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Mon enfant, mon amour , mes amis, tous ces innocents, ou pas d'ailleurs, tous sont morts, sans motif, rien ne justifie toutes ces vies anéanties, toutes ces horreurs, ce massacre pour éviter d'autres massacres. En vacances au Maroc, un groupe de jeunes femmes europeennes se font kidnappées. Leur détention forcée par une faction islamique tourne au cauchemars, tout est organisé pour que personne ne recherche les disparues.
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Seitenzahl: 287
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Je survole, je persiffle, m’immisce,
Je glisse, sinueux, propice
Au-dessus de vos têtes,
En capture de vos êtres,
J’épie vos quêtes,
Je sonde votre mal-être,
Je me goinfre, je bâfre
J’aspire tout ce marasme,
Nourrisseur de mes fantasmes,
Incessante jouissance sur vos balafres,
J’alimente sans cesse votre détresse,
Le diable n’est que tendresse,
Humilié à mes pieds,
Il transpire tourmenté,
Je suis malin,
Sillonnant sanguin,
À but d’examen,
De vos vices pathétiques,
De vos bassesses chroniques,
De vos jalousies pathologiques,
Mes sanglots longs et acides,
Mes mots courts et acerbes,
Suintent de mes orifices,
Perversions exacerbent,
Hideuses et telles,
Nos blessures ruissellent,
De nos vices démoniaques,
De nos bassesses foutraques,
De nos jalousies mythos maniaques,
J’ignore l’ignoble,
Mise sur les mots nobles,
Je chasse le mesquin,
Et adopte l’orphelin,
Pour qu’aujourd’hui devienne demain.
PRÉAMBULE
CHAPITRE I
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
Il fait froid et noir, une odeur de pourri, un mélange de déjection et d’excréments me retourne les entrailles, je me retiens de vomir avec peine…
Allongée sur le sol, un léger frottement me fait tourner la tête et attire toute mon attention, je ne vois rien comme si j’étais aveugle. Je suis submergée par l’appréhension, je ne sais pas où je suis, j’ignore qui je suis, j’ai beau essayer de réfléchir, ma mémoire s’est perdue dans le noir…
Mon cœur tambourine, un lancinement à la tempe droite me fait grimacer, l’angoisse et l’odeur m’empêchent de respirer, le même bruissement au sol me fait face et se déplace…
L’appréhension est vite remplacée par la frayeur, je me redresse difficilement pour m’asseoir, instinctivement je me recroqueville, passant mes bras autour des genoux, comme si ce geste pouvait me protéger d’un danger imminent !
J’essaie de deviner mon entourage, le noir est total, aucune lueur, juste cette odeur abjecte.
Un autre chuintement si léger, que je ne sais pas comment j’ai pu le distinguer entre les battements de mon cœur presque ininterrompus, le bruissement se rapproche toujours, par panique j’ose enfin tâter l’inconnu…
Le sol est rugueux et poisseux, je hume ma main qui a pris l’odeur des émanations, j’ai un haut-le-cœur qui me laisse un gout de vomissure dans la bouche et le nez…
Encore ce bruissement suffisamment perceptible pour que je sache qu’il se rapproche toujours, instinctivement je recule, en posant cette fois-ci mes deux mains à terre, je pousse sur la pointe de mes pieds, j’essaie de m’éloigner doucement sans bruit, spontanément mon mouvement s’accélère incontrôlé, je ressens le danger sans savoir d’où il vient, mais il est présent tout autour de moi, il m’enveloppe de son épaisse noirceur, de son immonde odeur.
Un nouveau fumet m’emplit les narines, ressemblant vaguement au poulet périmé depuis très longue date, l’odeur accompagne un léger souffle juste sur mon visage me faisant frissonner de dégout, j’avance la main autant pour chercher à écarter la puanteur que pour savoir d’où vient la bouffée d’air perfide…
Une insupportable douleur m’enlace la main, comme un étau équipé d’épaisses aiguilles me sert et me transperce en même temps, je tire pour me libérer, l’étau se resserre et l’élancement s’accentue, je hurle ma terreur décuplée par le mal, j’arrive à amplifier ma panique en ne reconnaissant pas ce son irréel sorti de ma propre bouche.
Dans un élan désespéré, je me sers de mes pieds, de ma main libre et je frappe à l’aveugle droit devant moi en tentant de me libérer de l’étau qui me séquestre.
Mes coups ne sont pas tous inutiles, j’arrive à toucher violemment, quelque chose ou quelqu’un, peut être un chien ou un quelconque autre animal, j’entends une respiration haletante alors que mon supplice me coupe le souffle, je frappe toujours en sentant mes forces faiblir, un gémissement retenti soudainement dans le noir, l’étau se relâche sensiblement, je tire de toutes mes forces pour me libérer, ma tentative échoue et la douleur me fait vaciller, je donne encore quelques coups au hasard, mon dernier effort est récompensé, un nouveau gémissement, ma main se libère enfin, j’ai atrocement mal, et la souffrance ne faiblis pas, même si le soulagement d’avoir la main libre me rassure quelque peu. Je me recroqueville à nouveau sur moi même, quelques instants passent en attendant le pire…
J’ai envie de me mettre debout et de m’enfuir en courant, loin de ce cauchemar dont je ne maîtrise absolument rien, mais que se passe-t-il ?
Je ne sais toujours pas, qui je suis, ce que je fais dans cet endroit qui met complètement inconnu, cette puanteur, la douleur qui me vrille la main me faisant presque oublié celle de la tempe.
Un grincement retenti dans le noir, et c’est l’aveuglement complet, une lumière blanche puissante m’éblouit, m’empêche de distinguer autant que l’obscurité totale, je ferme les yeux, je ne vois rien…
Quelqu’un marche, j’écoute le moindre bruit, les sens en alerte, plusieurs personnes, je ne sais pas déterminer le nombre, je m’apprête à demander de l’aide, tout en me protégeant le visage de du puissant faisceau, puis le noir à nouveau, quelque chose sur ma tête me replonge dans l’obscurité et me laisse les mots dans la bouche, on me redresse avec grande brutalité, je laisse échapper un grognement, « on » me pousse et me tire en même temps, je pense que trois ou quatre personnes ont pénétrés dans la pièce sans un mot, ni un bruit.
Un gémissement similaire à celui déjà entendu retenti, moins puissant semblant être étouffé.
« On » me guide, je me cogne, « On » me cogne, m’oblige à accélérer ma démarche trébuchante, j’avais mal à la tempe, à la main, maintenant aux côtes…
Au secours, je vais me réveiller, il faut que je me réveille, je suis complètement désorientée…
« On » me fait trotter méchamment malgré moi, pendant un petit moment qui me semble interminable, je tombe à genoux en perdant l’équilibre par un heurt dans l’échine, un nouveau coup dans le dos me fait basculer en avant, je prends un autre choc dans les côtes…
Je n’ose plus bouger, comme si l’immobilité pouvait être déterminante pour la suite des évènements et éventuellement me protéger.
Je n’ai entendu aucune voix, aucun murmure, pendant tout ce temps qui s’éternise encore, « On » est toujours là pourtant, je ressens les présences, je ressens les dangers, je ressens cette envie de hurler, mais je reste étendu de tout mon long en respirant à peine, je reçois quelque chose sur le dos, assez lourd et jeté avec force, la surprise et le poids me fait me contracter tous les muscles du corps et me coupe le souffle, des pas, une porte qui se ferme, « On est parti », je reste pourtant immobile, je profite un instant pour respirer un air beaucoup moins putréfié en reprenant doucement mon souffle.
Ce que « On » m’a jeté sur le dos, soudainement, prend vie, je me retourne avec force et repousse la chose mouvante le plus loin possible de moi, j’arrache avec frénésie ce qui me recouvre la tête, je suis dans la pénombre, je me frotte les yeux nerveusement avec la main valide, je regarde l’autre gonflée et ensanglantée sans trop m’y attarder de peur de découvrir l’ampleur des dégâts provocant ma douleur, je cherche du regard ce qui était allongé sur moi, je vois une masse à deux mètres sur ma droite, la chose s’anime et commence à ramper vers moi, je n’arrive pas à distinguer ce que c’est…
Je me lève fort rapidement et m’avance à la rencontre de la chose, je donne un premier coup de pied, puis un deuxième et je continue à frapper jusqu’à ce que la chose ne bouge plus, ne gémisse plus, ne respire plus…
Je transpire et suis hors d’haleine, je distingue une tache rouge sur le chiffon beige qui recouvre la masse au sol, la tache s’étale, le rouge est couleur sang, je tremble de peur, je traverse hâtivement la pièce pour m’éloigner le plus possible de la chose et me réfugie dans l’un des angles, la légère clarté parvient d’une petite fenêtre en hauteur, il fait jour dehors…
Je reste là sans bouger, en regardant ma main abimée, et en jetant de furtifs coups d’œil sur la chose, de peur qu’il lui prenne l’envie de me sauter dessus, je l’imagine entre chien et loup avec une mâchoire acérée et les yeux injectés de sang…
Je reste médusée devant l’état de ma main, ma paume et le dos portent la trace de morsures formant un demi-cercle, ressemblant plus à une mâchoire humaine qu’animal, les plaies sont profondes et sanguinolentes, je suis stupéfaite par le gonflement, elle a triplé de volume, les plaies sont dégoutantes et nauséabondes, il faut absolument que je me désinfecte, je veux aussi prendre une douche, un bon café fumant, une cigarette, avaler un cachet d’aspirine pour ma tempe et mes côtes douloureuses, un somnifère pour dormir ou de préférence, si possible, un cachet pour me réveiller !!!
J’essaie de comprendre, de faire travailler ma tête et de me souvenir, j’arrive à reprendre un peu mes esprits, je sais qui je suis, c’est déjà un bon début, mon dernier souvenir avant ces instants ahurissants est la douche brulante, savoureuse chez moi, je sors de ma douche et…
Et je me réveille allongée sur le sol !
La chose a bougé…
Mon cœur qui commençait à récupérer un rythme plus raisonnable a fait un bon dans ma poitrine, prêt à sortir de mon corps pour s’enfuir et m’abandonner sur place !
Je ne sais pas si je dois rester immobile en espérant que rien n’arrive, en souhaitant que mon imagination m’ait joué un vilain tour, ou si je dois prévenir le danger et passer à l’offensive.
Sans réfléchir plus longtemps, je fonce sur la chose et recommence un assaut à coups de pieds…
La porte s’ouvre, trois personnes vêtues de vêtements noirs et cagoulées pénètrent rapidement dans la pièce, la première à me rejoindre me maîtrise les bras dans le dos, je suis tétanisée par la peur, la deuxième personne soulève le chiffon beige recouvrant la chose, et là je perds tout contrôle, je commence à me débattre, je hurle, je griffe, je siffle, mes pieds, mes deux mains sont en action, ma réaction à surpris mes geôliers, je me libère, la porte est restée ouverte, je fonce vers la liberté, je trébuche et tombe à terre puis le néant avec comme dernière image le petit corps décharné et dévasté par les coups, d’un jeune enfant, peut être une fillette d’une dizaine d’années aux yeux exorbités, restés grands ouverts regardant l’atrocité de ce que je lui faisais subir et de ce qu’elle avait déjà subit avant que je ne lui porte le coup fatal, « la chose est sans vie »…
De l’eau sur mes lèvres, j’ai soif, j’ouvre les yeux, face à moi, un fantôme, le visage caché derrière un rideau opaque, les yeux dissimulés derrière un voile transparent et fagoté d’une hypothétique robe sans aucune forme, il me tend une bouteille d’une main gantée, je me méfie, il me fait signe avec la tête en me tendant la bouteille, j’hésite encore, ma bouche est en feu et mes lèvres sont desséchées, je bois, au gout c’est bien de l’eau, j’ai une rapide pensée pour une première gorgée acide qui me ferait fondre de l’intérieur, comme l’acide citrique sur le calcaire des toilettes, mais avec soulagement, le temps passe, et rien de dramatique ne m’arrive.
La chose me revient immédiatement à l’esprit, l’horreur de ce que j’ai fait me pique les yeux et me soulève le cœur, je vomis l’eau que je viens de boire et plus encore, je vomis mon être entier, je me vomis…
Le fantôme me frotte le dos de ses deux mains gantées comme pour me soulager, je garde en tête le visage de « la chose », la photographie indélébile de ses grands yeux ouverts et sans vie, dans un élan de survie, je me redresse vivement, le contact avec le fantôme me révulse, je m’éloigne prestement de cette forme hermaphrodite, j‘ignore et ne veux surtout pas savoir, si c’est un homme ou une femme, ou même éventuellement un mélange des deux, je ne veux pas de ce contact d’inhumanité.
Je m’éloigne le plus possible, l’exiguïté de la pièce ne me laisse pas le choix pour énormément d’espace, fatigué par mes vomissements et la pensée de ces images insupportables, je m’assois à l’extrémité d’un matelas crasseux jeté à même le sol, le matelas est l’unique mobilier de la pièce aveugle, une ampoule diffuse une faible lumière, je regarde la porte en métal seule issue de la geôle, enfin j’examine ma main douloureuse et dégoutante, j’ai l’impression qu’elle a encore pris du volume, j’endure difficilement la souffrance, je me frotte la tempe, je cherche mentalement et désespérément un endroit de mon corps intact de supplice…
Je ne comprends pas ce qui se passe, qu’ai-je fait pour avoir droit à un tel traitement ?
Je regarde maintenant le fantôme qui me fixe également, qui est-il ?
Peut-être pourrais-je obtenir les réponses à quelques questions qui me viennent rapidement à l’esprit...
– où sommes-nous ?
Ma voix est rauque, basse et mal assurée, j’attends fixement une réponse qui ne vient pas…
Alors je repose la question avec plus de conviction, la voix un peu plus ferme, j’ai besoin de savoir !
Le fantôme sans mot dire, fouille sous son affublement, ce qui me fait me méfier, par incertitude et crainte d’apparition d’une arme quelconque, mais sa main découvre un morceau de pain et me le tend…
Ce geste n’a aucun effet d’apaisement sur moi, plutôt le don de m’irriter, et je repose la question en ignorant le geste, je crois que je hurle plus que je ne parle, loin d’impressionné apparemment, la main se tend un peu plus dans ma direction avec encore ce geste de la tête qui incite à prendre ce qui met tendu, je prends le morceau de pain et le lui jette au visage dans un mouvement de rage…
Et je répète inlassablement la même question, je ne hurle plus, le ton est impérieux et appel à une réponse rapide…
Mais rien ne vient alors je me lève calmement et m’approche du fantôme, dans un geste qui me semble être d’apaisement, je ramasse le morceau de pain tombé à ses pieds exactement à l’endroit où j’ai vomi auparavant et en me redressant j’agrippe de ma main valide, le tissu couvrant son visage, juste au-dessus de ses yeux et avec force et détermination, le tire fermement, la surprise ne laisse pas de place à une prompte réaction et le tissu glisse en même temps que je recule…
Je découvre un visage pale, émacié, d’une jeune fille, que j’aurais cru avec apriori la peau foncée, ces cheveux longs et blonds sont sales et emmêlés, elle a les yeux bleus cernés et éteints, une balafre à peine cicatrisée commence en dessous de son œil, lui barre la joue, zèbre ses lèvres encore boursoufflées pour finir sur son menton !
Le spectacle me pétrifie, toutes mes pensées bien tracassées par les évènements, sont à nouveau bousculées, tout n’est que folie autour de moi ;
Elle est âgée au maximum de quatorze ou quinze ans, il y a une telle lassitude dans toute son attitude, c’est frappant, je n’ai aucune, tout comme elle d’ailleurs, réaction visible.
Je devine seulement dans son regard pourtant éteint la même terreur que je ressens à l’intérieur et qui transpire par tous mes pores et se distille sur chacune de mes terminaisons nerveuses.
Je dois faire quelque chose, tout doit s’arrêter, je m’approche d’elle pour la prendre par les épaules malgré la douleur qui me fait grimacer, et lui repose la même question en douceur cette fois-ci, ne la soupçonnant, plus vraiment d’être agresseur, mais plutôt victime.
Contre toute attente, elle se met à sourire, ses lèvres gonflées et tuméfiées donnent l’impression qu’elles vont se fendre en deux, plusieurs de ses dents blanches et alignées sont cassées et laisse entrevoir un moignon de langue noirâtre, elle éclate d’un rire hystérique provenant du mauvais fonds de ces entrailles…
Elle m’angoisse, si elle n’était pas aussi abimée de partout, je douterais facilement à sa non-appartenance au côté obscur, je la relâche et je recule, elle continue à émettre cette espèce de rire de sorcière, elle s’avance vers le matelas, elle le soulève et se saisie d’un couteau avec une lame d’au moins trente centimètres de long et commence à lacérer les pends de ces oripeaux, et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, elle est nue devant moi, son corps blanc laiteux est strié de plaies récentes, marqué d’hématomes, dessinant une multitude de taches de différentes formes et nuances de couleur, elle est maladivement maigre, son ventre est pourtant rond et annonce une naissance proche, elle lève les bras au-dessus de sa tête, la lame du couteau pointe en avant vers moi, elle scintille dans la faible lumière, la blonde prend son élan, je plonge sur le sol en me protégeant de mes bras et essayant de me rétrécir afin de laisser le moins d’espace possible où la lame mortelle pourrait venir se loger, cette pauvre folle me fait uriner de peur…
Je devine, le geste de ses bras tendus dans un mouvement ample, prêts à frapper, son rire a cessé pour faire place à un faible râle, je relève la tête, et j’espère avoir le temps par un bon sur le côté d’esquiver son geste, elle est devant moi les deux mains agrippées au manche du couteau, le sang coule entre ses doigts, le long de son ventre, elle essaie d’extraire la lame sans y parvenir, des larmes coulent sur ces joues pales, finalement elle renonce et enfonce en tournant jusqu’à la garde et tombe lourdement sur le sol, inanimée en se vidant de son sang !
Je ne bouge pas pour essayer de l’aider, je reste les yeux rivés sur la flaque de sang qui s’élargit aux files des secondes qui s’égrènent…
L’épouvante de la scène m’empêche de réagir, les images se mélangent, la mixtion entre genre humain et sauvagerie vont me faire devenir folle, irrationnellement je me dis que tout comme la chose, le fantôme est maintenant certainement en paix, je recherche du regard l’arme fatidique avec une pensée suicidaire, j’aimerais tellement être loin de tout ce désastre irrationnel, je secoue la tête, j’essaie de repousser la pensée mortelle, les disparitions que je viens de côtoyer, est de très loin celles à laquelle l’être humain normalement constitué aspire, je veux bien passer de vie à trépas parce que c’est l’heure, mais aucune envie dans un décès qui ressemble de près ou de loin à ces morts-là !
L’odeur du sang chaud me fait frissonner, il faut que je sorte de cet endroit, je dois trouver une solution, je me lève en prenant mon courage à pleines mains, j’oublie toutes mes douleurs et retourne le matelas, dans l’espoir frénétique d’y trouver quelque chose d’utile à ma survie, déçue je le repousse contre le mur, les oripeaux cachaient bien un morceau de pain, pourquoi ne recèleraient-ils pas autre chose d’utile qui m’aiderait à sortir de cet enfer, je les récupèrent baignant dans le sang de leur hôte, en tâtonnant le tissu, je découvre un trousseau de clefs…
Fébrilement, j’essaie une à une les quatre clefs dans la serrure de la porte, aucune n’ouvre, je suis tellement nerveuse dans mon désespoir, les clefs tombent sur le sol dans un bruit de cliquetis, je les ramasse essaie à nouveau, en tentant de me calmer, la serrure a été montée à l’envers, la troisième clef ouvre enfin le verrou, je tire sur la poignée et entrebâille la porte…
Mon cœur bat la chamade, je suis bouillonnante, haletante et en nage, mes draps sont trempés, une odeur de transpiration et de peur flotte dans ma chambre.
Je suis assise, crispée, mon réveil indique trois heures dix, chaque détail de mon rêve me revient comme un film réaliste et défile en couleur, je ressens chaque émotion comme du vécu, pourtant ma main est indemne, le reste de mon corps également, seul l’afflue de sang me martèle les tempes, aucune autre douleur à l’horizon, ma respiration s’apaise petit à petit, mon cœur retrouve un rythme normal, il est trois heures quarante-trois, les draps de mon lit sont toujours mouillés et ont refroidis, je tremble, je suis transie de froid, je me lève et me dirige vers la salle de bain en ouvrant la fenêtre au passage pour aérée et chasser cette désagréable odeur qui flotte encore.
Je jette mon déshabillé dans la corbeille de linge sale et glisse sous la douche en prenant soin de m’écarter pour éviter le premier jet d’eau froide, l’eau brulante coule sur mon corps et m’enveloppe d’une épaisse vapeur bienfaitrice, je me penche doucement en avant et m’appuie contre le mur bien calé sur mes deux paumes en écartant légèrement les jambes, et je reste là en fermant les yeux, me répétant en boucle, que ce n’était qu’un cauchemar !
J’augmente encore la température de l’eau, je n’arrive pas à me réchauffer suffisamment pour cesser de frissonner.
Malgré la douche bouillante, je grelotte toujours, je m’essuie rapidement et enfile un peignoir quatre fois trop large pour moi, mais qui a le mérite d’être épais, chaud et surtout de me recouvrir presque entièrement, une paire de chaussettes pour ne pas marcher pieds nus et je me dirige vers la cuisine, me concocte un chocolat chaud, la tasse fumante entre les mains, je me poste dans le salon devant la baie vitrée donnant sur la terrasse toute lumière éteinte, la pleine lune caresse de ses reflets la surface de l’eau, il fait pourtant noir dehors, le ciel est très nuageux, seule la lune est visible, les nuages cachent toutes les étoiles…
J’ai encore le gout en bouche de mon cauchemar, il faut vraiment être dérangé pour pouvoir rêver de telles horreurs, ou bien qu’elles révèlent une pathologie intérieure latente...
Je vais m’asseoir sur le canapé et allume la télévision sur une chaine d’information en continu, le monde devient fou et mon cauchemar lui ressemble.
Je m’allonge confortablement sur le canapé en regardant ce défilement d’images en continu sans vraiment les voir, le son inaudible me berce, je lis les sous-titres d’alertes sans les comprendre et je finis par m’endormir d’un sommeil agité.
Le chant des oiseaux et la lumière du jour me réveillent, je me lève pour me faire couler un café brulant, il est sept heures, je suis un peu courbaturée, due certainement à une mauvaise position pendant la deuxième partie de la nuit, j’ai l’impression d’avoir fait une nuit blanche, je suis davantage fatiguée que lorsque je me suis couchée, même si le reste de la nuit a été agitée, je le sais, je le sens, par d’autres rêves ou je ne m’en souviens pas et cela vaut peut-être mieux.
La télévision est restée allumée toute la nuit, toujours les mêmes images en boucle, certaines me renvoient à mon cauchemar…
Je file prendre une douche rapide, je m’habille d’un jean, un chemisier blanc, une veste légère en cuir, je consulte vite fait mes mails, rien de franchement intéressant, les habituelles publicités, j’ai beau me désinscrire régulièrement des sites en question, elles reviennent inlassablement pourrir ma messagerie.
Je récupère à la volée mon sac de voyage préparer la veille, mon taxi ne devrait pas tarder, je traverse la terrasse qui conduis à la passerelle menant du ponton à la terre ferme, je rejoins la maison du gardien en haut de l’allée pour lui passer un rapide bonjour, quelques dernières instructions avant mon départ, je sais toujours les dates de mes voyages aller, mais n’ai jamais d’idée sur la date des retours.
Le taxi pénètre dans l’allée, je récupère mon sac déposé sur le rebord de fenêtre, prends soin de bien refermer le portillon du parking, et monte dans le taxi direction l’aéroport, le chauffeur à envie de taper la discussion ce qui n’est pas franchement mon cas, je ne suis pas d’humeur et j’ai une grande difficulté à comprendre ce qu’il me dit, son accent est à couper au couteau, je m’exaspère d’avoir à faire répéter la même chose trois fois de suite sans toujours comprendre et je n’ai nullement l’envie de me concentrer pour pouvoir déchiffrer son charabia, il me saoule, je fais semblant d’être occupée avec mon téléphone tout en répondant par onomatopées.
Nous sommes enfin arrivés, j’ai l’impression que la route était deux fois plus longue que d’habitude, je paie la course rapidement, le salut à peine et m’engouffre dans l’aérogare.
La file d’attente à l’enregistrement est noire de monde, ça piaille, ça bouscule, je me demande pourquoi je persiste à prendre les vols low-cost, la différence de prix n’est pas si flagrante étant donné que je prends mon billet toujours au dernier moment, le service y est médiocre et les voyageurs pour la majorité sont sans savoir vivre, ils bousculent sans une excuse, comme si le vol n’allait pas les attendre alors qu’ils se présentent à l’enregistrement avant l’heure d’ouverture officielle…
Le ton monte entre les personnes qui me précèdent et l’hôtesse, leurs bagages destinés à l’enregistrement en soute sont trop lourds, d’un ton las, elle essaie de leur faire comprendre qu’un supplément bagage est exigé par la compagnie, l’hôtesse exaspérée finie par appeler un agent de sécurité, qui calme le jeu et accompagne les passagers avec fermeté au comptoir de paiement pour le supplément bagage, sans autre compromis possible…
Je fais enregistrer mon bagage et récupère ma carte d’embarquement, je ressors de l’aérogare pour fumer une cigarette, les zones fumeur sont immondes à l’intérieur, a chaque fois que je suis rentrée dedans, j’ai eu l’impression que j’allais mourir d’asphyxie, les extracteurs ne fonctionnent pas ou sont si faibles que s’il n’y en avait pas il n’y aurait aucune différence, les locaux donnent vraiment l’impression que les fumeurs sont des pestiférés.
Puis je me dirige directement vers le passage en douane, les formalités accomplies je rejoins la salle d’embarquement et attends sagement l’appel du vol, je laisse passer et s’installer impassiblement mes compagnons de voyage, je préfère rester le plus longtemps possible en dehors de l’avion…
Je regarde les passagers défiler devant moi, certains me rappellent mon cauchemar !
Je frissonne et appréhende le vol.
Les derniers passagers sont appelés pour l’embarquement, je me décide enfin et je me lève pour accéder à l'appareil…
L’avion décolle, je m’endors immédiatement.
Je suis réveillée par la diffusion de l’annonce qui indique le début de la descente, c’est juste à ce moment-là, évidemment, que mon voisin de droite décide de se lever, j’imagine, pour aller aux toilettes, il fait mine de m’enjamber pour passer, son sexe, que je devine sous son pantalon, est a dix centimètres à peine de mon visage, je peux déceler une légère odeur d’urine !
Je me lève sans lui laisser le temps de passer la première jambe, je le fusille du regard sans mot lui dire, inutile de perdre du temps pour rien, il ne comprendrait pas !
Pourtant il n’est quand même pas compliqué de demander poliment à son voisin de libérer le passage !
À peine dans l’allée, l’hôtesse le rappelle à l’ordre, il doit impérativement retourner s’asseoir; j’ai un large sourire intérieur, je lui fais place afin qu’il passe en continuant à le toiser sévèrement, je souhaite qu’il ne puisse pas se retenir jusqu’à l’atterrissage et qu’il fasse ses besoins dans son pantalon qu’une belle auréole soit visible de tous, j’ai une sainte horreur de ce manque de savoir-vivre lié certainement à un manque d’éducation…
L’arrivée est un peu tendue, les passagers sont nerveux, quatre vols ont atterri en même temps, l’aéroport a été rénové avec gout, mais les méthodes et la capacité d’accueil n’ont pas évolué, alors que le nombre de vols a été multiplié par quinze en dix ans, il est bien fini le temps où avec quelques dirhams, il était très aisé de passer devant tout le monde, le cout des vols a tellement chuté, qu’ils sont devenus accessibles à tous…
Si par hasard, un « Immigré » comme les « Blédards » aiment surnommer les personnes de leurs familles expatrier, surprenait le tour de passe-passe, la catastrophe nationale et une crise d’hystérie collective seraient assurées, n’étant pas adepte des esclandres inutiles, je préfère m’abstenir et attendre patiemment mon tour.
Au bout de deux heures de file d’attente douanière, je récupère mon bagage, et peux enfin sortir à l’air libre et prendre le temps de fumer tranquillement une cigarette, dehors il fait chaud, le soleil caresse agréablement ma peau, je retire mon blouson et le pose sur mon sac de voyage en fixant le soleil, les yeux quasiment clos, je profite de cet instant d’ensoleillement, j’apprécie indiscutablement de la chaleur du soleil…
De loin, j’entre aperçois s’approcher au travers de mes yeux plissés, Abdel Ali « le Gras » mon contact depuis des années sur place, Chauffeur, Homme de main, Coursier, intermédiaire, il court presque, il peut, puisque comme à son habitude, il est copieusement en retard, il me tend la main en arrivant à ma hauteur, il est essoufflé et dégoulinant de transpiration, je serre la main tendue, pour finir de me saluer, m’embrasse sur les joues sans y poser ses lèvres, il sent la transpiration et colle de sueur…
Il s’enquiert de l’état de santé de ma famille, en prenant mon sac de voyage et me fait signe de le suivre pour rejoindre un taxi qui doit nous attendre plus loin sur le parking.
Abdel Ali a gardé le précepte passé du ventre gras signe d’opulence, quoi qu’à bien y réfléchir beaucoup d’européens cultives ce même adage « plus vieux que les robes de ma grand-mère », mon expression favorite, inventé de toute pièce, qui je le reconnais ne veux pas dire grand-chose, mais qui à au moins le don de faire sourire qui l’entend et je préfère utiliser mon expression comme palliatif à l’ancestral « vieux comme Hérode » et puisque « le monde attend toujours sa rénovation », je prends les devants et essai d’y contribuer…
Je n'affectionne pas ces personnes sans propre imagination, qui pensent vivre avec intelligence, se sentent emplie de culture indéniable en répétant comme des robots à longueur de temps les mots des autres, les discussions avec ce genre de personne ressemblent souvent à des monologues, elles s’écoutent parler, en faisant sonner les mots des autres, en faisant rarement attention à l’autre, comme s’ils n’avaient pas de pure existence ou de nette opinion…
Abdel Ali le Gras, musulman pendant le Ramadan, qui le reste de l’année trompe sa femme, délaisse ses enfants, tourne à la vodka non pas pour ressentir cette ivresse d’insouciante, mais pour se défoncer en se tuant la tête jusqu’à tomber sans plus savoir qui il est, le tout en l’espace de quelques heures, le temps qu’il faut pour vider la bouteille sans être malade, mais juste ce qu’il faut pour perdre tout contrôle de soi…
Madame Sophie, comme il m’appelle, alors que je lui répète depuis des années d’oublier « Madame », qui me fait penser à une mère Maquerelle ou un Colon, et je ne suis ni l’une ni l’autre, j’ai fini par renoncer à lui expliquer et essayer de lui faire comprendre, c’est apparemment pour lui une forme de respect !
CCM, « C’est ça le Maroc »…
Une autre de mes expressions, quand ce n’est pas compréhensible ou logique pour moi, après tout chacun sa culture et forme d’entendement de l’autre…
Nous montons dans le Taxi à la climatisation naturelle, cheveux au vent, nous allons directement à l’hôtel, je n’avais pas besoin d’Abdel Ali, mais il tenait à venir me chercher certainement pour me demander comme souvent de l’argent, alors qu’il est déjà payé tous les mois à rien faire le double du salaire minimum local et cela depuis déjà quelques années, Laïd approche et en tant qu’ainé de la fratrie, il se doit de préparer et assumer financièrement une très belle fête pour toute sa famille, je le rassure immédiatement en lui disant que nous irons ensemble comme chaque année choisir deux beaux moutons…
Il a un large sourire aux lèvres, je suis soulagée, il va me laisser tranquille au moins une journée entière, voir peut être deux, j’arrive à l’hôtel en lui expliquant que je n’ai plus besoin de lui pour le moment et dans le cas contraire, je lui passerais un coup de téléphone, il disparait avec le taxi…
Je me dirige directement au lobby, l’accueil du réceptionniste beaucoup trop condescendant à mon gout m’exaspère, la clientèle européenne habituelle de l’établissement n’aspire qu’à des courbettes indécentes, en Europe ils font partie de la classe légèrement supérieure de la population, ni plus ni moins, plutôt dans la classification des anonymes, la différence de culture et le semblant de puissance de l’Euro leurs donnent des ailes, ils se prennent pour des starlettes à qui il faut passer le moindre caprice, donc le personnel de l’établissement est formaté à cet effet avec ordre de s’y tenir sous peine d’être congédié sur-le-champ, la règle est de faire croire que vous êtes « LE SUPER VIP » de l’hôtel…
Le bagagiste m’ouvre la porte de la chambre, je le remercie rapidement avec un pourboire et me rends directement sur le balcon, le soleil est là, au loin l’Atlas laisse découvrir un de ses pics aux neiges éternelles, je suis toujours en admiration devant le spectacle…
Je file dans la salle de bain me doucher, je m’essuie rondement, enfile mon maillot de bain complété d’un short en jean, une chemise légère, tongs aux pieds, je prends dans mon sac de voyage une pochette spécialement adaptée pour y glisser mon téléphone, cigarette, briquet et clef magnétique de la chambre qui à coup sûr sera rapidement désactivée par la proximité de mon téléphone, je rejoins la piscine, et après mettre déshabillée, je m’allonge sur le transat confortable et ferme les yeux, je vais pouvoir enfin être au calme…
Je somnole, mes journées sont en ce moment à rallonges, et j’ai besoin d’un peu de passivité mon corps et mon esprit me le réclame…
Je suis sortie de ma léthargie par des éclats de voix, en soupirant, j’ouvre les yeux, le soleil me fait un clin d’œil en m’éblouissant, je me protège de la main, lève la tête sans vouloir bouger le reste du corps, un peu comme fonds les tortues.
Le mouvement me fait travailler les muscles du cou et les abdominaux, et je ne vois toujours rien, avec flemme je m’appuie sur les coudes pour mieux distinguer…
