40 ans, le chapitre du changement - Rémi Grant - E-Book

40 ans, le chapitre du changement E-Book

Rémi Grant

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Beschreibung

Catherine, quadragénaire dynamique mariée depuis plus de vingt ans, découvre que son mari la trompe. Plongez dans l'aventure intense en émotions d'une femme qui, confrontée à ses propres angoisses, apprend à nouveau à vivre, à séduire et à aimer. Court et intense, ce roman vous accompagnera aisément pendant les vacances.

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Seitenzahl: 115

Veröffentlichungsjahr: 2022

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à mon fils...

Sommaire

Chapitre 1: Pas si mal finalement

Chapitre 2: Le jour où tout bascula

Chapitre 3: Volte-face

Chapitre 4: La vie d’après

Chapitre 5: Un nouveau départ

Chapitre 6: Une personne authentique

Chapitre 7: Le retour du loup

Chapitre 8: Suis-je le problème ?

Chapitre 9: Une pause italienne

Chapitre 10: Le déclic

Chapitre 1

Pas si mal finalement

Une odeur agréable lui envahit les narines. Cette odeur qu’elle affectionnait tant, une de ces odeurs que l’on aime par habitude, qui nous fait nous sentir bien. C’était un dimanche matin, son mari, Jean-Marc, préparait du café. Catherine regarda le réveil. Huit heures trente-sept. Elle se réveillait mais se sentait fatiguée, à peine remise de sa semaine de travail. Catherine était responsable d’un centre de formation. Elle aimait son métier, elle avait mis des années à créer un lien de confiance entre elle, ses formateurs et ses élèves. Aujourd’hui, elle pouvait être fière de son accomplissement car le centre grandissait d’année en année et ses résultats s’amélioraient. Cette femme discrète avait su mener sa barque.

Ce matin-là pourtant, elle sentait une gêne, une gêne entre elle et Jean-Marc. Cela faisait plusieurs jours qu’ils n’avaient pas fait l’amour. Cela ne leur ressemblait pas. S’il restait bien quelque chose de leur couple, c’était certainement le sexe. Et si certains couples n’ont pas ou peu de relations après tant d’années, ce n’était pas son cas. Elle aimait Jean-Marc, elle le désirait toujours autant. Lui aussi. Jean-Marc, l’homme qu’elle avait rencontré vingt ans plus tôt, elle en ce temps-là étudiante, lui chef d’entreprise.

Elle avait craqué pour son charme, son air ténébreux. Quand il l’avait abordée à la bibliothèque municipale, timide, son visage était devenu complètement rouge. Ce trentenaire ni beau ni moche, était pourtant charismatique.

À l’époque, elle aimait les hommes plus vieux, plus rassurants. Elle ne s’intéressait pas aux hommes de son âge, qu’elle considérait trop immatures.

C’est d’ailleurs parce qu’il a fait le premier pas pour l’aborder, qu’elle s’est sentie en confiance rapidement avec lui.

— Bonjour, que lisez-vous ?

— Millenium1, le premier opus… vous connaissez ?

Elle se surprit elle-même d’avoir eu l’audace et le naturel de lui poser une question en retour alors qu’elle ne connaissait rien de lui. Millenium 1 est un roman policier de Steig Larsson, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes. Ne supportant pas l’injustice elle-même, elle se rêvait en Lisbeth Salander, avoir le courage de se venger de personnes lui ayant fait du mal, être capable de punir cruellement, physiquement ou psychologiquement, les « criminels » de sa vie.

— Bien sûr ! J’adore ces livres, répondit-il, pour moi, c’est Mikaël Blomkvist qui m’inspire, j’aime son éthique, sa persévérance et son sens du devoir !

Blomkvist était l’un des personnages principaux de la saga, elle n’avait su quoi dire. Des milliers de choses lui avaient traversé l’esprit à ce moment précis mais seul un petit ricanement de lycéenne gênée avait réussi à sortir de sa bouche. Mikaël Blomkvist était justement un de ses fantasmes masculins, elle aurait rêvé de rencontrer quelqu’un comme lui et pour les mêmes raisons que lui décrivait ce parfait inconnu…

Elle avait lu et relu ce livre. Elle lisait tout type de livre, mais ces polars la distrayaient et Lisbeth, ce personnage doté d’une intelligence hors du commun et d’un tel sang-froid, la fascinait.

Mais Catherine n’avait aucune once de violence en elle. Depuis sa plus tendre enfance, elle avait été protégée et choyée par ses parents. Son père, cadre dans un grand groupe français les avait fait voyager, elle, sa mère et sa sœur. L’Iran, le Canada, la Martinique, des destinations qui l’avaient fait grandir, des destinations qui lui avaient forgé un caractère, lui avaient appris à prendre du recul et à relativiser sa vie. Des destinations qui l’avaient rapprochée de sa sœur et de sa mère, même si elle restait une fille à papa. Son papa qu’elle avait aimé tendrement et qui était parti trop tôt, peu avant le déclencheur qui changerait à jamais sa vie.

— Voudriez-vous continuer notre conversation autour d’un café ? Ajouta-t-il.

— Avec plaisir, mais je ne pourrai pas rentrer trop tard.

— C’est entendu ! Je tâcherai de vous laisser partir avant les douze coups de minuit, Cendrillon !

C’était le début de leur histoire d’amour.

Leur relation qui semblait être une évidence avait pourtant mal commencé ; Jean-Marc était marié. « Il n’aimait plus sa femme depuis longtemps » mais il était marié. Pendant des mois ils s’étaient vus en cachette. Jamais elle n’aurait pensé un jour se retrouver dans cette situation, elle qui habituellement avait une morale exemplaire ! Mais elle l’aimait… Elle était persuadée qu’il l’aimait aussi, alors elle voulait persévérer. Elle était prête à lui donner cette chance. Elle était patiente, très patiente. Après quelques mois d’amour interdit, il finit par quitter sa femme pour elle, preuve de son engagement authentique et sincère. Enfin, c’est ce qu’elle se disait.

Commença alors sa première véritable histoire d’amour, une histoire digne des films romantiques comme on en voit si souvent au cinéma. Alors que Catherine terminait ses études, elle s’était installée avec lui. Elle avait sauté le pas parce qu’elle sentait qu’elle pouvait compter sur lui. Il était attentionné, courageux, gérant de sa petite entreprise de travaux publics. Avec lui, elle était rassurée. Elle avait l’impression que dans ses bras, rien ne pouvait lui arriver. Lui était fier de sa compagne, une belle jeune femme intelligente. Tout les prédestinait à être heureux jusqu’à la fin de leurs jours.

Trois ans plus tard, Thomas naissait pour sceller leur bonheur. Un beau bébé, calme et doux. Ce fut ensuite au tour de Loïc de pointer le bout de son nez deux ans après. Un autre petit garçon, plus nerveux, comme si l’on pouvait prédire qu’il deviendrait le futur rebelle de la famille. Enfin, à nouveau quatre ans plus tard, la petite dernière, Léa, vint compléter et combler cette famille idéale.

Idéale sur le papier, oui, mais dans la réalité, la vie de parents n’avait pas toujours été simple, des désaccords sur l’éducation des enfants avaient tendu leurs rapports. Ils avaient fréquemment eu de violentes altercations verbales à ce sujet mais avec le temps, Catherine et Jean-Marc avaient mis de l’eau dans leur vin, et même s’ils n’approuvaient pas tel ou tel comportement, l’important pour eux était que leurs enfants soient élevés dans un milieu sain, où le dialogue est la seule source de résolution des problèmes.

Puis au fil des années se créèrent d’autres différends entre eux, d’ordre plus philosophique cette fois, des disputes qui portaient sur le sens de la vie, sur le sens de leur couple… Pour couronner le tout, l’entreprise de Jean-Marc n’était plus aussi prospère qu’avant. En effet, il se mit d’abord à blâmer les trop nombreuses charges à payer qui nourrissaient son sentiment d’être racketté par l’État, puis au final c’était la faute de la « concurrence étrangère ». L’entreprise se mit à vivoter et il finit par ne plus pouvoir payer les dépenses familiales courantes. Jean-Marc lâchait prise petit à petit, il perdait confiance en lui, n’était plus motivé pour aller travailler. À la maison, il était distant, il était là sans l’être vraiment, il n’était plus que l’ombre de lui-même. L’homme dont elle était tombée amoureuse disparaissait peu à peu…

Entre temps, Catherine s’était essayée à différents postes en passant par des emplois dans le social, puis en tant que commerciale pour des entreprises locales. Elle avait trouvé sa branche en postulant un jour, presque par hasard, pour une chambre de commerce et d’industrie qui recherchait des formateurs en techniques de vente. Bingo, c’était l’opportunité pour elle d’intégrer ce monde de l’éducation tant désiré depuis des années. Tout s’enchaîna à partir de là, des opportunités s’ouvrirent à elle jusqu’à ce poste de responsable d’un centre de formation dans une petite ville près de chez elle. Elle avait en charge des élèves en alternance école-entreprise, plusieurs spécialités, plusieurs branches. Elle appréciait d’autant plus son poste que grâce à l’alternance, elle gardait une attache avec les entreprises, elle restait au contact des entrepreneurs et managers. Cela lui plaisait, elle aimait la pédagogie, transmettre son savoir aux jeunes générations mais elle aimait aussi la vie d’entreprise qui lui manquait parfois et ce poste lui permettait de concilier les deux. Cet emploi la comblait véritablement et elle se levait les matins avec envie. Elle se sentait un peu comme ces deux souris dans les dessins animés Minus et Cortex2, si on lui avait posé la question de ce qu’elle allait faire chaque matin, la réponse « conquérir le monde » lui allait à merveille.

Jean-Marc, de son côté, végétait avec sa société, faisait les marchés certains jours de la semaine pour arrondir ses fins de mois et enseignait quelques heures par semaine à des élèves préparant le Certificat d’aptitude professionnelle. Il ne supportait pas la réussite de Catherine et au lieu de se réjouir pour elle, de l’encourager et d’être fier et heureux du travail qu’elle accomplissait, il finit par se refermer, par baisser les bras, jusqu’à blâmer cette société de consommation qui ne lui correspondait finalement pas… Ou plus…

Pourquoi consommons-nous autant ? Ne serait-on pas plus heureux de vivre de façon minimaliste ? À quoi cela sert-il de toute façon ? Et si on partait vivre à l’aventure comme on l’a toujours voulu ?

Autant de questions qu’il se posait constamment. Peut-être que Jean-Marc avait réellement changé d’état d’esprit, qu’il s’était réellement remis en question et que la vie faite de matériel ne l’intéressait plus du tout; ou peut-être avait-il simplement baissé les bras pour son entreprise face à un monde du travail impitoyable ? Avait-il ainsi choisi la facilité en devenant défaitiste, en abandonnant le combat de la vie ? Difficile à dire pour Catherine, elle avait tenté de comprendre le mal-être de son mari, au plus profond de lui, en vain.

Elle devait pourtant subir cette nouvelle philosophie de vie, mariage et enfants obligent. Car il fallait bien nourrir les enfants, et vivre d’amour et d’eau fraîche ne permet malheureusement pas d’y parvenir. Catherine décida donc de rester forte comme elle l’avait toujours fait, pour préserver son couple, pour protéger ses enfants et parce qu’elle n’avait pas l’habitude d’abandonner.

Le décalage entre Jean-Marc et Catherine était grandissant. Plus les années passaient et plus le fossé se creusait.

Catherine s’enferma dans le travail et dans le théâtre, cette passion qui l’avait changée, elle, la timide première de la classe qui pouvait enfin s’exprimer sur scène et devenir qui elle voulait, sans être jugée. Elle pouvait chanter, crier, jouer les rôles d’hôtesse de l’air, de fille de joie, de femme d’affaires, de clown, rien ne lui était interdit, c’était son échappatoire. Avec sa troupe, ils partaient en représentation un ou deux week-ends par mois.

Elle pensait toujours aimer son mari, elle éprouvait de la tendresse pour lui et tentait autant que possible de faire preuve d’empathie. Se mettre à la place des autres était l’une de ses plus grandes qualités. Ajoutée à sa gentillesse, cela faisait d’elle une femme sur laquelle on pouvait s’appuyer. Et les gens comptaient d’ailleurs peut-être trop sur elle, à toujours vouloir aider, à toujours être l’épaule sur laquelle on pouvait pleurer, elle n’avait jamais vraiment pensé à elle. Parfois, elle avait besoin de réconfort elle aussi. Mais à qui pouvait-elle se confier ? Qui l’écouterait ? Son mari ? Ses amis ? Sa maman ? Sa sœur ? Catherine ne se livrait pas facilement et n’aimait pas importuner les gens avec ses questionnements, ses doutes.

Jean-Marc et elle avaient été pourtant très complices. A une époque, ils parlaient d’absolument tout, ils n’avaient pas de secret l’un pour l’autre. La volonté de son mari de vivre différemment, hors de cette consommation quotidienne, aurait éventuellement pu lui plaire. Mais comment s’affranchir des règles et contraintes de la société quand on est engagé dans des crédits, quand on a des enfants, quand on a enfin trouvé un travail qui nous plaît ? Ces questions auxquelles il était si difficile de répondre… Et est-ce une solution de s’en prendre à la société, n’est-ce pas un aveu de faiblesse ? Un parent n’a-t-il pas le devoir de subvenir aux besoins de ses enfants ? Est-il raisonnable d’engager les enfants et leur stabilité dans cette nouvelle vie ? Tout se passerait bien disait-il. Peut-être… Peut-être pas… Après tout, c’est elle qui réglait la majorité des factures, n’était-ce pas un peu trop facile de dire que tout se passerait bien alors qu’il n’assumait plus rien financièrement ?

Toutes ces questions la taraudaient ; certains soirs en rentrant du travail, ses tourments revenaient et, après un instant passé à relativiser, repartaient aussitôt. Immobile quant à ses choix de vie, elle se disait qu’elle les considérerait davantage quand elle aurait du temps, que ce n’était pas le bon moment pour cela car en y réfléchissant bien, sa vie n’était pas si mal finalement.

1 Stieg Larsson, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes millenium 1, 2005, 592 pages, éditeur Actes Sud

2Minus et Cortex (Pinky and the Brain), créateur Tom Ruegger.

Chapitre 2

Le jour où tout bascula

L’automne était une saison que Catherine savourait, elle appréciait les couleurs des arbres, les souvenirs d’enfance qui la gagnaient lorsqu’elle regardait tomber les feuilles. Le froid était arrivé, la nuit tombait maintenant plus tôt et comme souvent les soirs, Catherine allait récupérer le courrier à la boîte aux lettres. Elle traversait l’allée du jardin, croisait Lisou, la caressant tendrement, avant de rentrer. Lisou était leur golden retriever. Cette chienne était dans la famille depuis bientôt 7 ans, elle en était un membre à part entière, on avait toujours l’impression qu’elle souriait comme un humain, constamment de bonne humeur et prête à jouer.