À vif - Sylvie Bonnet - E-Book

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Sylvie Bonnet

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Beschreibung

Dix mini-nouvelles inventives et drôles

Le soleil ne pique plus, de toute façon, il est déjà tard, il n’y a plus de soleil en terrasse. Nos donzelles sont calmes, plutôt concentrées.
Sur la table une bouteille de vin rouge et trois cadavres de café. Les assiettes, elles, ont été emportées. La vie est douce, on se prélasse à une table où l’on « grignote un bout », on « souffle cinq minutes », on prend un peu de temps pour soi.
Les enfants sont en colo et Paris au mois d’août c’est tellement formidable. Non, vraiment, on se prélasse, on grignote un bout, on souffle cinq minutes, on prend le temps et malgré tout, voyez-vous, le soir, on est claqué !

Un recueil de petits textes drolatiques au style vif où le réel, parfois, côtoie le fantastique.

EXTRAIT

Un verre bien sage au soleil, à midi. Ils ont parlé de l'été qui arrive, de Paris, et soudain elle s'est mise à raconter sa séparation, douloureuse, dont elle devait faire le deuil. Il a savouré cette incursion dans son intimité. Du regard au nom, il passait à l'âme, avec cette voix pour guide, au timbre sonore et doux. Il s'est senti proche en l'écoutant, invité à pénétrer son univers et en même temps, exclu. Exclu du champ de la séduction. Confident. Il s'est consolé : pas disponibles, ni elle ni lui. Alors il a continué à l'écouter et il l'a séduite à sa façon taquine de la faire rire. Il l'a vue se détendre, elle, en face de lui, cet étranger, elle cherchant à reprendre goût à la vie et lui en bute avec la sienne.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Sylvie Bonnet revendique dix-huit ans d'expérience dans les médias et l'audiovisuel.

Scénariste ( Plaisir de nuire, joie de décevoir, Prix du Festival International de l'Humour de la Ciotat), parolière (Axelle Renoir, Michal), elle est également la fondatrice de la galerie d'art en ligne Art Sweet Art.

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Seitenzahl: 43

Veröffentlichungsjahr: 2018

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À vif
Sylvie Bonnet
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Le soleil ne pique plus, de toute façon, il est déjà tard, il n’y a plus de soleil en terrasse. Nos donzelles sont calmes, plutôt concentrées.Sur la table une bouteille de vin rouge et trois cadavres de café. Les assiettes, elles, ont été emportées. La vie est douce, on se prélasse à une table où l’on « grignote un bout », on « souffle cinq minutes », on prend un peu de temps pour soi.Les enfants sont en colo et Paris au mois d’août c’est tellement formidable. Non, vraiment, on se prélasse, on grignote un bout, on souffle cinq minutes, on prend le temps et malgré tout, voyez-vous, le soir, on est claqué !Trois journaux en joug forment un sévère rempart de papier, par-dessus lequel les mèches volettent timidement tandis que les visages, impassibles, sont crispés sur les gros titres. De temps en temps, les jambes se décroisent, les pieds se touchent, pardon ma chérie, y’a pas de mal ma puce, la mèche est rappelée à l’ordre, une poigne énergique s’en empare et aplatit tout ça sur le côté, l’index termine le boulot délicatement en coinçant les cheveux derrière l’oreille, dans laquelle il lui arrive de se perdre distraitement... méthode de concentration. Puis vient la tourmente, régulière, les écrans de papier qui se plissent, les pouces qui dérapent sur la tranche de la feuille, les doigts qui se crispent en un froissement de tonnerre, enfin la page qui tourne et nos trois journaux qui se font face à nouveau. Quelle synchronisation ! Du bon boulot ! Sans se concerter, puisque de toute façon ici on lit et on ne parle pas. Ça toussote, ça se racle la gorge, ça joue frénétiquement du pouce sur la page, ça secoue le journal, ça défroisse les pages, se replonge dans les lignes.Un œil dépasse soudainement du rebord d’un journal, interrogateur.
- T’as déjà lu le journal sur un iPad, toi, ma puce ?
Un journal pivote sur la gauche, une tête immobile et des yeux toujours rivés sur les lignes.
- Écoute, c’est bien simple, les gosses me bassinent avec ça depuis des mois, tout ça parce que leurs cousins sont déjà équipés. Tu connais Pierre ?… Le frère de Jacques… Toujours à l’affût du moindre gadget. Faut toujours qu’il ait le dernier cri. La voiture qui roule toute seule, les cafetières qui vous servent les tasses au lit et même une trottinette. Tu l’imagines, à cinquante balais, sur une trottinette ? Il a l’air fin... mais ça l’gêne pas, lui... toujours plus malin qu’les autres...
- Mais t’as déjà lu le journal sur un iPad, toi ?
Pas de réponse puis, de nouveau la tourmente, les écrans de papier qui se plissent, les pouces qui dérapent sur la tranche de la feuille, les doigts qui se crispent en un froissement de tonnerre, enfin la page qui tourne, seuls deux des journaux se font face à nouveau et une voix filtre nonchalamment.
- C’est clair qu’on ne communique pas avec ce truc-là. Ça casse la communication.
Amniotique
Des ondes roses et jaunes. Un voile et des frissons. Une onde souple et languide. C’est chaud dans le cœur. Du sang qui bat. C’est l’attente du mot puis des vibrations qui parcourent. Une onde inonde d’une humide caresse. Clos, les yeux qui n’ont jamais vu. Pour mieux jouir.Elle touche son ventre rebondi, le caresse en rond et ronronne de plaisir. De béatitude. Un an et demi déjà ! Une éternité... Des toujours et des jamais. « Toujours cet amour pour te protéger à jamais », dit-elle. Toujours. Ensemble. Jamais la douleur de se perdre.Agitation, il serre les poings, rue, se retourne. La tête en bas et le cœur dans les étoiles.Un jour, il a senti le besoin de voir. Les ondes dans lesquelles il baignait sont devenues des marais mouvants. Son sang battait, son univers se rétrécissait. Des spasmes chauds, la chair qui durcit. Il a lorgné au loin. Au travers du tissus de chair et de sang, il a senti le vide. A plongé la tête la première. C’était mécanique... la plus belle machinerie qui soit : la naissance de l’homme. Sa tête s’est coincée. Un étau. Il s’est débattu comme un beau diable. Mais la tête ne passait pas. Les yeux écarquillés, il a vu la couleur du noir. Rouge. La chute. Le hasard. Son cœur dans les tempes, à rythme régulier, lui a fait sentir le fini et l’infini. Une vie à voir, une mort.Elle l’a rabroué, gentiment. Sa gorge s’est serrée. Elle a voulu pleurer. De douleur. Elle l’a gentiment rabroué. L’a imaginé seul et s’est contractée. Elle lui a fait mal, sans doute. Elle l’a senti fragile et vulnérable, au bord des lèvres, et elle s’est contractée. C’était œuvre charitable. Pieta in carne. Des toujours mais surtout des jamais ! Jamais. Alors elle a commencé à lui raconter. La lumière du jour qu’il ne verra pas. Le gris des toits. Le gris du ciel, cette chape plombée que soulignent de drôles de voiles cotonneux, nuages sculptés, tortues qui se transforment en chevaux cabrés.