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Une rencontre va changer l'existence d'Ava, enfermée dans un hôpital psychiatrique !
Ava, trentenaire paumée, est enfermée dans un hôpital psychiatrique. Elle ne sait plus où sont ses enfants, passe son temps droguée par les médicaments ou en isolement. Jusqu'au jour où un mystérieux inconnu entre dans sa vie. Grâce à lui et à un humour décapant, elle va tenter de retrouver ses souvenirs et reprendre une vie normale. Au milieu de coups bas entre résidents, de séances d'électrochocs musclées, et de la douloureuse réalité, il lui faudra du courage pour continuer son chemin vers la guérison. Pourra-t-elle s'extirper de sa condition? Sa volonté sera-t-elle suffisante pour la faire revivre?
Au milieu de coups bas entre résidents, de séances d'électrochocs musclées, et de la douloureuse réalité, il faudra du courage à Ava pour continuer son chemin vers la guérison.
EXTRAIT
J'ai fait cette nuit un rêve érotique. Cela faisait bien longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Je pense que cela doit signifier que mon corps se désintoxique des médicaments qui le bridaient. Ce n'était qu'un rêve assez basique, mais il m'a permis de retrouver des sensations que je ne connaissais plus.
Ma vie sexuelle n'a jamais été bien folle. Je n'ai réellement découvert le plaisir qu'une fois. Avec un amant. Mon plus grand bonheur avec Allan, lorsqu'il voulait accomplir ce qu'il nommait par le terme très excitant de « devoir conjugal », était quand il en avait enfin terminé. Je l'entendais ronfler, et je savais à cet instant-là que j'étais tranquille jusqu'au mois suivant.
Un jour de juin, je devais me rendre à une réunion à l'école de mon grand. Allan s'occupait des enfants, et j'y étais allée seule. Vu la chaleur qui régnait en ce premier mois de l'été, j'avais mis une petite robe à fleurs, toute simple, mais jolie. Je suis entrée dans l'école et me suis assise sur une chaise en attendant le professeur.
Je parcourais les murs des yeux, en tentant de repérer un dessin fait par mon enfant. Et le professeur est arrivé. J'ai directement flashé sur lui. Il était bel homme et souriant. Il s'est installé face à moi, et m'a regardée droit dans les yeux. Je rougissais, et les mots qui cherchaient à sortir de ma bouche ne ressemblaient à rien d'autre qu'à du charabia. Cet homme me mettait en émoi. Il m’attirait, mais mon éducation me refusait les histoires sans lendemain. Je songeais alors à ce que serait ma vie avec un homme tel que lui, loin d’Allan. Mais sa voix me ramena vite à la réalité.
— Bonjour ! Est-ce que je vous impressionne ? J'ai l'habitude que les mamans flirtent avec moi. Mais une femme timide comme vous, je n'en ai jamais eu encore. Abordons le cas de votre enfant si vous le voulez bien. Ensuite je vous raccompagnerai.
Pendant environ quinze minutes, le professeur me parla des bons résultats scolaires de mon grand, ainsi que de ses difficultés d'intégration. Nous avions essayé de trouver des moyens de le faire sortir de sa bulle, mais son père lui sapait toute confiance en lui. C'était un point qu'il m’était impossible d'aborder avec l'instituteur.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Albine Tangre - Auteure auto-éditée depuis janvier 2016, j’ai toujours été passionnée de mots. J’ai commencé à écrire à l’âge de huit ans, puis j’ai participé à un concours en 2015, grâce auquel
À bientôt mes amours et
Nina et le damné ont vu le jour. Un recueil de nouvelles,
Brisures est disponible depuis, ainsi que
Alexia, voyages à travers les mondes,
Malgré les bombes,
Panthéos, et
Des nouvelles de l’autre monde. Régulièrement, je mets mon imagination à l’épreuve grâce à des concours et autres défis d’écriture.
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Seitenzahl: 148
Veröffentlichungsjahr: 2018
À BIENTÔT MES AMOURS
Abine Tangre
Général Editions « Arts En Mots »Illustration graphique : © Val
À mes deux petits chéris, sans qui je ne serais rien aujourd’hui.
« Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude. »
Friedrich Nietzsche
Lundi 23 juin
Comme on dit, cher journal,
Je suis Ava, j’ai trente-deux ans, et je suis une maman normale. Enfin, normale, pas tout à fait. Car je suis une maman sans enfant. Cela dure depuis cinq ans. Mais ce n'est pas ça que je veux raconter aujourd'hui.
J'ai rencontré un homme il y a quelques jours. Et je pense que je l'aime bien. Lorsque je l'ai vu pour la première fois, j'étais attachée et enfermée.
Et ce n'était pas vraiment de ma faute, en plus. C'est Claudia qui m'avait cherchée. On était à table et je mangeais tranquillement. Cette folle m'a chapardé mon pain sans raison. Elle ne voulait pas me le rendre. Alors, j'ai pris la fourchette de mon voisin (moi j'y ai pas droit. Il paraît que ça pourrait être dangereux !). Et je lui ai planté dans sa sale petite main de voleuse. Elle a lâché mon bout de pain, mais j'ai même pas eu le temps de le manger. Deux surveillants sont venus, et pendant qu'un me tenait, l'autre m'a fait une piqûre.
Quand je me suis réveillée, j'étais seule dans une pièce capitonnée, et j’avais les idées pas très claires. Comme si je risquais quoi que ce soit, on m'avait mis une camisole de force. Je me suis rendormie presque aussitôt.
Quand j'ai enfin réussi à émerger du brouillard, un homme était assis à côté de moi. Il n'était pas drogué, n'avait même pas de blouse ou de pyjama. Non, il était habillé élégamment avec son costume gris, comme pour aller dehors. Et quand je dis ça, je parle à l'extérieur des murs grillagés de l'hôpital. Il m'a regardée sans rien dire, du coup j'ai fait pareil. Il était blond, très grand et très beau. On aurait dit un suédien, ou un norvégeois. Il est resté longtemps avec moi, à me regarder avec un beau sourire. Il n'a rien dit tout ce temps-là.
Au bout de trois jours, le psychiatre est venu me chercher. Il m'a emmenée dans son bureau pour me dire que ce que j'avais fait à table, ce n'était pas bien. Je lui ai demandé si c'était bien de piquer le pain des autres. Mais il n'a pas répondu. Il a fait venir Jeff, un infirmier. Et j'ai encore eu droit aux électrochocs.
Je tenais à peine debout quand on m'a emmené dans mon lit. Le volet était fermé, mais je l'ai vu dans la pénombre. Le beau blond s'est penché à mon oreille et m'a dit :
— Soyons meilleurs amis pour toujours !
Jeudi 26 juin
Je sors tout juste du bureau du psychiatre. Il m'a encore augmenté les doses des calmants. J'essaie toujours de ne pas les avaler. Au début je les cachais (haha, cachais-cachets. J'arrive encore à faire de l’humour !). J'ai tout tenté : à l’intérieur de la joue, sous la langue, ou même j'avalais et je me faisais vomir. Mais les surveillants ont l’œil partout. Ou les yeux, vu qu'ils sont plusieurs. Donc je n'ai pas trop le choix que de les avaler.
Le psychiatre s'appelle le docteur Bon. Bon, il ne l'est certainement pas ! C'est un trou du cul sadique. Physiquement déjà, on voit bien que c’est un homme pédant : petit, bedonnant et quasiment chauve, il a dans les yeux une lueur suffisante. Il adore nous enfermer, nous piquer, et nous griller. Quand on fait quelque chose de mal, il s'adresse à nous à la troisième personne.
— Qu'est-ce qu'on a encore fait ? On a été une vilaine dame !
Quel plouc, je vous jure !
Donc j'ai eu rendez-vous avec lui ce matin. Il m'a fait entrer dans son bureau, le bon docteur Bon. Je me suis assise en face de lui, et j'ai attendu. C'est toujours lui qui commence. Il pose une question et on a intérêt à vite répondre. Je vous refais la conversation :
— La question d'aujourd'hui est la même qu'à l'accoutumée. Où sont vos enfants ?
Je ne savais pas ce qu'il voulait dire par l'accoutumée. Il faut toujours qu'il utilise de ces termes ! Comme si ça le rendait supérieur à moi de dire des mots que je ne comprends pas. Mais la question, je la connaissais. On était en boucle là-dessus depuis le début.
— Mes enfants sont chez ma sœur, Célia, depuis que je suis en vacances ici.
— Tss-tss ! Mauvaise réponse. Une dernière fois pour aujourd'hui. Répondez bien, sinon vous savez ce qui vous attend, m’a-t-il dit d’une voix menaçante.
Bien sûr que je le savais. Mais je n'arrêtais pas de lui dire la même chose. Pourquoi ne me croyait-il pas ?
— Mes enfants sont... ils sont... je ne sais pas. Chez ma sœur ?
Ça n'a pas loupé. J'ai eu droit à ma petite séance de barbecue cérébral. Et me revoici, morceau de viande rescapé du grill officiel de l’hôpital. Je suis fatiguée. Je vais dormir un peu maintenant… Mais où sont mes enfants s'ils ne sont pas chez ma sœur ? Où sont-ils ?
Samedi 4 juillet
Me revoilà cher journal,
Il y a quelques jours j'ai failli mourir. Définitivement, et totalement. Mais je vais commencer par le début.
Mardi dernier, j'ai encore fait « ma vilaine dame ». Il faisait si chaud que les surveillants nous avaient permis de sortir dans le jardin. Enfin, jardin c'est un bien grand mot. Six résidents et moi étions donc dans les dix brins d'herbe dehors. Je m'étais assise et je tentais de bronzer. Parce qu'en isolement, c'est pas trop ça pour avoir une bonne mine !
Je me disperse encore. Mais c'est pas simple de rassembler ses esprits avec leurs foutus médicaments. Je me sens souvent comme dans le brouillard.
Alors que j'étais tranquille à profiter de l'air estival, une colonie de fourmis a commencé à m'escalader. Je leur ai gentiment demandé de descendre, parce que je ne suis pas une montagne. Mais elles n'ont pas écouté. Ça m'a énervée et j'ai crié. Après je les ai écrasées. Mais elles étaient partout, sur chaque résident et chaque surveillant. J’avais peur, je voyais le film de leur mort atroce se dérouler sous mes yeux. J'ai voulu les sauver pour pas qu'ils se fassent dévorer. Mais je ne sais pas pourquoi ça n’a pas plu.
En deux temps trois mouvements, je me suis retrouvée allongée et attachée sur un lit, avec des fils qui sortaient de partout. J’ai compris tout de suite que j’étais bonne pour refaire un tour à grillade-land. Mais ils ont dû faire une erreur avec leur machine. Ça a fait très mal. C'est jamais la jouissance, mais là, c'était vraiment pire.
Sans que j'y comprenne quoi que ce soit, j'ai commencé à voler. Mon corps, léger comme une plume d’oisillon, a commencé à planer. Et c'est vrai de vrai. Je me suis élevée jusqu'à toucher le plafond. En même temps je me voyais en bas. J'ai cru devenir folle (haha ! Elle est pas mal celle-là aussi !). Le pire c'est qu'à côté de moi, il y avait mon « meilleur ami pour toujours ». Il a décollé ses pieds du sol et m'a rejoint au plafond.
— Salut ! C'est pas la grande forme à ce que je vois. Tu fais quoi au plafond, sans indiscrétion ?
Bien sûr, je n'ai pas su quoi lui répondre. Même pour moi c'était trop bizarre.
— Ne t'inquiète pas, je vais tout arranger. Mais d'abord, si on allait se promener un peu ? me proposa-t-il d’une belle voix sensuelle.
Il m'a pris la main et on s'est enfui. On est passé à travers la fenêtre, et on a plané, loin, très loin. J'ai vu plein de choses. Nous avons volé au-dessus de la cour grillagée, puis direction la grand-rue. J’ai vu la mer, la montagne et la forêt. J'aime bien mon nouvel ami, mon seul ami. Il m’a emmenée partout autour de l'hôpital. On est même allé chez ma sœur. Mais mes enfants n'étaient pas là. Où peuvent-ils être passés ?
Au bout d'un moment je me suis retrouvée dans mon lit. J'étais de retour dans mon corps. Le psychiatre n'a rien dit sauf :
— Mais vous n'avez pas honte de nous faire une telle peur ? On aurait été dans de beaux draps !
Je n’ai pas compris pourquoi il parlait de draps. Et ça y est je vais mieux, donc ils n'ont pas à s'inquiéter de ma mort. Pas pour l'instant.
Mardi 7 juillet
Aujourd'hui il y a eu deux événements importants. Pour commencer, on a une nouvelle pensionnaire. Comme il n'y avait plus de place, Jeff le surveillant a amené un lit roulant dans ma chambre. Il m’a dit :
— Ava, tu vas être contente ! Tu as maintenant une colocatrice.
Déjà ça m'étonnerait qu'on dise « colocatrice ». Plutôt une coloc-atroce ! Et en plus, qu'est-ce qu'il en sait si je suis contente ? Ma chambre est minus avec un seul lit. C'est sûr qu'on ne croule pas sous le mobilier, deux lits, en tout et pour tout !
Je lui ai rien répondu. Je me suis contentée de le regarder en bavant. À ce moment-là, j'étais shootée. Le pire avec leur traitement, c'est que le cerveau fonctionne encore. Assez pour se sentir dans la peau d'une vieille limace.
La nouvelle, elle a rien dit. Elle est plus bulot que limace. Et même si c'est méchant, j'espère que ça va rester comme ça. Il manquerait plus qu'elle me vole mon ami ou mon journal. Ce sont les deux seules choses qui m’appartiennent.
Il n’est pas revenu. Mon ami je veux dire. J'espère qu'il ne m'a pas abandonnée !
Le deuxième événement exceptionnel, c'était la sortie en ville. Ce n'était pas pour nous récompenser. Jeff était seul cette après-midi. Du coup il en a drogué une paire et a envoyé les autres chez le psychiatre. Mais il n’a pas pu nous caser, Ginny et moi, parce que les bâtiments sont déjà surpeuplés en temps normal. Ginny, elle est gentille. Mais elle est grosse, vraiment très grosse ! Dans le genre cachalot qui aurait mangé une baleine.
Du coup Jeff, il était coincé. Parce qu'aujourd'hui c'est le jour de la loterie. Il n’avait pas le choix de nous prendre avec lui s’il voulait jouer. Et il ne rate jamais un jour de loterie. Il attend avec impatience le jour où il sera riche, et pourra quitter ce travail. Et c’est nous qui sommes les fous ! Bref, il nous a pris entre deux, quatre, six yeux ; vu qu'on était trois. Et il nous a prévenues.
— Pas un mot, pas un geste, vous me suivez comme des moules collées au cul d'un bateau. Sinon je vous jure que vous allez le regretter !
Ginny a commencé à pleurer. Elle est comme ça, elle. Mais Jeff l'a regardée avec des yeux noirs, et elle s'est tue. Mais attention, elle n’est pas morte, hein !
Quand on est arrivé devant le bar, Ginny est descendue en premier. Ça a fait une de ces houles ! Après on a suivi Jeff, sage comme il l'avait demandé. Il s'est assis au comptoir en attendant son tour. Il y avait plein de gens. Ça faisait peur. On a entendu :
— Hé, Jeff ! Ça va mec ? T'as amené tes poulettes avec toi dis voir !
Un grand mec louche qui louchait s'est approché de nous. Il avait une banane dans les cheveux. Zut, ce n’est pas comme ça qu'on dit. Il était coiffé d'une banane. Bof, c'est pas mieux. Je me comprends. Ça paraît évident, mais des fois je ne me comprends pas.
Donc le mec est venu et nous a regardées.
— La vache ! Miss limace et miss baleine. T'aurais pu faire mieux mec ! dit-il en rigolant.
Je me suis retenue de lui dire d'arrêter de lire dans mes pensées. Mais Ginny a commencé à chouiner. Jeff lui a dit de nous laisser tranquilles. Mais il n’a pas voulu. Au lieu de ça, il s'est acharné sur la pauvre fille.
— Remarque, elle est grosse et moche, mais au moins t'as de quoi tâter. Regarde-moi ces roploplos !
Et histoire de vérifier, il lui a touché les seins. Ginny a tenté de se faire toute petite, chose bien entendu impossible ! Jeff s'est énervé contre le mec à la banane, puis nous a fait sortir. Durant tout le trajet du retour, Ginny pleurait silencieusement, et Jeff pestait. Il nous a dit que même si ce n’était pas notre faute, il en avait ras le bol de nous. Et la pauvre Ginny a dû être punie. Jeff l'a conduite direct dans sa chambre et a dit :
— C'est vrai qu'il y a de quoi tâter. On va voir si t'es capable de faire autre chose que de pleurer !
Il est ressorti de la chambre au bout de dix minutes. Quand je suis rentrée voir Ginny, elle avait au coin de la bouche de la gélatine. Je ne savais pas qu'on pouvait cuisiner dans les chambres. Mais elle n’a pas dû aimer ça, vu qu’elle pleurait.
Je dois arrêter d'écrire pour ce soir, mon ami blond est de retour. Promis, je raconte tout demain !
Mercredi 8 juillet,
Ça y est on est demain. Enfin, par rapport à hier quoi ! Bref, mon ami est venu me voir. Il s'est assis sur une chaise à côté de mon lit (comment il a fait bon sang ? Il n’y a pas de chaise dans ma chambre !) Il m'a regardée avec ses beaux yeux et m'a souri. On a bien dû rester comme ça comme deux imbéciles pendant vingt minutes. Et il a fini par m'adresser la parole.
— Tu as l'air en forme ! C'est bien. Il faudrait que tu retournes dans le passé.
Je veux bien accepter plein de choses, mais là il abusait.
— Mais bien sûr ! Elle est garée où ta machine à voyager dans le temps ? lui rétorquais-je avec ironie.
— Non tu n'as pas compris. Je veux dire remonter dans tes souvenirs. C'est le seul moyen pour toi d'aller mieux, et donc de sortir d'ici.
Là c'est vrai qu'il marquait un point.
— Je n'y arrive pas. Je ne me souviens plus de grand-chose. Oh, je peux bien te raconter deux ou trois trucs sur mon enfance, mais ce n'est pas ce que tu veux savoir.
— Essaye toujours ! m’encouragea-t-il.
— Bah, je me souviens du premier jour où j’ai réussi à faire du vélo sans roulettes. C’est comme ça que je me suis fait cette cicatrice.
J’ai tendu ma jambe devant moi, retroussant mon pantalon pour montrer la marque qui subsistait sur mon tibia.
— En effet ! Parle-moi de tes enfants plutôt. Tout ce que tu pourras dire t'aidera peut-être à combler les trous.
J'essayais donc de rassembler mes esprits. Et je me suis lancée.
— J’ai deux enfants, des garçons. Ils ont... maintenant quelque chose comme douze ans et neuf ans. Ils s'appellent... commençai-je en paniquant.
Plus moyen de me souvenir de leurs prénoms. Je me suis effondrée. Pas réellement, en fait, car les médicaments tarissent les larmes. Mais je n'ai plus rien dit, jusqu'à ce que je me souvienne que je ne connaissais même pas le prénom de mon ami. Je lui ai demandé. Et il m'a répondu bizarrement.
— Appelle-moi comme tu veux. Quel nom aimerais-tu me donner ?
J'ai dû, moi, la folle, lui expliquer que ce n'est pas comme ça que ça se passe. Qu'on a un prénom et puis c'est tout. Mais il a attendu sans rien dire. Alors je l'ai appelé Alexander. Ça lui allait bien. Et c'est comme ça que mon ours en peluche se nommait quand j'étais petite. Mon cher ours était mon confident. Je lui racontais des histoires, il était bon public. Et tout comme avec mon ours, j'avais une envie folle de me blottir dans ses bras.
— Je sais ce que tu penses. Tu te dis que je suis beau et que tu aimerais bien voir un peu plus de mon corps. Mais ça ne te sert à rien. Je sais bien que ton traitement annihile la libido, me répondit-il, insolent.
Il était drôlement prétentieux. Mais il n'avait pas tort. Je désirais le désirer. Mais plus rien ne se passe sous ma ceinture désormais.
— Je peux peut-être t'aider à te motiver. À chaque grand progrès, j'enlève un vêtement. Au fur et à mesure, tu iras mieux. Donc moins de médicaments et plus d'envies. CQFD ! On joue petit ce soir. Mise à prix : ma chaussette droite. Un petit souvenir concernant tes enfants s’il te plaît.
Alors là, j'étais sur les fesses ! Son idée était si saugrenue qu'elle méritait que je me penche dessus.
— OK ! Tope là !
Il fallait maintenant que je trouve de quoi lui faire enlever sa satanée chaussette. Je me suis concentrée fort, très fort. J'ai poussé tellement fort pour atteindre le fond de mon cerveau que j'ai sorti un remarquable pet. Mais, alors que j'allais demander pardon à mon ami, une image très claire a surgi.
— Une fenêtre ouverte.
— Pardon ?
Alexander me demandait pardon alors que c'était moi la dégoûtante ! J'aurais volontiers ri. Sauf que cette image voulait que je l'explore. Mais rien d'autre n'est venu. Il faut que pense à me concentrer quand je serai aux toilettes. C'est peut-être le secret...
— Une fenêtre grande ouverte. Voilà mon souvenir. Ça vaut bien une chaussette, non ?
Alexander m'a souri et a retiré une chaussette comme prévu. Je l'ai ramassée et je l'ai mise sous mon lit. Il avait disparu quand je me suis retournée.
Il va falloir que j'aille voir le docteur Bon maintenant. Je n’ai pas envie, mais je n’ai pas le choix. J'écris quand même mieux quand je ne suis pas shootée.
Que signifie cette fenêtre ? Je ne vais pas en parler au psy pour l'instant. J'ai un nouveau truc à moi, c'est mon secret.
