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En quête d’une vie nouvelle, Mila s’est installée à Paris il y a un an. Alliant son domaine de prédilection, la psychologie et sa passion pour l’écriture, la rubrique qu’elle a créée au sein d’un prestigieux magazine connaît un franc succès. Désireuse d’oublier son passé et la réelle raison de sa venue dans la capitale, elle se voue corps et âme à sa réussite professionnelle.
Sa nouvelle vie suit son cours jusqu’à cette enveloppe reçue un jour et qui soulève bon nombre d’interrogations. Au fur et à mesure des enveloppes reçues, Mila n’a pas d’autre choix que d’être aux aguets, prête à se défendre, une nouvelle fois. Elle remet alors tout en question, même sa rencontre avec son nouveau collègue, pour lequel la méfiance avait laissé place au désir. Contre toute attente, elle devra à nouveau faire face à son passé, assumer, et peut-être même, dévoiler quelques secrets.
Renouer avec la vie et l’espoir d’une existence normale ? C’est un combat de tous les jours où la victoire n’est pas assurée.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Mélissa Sadet est une auteure qui a commencé l’écriture à vingt ans.
Son premier roman, EMPRISE a rassemblé plusieurs milliers de lecteurs des deux côtés de l’Atlantique. Alliant le thriller et la romance, elle aborde dans celui-ci un sujet qui lui tient particulièrement à cœur et qui fera écho à la sensibilité de nombreuses femmes. Transmettre des émotions, attiser la curiosité et aller au bout du suspense, voilà le défi relevé par Mélissa Sadet dans cet ouvrage.
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Seitenzahl: 295
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Dédicace
Remerciements
Autres publications de Mélissa SADET
Chapitre un
Chapitre deux
Chapitre trois
Chapitre quatre
Chapitre cinq
Chapitre six
Chapitre sept
Chapitre huit
Chapitre neuf
Chapitre dix
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Chapitre treize
Chapitre quatorze
Chapitre quinze
Chapitre seize
Chapitre dix-sept
Chapitre dix-huit
Chapitre dix-neuf
Chapitre vingt
Chapitre vingt et un
Chapitre vingt-deux
Chapitre vingt-trois
Chapitre vingt-quatre
Chapitre vingt-cinq
Chapitre vingt-six
Chapitre vingt-sept
Chapitre vingt-huit
Chapitre vingt-neuf
Chapitre trente
Chapitre trente et un
Chapitre trente-deux
Chapitre trente-trois
Chapitre trente-quatre
Epilogue
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Titre: À découvert / Mélissa Sadet.
Noms: Sadet, Mélissa, 1988- auteur.
Identifiants: Canadiana 20200098144 | ISBN 9782898090943
Classification: LCC PQ2719.A33 A62 2021 | CDD 843/.92—dc23
Auteure :Mélissa SADET
Titre :A découvert
Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire cet ouvrage en totalité ou en partie, sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit sans l’autorisation écrite préalable de l’auteure, conformément aux dispositions de la Loi sur le droit d’auteur.
©2021 Éditions du Tullinois
www.editionsdutullinois.ca
ISBN papier : 978-2-89809-094-3
ISBN E-Pdf : 978-2-89809-106-3
ISBN E-Pub : 978-2-89809-107-0
Bibliothèque et Archives Nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Nationales du Canada
Dépôt légal papier : 1er trimestre 2021
Dépôt légal E-Pdf : 1er trimestre 2021
Dépôt légal E-Pub : 1er trimestre 2021
Corrections grammaticales: Karine MORIN
Illustration de la couverture :Mario ARSENAULT- Tendance EIM
Imprimé au Canada
Première impression :Février 2021
Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) du soutien accordé à notre programme de publication.
SODEC - QUÉBEC
À mes filles, Julia et Charlize
Merci à Emma, Antoine, Muriel & MarieLo pour leur aide et leurs conseils. La rédaction d'un roman est une aventure humaine et sans eux, ce livre n'aurait pas été à la hauteur de mes attentes."
« La détermination d’aujourd’hui
mène au succès de demain. »
Emprise 2017 Éditions Pratiko
Rien ne t'effacera 2017 Éditions Pratiko
Je pose mes yeux sur cette phrase écrite sur une petite carte blanche par l’une de mes lectrices, et souris. Si j’avais su il y a quelques années que j’en serais arrivée là, après tout ce chaos, je ne l’aurais jamais cru une seule seconde. Et pourtant…
Je me reconcentre une dernière fois sur ma lettre et l’enregistre avant d’en imprimer un exemplaire. Il est passé vingt-deux heures, la nuit est tombée et les lumières de la ville scintillent doucement dans cette semi-obscurité. Je ne pensais pas qu’il était déjà aussi tard. Rapidement, j’éteins mon ordinateur et range mes affaires. L’immeuble est quasiment vide. En silence, je me dirige vers l’ascenseur et descends au sous-sol pour récupérer ma voiture. À cette heure, le trafic devrait être fluide.
Dans la nuit noire, je contourne la place Charras et débouche sur le quai du Président Doumer. J’admire pendant quelques secondes la Seine sur ma droite, immobile, où la lune se reflète timidement. Jetant un rapide coup d’œil sur mon réservoir, je mets mon clignotant et m’arrête à une station-service. La fatigue commence à se faire sentir. Mes paupières sont lourdes et les muscles de mon cou m’élancent douloureusement. Il est grand temps que je me couche. Insérant la pompe dans le réservoir, je me concentre sur le bruit de la circulation au loin, sur le périphérique. C’est un son qui m’est devenu familier dorénavant. Avec le temps, on s’habitue à tout.
La température est encore élevée, même en ce début de nuit. Malgré un début de printemps instable, les journées sont plutôt ensoleillées ces derniers temps. Tout à coup, une pluie diluvienne s’abat sur la capitale. Cela ne m’étonne guère, les orages sont fréquents depuis quelques jours. J’observe les gouttes d’eau tomber frénétiquement sur le bitume, jusqu’à ce que la pompe se bloque, annonçant le plein de carburant. Lorsque je la remets à sa place, je pousse un cri de frayeur en découvrant un inconnu à ma droite.
— Bonsoir, dit-il d’une voix grave. Excusez-moi, je ne voulais pas vous faire peur.
Par réflexe, je vérifie discrètement ses mains, mais ne découvre aucune arme. Tout en refermant mon réservoir et, d’une voix inquiète, je lui demande :
— Que voulez-vous ? Je vous préviens, je n’ai ni argent ni bijou…
Il me fixe l’air étonné, puis lâche un rire.
— Vous pensez que je veux vous voler ?
— Que voulez-vous, alors ? je répète, de plus en plus nerveuse.
— Ma voiture est en panne un peu plus bas sur le bas-côté, il tombe des cordes et je n’ai pas de portable pour appeler un taxi. Je voulais savoir si vous pouviez éventuellement me raccompagner. Vous me sauveriez la vie.
Je l’observe quelques secondes. Jamais cela ne me serait venu à l’idée de demander à un automobiliste inconnu de me raccompagner. Je ne suis pas du genre à faire confiance à des étrangers. Ou même à des personnes proches. Compter uniquement sur soi-même, c’est ma devise de tous les jours.
— Il y a le métro, si vous voulez, je propose poliment en faisant le tour de la voiture. Il y a une station à moins d’un kilomètre, à la Défense.
Je le vois grimacer.
— Je ne connais pas très bien la ville et entre nous, je déteste les transports en commun. Mon appartement est dans le 17e, ça vous ferait un gros détour ?
Mon instinct me pousse à mentir. Je pourrais lui dire que j’habite à l’opposé, il n’en saurait rien.
— Je suis désolée, je ne prends jamais d’inconnu dans ma voiture, je finis par avouer. Je vais vous appeler un taxi.
Je me penche dans mon véhicule et attrape mon sac à main, en vérifiant que ma bombe lacrymogène est bien présente. Toutefois, mon portable, lui, ne s’y trouve pas. Je fouille mon sac à nouveau, en vain. J’ai dû l’oublier sur mon bureau. Je jette un œil sur cet homme, adossé contre ma carrosserie. Grand brun, il ne paraît pas bien dangereux, mais à première vue, ils paraissent tous inoffensifs, jusqu’à ce que le masque tombe.
— Alors, votre portable ? me demande-t-il, un sourire naissant à la commissure de ses lèvres.
— Je ne l’ai pas.
Je me tourne vers la station-service, mais à cette heure-ci, elle est déserte.
— Bah voilà, ça règle la question, ajoute-t-il. Dites-moi, je vous fais vraiment peur ?
— Trouvez quelqu’un d’autre, s’il vous plaît.
Je le regarde une dernière fois avant de m’engouffrer dans la voiture. Une seconde plus tard, je sursaute en entendant s’ouvrir la porte côté passager, et me fige en le voyant prendre place à mes côtés.
— S’il vous plaît, me dit-il, ne me laissez pas ici tout seul. Vous n’en aurez pas pour longtemps.
— Il n’y a pas que moi qui passe dans cette rue. Je suis certaine que dans quelques minutes, vous pourrez arrêter un autre véhicule.
— Oh oui, je sais bien. J’en ai vu passer quelques-uns devant moi, mais vous, vous avez quelque chose qui me donne envie de rester.
Je le fixe en me demandant s’il se paie ma tête. Je le vois refermer la portière et enclencher sa ceinture de sécurité.
— Vous n’avez pas l’intention de descendre ? je demande, soudainement consciente qu’il ne me lâchera pas.
Il secoue la tête.
— Non, je ne crois pas.
— Vous ne pouvez pas forcer les gens à faire ce que vous désirez, je murmure.
— J’ai confiance en vous, je sais que je ne risque rien. Et je vous donne ma parole, je suis blanc comme neige. Il ne vous arrivera rien avec moi, ajoute-t-il avec un clin d’œil.
J’hésite encore quelques secondes, puis plonge alors la main dans mon sac et en ressors la bombe poivrée.
— Très bien, je vous raccompagne. Mais au moindre geste, je l’utilise, je lui lance en soulevant la main.
Je le surprends à rigoler.
— Vous êtes sérieuse ? J’ai vraiment l’air d’un agresseur ?
— Tout le monde a en soi l’âme d’un prédateur, je murmure avant de redémarrer.
Je sens mon cœur battre de plus en plus vite. Avant, j’étais gaie, souriante, pleine de vie et d’entrain. J’allais vers les autres avec envie. Mais ça, c’est le passé. Je respire profondément, chasse les souvenirs sombres qui arrivent dans mon esprit, et me concentre sur le trajet.
— Où habitez-vous ? je demande doucement en accélérant pour arriver au plus vite.
— Avenue Wagram, ça vous parle ?
Je ne réponds pas et fixe le bitume humide. Je n’en reviens pas qu’il habite à quelques centaines de mètres de chez moi.
— Ça me dit vaguement quelque chose, oui.
Je traverse le pont de Courbevoie qui surplombe la Seine et file sur le boulevard Bineau, puis sur celui de l’Yser.
— Je peux connaître votre nom ? me demande-t-il.
— Ce ne sera pas nécessaire, je réponds en m’arrêtant à un feu.
Je tapote le volant, fixant la lumière rouge, prête à redémarrer. Je laisse traverser deux jeunes filles titubantes, et reprends la route en silence. J’accélère sur l’avenue de Villiers, et arrive enfin à destination.
— Vous pouvez vous arrêter ici, me dit-il soudainement. On est arrivés.
Je me gare devant un immeuble plutôt élégant, où une grille noire annonce l’entrée d’une résidence. Attendant quelques secondes, je remarque que mon voisin ne bouge pas d’un pouce.
— Pourquoi vous ne sortez pas ? je demande, agacée.
— Vous ne voulez pas monter avec moi ?
Me sentant rougir, je détourne le regard en serrant de toutes mes forces le volant.
— Bon, ça n’a pas l’air de vous tenter… Bonne nuit alors, me dit-il. À bientôt, peut-être.
Avant même qu’il n’ait fermé la portière, je démarre en trombe et m’enfuis. Dix minutes plus tard, je me déshabille et me faufile sous les draps en priant pour que mes cauchemars me laissent en paix, au moins pour cette nuit.
Ce matin-là, lorsque je me lève, j’ouvre les volets du salon et découvre sans surprise un boulevard déjà bien animé. Les bouchons sont déjà en train de se former et le bruit du périphérique au loin se fait entendre.
Je déteste les grandes villes.
Je préfère la campagne, les champs, les forêts, les animaux sauvages traversant la route. Je me souviens de la rosée du jardin lorsque je me levais, avant. On pouvait apercevoir les minuscules gouttes d’eau sur le bord des brins d’herbe, on entendait les oiseaux piailler avec douceur.
C’était différent.
C’était calme, reposant. Ici, c’est bruyant, sombre. L’odeur est particulière, on s’y fait, mais ça ne remplacera jamais l’odeur de l’herbe mouillée, ou l’odeur de foin pendant la saison des récoltes.
Mais au moins, maintenant, dans ce nouveau lieu, personne ne me connaît, personne ne soupçonne mon passé et surtout, personne ne pensera à venir me chercher ici. Cette ville est l’opposé de moi, c’est parfait pour y vivre, pour s’y fondre doucement et disparaître complètement, aux yeux de tous. Mon arrivée ici, il y a un an environ, n’a pas été aisée. Tout quitter du jour au lendemain n’est pas facile. Mais j’ai connu pire. J’ai su m’adapter, je me reconstruis petit à petit, et ma vie commence enfin à me plaire.
Laissant la fenêtre entr’ouverte pour laisser l’air s’infiltrer, je me prépare rapidement un café en écoutant la radio. Le vent de la veille a balayé les nuages et la pluie pour laisser place au soleil. Je vérifie l’heure et pars me préparer pour la réunion annuelle. À huit heures tapantes, j’attrape mon sac à main et hésite à prendre la voiture ou le métro. Je saisis finalement mes clés de voiture et la rejoins en quelques secondes. Le trafic n’est jamais vraiment fluide ici, mis à part la nuit. Après quelques mois d’embouteillage, je me suis habituée à cette circulation. Avec de la patience, on s’habitue à tout : aux klaxons, aux personnes pressées, aux conducteurs maladroits et virulents. Le tout est de ne pas se laisser perturber par tout cela et de partir en avance pour ne pas se faire avoir. Il est vrai que prendre les transports en commun serait plus facile, mais je ne me sens jamais vraiment à l’aise dans ce genre d’endroit. Trop de promiscuité avec des inconnus, des contacts physiques qui me rendent encore nerveuse aujourd’hui. On guérit de ses blessures, mais elles laissent des traces à tout jamais.
Finalement, quarante-cinq minutes plus tard, je gare ma voiture au sous-sol sur ma place réservée. J’avoue qu’avoir cet abonnement en plein centre du quartier d’affaires est un privilège qui vaut de l’or. Lorsque j’arrive devant le hall d’entrée, j’admire comme chaque matin le jardin d’hiver exotique, en contrebas du hall. Je regarde cette oasis, ces arbres luxuriants, et me dirige rapidement vers les portiques de sécurité, où je scanne mon badge. Au premier étage, devant la cafétéria, je découvre avec surprise Judith, ma seule amie dans cette ville, rencontrée un an plus tôt, à mon arrivée dans l’entreprise Woman & Co.
— Ne me dis pas que tu es en avance ? je lui lance, surprise.
— Comme tu peux le constater, me dit-elle en me tendant un café, je suis bel et bien ici avant toi.
Je regarde ce petit bout de femme avec un sourire au coin des lèvres. Ses cheveux blonds, remontés en un joli chignon, la rendent magnifique. Conseillère et journaliste pour la rubrique « beauté et astuces », elle est responsable de rédiger des articles en rapport avec l’esthétisme. D’ailleurs, rien qu’à la regarder, on s’aperçoit que c’est tout simplement une beauté de la nature.
— La réunion est dans cinq minutes, je lui rappelle, on monte ?
Elle acquiesce et me suit jusqu’à l’ascenseur. En quelques secondes, nous grimpons au dernier étage, le trente-cinquième, qui est celui dédié aux réunions, conférences et autres évènements pour l’ensemble des sociétés qui travaillent dans la tour Carpe Diem. Nous prenons place auprès de nos collègues déjà installés, en attendant l’arrivée du directeur. Judith se positionne à ma droite, tandis que je m’assois à côté de Marc, un correcteur.
Comme tous les ans, le directeur du magazine Woman & Co pour lequel je travaille organise une réunion générale pour nous informer des objectifs à atteindre et nous faire un bilan sur l’année écoulée. Avec l’été qui approche, une nouvelle saison commence.
En ce qui me concerne, je sais que le patron, Pierre, attend de moi que je réponde à un maximum de courriers par jour. Les meilleurs, les plus prenants, seront publiés dans la rubrique que j’ai créée il y a douze mois. J’ai toujours voulu concilier ma passion de l’écriture et mon domaine de prédilection qui est la psychologie. Jamais je n’aurais pu penser que cette rubrique aurait autant de succès. C’est un doux rêve qui est devenu réalité. J’en aurais au moins réalisé un dans mon existence. Je sors de mes pensées quand je vois Pierre entrer dans la salle et s’installer en bout de table. Vêtu d’une simple veste et d’un pantalon en lin, on l’imagine mal à la tête de l’un des plus gros magazines parisiens.
— Anciens, nouveaux, commence-t-il, bienvenue à tous. Pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je suis Pierre Lanvin, le directeur de ce merveilleux magazine. Je vous ai réunis ce matin pour vous briefer sommairement sur ce que j’attends de vous. L’année qui vient de s’écouler a été satisfaisante, nous ne pouvons pas dire le contraire. Le chiffre d’affaires ne cesse d’augmenter, la rubrique que Mila a créée il y a un an connaît un succès assez spectaculaire. Tout ça, c’est bien, mais il va falloir faire encore mieux pour ce nouvel exercice. Beaucoup de travail nous attend. La saison qui arrive devra être encore meilleure que la précédente. Ce sera dur, je le confirme, mais j’ai confiance en vous, sinon, vous vous doutez bien que vous ne seriez pas là. On va devoir alpaguer davantage la gent féminine par de nombreux moyens, que j’expliquerai personnellement à chaque personne con-cernée. Mila, pour vous, votre rubrique devra être encore plus travaillée et encore plus dynamique. Elle nous est indispensable et vous avez une grosse responsabilité sur les épaules. On arrive à la période où nos lecteurs prennent des congés puisque l’été approche. Donc, qui dit congé, dit temps libre, donc, nos chiffres vont augmenter.
Je hoche la tête timidement, comme à chaque réunion. J’ai bien conscience du travail qui m’attend pour cette nouvelle saison. Cela ne m’effraie pas. J’aime mon métier. Vivre de sa passion n’est pas donné à tout le monde. Pour ma part, travailler sans relâche m’empêche de broyer du noir. Ça me force à aller de l’avant, à ne plus regarder en arrière. Je tente d’oublier, avec le temps.
— Cette année, nous n’avons pas beaucoup de nouvelles recrues, reprend le directeur, seulement deux, dont Sophie Delamare, notre nouvelle rédactrice en chef.
Une jeune femme se lève et salue poliment l’assemblée avant de se rasseoir.
— Je compte sur vous pour l’intégrer dans l’équipe aussi rapidement que vous savez le faire. La nouveauté de cette année, c’est que contrairement aux années précédentes, nous allons créer une page sportive afin d’étendre notre public, soit la gent masculine, bien que je ne prétende pas que le sport ne soit que pour les hommes. Pour cela, nous accueillons une nouvelle recrue, un journaliste plus particulièrement, qui sera chargé de suivre de nouveaux sportifs en voie de popularité. Il les suivra pas à pas, sera leur porte-parole et nous apportera ainsi des interviews exclusives. C’est un challenge important, si nous réussissons ce pari, Woman & Co prendra un nouveau départ et détrônera nos plus fidèles concurrents. Je convoquerai les personnes avec qui j’ai besoin de faire le point. Je vous souhaite à tous une bonne journée.
Imitant mes collaborateurs, je me lève et me dirige vers l’ascenseur, sachant pertinemment que mon agenda est déjà bien rempli.
— Bon courage pour cette journée, je lance à Judith avec un clin d’œil.
Entrant dans mon bureau quelques minutes plus tard, je fais signe à Thibault, l’un de nos assistants, pour l’inviter à entrer. Il pose comme chaque matin la cagette de courriers auxquels je dois répondre. Je me souviens de mes débuts chez Woman & Co, les quelques lettres que je recevais me remplissaient de joie. Depuis, la correspondance a considérablement augmenté.
Avalant seulement un encas vers treize heures, je saisis une dernière lettre avant de reprendre le chemin de mon appartement.
« Chère Mila,
C’est la première fois que je vous écris et je ne sais pas si c’est une bonne idée, si ça va m’aider à y voir plus clair. Enfin voilà, je suis avec mon compagnon depuis maintenant six ans. Nous sommes très complices, nous vivons ensemble et je suis sûre que nous sommes faits l’un pour l’autre. Mais voilà, depuis quelque temps, j’ai appris qu’il me trompe. Je l’ai su par une amie. Cela m’a profondément blessée. Je suis allée le voir directement pour avoir une discussion franche avec lui. Il n’a pas nié, mais m’a assuré que cela ne représentait rien pour lui, que c’était moi la femme de sa vie. Il m’a demandé pardon et j’ai fini par lui pardonner. Puis, quelques mois plus tard, il a recommencé et m’a ressorti le même discours. Je lui ai dit que j’allais partir, qu’il ne pouvait pas continuer à faire ça. Il s’est agenouillé, me suppliant de ne pas partir, et lorsque j’ai haussé le ton, il m’a giflée. J’ai été sous le choc pendant plusieurs jours, mais je le connais, il n’est pas violent. Tout le monde peut commettre des erreurs, c’est ce que je me répète, alors je suis restée. Je suis persuadée qu’il me trompe encore, et je ne parviens pas à mettre un terme à cette histoire. Je me dis que s’il ne me quitte pas, c’est qu’il m’aime quand même. J’ai un peu perdu ma joie de vivre, notre complicité n’est plus semblable à celle d’auparavant. Tout le monde me dit de le quitter, mais j’ai toujours sa bague de fiançailles au doigt. J’espère que vous pourrez m’aider à y voir plus clair. Amicalement.
Lana. »
Je me concentre sur les mots de cette lectrice, qui me touchent, et entame ma réponse.
« Lana,
Je vous remercie pour la confiance que vous m’accordez et j’espère au plus profond de moi vous être utile à cette prise de décision. Je ne doute en aucun cas de l’amour que vous avez partagé. Comme vous pouvez le constater, je parle au passé. Pour moi, si un homme a ce comportement envers une femme, sa compagne, c’est que le respect n’est plus là, et un amour sans un respect mutuel n’existe pas. Il vous fait du mal, même si ce n’est pas évident à admettre. Il faut que vous agissiez, vos amis ont raison. Aucun homme ne doit nuire à notre santé mentale ou physique et lever la main sur une femme. Si vous continuez à vous voiler la face, vous allez vous perdre. Parfois, il faut se faire du mal pour retrouver le bonheur et l’équilibre. Prenez votre courage à deux mains et quittez-le. Au fond de vous, vous le savez, sinon vous ne m’auriez pas écrit. Trouvez le courage nécessaire et reprenez le chemin de votre propre vie.
Sincèrement, Mila. »
J’imprime mon courrier et le signe de mon pseudonyme : Mila Sorel. C’est le nom que j’ai choisi pour rédiger mes articles. C’est la seule faveur que j’ai demandée à Pierre lorsque je l’ai rencontré pour lui exposer mon projet au sein de son magazine : ne pas révéler à qui que ce soit mon vrai nom.
Il a été surpris dans un premier temps, mais a finalement accepté. Je lui ai fait promettre de ne rien dévoiler, en lui précisant qu’il n’avait rien à craindre de moi. Aux yeux de tous, mes collègues, mes lecteurs, je suis Mila Sorel. Personne ne se doute de ma réelle identité, pas même Judith. Je ne pouvais pas faire autrement. Encore aujourd’hui, je me sens mieux et plus protégée à l’ombre de la vérité. Je suis arrivée ici pour commencer une nouvelle vie. J’ai besoin d’enterrer mon passé.
Je jette un œil sur mon tas de courriers. Seules quelques lettres paraissent dans le magazine, les plus touchantes, même si elles ont toutes une part de tendresse. Il faudra que j’en choisisse quelques-unes demain, la mise sous presse du magazine étant chaque vendredi. Je saisis toutes les enveloppes et les pose dans leur cagette habituelle pour les apporter à Thibault. C’est seulement lorsque je me lève que je remarque une enveloppe posée sur ma bibliothèque.
Le prénom « Mila » est noté sur l’enveloppe, au feutre noir. Je ne vois aucun cachet de la poste, ce qui me laisse penser qu’on l’a simplement posée là. Je la glisse sous mon bras et sors hâtivement du bureau. Ayant l’habitude de travailler de temps en temps de chez moi pour préparer mes futurs articles, je salue poliment quelques-uns de mes collègues et retrouve Judith sur mon chemin.
— Tu pars déjà ? je m‘étonne.
— Je vais aller grignoter quelque chose et me rendre à un rendez-vous extérieur, me répond-elle en souriant.
— Je n’ai pratiquement rien mangé de la journée. Je t’accompagne ?
— Avec plaisir.
Je me fige alors en voyant l’inconnu de la veille se diriger vers nous. Lorsqu’il croise mon regard, un large sourire éclaire son visage. Il nous rejoint en quelques pas.
— Ce n’est pas croyable, si ça ce n’est pas le destin ! s’exclame-t-il en me regardant.
Je vois le visage de Judith se tourner vers moi, les yeux ronds, en attente d’explications.
— Cet inconnu m’a forcée à le raccompagner chez lui hier soir, je prononce tout bas en évitant de regarder le sujet en question.
— Vous exagérez un peu…, je l’entends répondre. Vous travaillez ici, vous aussi ?
Judith tend aussitôt la main.
— Judith Fiorini, dit-elle. Et voici Mila Sorel. Nous travaillons pour le magazineWoman & Co.
— Hugo Delacour, dit-il en serrant sa main. Vous me faites une blague ?
Je me résous à me tourner vers lui, en fronçant les sourcils. Je le vois plonger sa main dans sa poche et retirer une carte de presse.
— Je viens d’être engagé comme journaliste sportif par ce même magazine… On dirait bien que nous sommes collègues.
Je le fixe en me demandant si effectivement il s’agit d’une plaisanterie. Comment, dans une ville comme Paris, a-t-il pu être recruté dans la même société que celle pour laquelle je travaille ? C’est insensé…
— D’ailleurs, très chère Mila, je n’ai toujours pas eu le temps de réparer ma voiture et…
— Et comment êtes-vous venu ce matin ? je le coupe poliment.
— En métro. C’était horrible tous ces gens collés les uns contre les autres. Bien que contre vous, cela ne m’aurait pas dérangé…
Je reste figée, à la fois surprise et choquée. Je surprends Judith en train de s’esclaffer.
— Reprenez le métro ou trouvez-vous un autre chauffeur. Nous ne sommes pas les seules encore présentes dans la tour.
J’attrape le bras de Judith et entre dans l’ascenseur. Repensant alors à la lettre déposée dans mon bureau, je l’ouvre et découvre une seule phrase, toujours écrite au feutre noir.
« Rien n’est sans conséquence. Ne l’oublie pas. »
Je fixe ces mots jusqu’à ce que les portes de l’ascenseur s’ouvrent à nouveau. Pour n’importe qui, ces mots pourraient être banals. Une mauvaise blague, tout au plus. Mais pour moi, ça me rappelle ce que j’ai fait, il y a un peu plus d’un an. J’ai beau avoir changé de vie, de nom, les souvenirs restent. Cela n’a peut-être rien à voir, mais malgré tout, un sentiment de mal-être et de culpabilité me submerge.
— Ça va, Mila ?
Je relève la tête soudainement vers mon amie.
— Quoi ?
— Tu fais une drôle de tête, ajoute-t-elle.
Froissant la lettre et la fourrant dans ma poche, je souris pour rassurer Judith et la pousse vers la sortie.
— Tout va bien. Allons manger.
La température est encore un peu fraîche. Je remonte le zip de ma veste et commence à courir doucement en direction du parc Monceau. J’avoue que je n’ai pas choisi l’emplacement de mon appartement par hasard. Il me fallait un endroit près d’un parc, pour courir et près du travail, pour ne pas passer trop de temps dans la circulation ou les transports en commun. Le dix-septième arrondissement est le quartier idéal. Rapidement, j’accélère la cadence et passe entre les grandes grilles noires annonçant l’entrée du parc.
On m’a toujours dit que courir évacue bon nombre de frustrations, et que c’est un excellent moyen pour se vider la tête. J’ai encore tellement de choses à évacuer, que courir est devenu comme une drogue. Je cours encore et encore, jusqu’à ce que ma concentration se fige uniquement sur mon rythme cardiaque. Une fois arrivée à cette étape, je me sens mieux, légère, insouciante. Je ne pense plus à rien : ni aux problèmes de mes lecteurs, ni à l’étrange message reçu hier, ni à mes cauchemars qui viennent me hanter la nuit depuis plus de douze mois.
D’autres joggeurs sont déjà en train de fouler le parc. Sentant mon cœur s’emballer, je ralentis le pas. Je reprends mon souffle, accoudée sur un petit pont surplombant le bassin du parc. J’observe quelques poissons y nager, puis rejoins mon appartement à pied, le temps de reprendre des forces.
En posant mes clés sur le meuble de l’entrée, je regarde cette carte reçue la veille. Je la saisis et la relis. Ça m’est arrivé une ou deux fois de recevoir de drôles de messages au bureau. Certains lecteurs n’apprécient pas mes articles. Si c’est cela, ce n’est pas bien grave. Mon point de vue ne peut pas plaire à tout le monde. Il y a forcément des victimes collatérales. Mais est-ce vraiment lié à ma nouvelle vie parisienne ? C’est avec ce doute au fond de moi que je range le message dans un tiroir et tente de ne plus y penser.
Lorsque j’arrive au magazine, je monte voir Judith et découvre un post-it sur sa porte : « Absente ».
Je ne perds pas davantage de temps et me mets sans plus tarder à travailler en voyant la cagette de courriers remplie à ras bord que Thibault a dû m’apporter avant mon arrivée. Je les parcours rapidement : soucis de cœur, de travail et encore de cœur. J’enchaîne les réponses tel un robot, en privilégiant la véracité de mes dires selon mon cœur et mon expérience. J’ai toujours aimé la psychologie. Depuis mon enfance, je ressens le besoin d’aider les autres, de me sentir utile. Bien que personne ne le sache, mon histoire n’est pas commune, j’en ai tiré des leçons et si je peux partager cela avec autrui, ce sera déjà ça. Tel un phénix qui renaît de ses cendres, je me relève et ne me laisse pas abattre. Tandis que je pianote sur mon clavier avec enthousiasme, trois petits coups à la porte me stoppent momentanément.
— Oui ? je réponds sans lever la tête.
— Bonjour, Mila. Je voulais vous saluer avant de commencer ma journée. Je n’en reviens toujours pas que nous soyons collègues…
Je regarde Hugo et me dis que moi non plus, je n’en reviens toujours pas. Je me replonge aussitôt dans mon courrier, en soupirant.
— Il va falloir que l’on fasse avec, je murmure.
— Tenez, je vous ai apporté un café, pour bien débuter la journée.
Je m’arrête un instant et fixe le gobelet qu’il pose sur mon bureau. L’odeur de la boisson me parvient aussitôt, me rappelant que je n’ai rien avalé depuis mon jogging.
— Pourquoi ce geste ?
Je le vois froncer les sourcils.
— On ne peut pas être aimable et poli sans arrière-pensée ? me demande-t-il.
Je le prends à contrecœur sans lui répondre et, malgré tout, me délecte de la première gorgée.
— Un « merci » serait trop demandé ? ajoute-t-il. Vous savez, genre « Merci, Hugo, c’est vraiment gentil d’avoir pensé à moi. »
Je l’ignore et continue d’écrire.
— Oh, j’avais oublié, reprend-il. Le patron veut vous voir immédiatement. Ça fait quinze minutes qu’il vous attend, votre téléphone est sur répondeur apparemment.
Je désactive la messagerie vocale, puis me lève aussitôt :
— Vous auriez pu me le dire plus tôt !
Je sors de mon bureau et me précipite dans l’ascenseur en appuyant sur le bouton du seizième étage, là où se trouve le bureau de mon directeur. Avant que l’ascenseur ne se referme, je vois la main de mon collègue retenir les portes.
— Je monte avec vous, me dit-il.
Je me décale et patiente, légèrement nerveuse. Une minute plus tard, je me retrouve assise au bureau de Pierre, Hugo à mes côtés. Je plonge mon regard dans la Seine pendant que Pierre termine de signer des documents, puis il pose son stylo avant de relever la tête :
— Je vous ai convoqué tous les deux car j’ai besoin de vous ce soir. Quoi que vous ayez prévu, annulez-le ou reportez-le. Nous avons un très gros client potentiel qui a soumis l’idée d’investir dans notre magazine. Sa contribution serait un immense avantage financier pour nous. Seulement le fait d’avoir son nom en tant qu’actionnaire dans notre magazine multiplierait l’impact sur d’autres actionnaires potentiels, et nous en rapporterait davantage. Pourquoi votre présence ? Ce n’est pas sorcier. Ce client, monsieur Schmitt, est passionné de sport. Notre nouvelle rubrique l’a intéressé et il va de soi que la vôtre, Mila, est l’une des plus importantes et sa notoriété est une force pour nous. Vous êtes devenue célèbre grâce à vos articles. Pour le client, elle représente une valeur sûre de l’entreprise. Il doit savoir qu’investir chez nous lui sera opportun et sans risque. Vous lui montrerez et prouverez que vos articles attirent des millions de lecteurs. Mila et Hugo, la fiabilité et la passion, voilà ce que vous représentez. Une table est réservée pour vingt heures trente chez « Maxim’s ». Mila, vous habitez à quelques rues, n’est-ce pas ?
J’inspire et me dis que j’aurais préféré que ce détail ne soit pas mentionné.
— Vous habitez dans le dix-septième ? me demande Hugo.
Je lui souris maladroitement et me reporte sur Pierre.
— J’y serai pour vingt heures trente, je réponds tout bas.
Pierre hoche la tête.
— Très bien, bonne journée à vous deux.
Ce dîner ne me dit rien du tout mais, malheureusement, il n’y a aucune échappatoire. De retour dans l’ascenseur et sans grande surprise, Hugo saisit l’occasion.
— Vous auriez pu me dire que vous habitiez aussi dans le même arrondissement ?
— Je ne vois pas pourquoi.
— On pourrait faire du covoiturage ?
Je le dévisage.
— C’est une plaisanterie ? je demande.
— Ça se fait beaucoup de nos jours, dit-il en souriant.
J’ignore sa remarque et retourne à mon bureau pour y travailler toute la matinée sans relâche, jusqu’à midi. Rapidement, j’envoie un SMS à Judith, en espérant qu’elle pourra me rejoindre au « Bon Sens », l’un des restaurants de la tour où nous travaillons. Je m’y rends en quelques secondes et commande deux salades avec eau gazeuse, avant de m’installer sur l’une des nombreuses tables blanches, près des baies vitrées. De là où je me trouve, je peux admirer l’espace naturel du rez-de-chaussée. Je me concentre sur le bruit de la fontaine et sursaute quand Judith s’installe en face de moi.
— Heureusement que tu m’as écrit, m’avoue-t-elle, tu m’as sauvée ! Marie ne voulait pas comprendre que pour une soirée de cocktail, on privilégie un maquillage léger. Rien à faire ! Je me demande où on l’a pêchée celle-là.
Elle s’installe et enlève ses talons comme elle le fait toujours.
— Il y a le nouveau film avec Julianne Moore qui sort aujourd’hui, me dit-elle. On va le voir ? Ça fait longtemps…
Je pique une tomate cerise et l’enfourne dans ma bouche, avant d’informer mon amie de mon nouveau programme de la soirée.
— Pierre m’a demandé de participer à un repas d’affaires avec un client potentiel, je ne pouvais pas refuser.
Je la vois poser ses couverts et me dire, la bouche à demi pleine :
— Et pourquoi je ne suis pas conviée, moi aussi ? Je ne suis pas importante ?
Je secoue la tête, peinée qu’elle se sente à l’écart.
— Bien sûr que si, je la rassure, tu l’es autant que moi. Il ne peut pas inviter tous les employés. Aujourd’hui c’est moi, demain ce sera toi, j’en suis certaine. Je lui soumettrai l’idée, même.
— Je n’y crois guère, il n’y en a que pour toi.
Je sens une pointe de tristesse dans sa réponse.
— Et vous ne serez que tous les trois ? reprend-elle.
Je soupire et prends ma bouteille d’eau en secouant la tête à la négative.
— Le nouveau sera là, je murmure. La soirée sera donc encore plus terrible.
Je la vois hausser les épaules en prenant un morceau de pain.
— Il n’a pas l’air bien méchant ce Hugo. Je ne comprends pas pourquoi tu es aussi réticente envers lui.
Je la regarde, sans répondre. Je n’ai pas forcément envie de réfléchir à cette question.
— Ce ne serait pas une mauvaise idée que tu sortes avec lui, me suggère-t-elle, tu as l’air de lui plaire.
Je ris jaune.
— Jamais de la vie, je riposte.
— Pourquoi tu ne sors jamais avec personne, Mila ?
— Je sors avec toi, ça me suffit.
— Tu sais bien de quoi je parle, renchérit-elle.
Je me lève et l’embrasse, sans lui répondre.
— On se voit plus tard, je lui glisse tout bas.
