Abraham redécouvert - Patrick Mégarbané - E-Book

Abraham redécouvert E-Book

Patrick Mégarbané

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Beschreibung

L'histoire d'Abraham est une pierre angulaire de notre civilisation monothéiste. Elle a été mêlée aux grands enjeux de notre histoire et a façonné les mentalités des croyants et des non-croyants. Cependant, de manière subtile mais non moins profonde, ce récit a nourri des formes de foi irrationnelles et aveugles, renforcé des structures patriarcales défavorables aux femmes, et promu des visions exclusivistes du monde, dont l'idéologie sioniste offre un exemple exacerbé. Cet ouvrage se propose de revisiter les pages anciennes de la Genèse avec une lucidité renouvelée. En dévoilant les richesses et complexités souvent négligées du récit, il propose une relecture saisissante de l'histoire d'Abraham et de la naissance de ses descendants. À la lumière de cette analyse, Abraham cesse d'apparaître comme un homme superstitieux, misogyne ou sectaire, ainsi que l'ont laissé entrevoir les interprétations traditionnelles ; il apparaît plutôt comme le père hospitalier d'une multitude, le premier serviteur d'une alliance qui accueille l'altérité et oeuvre à la libération de la femme et de l'être servile. Relue dans toute sa profondeur, l'histoire d'Abraham pourrait devenir un levier puissant pour combattre la superstition, le sexisme et toute forme d'exclusivisme religieux.

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Seitenzahl: 327

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Table des matières

Introduction

I - La lecture convenue de l’histoire d’Abraham

II - Les multiples interprétations du rire de Sarah

Le rire de joie face à la nouvelle inespérée

Le rire d'incrédulité face à la déclaration invraisemblable

Le rire de concupiscence face à l’annonce voluptueuse

La convergence des lectures

III - Les problèmes posés par la lecture convenue

Une vision superstitieuse du divin

Une conception phallocrate du monde

Une compréhension exclusiviste de l’alliance

IV - La stratégie exégétique suivie

Le conflit des interprétations

Les raisons du recours à une herméneutique du soupçon

La mise en tension des herméneutiques rivales

Les répétitions de la Genèse

V - L’histoire d’Abraham revisitée

Le départ d’Abram

Le voyage en Égypte

La naissance d’Ismaël

L’âge critique de Sarah et sa stérilité

L’annonce de la venue d’Isaac

L’intrusion d’Abimélek

Le renvoi d’Hagar

VI - Les conséquences théologiques

Une conception non clôturée du divin

Une relation vivante et non-superstitieuse à Dieu

Le refus de l’exclusivisme

L’émancipation de la femme

L’émancipation de l’être servile

L’enfant déshérité au fondement de l’alliance de Dieu

Conclusion

Bibliographie

Table des matières

Introduction

Tout le monde connaît, dans ses grandes lignes, l’histoire de l’exil d’Abraham et la naissance de ses deux fils. Tout commence par l’appel de Dieu à Abraham, lui promettant une descendance innombrable et une terre pour ses héritiers. Obéissant à cet appel, Abraham quitte sa patrie, la terre de ses ancêtres, pour se rendre en Canaan. Cependant, les années passent, et la promesse divine semble s’éloigner : Sarah, son épouse, demeure stérile, incapable de lui donner l’enfant tant attendu. Désespérée et souhaitant accomplir ce qu'elle croit être la volonté divine, Sarah incite Abraham à concevoir un enfant avec Hagar, leur servante égyptienne. De cette union naît Ismaël, le premier fils d’Abraham. Les années passent encore, et Dieu s’adresse de nouveau à Abraham. Réaffirmant sa promesse, il annonce que Sarah, malgré son âge avancé et sa stérilité, enfantera un fils. Contre toute attente, le miracle se produit : Sarah donne naissance à Isaac, l’enfant de la bénédiction et de l’alliance. Quant à Ismaël, lui aussi béni par Dieu, il suit une destinée différente, mais tout aussi significative dans la tradition religieuse.

Le judaïsme reconnaît en Abraham son fondateur et précurseur. « Regardez, s’écrie le prophète Isaïe, le roc dans lequel vous avez été taillés, la carrière d’où vous avez été tirés. Regardez Abraham votre père, et Sarah qui vous a enfantés » (Is 51,1-2). Les Hébreux, se considérant fils d’une femme libre et non d’une servante, font d’Isaac le premier maillon de l’alliance avec Dieu et le choisissent comme ancêtre.

L’Islam vénère également Abraham, que le Coran célèbre comme « le premier des Musulmans » (39 :12). Toutefois, il revendique son affiliation à Ismaël, le fils aîné du patriarche, soutenant que le privilège de la promesse lui revient légitimement en vertu du droit d’aînesse reconnu par les sociétés patriarcales de l'Ancien Testament. Pour les Musulmans, c’est Ismaël – et non Isaac, comme le rapporte la Genèse – qui a été offert en sacrifice au Seigneur, et c’est avec lui qu’Abraham établit les fondations de la Maison de Dieu.

Les Chrétiens voient en Abraham le père spirituel de tous ceux qui ont foi en Jésus-Christ. Saint Paul affirme que « si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d'Abraham, héritiers selon la promesse » (Ga 3,29). Pour les Chrétiens, la ligature d'Isaac préfigure la crucifixion de Jésus ; elle illustre que le sacrifice librement consenti possède une puissance rédemptrice, et que Dieu rend la vie aux morts (He 11,17-19).

Ainsi, Abraham est devenu l’ancêtre des Israélites, le premier des Musulmans, le modèle des Chrétiens. Sa figure, estime Jean Daniélou, revêt « une importance extraordinaire dans l'histoire de l'humanité ». Elle marque « la première intervention de Dieu pour établir un lien particulier entre l'humanité et lui. C'est Dieu choisissant, élisant par grâce un peuple et d'abord un homme, Abraham, de manière à entrer avec lui dans des relations plus intimes et familières. C'est le fondement même de la foi » (1948 : 43).

Au-delà du récit des Écritures et des élaborations religieuses qui leur ont donné vie, l’histoire d’Abraham a inspiré une vaste collection de productions et d’interprétations dans l’iconographie, la littérature, la philosophie et la psychanalyse. Elle a été liée à un ensemble complexe de questions fondamentales, telles que la problématique de la foi, la différence des générations, le rapport entre les sexes, la division de l’héritage, le problème de la terre et du partage, le thème de l’errance et de l’exil, la dimension de la promesse, ou la question du sacrifice. L’histoire d’Abraham s’est trouvée mêlée à des enjeux décisifs de civilisation, contribuant à façonner les mentalités générales, tant chez les croyants que chez les non-croyants. Bien qu’elle puisse sembler éloignée de notre époque et de nos préoccupations actuelles, elle conserve une importance capitale en raison de l’influence profonde qu’elle a exercée – et qu’elle continue d’exercer – sur la pensée et la foi.

Les objections à l’encontre d’Abraham

Pourtant, un côté obscur demeure attaché à cette médaille. La figure d’Abraham, telle qu’elle a été forgée à partir du récit de la Genèse, est marquée par la superstition, le sexisme et l'exclusivisme. Cette figure, qui hante les profondeurs de notre conscience collective et influence encore nos comportements et nos modes de pensée, entre en contradiction avec des valeurs essentielles à la construction d'un monde solidaire et durable, telles que la rationalité, l'égalité des sexes et l'ouverture à l'altérité. À l'heure où notre civilisation fait face à des défis écologiques et sociaux sans précédent, la figure tutélaire d'Abraham et les orientations qu'elle propose semblent constituer davantage un frein qu’un atout.

D’abord, il y a la foi irrationnelle d’Abraham. Un homme qui croit aveuglément, et contre toute espérance humaine, à l’avènement miraculeux d’un avenir florissant, doit-il être érigé en modèle de vie et de croyance dans notre monde, aujourd’hui confronté à des menaces extrêmes ? Si l’on accepte l’idée que Dieu a offert à Abraham un fils en son grand âge, en faisant fleurir le sein stérile de sa femme, pourquoi ne croirions-nous pas que des solutions miracles, qu’elles viennent de Dieu, de la technique ou du progrès économique, pourraient demain mettre fin à la catastrophe en cours, et rendre à nouveau fertile notre terre devenue aride et dévastée ? La foi d’Abraham, son obéissance aveugle et sa conception quasi-magique de la grâce, du pardon et de la résurrection de Dieu, si elles devaient réellement être prises pour modèle, seraient fatales à la responsabilité éclairée et décisive que l’homme contemporain doit assumer, sous peine d’un sombre et irréversible désastre.

Ensuite, il y a la misogynie du patriarche, son mépris pour les femmes, et pour la sienne en particulier. Abraham ne remet jamais en cause le joug patriarcal de la société de ses ancêtres qu’il prétend avoir quittée. Au contraire, il perpétue des préjugés hostiles aux femmes et adopte des comportements sexistes déplorables à leur égard. À ses yeux, la femme ne semble être guère plus qu’un instrument de procréation, ou un objet de marchandage et de transactions. Peut-on encore se reconnaître dans un tel homme, alors que les femmes luttent toujours pour faire reconnaître leur dignité, et que nous savons – notamment grâce aux écoféministes – que la domination des femmes et celle de la nature sont des réalités jumelles et enchevêtrées, au creuset desquelles se joue la crise civilisationnelle dévastatrice dans laquelle notre monde est plongé ?

Enfin, il y a la conception abrahamique de l’alliance. Si les trois monothéismes se reconnaissent et se rejoignent dans la figure d’Abraham et dans l’alliance qu’il a instaurée, « ces trois monothéismes se combattent également, inutile de le nier dans l'œcuménisme béat, ils se font la guerre à feu et à sang depuis toujours et plus que jamais aujourd'hui » (Derrida, 1999 : 100). Cette hostilité ne résulte pas seulement de la manière dont chaque religion interprète et s’approprie le parcours du patriarche. Elle prend racine dans la compréhension exclusiviste de l’alliance que les trois monothéismes tirent du récit de la Genèse. L’histoire d’Abraham a ainsi alimenté les extrémismes de divers horizons. Le sionisme en est un exemple particulièrement marqué : il puise dans l’épopée d’Abraham la justification ultime de son exclusivisme religieux et de l’expulsion des Palestiniens de leurs terres, qu’il considère comme lui revenant par droit divin.

Ces aspects négatifs sont si étroitement liés à la figure d'Abraham, et à la conception de la foi qu'il incarne, qu'ils ne parviennent pas à être neutralisés ou contredits par les efforts des commentateurs et des exégètes. Aucun courant de pensée théologique contemporain – qu'il soit féministe, anticolonial, écologique, rationaliste, ou adhérent à la théologie de la libération – n'a réussi à lever, de manière satisfaisante, les objections fondamentales que nous venons d’évoquer. Ces objections contredisent la prétention selon laquelle Abraham est le père de la multitude en qui l'humanité entière serait bénie. Elles renforcent les critiques émanant des traditions sceptiques et athées, et suggèrent qu’il existerait un lien souterrain et refoulé entre la crise de notre civilisation et la religion d’Abraham.

L’objet du présent ouvrage

Cet ouvrage entend démontrer que les aspects négatifs associés à la figure d’Abraham peuvent être dépassés par une lecture plus exigeante du livre de la Genèse. En approfondissant notre compréhension du cycle abrahamique, nous parviendrons à ouvrir des perspectives de renouveau qui résonnent avec les exigences de notre époque et la construction d’un avenir plus prometteur.

L’approche adoptée reposera essentiellement sur l’analyse textuelle et narrative : elle consistera en un examen attentif du récit biblique, exigeant à la fois un respect scrupuleux de la littéralité du texte et une rigueur intransigeante dans l’examen critique.

Notre étude ne passera pas sous silence les aspects problématiques du récit biblique : notamment, les comportements moralement répréhensibles du patriarche et de son épouse, leur manque de courage, leurs actions injustes, et leurs erreurs manifestes. Ces éléments sont rarement discutés par les exégètes et les théologiens, bien qu’ils mettent en cause la vision du monde et du divin que l’on prête au texte biblique.

Le récit de la Genèse présente, en outre, des ruptures, des incohérences et des répétitions inattendues, qui demeurent sans explication pleinement satisfaisante. Loin de négliger ces aspects problématiques, notre étude les placera au cœur de son analyse. En prolongeant les avancées récentes de la recherche, nous mettrons en lumière les caractéristiques propres du texte biblique : ses constructions narratives, ses subtilités stylistiques, ses discontinuités, ses répétitions intentionnelles et ses silences délibérés. Le texte de la Genèse dévoilera ainsi une richesse et une complexité souvent ignorées, offrant une perspective renouvelée sur la figure d’Abraham, et sur la vision du monde et du divin qu'il incarne

Au terme de ce travail, Abraham n’apparaîtra plus comme superstitieux, misogyne et sectaire, mais tel que le texte de la Genèse prétend qu’il est, et tel que tous les croyants sincères souhaitent qu’il soit : le père hospitalier de la multitude, le modèle d’une foi authentique et puissante, le premier serviteur d'une alliance qui embrasse l'altérité et libère à la fois la femme et l'être servile. L’histoire d’Abraham ne sera alors plus perçue comme un vestige archaïque pesant sur notre avenir, mais comme une source d’inspiration positive et un levier puissant de transformation des mentalités.

L’interprétation présentée dans ces pages bouleversera certaines idées reçues et des convictions profondément enracinées. Elle invite à reconnaître que la complexité du texte de la Genèse nous échappe aujourd'hui, comme si la prolifération des développements littéraires, artistiques et théologiques sur Abraham, au fil des siècles, avait fini par voiler la signification profonde du récit, perpétuant ainsi certains malentendus. Toutefois, nous ne chercherons pas à spéculer sur l’histoire du texte et ses appropriations, laissant cela aux spécialistes de l’archéologie des écritures. Nous nous attacherons plutôt au texte canonique, en nous concentrant sur la problématique de son interprétation. Notre objectif est de mettre en lumière certaines dimensions de signification actuellement occultées du texte, grâce à une réévaluation critique et attentive, en montrant à la fois les dangers des lectures actuelles, et les avantages de celle que nous proposons.

Ce travail se concentre sur les événements entourant la naissance des enfants d'Abraham, ainsi que sur ses relations avec son épouse et ses concubines. Le cycle de Lot, bien que lié de près à celui d'Abraham, sera délibérément écarté. De même, l'épisode central du sacrifice d'Isaac, les récits de guerre jalonnant le parcours du patriarche, et toute la problématique de la violence et des conflits fratricides, seront également laissés de côté. En resserrant ainsi notre champ d'étude, nous visons à éviter une exégèse trop vaste, pour nous concentrer sur quelques questions essentielles répondant à notre objectif : révéler le personnage d'Abraham sous une lumière autre que celle de l’irrationalisme, du sexisme et de l’exclusivisme. Bien entendu, les passages bibliques laissés de côté, et les problématiques non abordées, demeurent d’une grande importance et mériteraient d’être explorés dans des études spécifiques.

Notre analyse portera donc principalement sur les chapitres 12, 16 à 18, 20 et 21 de la Genèse. La première partie propose une traduction des six chapitres étudiés et présente la manière dont ils sont communément lus et compris aujourd'hui. La deuxième partie évoquera la diversité des interprétations existantes, en présentant, à titre d'illustration, les principales significations attribuées au rire de Sarah lorsqu'elle apprend qu'elle va enfanter. La troisième partie discutera des dangers inhérents aux lectures actuelles, en approfondissant les points évoqués dans l’introduction. La partie suivante explicitera l’approche que nous adopterons pour renouveler notre compréhension du texte génésiaque, ainsi que les raisons justifiant cette méthode. Ces quatre premières sections forment les étapes préparatoires à la relecture proposée, laquelle sera exposée en détail dans la cinquième partie de l’ouvrage. Cette cinquième partie constitue le cœur de notre travail et occupe près de la moitié de l’étude. Enfin, notre parcours s’achèvera par une dernière section où seront présentées les conséquences théologiques de l’approfondissement narratif effectué.

- I -

La lecture convenue de l’histoire d’Abraham

Pour commencer, il est essentiel de présenter les chapitres de la Genèse que nous analyserons en détail par la suite. Ces chapitres relatent successivement : le départ d'Abram de la maison paternelle et son séjour en Égypte (ch. 12), la naissance tumultueuse d'Ismaël (ch. 16), l'établissement du pacte de l’alliance (ch. 17), l’annonce de la venue d’Isaac (ch. 18), le voyage au pays d’Abimélek (ch. 20), ainsi que l'arrivée miraculeuse d'Isaac et le renvoi d’Ismaël et d’Hagar (ch. 21).

Pour chacun de ces chapitres, nous présentons tout d’abord le texte dans la traduction de l'AELF (Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones), reconnue pour sa clarté et la cohérence de sa terminologie. Toutefois, nous avons ponctuellement adapté cette traduction en y intégrant certains éléments de celle d'André Chouraqui, prisée pour sa fidélité au texte hébreu et la richesse de ses nuances linguistiques.

Pour chaque chapitre, nous offrons également un résumé des événements relatés, tels qu’ils sont communément compris aujourd'hui. Cette reconstitution narrative, que l'on pourrait qualifier de « lecture convenue », constitue en ellemême une forme d’interprétation : elle est marquée par des idées préconçues et des biais interprétatifs souvent inconscients. La suite de notre travail démontrera que cette façon commune de comprendre l’histoire d’Abraham est foncièrement insuffisante au regard de la véritable richesse et profondeur du texte.

Enfin, pour les chapitres 13, 14, 15 et 19, qui se situent en dehors de notre champ d’étude, nous nous contenterons de présenter la lecture convenue du texte, sans proposer de traduction.

Chapitre 12

Le texte biblique

12.1- Yahvé1 dit à Abram : « Va pour toi, de ta terre, de ton enfantement, de la maison de ton père, vers la terre que je2 te ferai voir. 2- Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. 3- Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » 4- Abram s’en alla, comme Yahvé le lui avait dit, et Lot s’en alla avec lui. Abram avait soixante-quinze ans lorsqu’il sortit de Ḥaran. 5- Il prit sa femme Saraï, son neveu Lot, tous les biens qu’ils avaient acquis, et les personnes dont ils s’étaient entourés à Ḥaran ; ils se mirent en route pour Canaan et ils arrivèrent dans ce pays. 6- Abram traversa le pays jusqu’au lieu nommé Sichem, au chêne de Moré. Les Cananéens étaient alors dans le pays. 7- Yahvé apparut à Abram et dit : « À ta descendance je donnerai ce pays. » Et là, Abram bâtit un autel à Yahvé qui lui était apparu. 8- De là, il se rendit dans la montagne, à l’est de Béthel, et il planta sa tente, ayant Béthel à l’ouest, et Aï à l’est. Là, il bâtit un autel à Yahvé et il invoqua le nom de Yahvé. 9- Puis, de campement en campement, Abram s’en alla vers le Néguev. 10- Il y eut une famine dans le pays et Abram descendit en Égypte pour y séjourner car la famine accablait son pays. 11- Quand il fut sur le point d’entrer en Égypte, il dit à Saraï, sa femme : « Voici, je te prie3, je sais que tu es une femme belle à regarder. 12- Quand les Égyptiens te verront, ils diront : “C’est sa femme” et ils me tueront, tandis que toi, ils te laisseront vivre. 13- S’il te plaît, dis que tu es ma sœur ; alors, à cause de toi ils me traiteront bien et, grâce à toi, je resterai en vie. » 14- En effet, quand Abram arriva en Égypte, les Égyptiens virent la femme et la trouvèrent très belle. 15- Les officiers de Pharaon la virent, chantèrent ses louanges à Pharaon et elle fut emmenée au palais. 16- À cause d’elle, on traita bien Abram qui reçut petit et gros bétail, ânes, esclaves et servantes, ânesses et chameaux. 17- Mais Yahvé frappa de grandes plaies Pharaon et sa maison à cause de Saraï, la femme d’Abram. 18- Pharaon convoqua Abram et lui dit : « Que m’as-tu fait là ! Pourquoi ne m’as-tu pas fait savoir qu’elle était ta femme ? 19- Pourquoi as-tu dit : “C’est ma sœur” ? Aussi je l’ai prise à moi pour femme. Maintenant, voici ta femme, prends-la et va-t’en ! » 20- Pharaon donna ordre à ses gens de le renvoyer, lui, sa femme et tout ce qu’il possédait.

La lecture convenue du texte

Le Seigneur appelle Abram (qui prendra plus tard le nom d'Abraham) à quitter son pays natal, sa lignée et la maison de son père pour se rendre dans une terre qu’il lui dévoilera. Il promet de faire de lui une grande nation et une source de bénédictions pour tous les peuples. Il proclame que ceux qui le béniront seront bénis en retour, tandis que ceux qui le maudiront seront eux-mêmes maudits.

En réponse à l'appel divin, Abram quitte Ḥaran à l'âge de soixante-quinze ans, accompagné de sa femme Saraï (qui deviendra plus tard Sarah), de son neveu Lot, ainsi que de tous leurs biens et serviteurs. Ils voyagent vers Canaan et traversent le pays jusqu’au lieu de Sichem, au chêne de Moré. Là, Dieu apparaît à Abram et lui déclare que cette terre sera donnée à sa descendance. En cet endroit, Abram érige un autel en l'honneur de son Seigneur. Puis il poursuit sa traversée, de campement en campement, vers Béthel et jusqu’au Néguev.

Cependant, au sein de cette terre promise, la famine s’installe, contraignant Abram à descendre vers les contrées fertiles d'Égypte. Avant d'y entrer, il demande à Saraï de se faire passer pour sa sœur plutôt que pour sa femme, craignant que les Égyptiens, séduits par sa grande beauté, ne le tuent pour la posséder. De fait, les Égyptiens remarquent la beauté de Saraï et l'emmènent dans la maison de Pharaon qui la prend pour femme, tandis qu'Abram est comblé de richesses et de faveurs.

Mais Dieu ne reste pas indifférent à cette injustice. Il frappe Pharaon et sa maison de graves plaies. Pharaon, comprenant enfin la vérité, reproche à Abram sa tromperie et le renvoie, accompagné de sa femme et de tous ses biens, vers les terres de Canaan.

Chapitre 13

La lecture convenue du texte

De retour d'Égypte, Abram, accompagné de son épouse Saraï et de son neveu Lot, se réinstalle dans la région de Béthel. Les deux hommes, Abram et Lot, sont riches en troupeaux, en argent et en or, et possèdent chacun leur campement. Cependant, leur prospérité croissante engendre une rivalité entre leurs bergers.

Soucieux de préserver la paix entre eux, Abram propose à Lot de se séparer, en lui laissant le choix des terres qu’il souhaite habiter. Attiré par la fertilité du Jourdain, Lot choisit les plaines de Sodome et s’éloigne vers l’est, tandis qu’Abram demeure dans les collines de Canaan.

Après le départ de Lot, Dieu renouvelle sa promesse à Abram : il lui accorde, à lui et à sa descendance, toute la terre qu'il peut contempler, du nord au midi, de l’orient à l’occident. Abram s’établit alors à Hébron, près des chênes de Mamré, où il érige un nouvel autel en l’honneur du Seigneur.

Chapitre 14

La lecture convenue du texte

Les contrées de Canaan se retrouvent plongées dans la tourmente d’une guerre régionale. Pendant douze ans, quatre rois, conduits par Kedorlaomer, souverain d'Élam, asservissent cinq autres rois, parmi lesquels ceux de Sodome et de Gomorrhe. À la treizième année, les rois opprimés se révoltent, déclenchant une confrontation d'une ampleur sans précédent.

Les forces de Kedorlaomer triomphent, ravageant les terres et s'emparant des richesses des cités rebelles, y compris celles de Sodome. Parmi les captifs se trouve Lot, le neveu d'Abram, emmené avec ses biens. Lorsqu'Abram apprend la nouvelle, il réagit avec une promptitude héroïque. Il rassemble 318 hommes aguerris et se lance à la poursuite des envahisseurs.

La nuit, dans une habile manœuvre, Abram divise ses forces et surprend les ennemis. Sa victoire est éclatante : il libère Lot, ainsi que les captifs, et récupère les biens pillés.

De retour victorieux, Abram est accueilli par Melchisédek, roi de Salem et prêtre du Dieu Très-Haut. Melchisédek bénit Abram et lui offre du pain et du vin, tandis qu'Abram, en signe de gratitude, lui donne la dîme de tout ce qu'il a remporté. Le roi de Sodome, lui aussi reconnaissant, propose à Abraham de garder les biens récupérés, mais ce dernier, dans un geste de noblesse, refuse tout profit matériel, affirmant qu’il ne veut devoir sa richesse qu’à Dieu.

Chapitre 15

La lecture convenue du texte

Après ces événements, Dieu s'adresse à Abram dans une vision nocturne : « Ne crains point, Abram, lui dit-il, je suis ton bouclier, et ta récompense sera très grande ». Cependant, Abram exprime son inquiétude, car il n’a pas d’héritier direct et regrette que son serviteur Éliézer de Damas doive hériter de ses biens. Dieu le rassure : « Ce n’est pas lui qui sera ton héritier, mais quelqu’un de ton sang ». Il invite alors Abram à contempler les cieux et à compter les étoiles, en lui promettant : « Ainsi sera ta descendance ».

Pour sceller l’alliance, Dieu ordonne à son élu de préparer un sacrifice rituel particulier, en divisant plusieurs animaux. Alors qu'une profonde torpeur s'empare d’Abram, Dieu lui révèle le futur de sa descendance : elle sera asservie dans une terre étrangère pendant quatre cents ans, mais en ressortira enrichie, et ses oppresseurs seront jugés. À la tombée de la nuit, un brasier fumant et une torche flamboyante passent entre les morceaux d'animaux, symbolisant la présence divine et ratifiant l'alliance. En ce jour sacré, Dieu réitère sa promesse : il assure Abram que sa descendance possédera un vaste territoire, s'étendant « depuis le Torrent d'Égypte jusqu'au Grand Fleuve, l'Euphrate ».

Chapitre 16

Le texte biblique

16.1- Saraï, la femme d’Abram, n’avait pas enfanté pour lui. Elle avait une servante égyptienne, nommée Hagar. 2- Saraï dit à Abram : « Voici, je te prie4, Yahvé m’a retenue d’enfanter. S’il te plait, viens vers ma servante. Peut-être aurai-je un fils par elle [/ serai-je construite d’elle]5 ». Abram écouta la voix de Saraï. 3- Et donc dix ans après qu’Abram se fut établi au pays de Canaan, Saraï, femme d’Abram, prit Hagar l’Égyptienne, sa servante, et la donna à Abram, son homme, à lui pour femme. 4- Celui-ci alla vers Hagar, et elle devint enceinte. Quand elle se vit enceinte, sa maîtresse ne compta plus à ses yeux. 5- Saraï dit à Abram : « Que la violence qui m’est faite retombe sur toi ! C’est moi qui ai mis ma servante dans tes bras, et, depuis qu’elle s’est vue enceinte, je ne compte plus à ses yeux. Que Dieu soit juge entre moi et toi ! » 6- Abram dit à Saraï : « Ta servante est entre tes mains, faislui ce que bon te semble. » Saraï humilia Hagar et celle-ci prit la fuite. 7- Un messager de Yahvé la trouva dans le désert, près d’une source, celle qui est sur la route de Shour. 8- Il lui dit : « Hagar, servante de Saraï, d’où viens-tu et où vas-tu ? » Elle répondit : « En face de Saraï, ma maîtresse, moi je fuis. » 9- Le messager de Yahvé lui dit : « Retourne chez ta maîtresse, et humilie-toi sous sa main. » 10- Le messager de Yahvé lui dit : « Je multiplierai, je multiplierai ta descendance : tellement nombreuse qu’il sera impossible de la compter ! » 11-Le messager de Yahvé lui dit : « Te voilà enceinte, tu vas enfanter un fils, et tu lui donneras le nom d’Ismaël [c’est-àdire : Dieu entend]. Oui, Yahvé a entendu ta misère. 12- Il sera comme un onagre humain : sa main se dressera contre tous, et la main de tous contre lui ; il établira sa demeure face à tous ses frères. » 13- À Yahvé qui lui parlait, Hagar cria ce nom : « Tu es El-Roï [c’est-à-dire : le-Dieu-qui-me-voit] », car elle se demandait : « Ai-je bien vu ici, de dos, celui qui me voit ? » 14- C’est pourquoi on appela ce puits : Lahaï-Roï [c’est-à-dire le-Vivant-qui-me-voit]. Il se trouve entre Cadès et Béred. 15-Hagar enfanta un fils à Abram, qui cria le nom de son fils : Ismaël. 16- Abram avait quatre-vingt-six ans quand Hagar lui enfanta Ismaël.

La lecture convenue du texte

Dix années se sont écoulées depuis son arrivée en terre étrangère, dix ans durant lesquels Abram a voué son culte au Seigneur, mais le doux murmure de l'enfant attendu ne s'est toujours pas fait entendre. Saraï, son épouse, reste stérile, et son ventre désespérément vide.

Alors, dans un geste mêlé de désespoir et de foi, Saraï tend à Abram sa servante égyptienne Hagar, espérant qu’elle pourrait avoir, grâce à elle, un enfant. Abram écoute sa femme. Il prend Hagar dans ses bras, et la vie s'épanouit dans le sein de la servante, telle une fleur au milieu du désert aride.

Cependant, avec la promesse de la vie surgit l’ombre du conflit. Hagar, portant en elle la semence d'Abraham, se gonfle d’orgueil et oublie sa condition de servante. Saraï, s’estimant méprisée, laisse éclater sa colère devant Abram. Celui-ci refuse d’intervenir, laissant Saraï agir à sa guise. Alors, Saraï humilie sa servante, et Hagar s’enfuit dans le désert inhospitalier, avec le fardeau de la vie en son sein.

Sous le poids des épreuves et de l’abandon, Hagar cherche refuge près d'une source d’eau vive. Là, dans le silence intime de la solitude, un messager céleste lui apparaît. Il l'invite à retourner vers sa maîtresse et à s'humilier sous son joug, tout en lui assurant qu'elle aura une descendance innombrable, audelà de toute imagination. Son fils sera libre et intrépide, un homme semblable à un âne sauvage, levant la main contre tous ceux qui tenteront de lui faire obstacle6. Le nom de l’enfant à naître est murmuré : Ismaël, c’est-à-dire « Dieu entend », car le Seigneur a prêté l’oreille aux prières d’Hagar et à son humiliation.

Hagar retourne vers ses maîtres. Elle enfante un fils à Abram, alors âgé de quatre-vingt-six ans. Abram le nomme Ismaël, reconnaissant en lui l’enfant de l’attente et du dévouement.

Chapitre 17

Le texte biblique

17.1- Lorsque Abram eut atteint quatre-vingt-dix-neuf ans, Yahvé lui apparut et lui dit : « Je suis El-Shadday [le Dieu Tout-Puissant]7 ; marche en ma présence et sois parfait. 2- J’établirai mon alliance entre moi et toi, et je multiplierai ta descendance à l’infini. » 3- Abram tomba face contre terre et Dieu lui parla ainsi : 4- « Moi, voici l’alliance que je fais avec toi : sois le père d’une multitude de nations. 5- Tu ne seras plus appelé du nom d’Abram, ton nom sera Abraham [c’est-à-dire : père d’une multitude] : oui, je fais de toi le père d’une multitude de peuples. 6- Je te ferai porter des fruits à l’infini, de toi je ferai des nations, et des rois sortiront de toi. 7- J’établirai mon alliance entre moi, entre toi, et entre ta descendance après toi, de génération en génération ; ce sera une alliance éternelle ; ainsi je serai ton Dieu et le Dieu de ta descendance après toi. 8- À toi et à ta descendance après toi je donnerai le pays où tu résides, tout le pays de Canaan en propriété perpétuelle, et je serai leur Dieu. » 9- Dieu dit à Abraham : « Toi, tu observeras mon alliance, toi et ta descendance après toi, de génération en génération. 10- Et voici l’alliance qui sera observée entre moi, entre vous, et entre ta descendance après toi : tous vos enfants mâles seront circoncis. 11- Circoncisez la chair de vos prépuces. Cela deviendra le signe de l’alliance entre moi et vous. 12- À chaque génération, tous vos enfants mâles âgés de huit jours seront circoncis, les enfants nés dans la maison, ou les enfants étrangers qui ne sont pas de ta descendance mais sont acquis à prix d’argent. 13- Né dans la maison ou acquis à prix d’argent, tout mâle sera circoncis. Inscrite dans votre chair, mon alliance deviendra une alliance éternelle. 14- L’incirconcis, le mâle dont la chair du prépuce n’aura pas été circoncise, celui-là sera retranché d’entre les siens : il aura rompu mon alliance. » 15- Dieu dit encore à Abraham : « Saraï, ta femme, tu ne l’appelleras plus Saraï [c’est-àdire : Ma Princesse] ; oui, son nom est Sarah [c’est-àdire : Princesse]. 16- Je la bénirai : d’elle aussi je te donnerai un fils ; oui, je la bénirai, elle sera à l’origine de nations, d’elle proviendront les rois de plusieurs peuples. » 17- Abraham tomba face contre terre. Il se mit à rire en son cœur : « Un homme de cent ans va-t-il avoir un fils, et Sarah, à quatrevingt-dix ans, va-t-elle enfanter ? » 18- Et il dit à Dieu : « Accorde-moi seulement qu’Ismaël vive sous ton regard ! » 19- Mais Dieu reprit : « Oui, vraiment, ta femme Sarah va t’enfanter un fils, tu lui donneras le nom d'Isaac [un nom qui évoque le rire8]. J’établirai mon alliance avec lui, comme une alliance éternelle avec sa descendance après lui. 20- Au sujet d’Ismaël, je t’ai bien entendu : je le bénis, je le ferai fructifier et se multiplier à l’infini ; il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation. 21- Quant à mon alliance, c’est avec Isaac que je l’établirai, avec l’enfant que Sarah va te donner l’an prochain à pareille époque. » 22- Lorsque Dieu eut fini de parler avec Abraham, il s’éleva loin de lui. 23- Abraham prit son fils Ismaël, et tout mâle né dans sa maison ou acquis à prix d’argent ; il circoncit la chair de leur prépuce, en ce jour même, comme Dieu le lui avait dit. 24- Abraham avait quatre-vingt-dix-neuf ans quand fut circoncise la chair de son prépuce, 25- et Ismaël avait treize ans quand fut circoncise la chair de son prépuce. 26- En ce jour même, Abraham et son fils Ismaël furent circoncis. 27- Tous les hommes de sa maison, nés dans la maison ou acquis d’un étranger à prix d’argent, furent circoncis avec lui.

La lecture convenue du texte

Lorsque Abram atteint l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans, l'Éternel se révèle à lui dans toute sa splendeur. Il lui enjoint de cheminer en sa présence et de rechercher la perfection. Puis, scellant une alliance éternelle avec lui et sa lignée, il lui promet une descendance sans fin et lui offre en héritage la terre de Canaan, où il réside, pour toujours. Abram se prosterne devant Dieu. Désormais, il s’appellera Abraham, le Père de nations innombrables.

En signe de l’alliance conclue, le Seigneur institue la circoncision. Il exige que les fils d'Abraham et tous les enfants mâles de sa maison soient marqués, dès l'âge de huit jours, dans la chair de leur prépuce, du sceau de leur engagement envers lui et de leur appartenance à sa promesse.

Cependant, Abraham n'est pas seul dans cette alliance céleste. Saraï, son épouse bien-aimée, se voit à son tour attribuer un nouveau nom, Sarah, qui signifie « Princesse ». Bien qu'avancée en âge et stérile, Dieu annonce à Abraham qu’elle lui enfantera un fils.

À cette annonce, Abraham tombe face contre terre, un rire mêlé d'incrédulité et de gratitude s'échappant de ses lèvres. Il n'en espérait pas tant. Son seul souhait est de voir son fils Ismaël grandir sous ses yeux. Mais le Seigneur lui réaffirme que Sarah enfantera un fils, auquel il donnera le nom d'Isaac, un nom qui évoque le « rire ». C'est avec cet enfant et sa descendance que l'alliance sera établie. Quant à Ismaël, il sera également béni : il prospérera sans mesure et deviendra le père d'une grande nation.

Ayant ainsi parlé, l’Éternel se retire. Ce jour même, Abraham et son fils Ismaël se font circoncire, en témoignage de leur adhésion à Dieu et de leur foi en la grandeur de ses desseins.

Chapitre 18

Le texte biblique

18.1- Aux chênes de Mamré, Yahvé se fit voir à Abraham, qui était assis à l’entrée de la tente. C’était l’heure la plus chaude du jour. 2- Il leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Dès qu’il les vit, il courut à leur rencontre depuis l’entrée de la tente et se prosterna jusqu’à terre. 3- Il dit : « Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur. 4- Permettez que l’on vous apporte un peu d’eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre. 5- Je vais chercher de quoi manger, et vous reprendrez des forces avant d’aller plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! » Ils répondirent : « Fais comme tu l’as dit. » 6- Abraham se hâta d’aller trouver Sarah dans sa tente, et il dit : « Prends vite trois grandes mesures de fleur de farine, pétris la pâte et fais des galettes. » 7- Puis Abraham courut au troupeau, il prit un veau gras et tendre, et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer. 8- Il prit du fromage blanc, du lait, le veau que l’on avait apprêté, et les déposa devant eux ; il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient. 9- Ils lui demandèrent : « Où est Sarah, ta femme ? » Il répondit : « Elle est à l’intérieur de la tente. » 10- Il reprit : « Je reviendrai chez toi au temps fixé pour la naissance, et à ce moment-là, Sarah, ta femme, aura un fils. » Or, Sarah écoutait par-derrière, à l’entrée de la tente. 11 – Abraham et Sarah étaient avancés en âge, et la voie des femmes avait cessé pour Sarah9. 12- Elle se mit à rire en ellemême ; elle se disait : « Après mon déclin, j'aurai donc de la jouissance, et mon seigneur est vieux »10 13- Yahvé dit à Abraham : « Pourquoi Sarah a-t-elle ri, en disant : “Est-ce que vraiment j’aurais un enfant, vieille comme je suis ?” 14- Y at-il une merveille que Yahvé ne puisse accomplir ? Au moment où je reviendrai chez toi, au temps fixé, Sarah aura un fils. » 15- Sarah mentit en disant : « Je n’ai pas ri », car elle avait peur. Il répliqua : « Si, tu as ri. » 16- Les hommes se levèrent pour partir et regardèrent du côté de Sodome. Abraham marchait avec eux pour les reconduire. 17- Yahvé s’était dit : « Est-ce que je vais cacher à Abraham ce que je veux faire ? 18- Car Abraham doit devenir une nation grande et puissante, et toutes les nations de la terre doivent être bénies en lui. 19- Oui, je l’ai choisi pour qu’il ordonne à ses fils et à sa descendance de garder le chemin de Yahvé, en pratiquant la justice et le droit : ainsi Yahvé réalisera sa parole à Abraham. » 20- Alors Yahvé dit : « Comme elle est grande, la clameur au sujet de Sodome et de Gomorrhe ! Et leur faute, comme elle est lourde ! 21- Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à moi. Si c’est faux, je le reconnaîtrai. » 22- Les hommes se dirigèrent vers Sodome, tandis qu’Abraham demeurait devant Yahvé. 23- Abraham s’approcha et dit : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable ? 24- Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Ne supporteras-tu pas le lieu pour les cinquante justes qui s’y trouvent ? 25- Profanation ! Toi, faire une telle parole, mettre à mort le juste avec le criminel ! Il en serait du juste comme du criminel ? Profanation ! Toi, le juge de toute la terre, tu ne ferais pas jugement ? » 26- Yahvé déclara : « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, pour eux, je supporterai toute la ville. » 27- Abraham répondit : « J’ose encore parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre. 28- Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? » Il déclara : « Non, je ne la détruirai pas, si j’en trouve quarante-cinq. » 29- Il insista : « Peut-être s’en trouvera-t-il seulement quarante ? » Il dit : « Pour quarante, je ne le ferai pas. » 30- Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j’ose parler encore. Peutêtre s’en trouvera-t-il seulement trente ? » Il déclara : « Si j’en trouve trente, je ne le ferai pas. » 31- Il dit alors : « J’ose encore parler à mon Seigneur. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement vingt ? » Il déclara : « Pour vingt, je ne détruirai pas. » 32- Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu’une fois. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix ? » Il déclara : « Pour dix, je ne détruirai pas. » 33- Quand Yahvé eut fini de s’entretenir avec Abraham, il partit, et Abraham retourna chez lui.

La lecture convenue du texte

Abraham réside sous les antiques chênes de Mamré. Un jour, au plus fort de la chaleur, alors qu’il se repose à l’ombre de sa tente, trois messagers divins croisent son chemin. Sans hésiter, il accourt à leur rencontre, s’incline devant eux et les invite à partager son humble demeure. Avec une hospitalité empreinte de noblesse, il les accueille, leur offrant du fromage blanc, du lait et un veau préparé avec soin.

Ces émissaires lui rappellent la fidélité du Seigneur et confirment le miracle à venir : Sarah, son épouse, enfantera un fils. À l’arrière de la tente, Sarah entend les paroles des visiteurs. Elle rit en elle-même d’incrédulité et de jubilation. Elle s’étonne que la promesse de maternité, autrefois évanouie, lui soit offerte maintenant que les années ont laissé leur empreinte sur elle et son époux. Se pourrait-il que son mari lui fasse encore goûter, malgré leur vieillesse avancée, à la douceur de la volupté ?

Le Seigneur perçoit le rire de Sarah, et son courroux se fait sentir. Ne sait-elle donc pas que rien n'est impossible à la grâce divine ? Que même au crépuscule de l’âge, les miracles peuvent se réaliser ? Saisie de crainte, Sarah nie avoir ri. Mais le Seigneur, dans sa clairvoyance, la corrige : « Si, tu as ri ! », proclamant ainsi la vérité de son cœur.

Les étrangers se lèvent pour prendre congé et se dirigent vers la vallée de Sodome, cité maudite, où résonnent les échos du vice et de la dépravation. Le Seigneur révèle à Abraham son intention de descendre vers la ville, prêt à juger selon la clameur qui monte jusqu’à lui.

Craignant la rigueur divine, Abraham laisse parler son cœur. Il s’approche du Très-Haut et l’implore de ne pas déverser sa colère sur les innocents, de ne pas condamner les