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Un homme passe ses journées dans la même gare à attendre un train dont il ne sait rien : ni l'heure d'arrivée ni l’heure de départ, ni l’origine ni la destination.
Mais vous avez de la chance, aujourd’hui ce type a le causant. Il a envie de tout déballer, humour à la clé. Et vous pouvez me croire, il a de quoi raconter !
Alors, ça vous dirait de vous poser et d’écouter ça ? Vous êtes tentés ? D’accord. Et puis, peut-être qu'aujourd’hui il se souviendra de tout !
22H22, c'est s'asseoir à côté de cet homme, attendre avec lui, vivre son histoire insolite et captivante.
EXTRAIT
Me voilà de nouveau assis sur ce banc de gare. Tout comme mon esprit, le soleil pointe paresseusement ses premiers rayons déjà embrumés par le temps froid et humide de ce début d'hiver. Aucun train n'est encore arrivé et déjà les premiers voyageurs avancent machinalement vers leur quai de départ. Je n'ai aucune idée de l'heure à laquelle il arrive. Il ne me reste plus qu'à attendre. Il ne me reste plus qu'à passer le temps. C'est peut-être là qu'est toute la question : comment passer son temps ? Vous qui me lisez, n'est-ce pas ce que vous cherchez à faire ? Vous occupez en attendant la suite de votre vie ? Ne soyons pas prétentieux au point de prétendre à un quelconque besoin d'enseignement ou de culture. On dit que le temps c'est ce qui nous manque à tous.
CE QU’EN PENSE LA CRITIQUE
- « Il y a très peu d’action dans ce récit. Il n’en est pourtant pas moins palpitant qu’un roman empli de péripéties. C’est un plaisir de lire les confidences de cet homme, surtout quand on est une lectrice (l’impression d’être une petite souris qui se faufile dans les pensées masculines n’y est sûrement pas pour rien). Très touchant par son authenticité, il n’a pas peur de nous raconter ses erreurs et ses excès. Ses déboires sentimentaux ponctués de traits d’humour, tantôt prosaïques, tantôt subtils, le rendent vraiment attachants. (…) On veut connaître la fin de l’histoire et on n’est pas déçu. Un adjectif qui la qualifie ? Surprenante. »
(Séverive Radoux, Revue des Lettres belges francophones)
- « Denis Daniels signe un premier roman plein de fraîcheur. La réflexion qu’il suggère au lecteur ne manque pas d’intérêt. Il lui propose de méditer sur la destinée et la possibilité de l’infléchir en faisant des choix qu’il convient d’assumer. »
(Voir, journal)
A PROPOS DE L’AUTEUR
Passionné de lectures éclectiques, allant de Sartre à Bukowski en passant par Tolkien ou Barjavel, Denis Daniels commence très jeune à écrire pour « s’amuser ». Avec le temps viennent un blog, des chroniques, et
22H22, un premier roman insolite et prenant.
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Seitenzahl: 122
Veröffentlichungsjahr: 2015
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“ J’aurais passé ma vie le long des quais À faillir m’embarquer Dans de bien funestes histoires Tout cela pour l’amour De mon cœur de la gloire d’amour. ”
Jules LAFORGUE
Me voilà de nouveau assis sur ce banc de gare. Tout comme mon esprit, le soleil pointe paresseusement ses premiers rayons déjà embrumés par le temps froid et humide de ce début d’hiver. Aucun train n’est encore arrivé et déjà les premiers voyageurs avancent machinalement vers leur quai de départ.
Je n’ai aucune idée de l’heure à laquelle il arrive. Il ne me reste plus qu’à attendre. Il ne me reste plus qu’à passer le temps. C’est peut-être là qu’est toute la question : comment passer son temps ? Vous qui me lisez, n’est-ce pas ce que vous cherchez à faire ? Vous occuper en attendant la suite de votre vie ? Ne soyons pas prétentieux au point de prétendre à un quelconque besoin d’enseignement ou de culture. On dit que le temps c’est ce qui nous manque à tous. Mais avez-vous déjà envisagé votre vie d’une autre façon ? Avez-vous déjà envisagé d’avoir trop de temps ? Non ? Et bien voyons… Mais vous êtes en train de lire ! Vous n’êtes pas en train de chasser ou de récolter des légumes pour vous nourrir quand même. N’ayez pas le culot de me dire que lire vous est vital.
Moi, en tout cas, c’est ce que je m’apprête à faire, gaspiller mon surplus de temps. Attendre. M’occuper. Moi et mes pensées. Seul assis sur mon banc, tel un Forrest Gump du vingt-et unième siècle, mais avec une bonne tête et de mauvaises jambes. Mais moi, pas de boîte de chocolats pour me tenir compagnie. Juste un paquet de blondes, un flasque vide et mes tristes pensées. D’ailleurs, quelle drôle de métaphore que de comparer la vie à une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Faut arrêter les pralines surprises mon vieux ! J’aurais plutôt dit : la vie c’est comme une boite de chocolats, si tu veux profiter de tous les plaisirs qui te sont offerts, gare à la crise de foie mon gars. Et je peux vous dire que je sais de quoi je parle en matière d’excès et des désagréables conséquences corporelles qui en découlent. Avez-vous déjà eu envie de vous auto-décapiter le lendemain d’une aventure éthylique, juste pour faire cesser la pression qui tente d’expulser votre cerveau par vos orbites ? Un paquet. Avez-vous déjà au réveil, vaseux et nauséeux, essayé de vous rappeler où vous êtes et que font ces traces de morsures sur vos fesses ? Une longue histoire, mais oui. Tout ça pour vous dire que j’ai eu plus que ma part de délires nocturnes sous hautes influences. Et quand je parle d’influences, je prends ce mot dans son sens extra-large. Rencontrer au fil de la nuit de vagues connaissances dépravées en quête de débauches et orgies… Je vous suis. Acheter une substance plus ou moins chimique à un type plus ou moins glauque dans un endroit des plus sinistres… Ok, je prends. Fais chier, il pleut encore aujourd’hui… Pas de chance, je vais encore devoir passer la nuit à picoler pour oublier ces circonstances climatiques défavorables… Je pense que vous devez commencer à comprendre le principe. L’important c’est l’ivresse comme disait l’autre. Et c’était mon credo pendant un long, très long moment… Mais je n’ai pas toujours été comme ça. Je ne me justifierai pas par de quelconques circonstances de ma vie qui ont fait que. D’ailleurs j’ai toujours dit : se justifier, c’est commencer à avouer. Si j’ai eu cette phase un tant soit peu excessive, c’est avant tout par choix. Mais c’est une longue histoire.
La voix monotone et dénuée d’imagination des haut-parleurs annonce la première arrivée de la journée. À ce signal, quelques somnambules éveillés entament une lente progression difficile vers le quai annoncé. Le vent glacial balaye le béton morne et mal éclairé sous leurs pieds. Malgré les températures hivernales déjà bien marquées, les passagers concernés par cette imminente arrivée, bientôt suivie par un imminent départ, se refusent toute proximité, gardant chacun une distance respectable convenue très méticuleusement sur base de nos normes sociales. Normes sociales qui les privent en cet instant du peu de chaleur disponible en ces lieux : la chaleur humaine. Mais l’homme est malin et a plus d’un tour dans sa manche. En voilà un qui tente de déjouer la morsure du froid par un mouvement de balancier hautement élaboré : tout mon poids sur mon pied gauche… Et maintenant tout mon poids sur mon pied droit… Et on recommence. Bien qu’aussi esthétique qu’un ours dansant la valse, cette technique doit, à mon humble avis, encore faire ses preuves. Sans vouloir critiquer bien entendu. Un autre, un peu plus âgé, tente une approche différente. Fort de son expérience et de la sagesse qui est censée en découler, il essaie de hisser ses épaules à hauteurs de ses oreilles. Tu y es presque… Encore un petit effort… Il persévère pépère. Je ne pense pas que celle-là soit la bonne méthode non plus.
Bon d’accord j’avoue, je me fous bien de leurs gueules, emmitouflé sur mon banc. Mais tâchez de comprendre ma situation. Je passe la majeure partie de mes journées dans cette gare à attendre un train qui peut-être ne viendra pas et dont je n’ai aucune idée de l’heure d’arrivée. Alors, pour vous, le gars qui trépigne pour se réchauffer c’est peut-être banal. Pour moi c’est de l’animation. Un jour j’ai même eu la chance de voir une fille magnifique craquer l’arrière de sa jupe en s’abaissant. Ça peut vous paraître tout con, à vous, mais moi, un défilé de fête nationale composé de martiens chevauchant des bébés phoques ne m’aurait pas autant satisfait. C’est vous dire…
Mais à force on s’habitue. On s’habitue à tout, même à l’ennui. Même à la sobriété. Et à la longue, cette gare est un peu devenue comme un deuxième chez moi. Je suis passé du statut de passager à spectateur. Peut-être qu’un jour, même involontairement, je deviendrai acteur de ce petit monde confiné, mais pour le moment j’observe. J’ai appris à connaître ce petit royaume presque autonome, sa monarchie et ses vassaux. Par le biais de bouts de conversations volés, j’ai appris à connaître les différents caractères et les microcosmes de cet endroit banal pour les non-initiés : Olga, la tenancière de la sandwicherie et Boris, son mari qui tient le stand à journaux un peu plus loin, Susy qui s’occupe du bistrot-petite restauration-tabac et Lucie sa serveuse, Irma alias Madame pipi, Jo le punk qui fait la manche à l’entrée et Zombi son chien au pelage aussi coloré que son maître, Aimée et son lourd chariot rempli de produits d’entretien qui essaie de rendre cet endroit moins crasseux, le gros Tony qui travaille au guichet et sa splendide moustache et, enfin, la femme de la voix du haut-parleur. Je ne l’ai jamais vue. Mais je ne désespère pas de mettre un visage sur ce ton monocorde et mécanique. Et ça, c’est uniquement les personnes qui travaillent ici. À eux s’ajoutent les voyageurs, réguliers ou non, les passants, les clients, les patrouilles de police, les dealers et j’en passe. Et finalement la gare, vestige majestueux d’une époque révolue qui ne veut pas disparaître, empire morne de pierre et de métal, mais grouillant pourtant de vie. La gare qui sert de scène à des dizaines de pièces de théâtre quotidiennes jouées par des acteurs inconscients. Je suis en elle, tous les jours, elle qui est devenue ma télévision, mon internet, ma toile, mon téléphone portable, mon hobby, mon passe-temps, mon amie et maîtresse. Un lien spécial s’est tissé entre nous et je bois avec délectation les images qu’elle daigne m’offrir. Elle m’a montré Boris se rendant aux toilettes plus que de coutume et Olga, jalouse intuitive, le surprenant avec Irma lors de leurs ébats interdits dans les lieux de soulagement. Par ses regards vengeurs et pénétrants, comment Olga n’a jamais pardonné à Irma, pourtant une simple connaissance, alors qu’elle pardonna à son traître de mari. Comment Boris a réussi à reconquérir son épouse par des semaines d’attentions soutenues et de gestes tendres. Comment, un jour, il a même fermé boutique en dansant sur place, rythmé par un besoin urgent qu’il n’a jamais osé aller soulager sur le lieu du crime adultère.
Grâce à elle, j’ai remarqué plusieurs jours durant les yeux rougis et bouffis de la serveuse Lucie, signe d’une rupture récente. Comment après quelque temps son attitude a commencé à changer avec sa clientèle masculine séduisante. J’ai observé la naissance de son nouveau rire, faisant écho aux plaisanteries et compliments intéressés de ses candidats-admirateurs, leur répondant implicitement “ Je suis libre, mais je n’attends rien de toi. Continue de me séduire, ça me fait tellement de bien au moral. Je t’en supplie, continue ! ”. J’ai pu lire l’inquiétude marquée de Jo, punk nihiliste adepte de la main tendue et des canettes de bière bon marché, lors de la disparition de Zombi pendant plusieurs jours. J’ai pu voir ses larmes couler lors du retour de son poilu de fugueur.
Mais assez parlé d’eux, assez parlé de ma petite famille par intérim. Revenons-en à des sujets hautement plus laborieux et intéressants. Revenons-en à des sujets qui puissent vous susciter inspirations, passions et dévotions. Parlons plutôt de moi.
Un homme arrive sur le quai en courant. Haletant de sueur il marque l’arrêt, surpris de se retrouver entre deux trains pointant leur nez dans deux directions différentes. L’homme semble se reprendre d’une très longue seconde d’hésitation et tente un analytique coup d’œil vers les panneaux lumineux. Étonnement, ils sont en panne… Qui a dit sarcasme ? Il replonge dans son hébétude une deuxième interminable seconde. Il se décide enfin et monte dans un train, apparemment au hasard, dans un wagon quelconque. Il embarque parmi la cohue de passagers. Je l’observe par la vitre de son compartiment, plié en deux, en train de parler à l’oreille d’une vieille dame assise. La dame lui répond et les traits de notre homme se tirent comme s’il avait été attrapé à l’arrière de la tête par une pince de grue hydraulique. Il se dirige vers la sortie avec un empressement évident, bousculant au passage l’énorme masse sombre d’un individu dont le visage m’est masqué par l’étroitesse du panorama. Le train démarre. Troisième temps d’arrêt, troisième interminable seconde, ponctuée cette fois par notre gaillard interloqué et tournant lentement la tête en direction de l’énorme masse sombre venant de se mettre en mouvement dans sa direction, d’un pas sûr, décidé et vengeur. Le train est parti.
C’est étonnant comme certains événements de votre vie peuvent rester gravés dans votre mémoire, de manière presque cinématographique. D’après moi, ce sont en général les moments-clés. Le genre de moment où, si tu te comportes comme un con, tu seras damné à une vie d’errance et de tourments, lapidé du regard à chaque miroir rencontré. Par contre, si t’assures, à toi Byzance all-inclusive jusqu’à la fin de tes jours. Un de ces souvenirs pour moi est ma rencontre avec Lola. Je me souviens encore très bien de l’ambiance chaude et calfeutrée du bar lounge dans lequel je me trouvais. Le “ Drum-n-Bar ”. C’était la grande tendance des lounge bars, le style chic et un peu prétentieux, l’atmosphère de confidences et de secrets et les musiques intimes et sensuelles. Leur essor vient peut-être du fait que les gens se sont rendu compte que ce n’était pas si mal de discuter avec quelqu’un sans devoir lui hurler dans l’oreille. C’est aussi beaucoup plus hygiénique.
Tout comme mon état, la soirée était déjà bien avancée. Accoudé au bar les yeux perdus dans l’horloge, je pensais déjà à ce que j’allais commander pour la suite des festivités. Il était 22 heures 22. Tout à coup, je fus sorti de mes rêveries par la plus belle des bousculades qu’il m’ait été donné de subir. Je tournai lentement la tête pour voir un postérieur que jamais je n’oublierai. Elle était à côté de moi, pliée en deux en train d’effectuer des fouilles archéologiques dans son sac à main comme seules les femmes en ont le secret. Ses magnifiques fesses parées d’un simple jeans semblaient sublimées, je ne sais par quel miracle, par ce pourtant commun morceau de toile. Je fus tout de suite épris du peu que je pouvais voir d’elle. Outre son popotin michel-angélique, l’érotique naissance de ses hanches dépassant légèrement d’une veste de cuir, elle-même posée sur un dos fin et élancé conduisant à une longue chevelure couleur bière blonde, me subjuguait. Par fierté, je ne pouvais rester sans réagir. Et par lubricité devant cette prometteuse beauté, je me devais d’entamer la conversation de façon charmante, prémices d’une séduction que j’étais maintenant bien décidé à tenter. Mais c’est l’alcool qui prit le dessus et les mots qui sortirent de ma bouche furent :
- Pantalon tendu… tape sur le cul !
Non, je ne suis pas très fier de ce premier contact, mais bon, ce qui est fait est fait. Par chance, j’y avais été mollo ce jour-là point de vue breuvages alcoolisés et j’étais encore assez maître de moi pour ne pas joindre le geste à la parole. Si ça avait été le cas, avec le recul, je suis certain maintenant que cette conversation aurait été très courte et ponctuée violemment par une des mains, voir un des genoux, de ma dame aux fesses de cœur. Mais ce ne le fut pas. Elle se releva directement suite à mes paroles des plus… disons philosophiques et me dit avec une froideur sibérienne :
- N’y pense même pas !
Heureusement elle se radoucit vite, me voyant accoudé au bar, la tête à peine penchée dans sa direction et à vingt-mille lieues de mettre à exécution ce dicton paillard tout droit sorti de mon esprit embrumé.
- Tu ne crains rien avec moi, je suis plus caresses que claques.
- Je ne tolérerai ni l’un ni l’autre, ajouta-t-elle sans agressivité, mais avec assez de fermeté pour ne pas laisser de place à l’équivoque.
