquons les pauvresA L’Italienne3 ansTant qu’il y aura des bancsVaya con Dios13 TombeauxE.Page de copyright

De passage

 Mes histoires naissent toujours avec un presque rien. Deux cellules qui s’entrechoquent et se meurent. Avortements à répétition qui explosent dans l’instant de ce qui aurait pu être.

Mes amours ont été des poussières, volant dans les ruelles avant de venir s’écraser sur ma pupille, me faisant rentrer dans un homme comme on rentre dans un mur. Un choc, un moment, presque rien. Un souffle qui, s’éteignant avant d’avoir produit le moindre bruit, vit, meurt, brûle et se noie. La trace à l’œil persiste un instant, puis ne reste que la mémoire des sensations laissées choir, une brise passagère dans un mois étouffant et le néant. Le vide est ma manière d’aimer, le bonheur aura été mon drame. Je ne sais pas être à deux, je ne sais que passer. L’autre m’angoisse, me désespère, encore plus lorsqu’il reste que quand il part. L’absence paraît encore être le mal qui me convient le mieux, et mes amants de passage les seuls à me déposer un parfum que je veuille continuer à respirer. Une tempête sur les ponts de Paris, la chaleur moite sous la pluie de Buenos Aires, le coton doux des nuages au travers les rues pavées de Barcelone.

Pourtant ils s’effritent, là où les autres s’incrustent, malgré les photos, celles que je jette, celles que je garde. C’est le temps qui compte, peu importe l’ivresse. Il fait son œuvre et imprime mon histoire des mensonges officiels qui triomphent.

Paris

 Je n’ai jamais bien compris la réputation de cette ville. Tout au plus une nostalgie de ce qui n’a jamais existé que dans l’imagination de quelques romantiques incurables. Un espoir de ce qui aurait pu naître, un soi-disant. Labyrinthe de bois qui craque au vent, Paris s’emprisonne dans les plâtres qui la protègent du feu et étouffent celui qui pourrait nous réchauffer.

Mon obsession, mon mirage, tu promènes tes sillons dans les secrets invisibles du Quartier latin, caché derrière ce masque qui s’étend à n’en plus reconnaître tes traits. Plantée là, mes yeux courent après les passants à la recherche du fantôme que tu as peut-être laissé trainer, là. Plantée, je cours, arrêtée soudain par un souffle dans mon dos. Ou bien c’est le fleuve qui me trompe et le reste du monde immobile sur le pont où je passe des heures à guetter ton souvenir. Sur le pont surtout. Le pont où de loin j’ai été éblouie par un éclair qui ne s’est pas éteint bien après même s’être jeté dans les profondeurs de l’eau qui s’agitait alors à mes pieds. Un éclair, puis la nuit. De loin, parmi la foule assourdissante qui hurlait autour de moi, le silence, ton plan emporté par le vent, mon visage plié par ce sourire qui ne m’aime pas. Quelques pas, quelques mots.

Tout ce qui s’en suit n’est que répétition absurde et ridicule de sourires, envie et papillons qui me débordent de la bouche pour se jeter sur toi, histoire commune qui ne l’est pas pour moi et qui fait la magie d’un instant ordinaire pour tant d’autres. Le vent qui nous encerclait, depuis le moindre de tes regards enfantait une tempête, un cri du corps, un désir qui me fascine encore, et le plaisir qui ne s’est pas éteint malgré la froideur de la cage d’escalier. Ce moment d’indécence et de fureur qui m’a fait revivre et espérer, je continue à le chercher sans cesse. Je le retrouve, un peu. Un peu seulement. Alors tu t’étends au-delà de ton absence, tu t’imprègnes bien après l’oubli, espoir de n’avoir fait qu’exister.

Buenos Aires

La moiteur extrême de l’été donne aux corps cette nonchalance suave que je ne connaîtrai peut-être jamais plus. La douceur d’un après-midi à l’ombre, tournant lentement les pages d’un livre que l’on espère interminable, ce sont cent ans de solitude qui passent dans un bruissement de feuilles soufflées par une brise qui n’arrive jamais.

Une question et on ne s’est plus quittés, le temps que vienne le vent d’automne qui m’a emporté. Des semaines ou des mois, je ne me souviens plus. Longues journées pluvieuses, enlacés dans une transpiration qui espérait que la fraîcheur inévitable ne réussirait pas à la sécher, le temps s’est arrêté.

Du tout qui tournait inlassablement tout autour de nous, je ne me souviens que de la douceur, la légèreté des mains et des mots qui m’effleuraient sans cesse afin d’enlacer l’instant. Un instant qui a duré toute une vie. Parfois, immobiles sous les feuilles, nous pouvions presque apercevoir la maison de campagne, les enfants qui jouaient autour des platanes et les ancêtres au barbecue, avec leurs sourires sans dent et leurs regards pleins de compassion. Cent ans d’une vie à deux qui n’ont existé que dans nos imaginations dilatées par la chaleur. Ce mirage formé de la vapeur qui s’échappait de l’asphalte brûlant, je lui ai construit une boîte pour l’emporter vers le froid et la sécheresse. Été embaumé que j’ose à peine ouvrir de peur que ne s’évapore le peu de ces sentiments de douceur qui subsistent malgré le vent d’automne qui a soufflé il y a bien longtemps maintenant.

Barcelone

Qui aurait pensé qu’au travers des ruelles chaotiques, des bruits incessants des bars et des gens, j’aurais trouvé une paix que je pensais plus propice au calme infini des hauteurs des Andes ? Mais c’est au milieu du tumulte que tu devais apparaître, prendre au dépourvu ma raison attachée à ce cœur que je ne pensais plus, pour éveiller une foi en ces jours sans fin, suites de vérités et d’évidences auxquelles je peine aujourd’hui encore à croire. Sous le coup d’une ivresse qui ne passera plus, oubliant le temps et les lieux, nous avons erré sur les toits d’une ville qui porte désormais ton nom. Moi qui me suis vidée pour ce que je croyais absorber, un regard neuf, une étincelle usée quand j’aurais dû prier pour un monde tout entier, je ne peux plus me contenter de ce qui était.

Vaines obsessions de posséder des mondes évanouis en quelques chansons, je me suis laissé bercer des montagnes à la mer, des pavés aux balcons où les battements de ton cœur anéantissaient le regard des passants sur nos corps nus. Bien au-delà de tout ce que j’avais cru, j’ai respiré un univers dans ton cou, senti la paix infinie du paradis entre tes bras. Une vie sans question et sans doute, sans ennui et sans frayeur. Tu m’as fait oublier ce que je n’oublie jamais. Moi qui fus l’amante de tes mains que je vois encore, j’ai aimé ce demain qui ne m’avait jamais aimé.

Et tu es parti, si vite, me laissant à ce temps qui me dévore. Mais ce monde, je veux le garder, contre toutes les sagesses. Il m’accompagnera le temps que j’oublie, le temps qu’il revienne sous d’autres traits, que je le voie dans l’éternité. Trop tard ! Jamais peut-être !

Chacarita

Autour d’elle, il n’y a que des tombes. Peut-être devrait-elle passer ses dimanches ailleurs qu’au cimetière. Elle se demande : « Comment font-ils tous ces gens pour avoir l’air aussi vivants ? » Avec leurs sourires pleins de dents et leurs bruits de joie. Leurs fleurs pétillantes et leurs éclats de bonheur, trimbalant leurs progénitures dans les allées bordées de cadavres. Ce serait presque Carnaval. Elle en oublierait, elle aussi, pour un instant, les corps amoncelés sous ses pieds si ce n’était le masque de tristesse enfilé à la hâte à l’approche des cadavres proprement emballés.

Autour d’elle, elle ne voit que des morts. Dedans comme dehors, le monde est un cimetière qui se ment. Tous ceux qui l’entourent sont des morts qui s’ignorent. Pas tous. Comment font-ils pour avoir l’air si vivants ? Ils ne remarquent pas ces squelettes qui déambulent de tous côtés ? Où est-il caché leur foutu secret ? Elle les envie parfois, les hait la plupart du temps. Elle trouve de la poésie dans l’acceptation de la solitude. Elle se trouve poétique, parfois, pathétique.

Autour d’elle, il n’y a que le silence. Des heures entières à sa fenêtre, elle creuse sa mémoire. Comment tout cela a commencé ? Elle ne sait plus, elle ne l’a jamais bien su.

Elle y avait cru, un court moment, elle aussi. À quoi ? Elle ne sait pas très bien. Et avant cela, toujours pas. À l’adolescence romantique, elle avait préféré la tristesse du réalisme, à l’enfance, l’enfermement. Timide et agressive, elle s’était résignée avec joie à une existence concrète. Elle n’avait jamais bien compris les sentiments de toute manière, les autres, pareils, tous. Où tout cela a commencé ? Rien ne l’annonçait, ni sa famille suffisamment riche pour une enfance insouciante, pas assez pour croire que l’argent peut tout acheter, ni les sentiments. Elle a senti l’amour, l’affection et tout ce qui va avec. Elle a admiré cela comme on regarde un mauvais film : 1 h 30 et plus rien.

D’où tout cela pouvait-il venir ? De la guerre ? Peut-être. Elle est arrivée un jour jusqu’à la maison isolée. On y a perdu un frère. Elle est partie. Dans la bâtisse et les vêtements en deuil, elle était triste. Elle ne savait pas vraiment ce que cela signifiait, elle devait bien l’être.

Et un garçon est arrivé, il cherchait du travail. Avec le fils perdu, il y en avait trop, lui ou un autre… Il était sale, beau, sauvage, tout ce que sa famille qualifiait d’inapproprié et de vulgaire. Elle aussi, un temps. Beau surtout. Elle a grandi, elle ne lui parlait guère. Un jour, il l’a regardée, elle a fui ses yeux, comme elle le faisait toujours, c’était inapproprié, mais ils s’étaient gravés. Où qu’elle détourne l’iris, jusqu’aux paupières serrées, il l’observait. Puis il a pris son visage, a forcé son regard, une éternité. Elle a soudain cru redécouvrir ce cœur qu’elle croyait éteint, absent, une légende. Son sang battait ses tempes et montait à ses joues, lui donnant l’air d’une de ces midinettes ridicules qu’elle avait tant moquées. Elle se détestait pour ça, elle l’aimait pour ça. Il l’avait approchée comme personne ne l’avait fait avant. Sans paroles, sans mensonges, sans promesses. Elle ne se souvient aujourd’hui que de cette humanité toujours si pesante qui s’était d’un coup évanouie, et de son souffle qui peinait à alimenter ce corps enfin vivant et de ces plaisirs obscènes qui l’envahissaient. Quelle erreur banale de confondre corps et Dieu pour de jeunes femmes si mal informées. Quel long aveuglement lui aura valu cette jouissante méprise ? Jusqu’à sa vie ? Si au moins elle pouvait se rappeler pourquoi tout cela avait commencé.

Il n’était pas pour elle. Elle a bien dû choisir. Quoi d’autre qu’un pouvoir divin aurait pu donner vie à ce corps froid ? N’était-ce pas ce que chacun était censé attendre : la passion ? N’était-ce pas ce que ses livres racontaient ? Alors elle s’est enfuie avec lui, laissant le doux tombeau de l’affection obligatoire derrière elle.

Ils se sont mariés. Au souffle coupé ont succédé les disputes, l’ennui, les enfants. Deux, garçon et fille, comme le font les bonnes épouses. Du mariage, rien. Un mariage comme les autres. Elle s’était faite au quotidien et le souvenir de son cœur la gardait dans une vie qui la contentait, suffisante, pour toujours.

Mais l’existence ne se contente pas. Quand tout cela avait-il recommencé ? Il y avait encore bien peu de voitures à cette époque. Il a fallu qu’une lui fauche son fils. Elle a pleuré, il le fallait bien. Son mari était en voyage d’affaires, elle l’a appelé, il n’y était pas. Lorsqu’il est rentré, deux jours plus tard, elle a annoncé la nouvelle. Pleurs, marques de tendresses rassurantes, il a fait tout ce qu’un mari est censé faire. Et il y a eu l’enterrement. Pourquoi diable a-t-il fallu qu’elle cherche à savoir où il était ce jour-là ? D’où lui venait cette malsaine obsession de la vérité ? Il a répondu que ça n’avait aucune importance, le passé, elle l’a suivi. Un hôtel. Une femme.

– Combien ?

– Ce n’est pas important.

– C’est fini.

Un autre voyage, une autre femme.

– Combien ?

– Beaucoup.

– Pourquoi ?

Elle l’a détesté pour ça. Pas l’infidélité, elle s’en fichait bien. Elle ne pouvait plus croire. Pas de destin, pas de Dieu. Il ne restait que l’amour, il ne restait qu’un sentiment auquel elle ne comprenait rien. Il y aurait toujours les disputes, l’ennui, l’enfant, mais plus de souvenirs. Elle savait, il ne mentait plus. À quoi bon ? Il partait de plus en plus longtemps. Un jour, il n’est simplement plus revenu. Peu importe. L’existence concrète était revenue. Plus de cœur, plus de sang, juste une enfant qu’elle était incapable d’aimer. Elle se détestait pour ça. Dans chaque geste, dans chaque parole, elle voyait ressortir les gênes de celui qui lui avait tout donné, tout repris. L’air que sa fille respirait, ses sourires, sa recherche d’affection l’assaillaient des remords de tout ce qu’elle aurait dû être. Elle ne l’avait jamais été. La petite a grandi sans sentiment, elle est partie sans un mot. Peu importe. Au moins, elle saura pourquoi.

Et rien, la solitude, le cimetière, le petit appartement qui pue le renfermé, la mort. L’ombre a envahi même l’air qu’elle respire. À travers les fenêtres, pas une once de lumière ne passe, apeurée, peut-être, d’être emprisonnée, étouffée, comme le reste, jusqu’à s’éteindre lentement. Elle chasse en vain quelques rayons d’oxygène, tendant son nez vers un extérieur qui la fuit comme la peste. En vain, à croire que le vide est contagieux. Tout le quartier plaint cet animal empaillé à sa fenêtre qui passe ses dimanches au cimetière sans personne à pleurer. C’est elle-même qu’elle pleure. Sa vérité effraie. Parfois, je l’envie. Son acceptation de la déchéance a quelque chose de poétique.

Et je la vois au loin sourire dans le cimetière. Elle regarde les passants alimenter leurs placebos. Devant la pierre, il faudra faire court. C’est que ça se fendille vite les illusions, surtout celles auxquelles on veut croire. Il faut bien que chacun joue le jeu. Un regard à une belle femme, un sourire à la vue d’un oisillon, et le rideau tombe. Et ils partiront vite, retenant leur souffle jusqu’à la porte. Et respirer, enfin. Remplir leurs poumons pour rejeter dans leur souffle toutes ces idées sombres dont ils avaient dû s’empiffrer. Urgence : en aspirer de nouvelles. Des images de joie prises à un passant, un cri d’allégresse d’une fillette, le frétillement d’un chien. Peu importe, chacun doit se nourrir, question de survie. L’obligation du bonheur a engendré la nécessité du conformisme émotionnel. Ils ont tout essayé pour le créer de toute pièce, elle aussi. Peine perdue ; rien ne naît du vide. Alors ils aspirent, ils aspirent tout ce qu’ils peuvent et ne rejettent que des cendres.

Autour d’elle, il n’y a que de la poussière, et elle sourit à l’idée qu’un jour le monde s’étouffera avec.

Autour de nous, il n’y a que le vide.

L’ombre d’un réverbère