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Une histoire captivante où l'amour, la manipulation et la violence s'entrelacent entre deux jeunes âmes troublées...
Éric est un lycéen discret et sans histoires, secrètement amoureux de Charlotte, sa brillante et séduisante camarade. Cependant, derrière son apparence parfaite, Charlotte se révèle cruelle et manipulatrice. Lorsqu'Éric commence à lui donner des cours particuliers, chaque samedi devient une épreuve de plus en plus intense. Un jour, poussée par des provocations incessantes, la tension atteint son paroxysme : Éric perd le contrôle et l'agresse. Mais contre toute attente, Charlotte ne réagit pas comme il l'avait imaginé. Charlotte a-t-elle prémédité cette situation pour atteindre un but caché ? Est-elle simplement une manipulatrice ou cache-t-elle une facette plus vulnérable ? De son côté, Éric tente de comprendre si derrière cette façade se cache une âme à sauver. Ce roman riche en émotions explore les limites de l'amour, du désir et de la manipulation.
Emmanuel Starck, auteur passionné de 28 ans, a découvert la lecture grâce à sa mère en dévorant des
Chair de Poule et en passant aux œuvres de Stephen King, notamment
Ça, qui l’a profondément marqué. Après avoir pris goût à l'écriture à travers des fanfictions, il a poursuivi cette passion à l'université, où ses cours de rédaction l’ont poussé à reprendre la plume. Il est l’auteur de
L’Étoile du Matin et travaille actuellement sur plusieurs projets, notamment une saga Fantasy et une histoire fantastique et horrifique.
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Seitenzahl: 228
Veröffentlichungsjahr: 2018
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A Love Story
Emmanuel Starck
Romance
Éditions « Arts En Mots »
Introduction
Demain, j’aurai 19 ans. Un évènement important dans la vie d’un jeune homme normal, un anniversaire. Sauf que je ne suis pas tout à fait normal. Je ne suis actuellement pas entouré par une famille aimante. Les bleus qui recouvrent mon corps sont là pour le prouver. Les autres, ici, ne m’apprécient pas. Mais j’ai l’habitude, ne vous inquiétez surtout pas pour moi. Et, en un sens, je mérite amplement mon sort. Je l’ai même choisi, d’une certaine manière.
Pourquoi affirmerais-je cela ? Justement, c’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai décidé de prendre ma plume, et d’écrire. De raconter mes aventures. Peut-être ceux qui les liront me comprendront mieux. C’est une histoire d’amour, comme presque toutes les histoires, en fait. Disons que, dans celle-ci, ce sentiment incroyable tient vraiment une place centrale.
Partie 1
Chapitre 1
Mais toute histoire doit avoir un début. Alors commençons au commencement, vous voulez bien ?
Mon nom n’a pas d’importance, mais je m’appelle Éric. Très banal, me direz-vous. Et vous auriez raison. Mon prénom, tout comme le reste de ma vie, est insignifiant, sans saveur, sans intérêt.
Mes parents ont toujours été aimants, doux, présents pour moi. Je suis fils unique, le seul que ma mère ait pu avoir. Les médecins lui ont ensuite fortement déconseillé d’essayer d’enfanter à nouveau, les risques de complications étant trop élevés.
J’ai donc été bien éduqué, de façon parfois stricte, mais juste. L’impolitesse n’était pas tolérée, chez nous. J’étais très doué à l’école, me débrouillant dans toutes les matières. Excepté le sport, bien entendu. Ça, c’était pas terrible. Pas catastrophique non plus, je n’étais pas un faiblard asthmatique comme on nous en sert dans les séries télé américaines. Disons simplement que je me contentais de rester dans la moyenne.
Non, vraiment, mon existence n’avait rien de bien passionnant avant mon entrée au lycée. Là, tout est devenu plus intéressant. Mon destin a pour ainsi dire commencé ici, dans l’établissement Charles de Gaulle de la petite ville de Montois, dans le nord-est de la France.
Comment vous raconter ça... Dès le premier jour, j’ai su que ma vie allait prendre un tournant. Du genre virage à cent quatre-vingts degrés. Dès que mes yeux se sont posés sur elle, en vérité. Tout le reste a, dès cet instant, totalement disparu.
Elle, c’était Charlotte Dumont. La décrire avec des mots n’est pas une tâche facile, mais je vais faire de mon mieux. Un ange. Tout simplement. Une vision de Paradis. Pour ne rien gâcher, elle portait un magnifique chemisier blanc lors de notre première rentrée au lycée, je m’en souviens encore comme si c’était hier.
Tout en elle respirait la classe à l’état pur. Sa longue chevelure brune, très légèrement bouclée et toujours impeccable. Sa posture droite, mais pas tendue. Ses vêtements, distingués. Sa façon de parler, pleine d’assurance. Et ses yeux... D’un vert émeraude, pénétrant. Un seul de ses regards pouvait faire perdre la tête de quiconque y fixerait le sien. Et, pour parachever le tout, un corps tout en longueur, élancé, sur lequel la puberté avait déjà fait son œuvre à ce moment, et continuerait à le faire tout au long de ces trois années et quelques durant lesquelles j’ai eu la chance de la côtoyer.
Physiquement, donc, elle était la perfection incarnée. Il serait logique que ma description enchaîne sur ses atouts humains, de personnalité. De ce côté-là, malheureusement, elle était loin d’être un ange. Autoritaire, hautaine, cruelle, sans cœur. Ça résume plutôt bien. Un démon, caché dans une enveloppe divine. Un cocktail explosif.
On parle souvent de coup de foudre, et c’est assez vrai, en ce qui me concerne. J’étais en avance, comme à mon habitude, et l’appel des nouvelles classes n’allait pas se faire avant une bonne demi-heure. J’avais donc tout le loisir d’observer l’arrivée de mes éventuels futurs camarades. C’était un lycée public, alors il y avait un peu de tout. Des types en survêtement, des métrosexuels, des gothiques...
Moi ? Sans surprise, mes fringues reflétaient bien ma personnalité et ma vie : un simple jean, couleur jean, et un T-shirt gris, sans marque, sans motifs. La banalité et l’ennui à l’état pur. Je ne pouvais m’intégrer qu’à un seul groupe : celui des paumés.
Mais je m’égare. Je disais donc : le coup de foudre. Charlotte, comme j’apprendrai plus tard qu’il était dans ses habitudes, arriva deux minutes exactement avant le premier appel. Je n’ai pas assisté à l’intégralité de sa venue, stressé que j’étais de découvrir avec quelles personnalités je devrais passer les trois prochaines années de ma vie.
Quand je me suis retourné et que mon regard s’est posé pour la première fois sur cet être de lumière — souvenez-vous, je n’avais à ce moment aucun moyen de connaître la noirceur de son cœur —, j’ai vraiment ressenti une décharge. Un courant d’électricité statique remontant de mes orteils jusqu’à la pointe de mes cheveux. J’en ai frissonné.
Je sais ce que vous vous dîtes : un ado, puceau, qui voit une fille qui sort un peu de l’ordinaire, et voilà, il s’excite. Les hormones, ce genre de trucs. Mais vous seriez bien loin de la vérité. Ma puberté était à ce moment bien engagée, et bien que toujours vierge, je pouvais parfaitement dissocier un simple émoi sexuelle d’un raz-de-marée d’émotions tel que celui-là.
Ça va vous sembler très con, mais j’ai eu à cet instant l’impression de sentir mon âme brûler. Pas comme un feu, non, plutôt comme un soleil, mais à l’intérieur de mon être. Vous connaissez Superman ? Qu’est-ce que je raconte, évidemment que tout le monde le connaît… Mais savez-vous ce qui le rend si fort ? Le soleil. C’est de là qu’il tire son énergie. Mais seulement des soleils jaunes, comme le nôtre. Les soleils rouges, au contraire, l’affaiblissent à l’extrême. Je découvrirais plus tard que Charlotte était à la fois mon soleil jaune et mon soleil rouge.
Je diverge, une fois de plus. Assez de métaphores. Vous voulez sans doute savoir ce qui s’est passé, ce que je suis allé lui dire, quelle technique j’ai choisie pour l’aborder. La réponse vous semblera probablement décevante : il ne s’est rien passé du tout. Nous étions dans la même classe, et je ne lui ai pas adressé la parole une seule fois durant les trois premiers mois. Et je peux aller jusqu’à affirmer que je lui ai très peu parlé, les deux premières années qui ont suivi notre « rencontre ». Jusqu’à ce jour béni, dont je me rappelle parfaitement : le lundi 4 janvier 2016, il y a un an, jour pour jour.
Chapitre 2
Comme précisé plus tôt, durant les deux premières années, mes échanges avec Charlotte furent rares. Elle évitait soigneusement de s’adresser aux gens comme moi. Son groupe d’amis n’était constitué que d’individus influents au sein du lycée — la fille du directeur, par exemple — ou de gosses de riches, comme elle.
Mais même dans cette bande composée de personnes « exceptionnelles » — il y avait également quelques sportifs — elle se démarquait. Elle avait quelque chose de plus, une prestance naturelle qui la tenait toujours au-dessus du lot. Bien que n’étant pas intégré à leur groupe, je voyais bien que tous se tournaient automatiquement vers elle dès qu’une décision devait être prise, aussi triviale puisse-t-elle être. « On mange cantine ou kebab ? » « Je sais pas, demande à Charlotte. » « Charlotte, on sèche les cours cet aprèm ? » « Charlotte, tu crois que je devrais acheter ce petit haut ? »
C’était elle, la boss du bahut. Inconsciemment, tout le monde s’écartait de son chemin, et ceux qui ne le faisaient pas s’en mordaient les doigts. Je me souviens, en première, un gothique du nom de Mathias avait décidé de ne pas se laisser faire et de l’envoyer chier. Je ne pourrais dire exactement combien de types lui étaient tombés dessus le soir même à la sortie du lycée, mais il y en avait une bonne dizaine. La petite armée personnelle de Charlotte, essayant de s’attirer les faveurs de la belle.
Elle pouvait aussi livrer ses propres batailles, bien sûr. Un peu plus tard cette année-là, elle avait été renvoyée deux jours après avoir cassé le bras d’une élève, qui avait taché son joli chemisier blanc — le même qu’à la rentrée, en seconde — et avait ensuite refusé de s’excuser. Charlotte avait alors vu rouge, et lui avait littéralement sauté dessus, la rouant de coups. Et une fois l’autre au sol, elle avait mis un violent coup de pied directement dans le radius de sa pauvre victime, qui avait cédé dans un grand craquement.
Tous les élèves parlaient d’un accident. Pas moi. J’avais vu son regard, à ce moment. Le coup avait été porté avec précision, la fracture n’étant pas un incident, mais le but premier. Et en entendant le craquement sec, elle avait souri.
Alors oui, Charlotte était un monstre. Et pourtant, tout ça n’entamait en rien sa perfection. Elle était simplement au-dessus du lot, telle une lionne devant un troupeau de chats effrayés. Elle occupait toutes mes pensées, à tout moment, mon regard la cherchant constamment pendant la classe, mes rêves me menant irrémédiablement vers elle.
N’en déplaise à ma petite amie. Oh, aurais-je oublié de mentionner son existence ? Eh oui, j’avais une petite amie, déjà quelques semaines avant de poser pour la première fois mes yeux sur Charlotte Dumont. Sophie, une copine d’enfance. Était-elle belle ? Pas spécialement, mais pas tout à fait moche non plus. Elle avait simplement le mérite d’être tombée amoureuse de moi, au sein de mon groupe très restreint de potes, composé d’elle, d’un type appelé Raïn, un jeune beur chétif, et de moi.
Je reviendrai à Raïn plus tard, mais pour ceux qui associeraient le terme « jeune arabe » à « jeune racaille », vous devriez vite oublier ce cliché. Lui était Metalhead, de la pointe des cheveux jusqu’au bout des orteils. Toujours habillé en noir, peu importaient les circonstances. Il versait même un peu dans le satanisme, par moments, au grand désespoir de ses parents, tous deux marocains et musulmans convaincus et pratiquants. Timide, introverti, complexé par sa petite taille et sa maigreur. Il aura tout de même son importance dans cette histoire.
Où en étais-je ? Oui, Sophie. Quelque peu rondouillette, pas très grande, contrairement à moi. Gentille comme tout. Mais tellement insipide. Bonne à l’école, amicale avec tous ceux qui voulaient se donner la peine de lui parler, discrète, volontaire. Les adjectifs ne manquent pas pour la décrire, mais rien qui ne sortait vraiment de l’ordinaire.
Pourquoi alors ai-je accepté de me mettre en couple avec elle, me demanderez-vous ? Eh bien, parce que je n’avais jamais eu de petite amie, et qu’il fallait bien commencer quelque part. J’ai conscience aujourd’hui qu’elle ne méritait pas ça, mais à cette époque mon cerveau reptilien m’a indiqué qu’elle pourrait être une solution facile pour ne plus être puceau, c’est aussi simple que ça.
C’est elle qui a fait le premier pas, pour ma défense. Pendant les vacances d’été, juste avant notre entrée en Seconde. Elle voulait le faire avant, mais n’avait jamais trouvé le courage. Je n’ai pas eu le cœur de la repousser.
Voilà comment je me suis retrouvé, quelques semaines plus tard, en couple avec une fille que je n’aimerais jamais comme elle le méritait, tout en étant amoureux fou d’une autre fille qui, elle, ne le méritait sans doute pas. Mais comme on dit, « Le cœur a ses raisons que la raison ignore ». Cette phrase n’a jamais été si adéquate.
Je me souviens tout de même d’un échange presque courtois avec Charlotte, en seconde, à peine quatre mois après la rentrée. C’était en TP de Chimie, le prof — Monsieur Richard Serge, je n’ai jamais aimé les patronymes qui sont aussi des prénoms — avait tiré au sort des groupes de deux. Quand mon nom était sorti juste après celui de Charlotte, j’avais éprouvé toutes les peines du monde à camoufler ma joie.
C’est elle qui avait dû se déplacer jusqu’à ma table. Elle m’avait alors scruté de bas en haut, comme si c’était la première fois de sa vie qu’elle daignait remarquer mon existence.
— Éric, c’est ça ? avait-elle demandé sur un ton neutre.
— Ouaip, et toi, t’es Charlotte, c’est ça ?
— Fais pas semblant de pas savoir, c’est ridicule. T’es plutôt bon pour tous ces trucs de chimie, non ?
— Assez, oui.
— Parfait, je table au moins sur un 17, alors t’as intérêt à pas te rater.
Et voilà, elle n’a plus ouvert la bouche de tout le cours. Elle n’a pas montré la moindre motivation pour l’expérience, me laissant faire tout le travail. Lorsque la sonnerie a retenti, elle s’est juste levée, a ramassé son sac à main Louis Vuitton beige et est sortie de la salle, sans un regard en arrière.
Au cours de chimie suivant, la note est tombée : 18. Elle était assise plusieurs rangs devant moi, et s’est simplement retournée dans ma direction. Ses yeux ont accroché les miens. Pas de gratitude dans ce regard, pas une once de reconnaissance. Seulement la confirmation d’un contrat rempli.
Cette association temporaire entre nous n’a rien changé. Elle a continué à m’ignorer copieusement, et le prof, ayant parfaitement compris que tout le mérite de la note me revenait à moi seul, n’a plus jamais effectué de tirage au sort pour les groupes, préférant choisir lui-même les binômes.
Chapitre 3
Je n’ai pas écrit pendant quelques jours, et je tiens à m’en excuser. Pour ma défense, j’ai passé une bonne partie du weekend à l’infirmerie. Les autres me sont tombés dessus dans la cour, et m’ont copieusement tabassé. Il faut croire que mon idée de me faire tout petit n’a pas fonctionné. D’un côté, ce n’est pas comme si je publiais cette histoire sur un blog ou une connerie du genre, et personne ne me lit, pour le moment.
Mais, pour mes futurs lecteurs, je tenais tout de même à m’excuser. Pour les quelques jours sans écrire, mais aussi pour le côté complètement décousu des deux premiers chapitres. À partir de ce point, les personnages principaux du récit étant posés, j’essaierai d’être plus consistant dans ma manière de raconter les évènements, quitte à conter certaines choses qui me semblent peu intéressantes.
Nous disions donc, le jour qui a tout changé, mardi 27 octobre 2015, au début de notre année de terminale. Les vacances n’étaient pas encore finies, le temps de retourner à l’école pas arrivé, et j’avais décidé d’accompagner ma mère pour faire les commissions, pour une fois.
Il n’existait qu’un seul vrai supermarché à Montois, le choix s’en retrouvait forcément assez réduit. Il était rare que je m’y rende, mais ce jour-là, j’avais ressenti une envie de passer du temps avec ma mère, ce qu’elle avait accepté avec grande joie. Je tiens à ce que tout soit clair, une fois de plus : je ne suis pas devenu ce que je suis à cause de mes parents, qui étaient absolument parfaits, un mélange savant entre autorité et amour filial.
Les courses avançaient assez bien, ma mère me questionnant au sujet de l’école, de Sophie — je ne lui avouerai jamais que je n’en étais pas amoureux, au risque de recevoir un sermon sur le fait de jouer avec les émotions des autres —, de ma vie en général. Du futur que j’envisageais. Pour moi, tout était clair depuis longtemps, j’intégrerais une école d’ingénieur, avec en ligne de mire l’ESPCI ou l’École des mines, toutes deux à Paris.
Mes parents étaient loin d’être riches, loin d’être pauvres. Une bourse serait nécessaire, et mes notes me permettraient de l’obtenir. Ce n’est pas pour rien que je bûchais autant, à cette époque. C’était un rêve, et il ne tenait qu’à moi de pouvoir le réaliser.
Pardon, j’avais promis que mon récit serait moins décousu, et voilà que je vous parle de mes anciennes perspectives d’avenir. Elles n’ont plus la moindre importance, maintenant. Revenons-en au fait, et j’essaierai de faire le moins de digressions possible.
Ah, une dernière chose, qui aura un impact dans la suite immédiate de mes exploits. Charlotte, aussi parfaite soit-elle, ne s’intéressait pas beaucoup aux études. Elle a choisi la filière scientifique, pour une raison qui m’échappe, ses notes dans les matières littéraires étant bien meilleures. Ses résultats globaux n’étaient pas catastrophiques, elle parvenait toujours à se maintenir très légèrement au-dessus de la moyenne, mais ce n’était pas folichon. Surtout en maths. Elle détestait ça.
Voilà, finies les explications. Nous étions donc dans ce supermarché, remplissant au fur et à mesure le caddie avec divers articles de nourriture, fournitures scolaires, produits d’entretien, ce genre de trucs. Et sur qui tombons-nous ? Je vous le donne en mille : Charlotte Dumont, accompagnée d’un homme bien plus âgé qu’elle. Son père. Du moins, je l’espérais, ne l’ayant jamais aperçu auparavant.
Sa réaction, en me repérant ? Un soupir, et le nez replongé immédiatement sur son téléphone. Ma réponse à moi ? Figé. Complètement immobile. Ma phrase arrêtée en plein milieu.
— Éric ? s’inquiéta ma mère. Qu’est-ce qui t’arrive ?
— Euh, rien. On y va ?
— Attends une seconde, fit ma mère en se frottant le menton. J’ai déjà vu cette fille ! Elle est dans ta classe, non ? Tu veux qu’on aille lui parler ?
— Maman, s’il te plaît...
— Ne sois pas comme ça, allez, viens !
Et, comme un fantôme, je l’ai suivie alors qu’elle approchait du père et de sa fille. Dans un moment de terreur, je me suis mis à imaginer que Charlotte ait tiré son caractère de son paternel : si c’était le cas, ma mère risquait de se faire envoyer balader. Mon Dieu, qu’elle ne provoque pas une scène en plein milieu du magasin, et juste devant Charlotte ! pensai-je.
Il n’en fut rien. Le père de Charlotte était un homme courtois, ravi de rencontrer l’un des camarades de classe de sa fille. Sous son impulsion, celle-ci fut obligée de m’adresser un léger « Salut » désintéressé. Le « Bonjour » qu’elle accorda à ma mère fut un peu plus marqué.
— Je me présente, Georges Dumont. Et voici ma fille, Charlotte.
— Enchantée, Sarah Scinzky, et mon fils, Éric, répondit ma mère dans une poignée de main.
Bon, j’imagine que vous connaissez mon nom de famille, maintenant, et que vous vous rendez compte que j’ai des origines polonaises. Croyez-moi, pour la suite de l’histoire, ça n’a absolument aucun intérêt.
— Éric ? reprit le père, curieux. Charlotte m’a parlé de toi. C’est toi qui lui as obtenu sa seule bonne note en chimie, c’est ça ?
— Papa... soupira Charlotte, levant les yeux au ciel.
— Tu as de bonnes notes en maths, non ? continua Monsieur Dumont, ignorant totalement sa fille.
— Plutôt, oui, répondis-je timidement.
— Oh, ne joue pas la carte de la fausse modestie ! intervint ma mère, toujours prompte à souligner mes prouesses. Il a de très bonnes notes depuis le début de sa scolarité, c’est un vrai bûcheur.
— Tout le contraire de ma chère fille, alors !
La conversation continua sur ce ton pendant un moment, Charlotte fut obligée de ranger son portable sur l’injonction de son père : « Sois polie, bon sang ! » Il avait l’air gentil, mais sévère. Comme mon propre père, mais en beaucoup mieux habillé. Qui fait ses courses en costume trois-pièces dans une bourgade comme la nôtre ?
D’après les rumeurs que j’avais interceptées, le père de Charlotte dirigeait la plus florissante entreprise de la ville, une multinationale travaillant dans les nouvelles technologies — Dumont Innovation, de son nom. Le plus drôle, c’est qu’avec un diplôme d’ingénieur en poche, j’aurais très bien pu me retrouver à bosser sous ses ordres.
J’apprendrais plus tard que l’avenir de Charlotte était déjà tout tracé : elle travaillerait pour son père. Pas besoin de se casser la tête à faire de grandes études, ou à chercher du travail. Il n’y avait qu’une seule condition : qu’elle obtienne son bac, au premier essai, c’était aussi simple que ça. Et, bien que légèrement au-dessus de la moyenne en classe, elle n’était pas assurée de réussir ses examens.
Ce qui nous amena à la proposition qui changea ma vie. Un truc tout bête, qui se fait souvent, mais qui eut des conséquences d’ordre cosmique.
— Éric, maintenant que j’y pense, lança Georges Dumont, comme s’il venait d’avoir une idée brillante. Tu pourrais peut-être aider Charlotte, non ? Vous êtes dans la même classe, après tout.
Le regard que me lança l’intéressée était on ne peut plus clair : « Refuse, ou je te tue ! »
— Désolé, Monsieur, mais nous avons très peu de temps libre en commun au lycée, on n’a pas choisi les mêmes options. Mais ça aurait été avec plaisir.
Monsieur Dumont se grattait le menton. Il cherchait une solution à son problème. Comme je le suspectais, il n’était pas homme à abandonner facilement.
— Et que dirais-tu de venir chez nous, le samedi après-midi ? Je te paierai, bien sûr.
— Quoi ? éructa Charlotte, lançant à son père un regard noir. T’es pas sérieux, là ? Tu crois pas que j’ai mieux à faire de mon samedi ?
— Tais-toi, et tout de suite. Tu préfères rater ton bac ? Dois-je te rappeler notre arrangement ?
Après une dernière œillade furibonde, Charlotte céda. Elle se tourna sur le côté et croisa les bras, dans une attitude boudeuse de toute beauté. De mon côté, je ne réalisais pas encore bien ce qui venait de se dire. Est-ce qu’on m’offrait l’occasion de passer du temps avec Charlotte, une fois par semaine ? En étant payé, en plus ?
Difficile d’expliquer à quel point l’idée m’emballait. Je ne sais pas si j’ai réussi à bien le camoufler en acceptant la proposition. Je pense que mon sourire était un peu trop éclatant pour être simplement poli lorsque Monsieur Dumont me tendit le petit bout de papier sur lequel il avait griffonné son adresse.
C’est ici que tout a commencé, dans ce supermarché. Je devais me rendre chez les Dumont dès le samedi suivant. Le premier cours de maths marquera le vrai début de cette histoire. Ne soyez pas trop impatients, je reviens rapidement vers vous !
Chapitre 4
Dire que Charlotte n’était pas enchantée de ma venue serait un euphémisme. Ce samedi 31 octobre 2015, ma mère m’a déposé devant la grande maison d’architecte dans laquelle vivait mon ange. Niveau vêtements, j’avais fait un petit effort. C’est pas tous les jours que j’avais l’occasion de me retrouver dans les quartiers riches de notre belle petite ville, après tout.
Ma mère partie, je suis allé sonner. Le carillon, lui aussi, faisait bourgeois. Une jolie mélodie, qui n’était pas sans rappeler la Lettre à Élise, même si ce n’était pas tout à fait ça. La porte s’était ouverte sur Charlotte. Bien coiffée, bien habillée, comme à son habitude.
— Ah, c’est toi, lança-t-elle sur un ton chargé de dédain. Entre.
— Salut. Je sais que ça t’enchante pas, mais ton père a tellement insisté...
— Oui, ça va, ça va. Grouille-toi d’entrer, qu’on en finisse.
Cette maison était magnifique. Vraiment. Rien que le hall était plus luxueux que tout endroit où je pourrais vivre un jour. Ça me changeait de l’appartement trois-pièces dans lequel j’habitais avec mes parents.
Le parquet sur le sol était en bois massif, sans hésitation - du chêne, probablement - et les miroirs et tableaux aux murs devaient valoir à eux seuls vingt ans du salaire de mes deux parents réunis. Sans déconner, j’avais l’impression d’être dans un château. Tous les murs étaient d’un blanc immaculé.
— Je te préviens, grogna Charlotte, m’interrompant dans ma contemplation des lieux, le temps que tu prends à admirer tout ça sera décompté de ton « travail ». Si tu veux rester là pendant une heure, ne te gêne pas.
— Non, pas du tout. Ton père est ici ? Je souhaite quand même lui dire bonjour et le remercier.
— Non, il n’est pas là. La femme de ménage non plus. Le weekend, je suis tout le temps seule.
Une ombre était passée sur son visage, pendant une seconde. Elle s’était immédiatement ressaisie, un peu trop vite à mon goût. Elle ne devait pas aimer que quelqu’un voie ses faiblesses. Surtout pas un type comme moi. Après une bonne minute de silence, c’est moi qui repris :
— Écoute, je peux repartir si tu veux, je prendrai le bus.
— Non, laisse tomber. Mon père n’est pas là, mais il a soudoyé la vieille peau d’en face pour qu’elle surveille la maison. Si tu repars dans moins d’une heure, je suis morte. Allez, amène-toi.
Elle m’invita à la suivre vers un escalier en colimaçon fait de marbre noir, sans un mot de plus. Je commençais à comprendre où elle m’emmenait : sa chambre. À moins qu’elle n’eût disposé d’un bureau personnel, mais j’en doutais. Mon cœur se mit à battre rapidement, un vrai solo de batterie de John Bonham.
J’avais vu juste. La porte qu’elle ouvrit menait à une grande chambre, très spacieuse, avec d’imposantes fenêtres, cachées par un store. Sans que je lui aie demandé, elle expliqua :
— Je tire toujours les stores, pour éviter que la vieille d’en face ait les yeux rivés sur ma chambre. Elle est un peu trop curieuse à mon goût.
J’étais donc là, dans une grande maison, seul avec la fille de mes rêves, les rideaux baissés. Autant dire que les maths n’étaient pas en première position dans la liste de mes préoccupations.
Elle ouvrit son sac et en sortit une feuille, qu’elle posa sur le bureau, ainsi qu’un stylo, une règle et un compas.
— Bon, voilà, je te laisse faire ça, moi, je vais bouquiner.
Elle se dirigea tranquillement vers le lit et commença à se déchausser.
— Euh, je crois pas que c’est ce qui était convenu, tentai-je timidement.
— Écoute, répondit-elle dans un soupir. On a un Devoir Maison à rendre, tu le fais en mettant quelques erreurs volontairement, je le recopie et on n’en parle plus. J’ai aucune envie de bosser, là, tout de suite. On verra quand on aura un Devoir sur Table imminent. Allez, au boulot !
Le ton employé était péremptoire, comme toujours. Elle n’avait pas l’habitude que qui que ce soit lui tienne tête, à part peut-être son père. Et je n’avais, à ce moment-là, pas du tout la force de le faire moi-même. Une fois sûre que son autorité avait prévalu, elle s’allongea sur le dos et prit un livre sur sa table de chevet.
Le devoir fut terminé en moins de trente minutes. Pourtant, je craignais de me retourner, voulant éviter de subir les foudres de mon hôtesse. Dans mon esprit, je parvenais à me retourner, et Charlotte était allongée sur son lit, entièrement nue, m’invitant d’un signe à la rejoindre. Heureusement, je n’étais pas assez fou pour y croire, et l’érection provoquée par ces pensées n’y changerait rien.
Je fis donc tout simplement semblant de continuer à travailler jusqu’à ce que l’heure soit passée. À ce moment, prenant mon courage à deux mains, je réussis à me retourner. Charlotte, absorbée par sa lecture, ne s’en rendit pas compte. Je jetai alors un œil sur le bouquin : Great Expectations. Les Grandes Espérances, de Charles Dickens. Remarquant la ressemblance frappante entre Estella et Charlotte — et, de manière encore plus insolite, entre Pip et moi — je ne pus m’empêcher de lâcher un petit rire.
— Quoi ? fit Charlotte en levant les yeux de son livre, les posant directement dans les miens, ce qui eut pour effet de provoquer l’un de ces nombreux frissons auxquels je finirais par m’habituer. Ça te surprend que je sache lire, c’est ça ?
— Non, pas du tout, répondis-je, le ton plein d’excuses. C’est un choix de livre intéressant, c’est tout.
— Pourquoi ça ?
— Je sais pas. Ça te va bien.
Elle me scruta quelques secondes, plissant légèrement les paupières, avant de reprendre :
— Tu me compares pas à Miss Havisham, j’espère ?
— Non, plutôt à Estella, à vrai dire.
