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Extrait : "De longs chemins de feutre rouge traversent le large trottoir et vont, des voitures nombreuses qui s'arrêtent, à un hall somptueux dont la perspective lointaine s'aperçoit, des colonnes de marbre soutenant les plafonds à voussures sculptées, des clartés de hautes glaces reflétant les enchanteresses moissonnées de fleurs, qui forment de gais massifs derrière des meubles de jardin Trianon."
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● Non fiction : histoire, essais, biographies, pratiques.
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Seitenzahl: 29
Veröffentlichungsjahr: 2016
De longs chemins de feutre rouge traversent le large trottoir et vont, des voitures nombreuses qui s’arrêtent, à un hall somptueux dont la perspective lointaine s’aperçoit, des colonnes de marbre soutenant les plafonds à voussures sculptées, des clartés de hautes glaces reflétant les enchanteresses moissonnées de fleurs, qui forment de gais massifs derrière des meubles de jardin Trianon.
Des coupés de maîtres, des automobiles arrivent, se rangent, les valets de pied s’empressent, une cohue élégante se hâte…
Et si l’on pénètre à sa suite sous l’étincellement des lumières, le spectacle est délicieusement féerique avec la perspective du jardin à la française que termine une fontaine de marbre, ornée, comme à Versailles, de figurines et de vases en plomb doré ; avec la grande galerie conduisant à la vaste salle à manger de la Régence ; avec cet ameublement modern style, un Louis XVI d’Outre-Manche, que nous aimons, par atavisme, pourrait-on dire, puisqu’il s’inspire de notre délicieuse fin du dix-huitième siècle. Les tables embaument de chemins de roses, la fragilité des cristaux se reflète aux luisances de l’argenterie, des tulipes et des orchidées aux corolles transparentes s’incendient d’électricité, les nappes et les serviettes sont historiées d’armoiries, les maîtres d’hôtel impeccables, d’une gravité imposante, se tiennent comme soldats à la parade, et dans cette atmosphère de luxe, de richesse, les convives s’installent, commandent, s’animent, c’est l’hôtel smart où la mode enjoint de venir dîner, où la Parisienne est heureuse de paraître, trouvant là écrin convenable.
À sa façon de sauter du marchepied, de se pelotonner en son manteau, de franchir allègre la porte vitrée que lui ouvre le chasseur respectueux, de se diriger d’instinct vers la petite table où elle sera le mieux vue, de dénouer sa voilette, de déboutonner ses gants, de s’attarder aux coquetteries du menu, de séduire ses voisins d’un regard circulaire, coulé comme sans y prendre garde, c’est une parisienne, on ne peut s’y tromper, c’est « le cher bijou charmant » ainsi que l’a appelée un des poètes du Parnasse.
Roqueplan a inventé la parisine, l’Ève moderne a inventé la Parisienne ; et nulle femme au monde ne lui dispute le sceptre de l’élégance, du charme, du je ne sais quoi qui en fait la suprême séductrice, l’idéale enchanteresse : les blondeurs mélancoliques de l’Anglaise, les ardentes et passionnelles œillades de l’Espagnole, les profonds et troublants regards de l’Orientale, les maladives pâleurs de l’Italienne, les vivacités modernistes de l’Autrichienne, les superbes distinctions de la Russe, les rêveries lakistes de la Suissesse, tout cela ne vaut pas le chic de la Parisienne ; elle est le bijou de la création, comme Paris est la capitale du Monde. Duchesse ou modiste, marquise ou trottin, actrice ou grande dame, la naissance non plus que le costume n’influent, elle est parce qu’elle est ; vicieuse un tantinet – lisez Becque ! diablement amoureuse – voyez la Vie ! intelligente et artiste, l’esprit ouvert, alerte, compréhensif, l’âme bonne, généreuse, elle a, sous son apparence frivole, de grandes qualités morales. Ce n’est pas un bijou vulgaire, mais précieux, c’est le joyau d’ici-bas.
Et le restaurant, comme le théâtre, le sertit à merveille, le restaurant où elle minaude et grignote plutôt qu’elle ne mange, où elle s’amuse d’une fête impromptue, où elle s’illusionne d’une somptuosité parfois banale, où elle dîne avant la pièce en attendant d’y revenir souper après, plus émue alors, plus vibrante, plus entraînée, prête aux conclusions amoureuses, verrou tiré.
C’est le post-scriptum !
