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Dans ce récit à deux voix, le drame effleure à chaque page avant de s'abattre, implacable.
Adèle a 13 ans quand elle arrive dans le collège où enseigne Lee. Un drame va les lier pour toujours.
Un scénario trash dans un style littéraire bicéphale, où Amérique et Europe se rejoignent.
EXTRAIT
Adèle
Nous roulions. Dans mon souvenir, nous traversions un de ces paysages américains avec ciel bleu pur sans le moindre nuage, lumière mordorée. (C’est impossible. Je le sais aujourd’hui, nous étions en France. J’avais cinq ou six ans, et déjà beaucoup trop d’imagination.)
Partout jusqu’à un mètre au-dessus du sol une sorte de poussière rouge voletait, tourbillonnait. Corneilles perchées sur les poteaux électriques et sur les fils. Boules de brindilles et de branchages roulant gracieusement au sol, poussées par le vent. Il ne manquait que Bip Bip et Vil Coyote pour que le paysage se confonde parfaitement avec celui de mon dessin animé préféré.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Personnages bien campés, psychologie maîtrisée, sens de la narration et du suspense, phrases alternant descriptions, analyses et formules choc, style s’adaptant dans l’alternance des points de vue de la jeune femme et du professeur,
Adèle et Lee est une belle réussite. -
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À PROPOS DE L'AUTEUR
Mélikah Abdelmoumen est née en 1972 au Québec et vit depuis 2005 à Lyon.
Adèle et Lee est son premier ouvrage publié en France, après plusieurs romans remarqués au Canada dont
Les Désastrées (VLB).
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Seitenzahl: 65
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Mélikah Abdelmoumen
Mélikah Abdelmoumen est née en 1972 à Chicoutimi, au Québec. Elle vit à Lyon depuis 2005. Adèle et Lee est son premier texte publié en France, après plusieurs romans remarqués au Canada, dont Les Désastrées, paru récemment aux éditions VLB.
Émoticourt est une maison d'édition numérique dédiée aux textes courts, inédits et de langue française. Lancée en mars 2012 à Paris, elle publie les œuvres d’auteurs reconnus (dont certains couronnés par le Goncourt de la Nouvelle) ou celles de nouveaux talents, avec une même exigence de qualité littéraire. Ce choix du numérique lui permet de publier nouvelles, recueils, carnets, nanoromans qui ne trouvent pas, en raison de leur format, leur place dans l’univers de l’édition papier.
Pour Marie-Hélène, qui m’a appris à oser faire mon cinéma
Et maman guette – ah ! – et maman change les rats.
Cet œil moite qui me suivra jusqu’à ce que je cède.
Le crâne du cinéma dans l’eau du cinéma.
Comme un manque de courage comme.
La soupe à fantômes.
Le livre à péchés.
Roger DES ROCHES, Le Nouveau temps du verbe être
Nous roulions. Dans mon souvenir, nous traversions un de ces paysages américains avec ciel bleu pur sans le moindre nuage, lumière mordorée. (C’est impossible. Je le sais aujourd’hui, nous étions en France. J’avais cinq ou six ans, et déjà beaucoup trop d’imagination.)
Partout jusqu’à un mètre au-dessus du sol une sorte de poussière rouge voletait, tourbillonnait. Corneilles perchées sur les poteaux électriques et sur les fils. Boules de brindilles et de branchages roulant gracieusement au sol, poussées par le vent. Il ne manquait que Bip Bip et Vil Coyote pour que le paysage se confonde parfaitement avec celui de mon dessin animé préféré.
Ma mère conduisait comme une tarée. Nous quittions encore une grande ville (ne me demandez pas laquelle) dont nous avions, selon son expression, « épuisé les possibilités professionnelles », pour aller tenter notre chance dans une autre.
Elle portait ces lunettes de soleil trop grandes qui la faisaient ressembler à une mouche. Elle pleurait, larmes et rimmel en rigoles sur ses joues blêmes. Elle ressemblait à la mère dans Shining de Kubrick, en rouquine.
Le vent qui entrait par les fenêtres ouvertes fouettait ses cheveux orange, sales, longs et emmêlés. J’avais froid et je sanglotais. De temps en temps, entre deux bouffées des cigarettes qu’elle allumait pas seulement l’une à la suite de l’autre mais l’une avec l’autre, elle me jetait un regard vacillant qui se voulait plein de self-control, et disait : « Arrête ton cinéma, Adèle. »
Le rêve commence toujours quand je prends conscience que je suis condamnée à la réclusion à perpétuité. La raison importe peu, tout ce que je sais c’est qu’il y a eu injustice.
La porte de la prison se ferme avec un cliquetis sinistre, j’ouvre les yeux et tout est inversé : je me réveille dans une cellule et c’est comme si toute ma vraie vie n’avait été qu’un rêve. La gardienne de la prison, la geôlière, n’est pas maman. Ce serait trop simple. C’est la prison tout entière qui est maman. Je suis condamnée à être enfermée en elle à perpétuité.
Je me réveille toujours en hurlant, cette fois dans la vraie de vraie vie. Et alors c’est Lee, réveillé à son tour, qui cherche ses clopes à tâtons sur la table de chevet, nous en allume une chacun. Je me blottis, la tête au creux de son épaule, j’aspire la fumée, l’odeur rassurante de ses aisselles. Je pleure et il me berce. Nous continuons jusqu’à ce que, de nouveau, sommeil.
Lorsque, le matin venu, je sens le goût salé des larmes séchées sur mes joues, je vais me rincer le visage à la salle de bains. Et ma grande victoire, chaque fois, c’est de voir que rien dans ce reflet ne ressemble au visage de maman.
Je mets un point d’honneur à ne porter ni rimmel ni mascara.
Je n’ai jamais su qui était mon « géniteur ». Je sais seulement qu’elle avait fini par le choisir, lui, Jackie, Jacques, comme compagnon.
Nous vivions dans une petite ville de province. J’étais pensionnaire au Collège Préparatoire de Saint-X, dans la première grande agglomération du coin. Ma mère et Jackie m’y avaient inscrite au moment où j’avais commencé à les gonfler avec mes questions sur mon « vrai père ».
Mes questions sur mon « vrai père » rendaient ma mère chèvre. Elle n’avait même pas un début de réponse. Elle avait été, à l’époque, une version française trash de Holly Golightly, le personnage de Breakfast at Tiffany’s. Elle couchait avec tout ce qui bougeait et qui avait beaucoup de fric, en se donnant des airs de grande dame ou de star d’un cinéma désuet. (Combien de nuits ou de journées interminables ai-je passées dans notre luxueux studio, enfermée à double tour, pendant qu’elle allait « bosser » ?)
Lorsque ma mère et Jackie m’ont inscrite au Collège Préparatoire, j’avais non seulement honte de ma mère, j’avais également honte de ce qui en moi venait ou pouvait venir d’elle. Jackie, lui, ne la jugeait pas. Je crois qu’il l’aimait. Il ne ressemblait en rien aux pourvoyeurs riches et urbains de sa période de gloire, lui le « modeste » négociant provincial, il avait ça de plus que les autres.
Je détestais le fait qu’elle était une ex-catin de luxe. Je détestais ses goûts de parvenue. Je détestais que même devenue « pauvre », elle force Jackie à m’envoyer dans ce collège qui dépassait leurs moyens.
Et je détestais plus que tout ces foulards de fausse soie qu’elle portait attachés avec une broche en toc, en essayant de se faire croire qu’ils étaient aussi beaux que ceux qu’elle s’offrait du temps où elle baisait des millionnaires parisiens, toulousains, strasbourgeois ou londoniens.
Lorsque j’ai fait mon entrée au collège où enseignait Lee Lake, j’avais treize ans. Qu’on ne vienne pas me dire que ce n’est pas l’âge le plus trash de la vie. J’avais treize ans et j’étais une mocheté. Une grande grassouillette aux cheveux marron merde, aux mèches plates et pendouillantes qui me cachaient la moitié du visage. J’étais la Nouvelle. J’aimais les livres autant que je détestais ma mère dont j’aurais aimé avoir les cheveux, au moins. J’étais entre deux âges. Une petite fille qui attendait encore ses premières règles dans un corps trop voluptueux pour son propre bien, qui n’était pour autant pas encore celui d’une femme.
Le proviseur du Collège Préparatoire m’avait à peine laissé le temps de découvrir ma chambre et d’y poser ma petite valise avant de me conduire à la salle où officiait Lee Lake. Le cours était déjà commencé. Je m’étais sentie comme Charles Bovary devant le « nous » mystérieux du premier chapitre du roman de Flaubert : décalée, déplacée, déclassée.
Lee parlait le français avec cet accent irrésistible qu’ont les Américains qui sont de vrais francophiles : léger, presque imperceptible, aguichant comme un secret. Il avait les cheveux noirs et portait la moustache sans la moindre touche de ridicule. Un croisement entre Freddie Mercury et Don Draper, de la série Mad Men.
Les autres élèves étaient, toutes, parfaites. C’était à se demander si elles étaient vraiment vraies. Parfaites et glaciales.
Et moi, décalée, déplacée, déclassée.
