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Ce récit, basé sur une histoire vraie, relate une expérience de vie unique : devenir famille de parrainage. Parrainer un enfant un week-end par mois était une évidence pour elle. Le duo entre Mammouth et Poulet Croq' dépassait ses espérances, malheureusement, rien ne s'est déroulé comme prévu au fil du temps. De nombreux obstacles viennent entraver leur relation, jusqu'à la décision finale…
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Seitenzahl: 209
Veröffentlichungsjahr: 2024
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© 2024 novum maison d’édition
ISBN Version imprimée:978-3-99146-260-6
ISBN e-book: 978-3-99146-261-3
Relecture:Kathleen Moreira
Photographie de couverture:@bne83
Création de la jaquette: novum maison d’édition
Illustration:@bne83
Malgré tous ses efforts, l’autrice n’a pas réussi à retrouver tous les détenteurs des droits sur les images. Veuillez donc prendre contact avec l’éditeur si des rémunérations sont en jeu.
www.novumpublishing.fr
L’autrice
Information
« Toute suite, interprétation, appropriation de l’histoire et/ou des personnages, fictives ou non, sans l’accord explicite de l’auteure est passible de poursuites judiciaires tous pays confondus. »
Remerciement
Merci à ma maison d’édition pour sa confiance.
À monPoulet Croq’, sache que…
ÀPapours&Taty Choupy.
ÀLaïla O., merci pour ta bienveillance, patience,
tes recommandations et autres conseils avisés !
Citation
Godmother(Marraine) : nom féminin.
Celle qui préside au lancement d’un navire afin de l’accompagner
lors de son premier contact avec les flots.
Déf. Google©
L’intégration de cette définition-là m’aurait
probablement évité bien des déboires…
Prologue –1. Bienvenue dans mon Royaume !
Non pas le château de princesse, mais bien le Royaume tout entier !
J’aurais préféré démarrer cette histoire par « Il était une fois »et la terminer par «Ils vécurent heureux », mais elle n’a rien d’un conte de fée, donc je m’abstiendrai !
Vous avez entre les mains un « Story Time »(tranche de vie) basé sur une « True Story »(histoire vraie) comme disent les jeunes de nos jours… Je m’adapte !
Bien qu’inspirées de faits réels, certaines informations ont été modifiées afin de garantirl’anonymat.
Toute ressemblance avec des endroits et des personnages existants ou ayant existé ne serait que… « pure coïncidence ».
Avertissement :
Aux familles de parrainage, ne comparez pas cette situation à la vôtre, chaque histoire est unique, chaque enfant l’est également. Vous disposez d’un témoignage parmi tant d’autres.
À ceux et celles qui jugent, fustigent, critiquent : je ne peux en tenir compte car d’une part, on ne refait pas le passé et d’autre part, personne n’a été amené à « porter mes chaussures » comme on dit.
Ce témoignage authentique est à lire avec du recul. Il n’existe pas de prétendues familles parfaites ; nous faisons simplement de notre mieux, un point c’est tout.
***
En parlant de jeunesse, dans ceRoyaume, les lutins qui y vivent évoluent généralement au sein de leur famille de naissance, mais il se peut que, pour une raison ou une autre, un système alternatif soit mis en place pour certains enfants ; tels quel’adoption plénièreousimple, l’accueil, l’accueild’urgence ou leparrainage. C’est précisément dans ce dernier cas de figure que notre histoire se situe.
Bien décidée, après mûre réflexion, je me relance dans l’aventure duparrainage ; offrir une « bulle d’oxygène »,un temps de pause ponctuel un weekend par mois en moyenne à un lutin,est pour moi une évidence ; l’une des assistantes sociales m’a dit un jour :
« Vous savez, nos lutins n’ont besoin que d’un “tiroir” et de beaucoup d’amour » ! J’avais saisi l’idée.
Sur le papier, tout me semblait bien rôdé ! D’autant plus que j’avais déjà été famillede soutienpour des jumeaux. Me relancer dans l’aventure ne devrait pas poser trop de problèmes. Cette décision est si importante à prendre qu’elle nécessite d’être mûrement réfléchie. Leparrainaged’un lutin peut s’étaler parfois sur plusieurs années et s’arrêter brusquement (émotifslevel +++s’abstenir !).
J’émettais deux conditions : je voulais entrer le plus tôt possible dans la vie de cet enfant et éviter toute ressemblance physique. Une manière en quelque sorte d’imposer unebarrière naturelleentre nous afin d’éviter toute confusion de la part des habitants duRoyaumemais également du lutin et de moi-même…
Situation sans équivoque dès le départ : j’étais et resterais laMarraine,et non laMamande cet enfant. Rien ni personne ne remplacerait sa mère…
Je voulais que tout soit prêt pour accueillir au mieux ce petit ou cette petite. Chaque mois, je me procurais du matériel de puériculture neuf ou d’occasion, sans savoir sur quel type de lutin je tomberais… Une poussette, un siège auto, des vêtements, des jouets, une baignoire, des livres, une draisienne, une chaise haute… Motivée comme jamais, je voulais m’assurer qu’il ou elle ne manque de rien ! Avoir tout à disposition simplifie la vie.
J’avais opté autant que possible pour des objets évolutifs ayant pour double avantage de s’adapter au mieux à l’âge du lutin et à son évolution ! De plus, c’est économiquement plus intéressant… et c’est un gain de place. Ce compromis convenait au mieux à mes besoins.
***
J’entre donc mon dossier de candidature auprès duServicede parrainage, plus décidée que jamais. Une multitude de questions personnelles me sont posées, selon la procédure. Je me rends également chez mon médecin de famille afin qu’elle me fournisse une « attestation de bonne santé » si je puis dire…
Un test psychologique est également prévu. Je me demande, et cet avis n’engage que moi, sans jugement aucun, si un jour les familles de naissance duRoyaumeseront également amenées systématiquement à devoir passer des tests « d’aptitudes parentales » ? Et si oui, existera-t-il des écoles ou des formations de remise à niveau pour toutes les familles sans distinction aucune, afin d’apprendre à devenir unparent équilibré, bienveillant et aimant, pour le bien-être de l’enfant ?
Simple question d’équité…
Médicale ou psychologique, chaque épreuve passée par la famille de parrainage, cettefamille de soutien, nous rapproche un peu plus de notre objectif, mais risque à tout moment de nous en éloigner définitivement, si près du but.D’autre part, je comprends la volonté duRoyaumede s’assurer, dès la sélection, de l’équilibre, la constance, l’implication et de la cohérence desfamilles de soutienauxquelles les lutins déjà fragilisés par la vie seront confiés.
L’analyse de la stabilité et de l’équilibre des citoyensbienveillants amenés à accueillir des enfants chez eux,au-delà de leur simple bonne volonté de vouloir apporter de l’amour et un peu de soleil dans leurs vies, est une étape non négligeable, incontournable et primordiale !
Mon dossier complet et en ordre sous le bras, c’est confiante que je me rends à l’assemblée. Nous sommes assez nombreux, mais je sais d’avance que tous les candidats auparrainagene seront pas sélectionnés et que pour certains, l’aventure s’arrêtera déjà.
Je sais également que plus tard, par épuisement, des familles engagées dans l’aventure du parrainage seront contraintes d’abandonner, de gré ou de force, en cours de route, lorsque la situation sera devenue incontrôlable…
L’attente me semble très longue avant de recevoir un appel duServicede parrainage m’annonçant que ma candidature a été retenue… Mais le délai l’est encore plus avant de savoir qu’un lutin pourrait prochainement entrer dans ma vie. Je ne le connais pas, mais une chose est certaine,je l’aime déjà.
Un beau jour, enfin, un appel duServicede parrainage.
— Bonjour Madame, je vous contacte pour vous annoncer que nous avons un lutin à vous proposer pour votre projet…
Son âge ne correspond pas à mes critères… Aïe…
Silence (déception ?) …
Mon interlocutrice se reprend et s’excuse ; elle m’explique qu’elle s’est trompée de dossier. Le lutin qui m’est destiné a trois ans et se trouve dans une nurserie non loin de chez moi…
Silence…
Et de rajouter :
— Par contre, vous qui ne vouliez pas qu’il vous ressemble, il vous ressemble comme deux gouttes d’eau!
Je n’oublierai jamais cette dernière phrase. Je fonds !
C’est fou la place qu’il y a dans un cœur capable d’aimer à l’infini ! L’amour aveugle.
Oui, j’aurais préféré que l’on n’ait aucune ressemblance physique afin d’éviter toute confusion ; la vie en a décidé autrement et c’est bien comme ça également ! J’accepte cette proposition avec grand plaisir, car après tout, on ne choisit pas un enfant « sur catalogue ».
Si mes souvenirs sont bons, j’avais un délai de réflexion avant de rencontrer le lutin en question… Je ne m’en souviens plus. Ma décision était déjà prise. L’amour absolu est un sentiment inexplicable et ce, même pour un enfant auquel je n’ai pas donné la vie et que je ne connais pas encore !
Quelque chose me dit qu’on est liés à jamais et que l’on s’aime déjà pour l’éternité !
***
2. Rencontre !
7/05/2014
Cher Journal,
«J’aiacheté un album photos pour le p’tit d’homme, vendredi, je l’accueille pour la première fois ! :)J’ai hâte et peur en même temps… J’espère que le courant passera bien entre lui et moi. »
Tout est prêt pour le recevoir. J’ai un petit studio, mais modulable à souhait, et surtout rempli d’amour. J’ai hâte d’accueillir ce petit être chez moi, dans mon cœur et dans ma vie ! J’ai baptisé mon appartement « Le Cocoon ».
Je suis un peu stressée, je n’aurai pas deux fois l’occasion de lui faire bonne impression.
Deux assistantes sociales escortent cettemini célébrité ; si mes souvenirs sont bons, elles étaient déjà venues visiterLe Cocoonafin de s’assurer qu’il était conforme à l’arrivée d’un enfant. Tout est en ordre, sauf la terrasse, sur laquelle il est évident que le petit ne pourra pas se rendre seul.
Je n’oublierai jamais la rencontre avec cet être miniature, lorsque j’ai ouvert la porte et découvert cet oisillon tombé du nid… Tu étais si petit… Tu t’es caché derrière l’assistante sociale, poussé par la curiosité de me voir, mais retenu par la peur des’aimer.
J’avais préparé un petit goûter, ensuite, les assistantes sociales s’en sont allées, nous laissant seuls tous les deux. Beaucoup trop d’émotions d’un coup, une sieste s’imposait. Tu t’es endormi confiant et paisible, tel un angelot posé sur un nuage. Je t’ai ensuite reconduit à la nurserie.
Leparrainagese passe progressivement : un mois plus tard, je viens te chercher pour passer un « petit weekend »ensemble. Cet intitulé n’est pas une simple expression, mais signifie que tu ne passes pas un weekend entier auCocoon. Adaptation progressive oblige…
Je voulais équilibrer au mieux des activités en extérieur et des moments plus calmes à deux à la maison, pour continuer d’apprendre à nous connaître. Je ne suis pas encore maman et ne dispose pas non plus de manuel pour devenirMarraine émérite !
Je suis enécolageet fonctionne à l’intuition, navigue aux instruments… à la débrouille. En phase d’apprentissage tous les deux, nous sommes en observation l’un de l’autre. J’essaie de m’adapter à toi… et je suis sûre que, derrière tes trop nombreux sourires, tu es en train de me déchiffrer, du haut de tes trois ans.Qui est cette nouvelle dame, qui entre subitement dans ta vie en te consacrant du temps rien que pour toi ?Bien sûr, je t’avais envoyé une photo de moi avant notre première rencontre, afin que tu puisses te faire à l’idée que tu me reverrais souvent… Tu as pu mémoriser le moindre de mes détails. Encore te fallait-il enregistrer ma voix, mes expressions, ma gestuelle, apprendre à anticiper mes réactions… Tout cela est nouveau pour toi, et pour moi également ! Tout ce que je sais, c’est que tu es un merveilleux cadeau de la vie !
***
3. Premières expériences !
Ton sourire, ta politesse, ta gentillesse m’interpellent…
Sans aucun doute, nous sommes en pleine phase de « lune de miel ». Je savais bien que cette opération « séduction » apparaîtrait à un moment ou un autre de notre processus d’apprentissage…
Après ta sieste, je t’emmène,sac au dos, pour une petite promenade ; tu découvres les transports en commun, le monde, les magasins, les passages pour piétons, les rails du tramway… Tout éveille ta curiosité ; c’est un plaisir de te voir t’émerveiller ! Je t’explique ce que tu vois, entends, ce que tu ne comprends pas. Je réponds à chacune de tes questions, tout en respectant ton rythme…
En rentrant, je te propose une routine réconfortante et rassurante, toujours la même pour des années ; un « grand bain », un repas, une histoire sur les sons des oiseaux, et te voilà parti au pays des rêves.
Dors bien, petit d’homme. Je veille sur ton sommeil.
Go réveiller Marraine à 06 : 00 du matin un samedi !
Cependant, j’ai bien envie de régler l’heure de ton réveil naturel, car pour la marmotte que je suis, se lever à l’aube un weekend n’est pas compatible ! Ce n’est pas parce que tu es réveillé que je le suis forcément, ni même que c’est une heure pour entamer la journée ! :)
Je te propose une nouvelle expérience de vie, celle d’un barbecue entre amis. Te voilà présenté à mes proches, et le contact est immédiatement bien passé. Nous sommes en pleine Coupe du Monde ; l’ambiance est festive. Tu n’aimes pas le foot, mais apprécies notre euphorie !
Je remarque que tu tombes régulièrement. Tu perds facilement l’équilibre ; te voilà basculant en arrière en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, et ta chute amortie par… un tas d’orties ! Depuis cette expérience, tu crois toutes les plantes piquantes, et tu as appris à t’en méfier. Petit à petit, je t’invite à les observer, les comprendre et les différencier.
Deux mois plus tard, tu commences lentement mais sûrement à prendre tes marques ; je veille à créer desrituelssécurisants, toujours les mêmes, afin que tu puisses prendre tes repères sans difficultés ni imprévus, et du haut de tes trois ans, être le plus autonome possible ; ça t’aide à développer ta confiance et te permet d’être fier de ce que tu accomplis. De plus, nos rituels te rassurent.
Quelques expériences restent pour toi difficiles à traverser, telles que « l’épreuve »du miroir à la sortie de ta douche et le passage à table. Te regarder dans la glace est très douloureux pour toi ; mon cœur de Marraine se serre le jour où, du plus profond de ton âme et au bord des larmes, face à ton reflet, tu profères distinctement, du fin fond de tes tripes :
—Oh mais qu’est-ce qu’il est moche Xxxxxx !
Mon cœur de Marraine se fend, se brise, se casse en deux. Ton reflet ne te donne pas satisfaction ; je t’apprends progressivement à te regarder bien en face, à apprécier celui que tu vois dans la glace et à prendre confiance en toi, soin de ta personne.
Tes cheveux et ta peau de lutin ont des besoinsethniquesspécifiques ; nous t’apprenons patiemment,Taty Choupyet moi, à les entretenir avec des produits naturels adaptés, des coupes qui te vont à merveille et font de toi leBG(beau gosse) que tu arriveras à apprécier au fil du temps. De plus, le fait d’être bien dans ta peau te permet de respecter la valeur d’autrui par là-même.
Te « surcoter »écrase les autres, te « sous-coter »te diminue auprès d’eux. Alors qu’il n’existe personne au-dessus ni en-dessous de toi. Tu vaux autant que tout un chacun, ni plus, ni moins. En s’estimant à sa juste valeur, on le comprend. En prendre conscience est déjà un bon début !
De plus, le fait de voir ici des petits garçons qui te ressemblent, des enfants originaires des « quatre coins du Monde » (je n’ai jamais compris cette expression) t’offre un panel de diversités enrichissant, et t’aide à admettre que nous sommes différents les uns des autres, que chaque ethnie a ses besoins spécifiques, pour prendre soin de soi par exemple… mais que tous se respectent et que toi, mon p’tit d’homme, tu fais pleinement partie de cette collectivité,avec tes singularités. Tu n’es ni trop, ni pas assez. Ne remets jamais en doute talégitimité.
Un jour, tu me confies qu’une dame présente à ton école t’a fait une remarque déplacée lorsque le ballon dans lequel tu as frappé a renversé son sac accidentellement. Elle s’est approchée et t’a dit :
— Fais attention ; mon sac a bien plus de valeur que toi !
Tu n’as pas saisi l’intensité de laviolencede cette phrase, que tu pensais drôle initialement… Lorsque je t’ai expliqué, avec des mots adaptés, le sens du message passé par cette dame, j’ai ressenti ta peine. Je ne te le redirai jamais assez, tu n’as pas moins de valeur que quelqu’un, que quelque chose d’autre ! D’où l’importance d’apprendre à t’accepter et à te respecter tel que tu es, ainsi que les autres pour ce qu’ils sont. Quant aux personnes ne correspondant pas à tes principes et à tes valeurs, laisse-les de côté. Entoure-toi de ceux qui te sont bénéfiques.
Je mets un point d’honneur à t’aider à t’aimer et te respecter avant tout.
Je suis régulièrement en contact avec tanurseriepour donner par missives électroniques des nouvelles de ton adaptation en famille deparrainage.Inconsciemment, j’ai peut-être besoin d’être rassurée, de savoir que je fais bien les choses et que mes programmes te conviennent. J’ai envie de faire de mon mieux. S’occuper de l’enfant d’une autre est tout de même délicat. J’aspire à ce qu’il ne t’arrive rien, tout en ayant conscience qu’il n’existe pas de« cloche en verre »pour y placer les enfants afin de les protéger au mieux.
Je dois donc me résoudre à te faire découvrir le Monde sanspapier bulleautour de toi. Apprendre à nous faire confiance mutuellement. Je te promets qu’il ne t’arrivera rien, que l’on formera une équipe solide à nous deux et qu’ensemble, nous y arriverons. Pour cela, j’ai besoin de ton concours, seule je n’y arriverai pas.
Exactement comme l‘illustre parfaitement cette célèbre citation du film de Jean-Pierre Jeunet :
« (…) Tu n’as pas les os en verre, tu peux te cogner à la vie. »
(« Le fabuleux destin d’Amélie Poulain »- 2001) Mon Dieu, ce film est déjà vingtenaire !
Cognons-nous à la vie à nous deux, mon lutin !
Trois ans, j’estime que c’est un bel âge pour tes premières découvertes !
Une réunion auServicede parrainage est prévue ; tu y es également convié. Je ne sais pas ce que je dois y raconter… Après ça, je t’emmène goûter le long du canal près de chez moi, il fait trente-quatre degrés, l’air est irrespirable ; j’ignore pour quelle raison je me rappelle cet instant précis dans les moindres détails.
Lorsque nous sommes arrivés, tu dormaisà poings fermésconfortablement installé dans ton siège auto, le pouce en bouche, je n’oublierai jamais cette insouciance. Je ne me lasse pas de t’admirer, mon petit trésor.
Je ne sais pas comment fonctionne le cerveau pour traiter les souvenirs ; ce qui fait que certains moments parfois insignifiants restent à jamais gravés dans nos esprits. Undétail,uneperception, unesensation… J’ignore pour quelles raisons mon cerveau a souhaité sauvegarder en mémoire cet instant.
Je t’observe beaucoup, mon grand, et constate que tu ne joues pas seul, tes jouets ne t’attirent pas ; excepté les poupées. Qu’importe la polémique que cela pourrait susciter, ça ne m’atteint pas ; je ne vois rien de mal à ce que tu développes ton sens de l’empathie, crées tes scénarios, t’entraînes à adopter des gestes paternels bienveillants. De plus, ce sont les seuls jouets qui éveillent ton intérêt. Ça nous convient, c’est le principal, et qu’importent les « qu’en dira-t-on », je n’en ai que faire.
Suçant ton pouce, le regard perdu dans le vide, je me demande par quel Monde imaginaire tu es aspiré. Je n’ai aucun chemin pour t’y rejoindre. Nous sommes dans la même pièce, mais à des années- lumière l’un de l’autre. J’espère que nous arriverons à rapprocher nos deux Mondes. Je m’adapte à ton rythme…
Le réveille-matin, c’est toujours toi ! Unbonjouren se levant est la promesse d’une belle journée ; voir ta tête souriante à mon réveil me remplit de bonheur !
Je suis heureuse que tu fasses partie de ma vie. Nous partageons des moments simples et joyeux ! Tu travailles dur pour être propre et éviter toutaccidenten journée ! Je suis extrêmement fière de toi !
La rencontre avec ma famille s’est passée le plus naturellement du monde ! Tu as immédiatement été « adopté »par les miens, et ce lien instinctifme remplit de joie ! Je suis heureuse d’avoir une famille accueillante, aimante et bienveillante, qui a accepté mon projet deparrainagequi fut gardé secret jusqu’à ton arrivée, heureuse de constater à quel point tu fais partie intégrante de notre foyer et de nos vies ! Je ne les remercierai jamais assez de t’avoir parfaitement bien intégré ! Chacun se respecte et reste à sa place ! Tout se déroule naturellement bien. Ce projet de parrainage, qui est le mien, a été immédiatement accepté. Nous avons évolué, les uns et les autres à nos places respectives, dans un climat de confiance, de respect et de sérénité pérenne non négligeable. Devenir famille de parrainage, c’est aussi t’inviter à partager mon tissu social et favoriser au mieux l’intégration mutuelle.
***
4. Prendre ses marques !
Août 2014
Je suis heureuse, car tu commences à fouiller spontanément dans tes bacs à jouets, à te créer des histoires, imaginer des situations. Mais toujours fourré dans mes pieds, à croire que je vais m’en aller. Tu sais, mon bonhomme, je ne vais pas m’envoler ; je te promets de rester à tes côtés, de ne pas t’abandonner. Je suis là pour toi, tu peux et pourras à jamais compter sur moi.
Ce jour-là, nous descendions les poubelles à la cave. Pris de panique au sous-sol, tu t’es mis à pleurer, et l’accidentest arrivé. Nous mettons tes vêtements dans la lessiveuse et je te rappelle gentiment qu’avec moi, il ne t’arrivera rien. Si tu as besoin d’être rassuré, dis-le-moi simplement, et je te prendrai dans mes bras. Tu peux compter sur moi, je serai là pour toi.
Après cet incident, direction le Musée des Sciences Naturelles ; tu affectionnes particulièrement les moutons… Ce qui tombe bien, parce qu’il y en avait quelques-uns en exposition !
Trois ans, et tout te fascine ; c’est un réel plaisir de t’emmener, seul ou en famille, aux musées, aux expos, au théâtre, à la plaine de jeux, chez des amis… T’ouvrir à la culture est un plaisir partagé ! Tu es sage partout, curieux de tout ! Quel bonheur ! Le seul bémol, c’est que je n’arrive pas à te conscientiser du danger de parler aux inconnus. Tu salues, interpelles et touches tous ceux que tu croises… Je constate cette nécessité de t’approprier le Monde, de l’apprivoiser à travers le toucher.
J’ai moins ri le jour où, sans crier gare, tu as posé la main sur la crosse de l’arme de service d’un inspecteur de Police en faction lors d’un événement auquel nous assistions… Je remarque que, par moments, tu as la capacité de me mettre mal à l’aise… Je repense également à ce jour où, dans le métro, tu as pointé du doigt des passagers assis en face de nous, alignés les uns à côté des autres - alors que nous sommes Noirs tous les deux - tu t’es écrié dans un silence de mort :
— EtMarraine, là c’est le banc que pour les gens marrons ?
Marrons ? Ce sont tes termes ; qui t’a appris ça ?
J’ai rougi… Malgré tout, je me demande de quelle couleur tu nous perçois ? À qui t’identifies-tu ?
Ce jour-là, nous allions donc au musée. Alors que nous regardions une vitrine présentant quelques squelettes de dinosaures, je me rends compte avec effroi que tu ne tiens plus ma main, mais celle d’une parfaite inconnue. Il n’a suffi que d’unemicro nano fraction de seconde,ça m’a glacé le sang. Je ne veux pas t’alarmer. Néanmoins, sache que c’est extrêmement dangereux de parler aux inconnus et de suivre la première personne venue ! Homme ou femme, peu importe. Je te l’expliquerai encore pendant de nombreuses années…
De retour auCocoon, rituel du soir, bonsoir. Pendant la journée, tu me confies avoir déjà vu ta Maman dans un cahier (rangé au Centre dans un casier) ; tu ne disposes que d’une seule photo d’elle et m’expliques que tu lui as téléphoné. Malheureusement, elle n’était pas là… Merci de m’avoir entrouvert une des portes de ton universimaginaire…
Je constate qu’à cet âge-là, le cerveau est déjà capable de se constituer de faussesvéritésafin d’anesthésier sa peine et pallier la douleur. À l’époque où je t’écris, on en connait encore très peu sur son fonctionnement, mais il me fascine. Mon cerveau se questionnant sur son propre mécanisme…
Je m’interroge sur la place que nous sommes censés accorder à vos fantasmes inévitables d’enfants malmenés par la vie ; comment devrions-nous réagir face à cela en tant que famillede soutien ?
