À Chacun son Histoire - Dominique Lapeyre - E-Book

À Chacun son Histoire E-Book

Dominique Lapeyre

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Beschreibung

Recueil de quatorze nouvelles, où chacun pourra puiser et peut-être se reconnaitre. Les relations humaines y sont au centre, en particulier les relations amoureuses à différents âges.
Une femme mariée et ses interrogations sur ce qu’est sa vie. Amour passionnel d’un homme jeune pour une femme plus âgée. Attirance d’un homme d’âge mûr pour une jeune adolescente, quête de l’amour et romantisme... Et aussi le secret d’une adoption, l’adolescence et sa complexité, la valse des hésitations devant une paire de chaussures, le harcèlement d’un proviseur vis-à-vis d’une infirmière, la fin d’un rêve d’une danseuse étoile face à la maladie, la découverte d’une lettre dans un grenier, une rencontre à Hammamet…
Toutes ces histoires très différentes, ont pourtant un point commun, elles se terminent bien apportant ainsi une note d’optimisme.

À PROPOS DE L'AUTEURE

Ancienne infirmière d’un service d’urgence puis de l’Education nationale, Dominique Lapeyre a grandi et vit non loin de Giverny, en Normandie. Sa passion pour l’écriture est née à l’adolescence au travers de la poésie et s’est poursuivie jusqu’à la sortie d’un premier roman, L’Allée des sentiments en 2019 suivi de ces Nouvelles.

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Seitenzahl: 93

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Dominique LAPEYRE

À Chacunson Histoire

Nouvelles

Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN Papier : 978-2-38157-086-0ISBN Numérique : 978-2-38157-087-7

Dépôt légal : 2020

© Libre2Lire, 2020

Couverture : Tableau de Christophe DemarezCrédit photo : Jacques Xavier

A mes petits-enfants :

Valentine, Héloïse, Apolline

et à Camille et Anouk.

Sommaire

LES COUVERTS DE SERVITUDE.

UN AMOUR IMPROBABLE

LE BRUSHING

ADOLESCENTESQUE

ISILDE

MIRABELLE

LES CHAUSSURES ROUGES.

LE FIL D’ARIANE.

LE RÊVE

À DEMI-MOTS

LA BALLERINE

LA LETTRE

LA RENCONTRE

ALADIN

LES COUVERTS DE SERVITUDE.

Le repas était terminé. Claire commença à débarrasser la table et s’adressa à son mari :

— Peux-tu me passer les couverts de servitude ?

Celui-ci la regarda, interloqué.

— Tu veux dire de service ?
— Bien sûr ! acquiesça-t-elle.

Charles alors se mit à rire. Un peu confuse, Claire en fit autant puis se dirigea vers la cuisine où elle prépara le café. Elle déposa une tasse devant son mari qui, comme à son habitude, l’avala en vitesse avant de partir pour l’étude.

Qu’il était loin le temps où il embrassait sa femme avant de partir !

Claire commença à placer la vaisselle dans la machine tout en s’interrogeant sur ce lapsus étonnant. Elle pensa qu’il n’était pas sorti par hasard, c’était son subconscient qui l’avait fait jaillir, telle l’eau sous pression et ce jour-là, ce mot qui paraissait anodin entraina chez elle une véritable remise en question.

Qu’était sa vie ? Une vie de servitude où elle était corvéable à merci s’étant totalement oubliée. Personne ne la gratifiait d’un petit mot gentil, d’un merci. Non, tout était normal, c’était son rôle.

Comme chaque semaine, Claire avait monté le linge qu’elle avait repassé. Pénétrant dans la chambre de ses enfants, elle avait ramassé les vêtements, refait les lits. C’était toujours pareil chacun promettait de ranger mais il fallait toujours répéter les mêmes choses. Elle avait déposé les vêtements bien empilés dans l’armoire puis elle s’était rendue dans sa chambre à coucher pour ranger le linge destiné à son mari. Elle ne comptait plus les innombrables chemises, les polos, les pantalons qu’elle avait repassés.

Ici aussi il avait fallu remettre de l’ordre et ranger tout ce que son mari avait laissé trainer. Elle était ensuite entrée dans la salle de bain où elle avait trouvé le bouchon du dentifrice par terre ainsi que les serviettes qu’elle avait ramassées les plaçant au panier à linge. Pour finir, une fois encore, elle avait nettoyé la douche.

Lasse de ces corvées répétitives, elle avait laissé échapper un soupir avant de se regarder dans le miroir. L’image que celui-ci lui renvoyait était celle d’une inconnue. Des rides étaient apparues. De petites poches sous les yeux lui donnaient l’air fatigué. Insidieusement, peu à peu, elle avait pris du poids. Où était passée la jeune femme d’autrefois ?

Claire quitta la salle de bain et redescendit. Elle s’assit devant la table de la cuisine, soudain envahie par le spleen.

Où était l’homme qui l’avait charmée et même ensorcelée au point qu’elle avait accepté de devenir sa femme, elle qui pourtant s’était juré de ne pas se marier avant trente ans !

Son mariage finalement n’était qu’une suite de désillusions. Elle avait cru, comme toutes, que l’amour était invincible et qu’il ne s’envolerait jamais. Où étaient les serments échangés ? Elle pensa, nostalgique, au temps où ils n’étaient bien qu’à deux, où l’amour comblait leur vie. Le visage dans ses mains, elle se mit doucement à pleurer.

Claire était devenue la femme d’un notable de province que la société dans laquelle ils évoluaient appréciait et vivait dans l’ombre d’un mari à la forte personnalité. Peu à peu, elle avait gommé sa propre identité adoptant les amis de celui-ci et oubliant les siens qu’il n’appréciait guère. Elle avait aussi fini par oublier ses rêves, ses envies, et avait le sentiment d’être devenue transparente au sein de sa propre famille.

Selon le souhait de Charles, elle avait arrêté de travailler pour se consacrer à ses enfants et n’avait plus de vie personnelle.

Elle qui rêvait de se rendre à des expositions, au théâtre, au concert avait tiré un trait sur ce qu’elle faisait autrefois car ce n’était pas « le truc » de son mari. Ce qu’il aimait, c’était le golf et les soirées du Rotary !

Elle aussi, avant son mariage, se défendait pas mal sur un green mais elle avait arrêté cette activité, faute de temps avec la naissance des enfants, les trajets pour les conduire à l’école et leurs multiples occupations qui morcelaient ses journées. Pourtant l’envie était toujours là mais elle ne voyait plus ses amis et partenaires d’autrefois.

Au fond, en se mariant, elle s’était perdue ! Néanmoins, objective, elle pensait qu’elle avait sans doute une part de responsabilité dans ce qu’était devenue sa vie.

Au bout d’un moment, Claire se ressaisit et alla se rafraichir le visage dans la salle de bains puis mit un CD de JAZZ. Cette musique eut le don de lui mettre du baume au cœur.

C’était décidé, il fallait que sa vie change ! En fin de journée, Claire laissa un mot sur la table pour son mari :

Ne m’attendez pas, je ne serai pas là pour diner. J’ai préparé le repas qui se trouve dans le réfrigérateur.

Elle enfila son imperméable et sortit pour aller au cinéma. Elle prit la direction du centre, ayant décidé de commencer la soirée par un petit restaurant à l’ambiance chaleureuse. Quand elle pénétra dans la salle, un homme assis sur la banquette lui adressa un sourire qu’elle lui rendit.

Elle s’installa à une table et regarda la carte où tant de choses dont elle se privait, sous couvert de régime, lui firent soudain envie. Elle commanda alors, sans une once de culpabilité, ce qu’elle s’interdisait habituellement s’offrant même à la fin du repas, un alléchant coulant au chocolat parsemé d’orange confite et servi avec une boule de glace à la clémentine.

Après avoir fait courage, selon l’expression favorite de son mari, et chassé son vague à l’âme, elle quitta le restaurant et descendit l’avenue jusqu’au cinéma.

Devant celui-ci, n’étant vraiment pas d’humeur à se prendre la tête, son choix se porta sur une comédie romantique. Le film, rempli de beaux clichés, était exactement ce qu’il lui fallait.

Satisfaite de cette soirée, Claire se dit que dorénavant elle instaurerait chaque mois une petite sortie, rien que pour elle.

Quand elle rentra, la maison était calme, les enfants étaient dans leur chambre.

Elle retrouva Charles dans le salon qui avait la mine des mauvais jours.

— Que se passe-t-il ?
— Il se passe que j’ai un certain ras-le-bol de ce qu’est ma vie, des corvées ménagères que j’assume sans que personne ne daigne dire merci et ne lève le petit doigt pour m’aider. J’ai décidé que les choses allaient changer.

Charles, surpris par cette soudaine rébellion, sentit qu’il fallait mettre la pédale douce et que la cocotte-minute était prête à exploser… Il n’avait jamais vu sa femme ainsi. Au fond, pensa-t-il, c’était vrai, il ne faisait pas grand cas d’elle mais elle avait tant changé !

Elle qui l’avait séduit par son enthousiasme, était devenue terne, éteinte. Pourtant, il se dit qu’il l’aimait encore.

— Je crois que tu es fatiguée. Une bonne nuit de sommeil et tout va s’arranger !
— Effectivement et pour cela, je vais même aller dormir dans la chambre d’amis !

Son mari sentit que c’était plus grave qu’il pensait.

Le lendemain Claire se leva tard, tous étaient déjà partis. Elle se sentait de bonne humeur. Elle prit un café en réfléchissant à ce que serait désormais sa vie.

Elle allait contacter ses anciennes amies, en espérant qu’elles ne l’aient pas complètement oubliée, et aussi s’inscrire à la piscine et reprendre le golf.

Pleine de ce regain de vitalité et le sourire retrouvé, elle s’habilla, heureuse à la pensée qu’aujourd’hui elle avait rendez-vous chez une esthéticienne puis chez le coiffeur.

Elle s’apprêtait à partir faire quelques courses pour le repas quand son mari l’appela. Un client l’avait invité pour déjeuner, il ne rentrerait pas. Voilà qui faisait son affaire !

Après les soins, Claire se sentait mieux. Elle avait tant besoin de se faire chouchouter !

Au salon de coiffure, après avoir changé sa couleur pour une plus flamboyante aux reflets cuivrés, elle décida brutalement de couper ses cheveux qu’elle avait au milieu du dos. Chaque coup de ciseaux, chaque mèche de cheveux qui tombait au sol symbolisaient un pas vers une nouvelle vie. Une fois le brushing terminé, elle regarda avec satisfaction son image dans le miroir. Sa coupe l’avait soudain rajeunie.

En quittant le salon, la séance de manucure terminée, elle poussa la porte d’une boutique de vêtements à la recherche d’une robe qui ne dessinerait pas trop sa silhouette et cacherait les petits bourrelets qui étaient apparus au fil du temps.

Son choix se porta sur un modèle fluide, bleu marine qu’elle trouva seyant et qui mettait sa silhouette en valeur. Il ne manquait plus qu’une paire d’escarpins qu’elle trouva peu après.

Satisfaite, elle se sentait revivre et avait le sentiment d’avoir commencé sa mue dans la peau d’une nouvelle femme.

Quand elle rentra, ses enfants la regardèrent admiratifs.

— Oh, tu es belle maman ! Ta coupe est trop bien !
— Moi j’adore ta couleur, c’est plus gai et tu devrais t’habiller toujours ainsi !
— C’est vrai, au moins vous me remarquez !

Son mari, étonné, sembla aussi la redécouvrir et lui fit des compliments mais il commençait un peu à s’inquiéter, sa femme aurait-elle un amant ?

Claire se mit à préparer le repas et innova avec une nouvelle recette qui obtint un franc succès. Elle était contente d’avoir réussi à capter un peu leur attention. Au fond, elle n’en demandait pas beaucoup !

Le temps était au changement.

Claire imposa de nouvelles règles à ses enfants et décida de ne plus toucher à leur chambre qu’ils retrouveraient dans l’état où ils l’avaient laissée et elle ne ramassa plus ce que son mari laissait trainer. Il ne fallut pas très longtemps pour qu’il comprenne !

Un mois plus tard, elle eut envie de refaire la décoration de la maison qui avait un air un peu vieillot. Elle pensa qu’elle allait mettre le sujet sur le tapis dans les semaines à venir mais déjà eut plaisir à imaginer ce qu’elle voulait changer.

Elle se rendit dans un magasin de peinture et rapporta une liasse d’échantillons de couleurs, puis chez un tapissier où elle s’amusa à regarder les tissus qu’elle pourrait peut-être choisir, si son mari lui donnait le feu vert !

Le soir, après avoir regagné sa chambre à coucher, elle revêtit un déshabillé qu’elle ne mettait que très rarement car elle le trouvait trop fragile. Pourtant, c’était celui qui plaisait à son mari.

— Tu vas mieux, on dirait, et tu es très en beauté. Ai-je le droit de toucher ? dit-il avec un petit sourire.

Claire n’imaginait pas que ses changements auraient de tels effets. Se laissant câliner, elle se félicita de l’intérêt soudain qu’elle suscitait.

Il lui semblait avoir retrouvé son mari, mais elle se dit que la bataille n’était pas gagnée et qu’il ne fallait pas en rester là.