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C’était pourtant une grande et joyeuse famille sans histoires…
« Je n’ai jamais voulu ça… Je n’ai rien demandé, je voulais juste vivre une vie paisible… Mais on m’en a empêché. » Katerina le sait bien, nous devons tous faire face à la mort tôt ou tard et nous avons tous une façon différente de réagir. Ce jour funeste où elle a découvert le cadavre d’Owen, son frère, elle a senti une part d’elle-même se briser…
Lui a définitivement perdu toute chance de profiter d’une vie pleine de promesses. Jamais, Katerina ne le pardonnera. Le vaste manoir des Vandaele résonnera bientôt d’autres cris, le sang n’a pas fini de couler sur les secrets et les non-dits d’une famille bourgeoise. Avec Erwan, policier chargé de la protection de la famille, Katerina traquera l’assassin et lui fera payer ses crimes quoi qu’il en coûte…
Un thriller palpitant avec une touche de romance interdite
EXTRAIT
Katerina s'arrêta pour reprendre son souffle. Elle courait depuis bientôt deux heures à un rythme régulier et elle sentait que son corps commençait enfin à se fatiguer. Elle s'accorda deux secondes avant de repartir en sprintant. Les arbres autour d'elle défilaient sans qu'elle y prête réellement attention, ce décor était devenu coutumier pour elle, bien qu'elle ne pût s'empêcher de s'extasier encore parfois devant la beauté de la nature.
Abandonnant le sentier de randonnée, la jeune femme prit celui caché par les arbustes qui n'était connu que des habitués de la forêt. Le chemin y était plus abrupt et marcher dessus n'était pas une mince affaire, quant à courir, cela relevait de la folie.
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Seitenzahl: 436
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Katerina s'arrêta pour reprendre son souffle. Elle courait depuis bientôt deux heures à un rythme régulier et elle sentait que son corps commençait enfin à se fatiguer. Elle s'accorda deux secondes avant de repartir en sprintant. Les arbres autour d'elle défilaient sans qu'elle y prête réellement attention, ce décor était devenu coutumier pour elle, bien qu'elle ne pût s'empêcher de s'extasier encore parfois devant la beauté de la nature.
Abandonnant le sentier de randonnée, la jeune femme prit celui caché par les arbustes qui n'était connu que des habitués de la forêt. Le chemin y était plus abrupt et marcher dessus n'était pas une mince affaire, quant à courir, cela relevait de la folie. À moins d'être bien informé de la voie et de ses passages, ce qui était le cas de Katerina. Depuis trois ans qu'elle venait courir tous les matins dans cette forêt, la jeune femme avait fini par la connaître mieux que sa propre maison, et elle était une des rares personnes à s'aventurer sans crainte au milieu des bois, quelle que soit l'heure. Bien que la forêt soit réputée pour ne pas attirer de criminels en tout genre, Katerina ne risquait rien car elle fréquentait la partie sauvage de la forêt, celle où ils ne se risquaient pas car la végétation était trop capricieuse au goût des gens en général.
Les muscles de la jeune sportive commencèrent réellement à devenir douloureux au bout d'une heure de course au même rythme effréné. Ravie, elle s'arrêta et s'assit sur un rocher. Elle tremblait de fatigue et sa tête tournait légèrement mais au moins, elle avait réussi à s'épuiser. Elle jeta un coup d'œil à sa montre qui indiquait 9 heures. Elle s'accorda quelques minutes de réflexion : si elle repartait maintenant en courant et qu'elle passait par des raccourcis, elle pourrait être chez elle à 9h30, prendre une douche, attraper le bus de 10h et être à son cours de 11h. Satisfaite, elle se releva d'un bond, son vertige déjà envolé et repartit à un rythme tranquille.
Elle n'avait pas couru depuis une dizaine de minutes, qu'elle s'arrêta brusquement envahie par un mauvais pressentiment. Elle se figea et regarda autour d'elle, méfiante. Elle connaissait très bien cette impression, c'était le signal que quelque chose n'allait pas. Elle reprit sa course mais, cette fois, elle courut de toutes ses forces, malgré la réticence de ses muscles. Elle ne mit pas longtemps à atteindre la lisière de la forêt et elle aperçut le toit de sa maison au loin. Ses jambes menaçaient de la lâcher et la jeune femme avait beau apprécié de se sentir fatiguée, il y avait une limite. Cependant, elle ne pouvait pas s'arrêter ici. Au moment où elle repartait, elle eut la même impression — comme une alarme, et elle tourna la tête vers la droite : elle devina plus qu'elle ne vit la silhouette derrière les buissons.
— Eh ! lança Katerina avant de se dire que ça ne servait strictement à rien de dire ça.
Sauf à faire fuir la silhouette en question. Il y eut une bruit de branche cassée puis plus rien. La personne avait disparue. Cette apparition troubla la jeune femme. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Aux alentours, il n'y avait que sa maison et si c'était quelqu'un de sa famille, il ne se serait pas enfui de cette manière ! À moins de ne pas avoir la conscience tranquille. Son malaise s'accentua et elle repartit vers la demeure en longeant le mur qui entourait la propriété.
Elle tourna au coin du chemin et le portail apparut. Katerina s'approcha pour taper le code et regarda la grille s'ouvrir avant de s'engager dans l'allée menant à la maison. Malgré elle, elle scruta le jardin, à la recherche de quelque chose d'inhabituel mais rien n'attira son attention. Elle ralentit un peu le pas ; sa course au retour avait chamboulé son planning et elle avait un peu de temps devant elle avant que son bus ne passe. Elle s'arrêta devant l'immense chêne qui surplombait le jardin, gardien végétal de la demeure de sa mère. Enfant, Katerina grimpait tout en haut du vieil arbre ; ses branches étaient si nombreuses et si épaisses que n'importe qui pouvait grimper dedans. Par contre, atteindre le sommet, c'était une autre paire de manche et il fallait bien connaître l'arbre pour savoir quelles voies emprunter. Alors qu'elle laissait ses souvenirs la submerger, une pluie de petites branches et de feuilles lui tomba soudain dessus. Étonnée, elle releva la tête et perçut un mouvement entre les branchages. La jeune femme eut un petit sourire, attrapa une branche et se hissa sans difficulté dans le chêne. Grâce à sa souplesse et à son habilité, Katerina grimpait vite et elle ne mit pas longtemps à rattraper son « agresseur ».
Elle attrapa le pied de l'enfant qui, surpris, lâcha un cri.
— Ce n'est que moi ! lança Katerina, amusée, en lâchant sa jeune sœur.
La petite fille, âgée d'une douzaine d'années se retourna, l'air renfrogné.
— Tu m'as fait peur ! S'exclama-t-elle.
— Et toi, tu m'as agressée.
La petite fille afficha encore sa moue boudeuse jusqu'à ce qu'elle n'y arrive plus et que son sourire naturel reprenne le dessus. Elle se jeta dans les bras de sa sœur aînée, ravie.
— Je t'ai vu arriver de loin et t'arrêter près du chêne ; je me suis dit que j'allais te préparer une petite surprise ! Mais tu es trop rapide ! Comment ça se fait que tu sois si rapide pour grimper dans cet arbre alors que tu fais deux fois ma taille !
— Justement, répliqua Katerina, je fais deux fois ta taille donc j'ai besoin de moins de prises pour grimper.
— Mais je suis plus rapide et plus souple qu'un adulte, objecta sa jeune sœur. Et tu viens de courir !
— Rien ne vaut l'expérience, Alex !
Elle jeta un coup d'œil à sa montre puis entama sa descente :
— Je vais aller en cours, mais si je veux y être à l'heure, je dois me dépêcher !
Alexiane ne cacha pas sa déception :
— J'espérais que tu resterais avec moi !
— Je suis désolée ma puce, mais je ne suis pas en vacances… Contrairement à certaines, rajouta-t-elle avec un clin d'œil.
Alexiane soupira :
— On se verra à ton retour alors… Tu n'as qu'un cours aujourd'hui non ? Tu as beau ne pas être en vacances, la plupart de tes profs ont profité des vacances scolaires et se sont tirés !
Katerina éclata de rire et répondit :
— On ne peut rien te cacher ! Effectivement, mes journées ne sont pas très chargées à cette période.
Elle esquissa un mouvement vers le bas lorsqu'elle se figea et releva la tête vers sa sœur :
— Tu as dit que tu m'avais vu arriver de loin ? Mais tu n'as rien vu d'autre ? Quelque chose qui t'aurait paru étrange ou surprenant ?
Alexiane la regarda avec curiosité :
— Ben non pourquoi tu me poses cette question ?
— Oh rien… Un… Un mauvais pressentiment…
L'expression de son visage changea et elle prit un air grave, qui amusa beaucoup Katerina, et réfléchit avec intensité. Elle prenait toujours très au sérieux les « pressentiments » de son aînée. Finalement elle secoua la tête :
— Non, rien de particulier ! Mais j'ouvrirai l'œil !
Katerina sourit et la remercia avant de se lancer dans la descente. Arrivée en bas, elle sauta sur le sol, se releva… et tomba nez à nez avec sa sœur aînée.
— Crys ? S'exclama Katerina, sans cacher son étonnement, qu'est-ce que tu fais ici ?
Sa sœur afficha un air pincé et répondit d'une voix agacée :
— C'est plutôt à moi de te poser la question ! Quand est-ce que tu comprendras que ce n'est plus de ton âge de jouer les sauvageonnes ?
— Quand tu réaliseras que jouer les mégères n'est pas une obligation ?
Crystal eut l'air offusqué mais, avant qu'elle ait pu dire quoi que ce soit, la voix d'Alexiane retentit :
— Eh Crys, garde tes sermons pour tes enfants de milliardaire et laisse Kate tranquille !
Crystal se tourna vers l'arbre :
— Alexiane, tu es là-haut toi aussi ? Enfin descends immédiatement ce n'est plus non plus de ton âge !
Katerina jugea que c'était le moment idéal pour s'éclipser sinon elle n'arriverait jamais à son cours. Elle laissa ses deux sœurs se disputer en se jurant qu'elle rendrait la mise à Alexiane.
Elle courut le long de l'allée et arriva devant l'entrée de la maison. En passant la porte, elle faillit bousculer son frère qui cria son nom, énervé, mais elle n'y prêta pas attention, elle s'excuserait plus tard. Grimpant les marches deux à deux, elle arriva à l'étage des chambres et entra dans la sienne. Elle ferma sa porte et retira ses vêtements avant d'entrer dans la salle de bains et de se glisser sous la douche. Lorsque l'eau chaude coula le long de son corps, elle lâcha un petit soupir de contentement. Après avoir couru pendant trois heures, sentir l'eau sur son corps était une expérience délicieuse. À tel point que lorsqu'elle sortit de la salle de bain, Katerina réalisa qu'elle avait passé trop de temps à se doucher puis à se préparer. Elle allait encore devoir courir…
Erwan releva la tête lorsqu'il entendit le bruit de la clef dans la serrure, son colocataire Rémy venait juste de rentrer de son travail de nuit et semblait prêt à s'effondrer.
— T'as passé une bonne nuit ? Lança-t-il.
Son ami s'effondra dans le canapé avec une grimace :
— Mouvementée ! Si tu veux mon avis, certaines personnes ne devraient même pas être autorisées à boire ! On a encore été appelé par la vieille de la rue des ursulines ! Elle voulait de nouveau porter plainte pour tapage nocturne alors qu'il n'y avait pas de fête dans l'immeuble et que les « voyous » dont elles parlaient n'étaient même pas chez eux ! Par contre, elle sentait l'alcool à plein nez.
— C'est triste pour elle je trouve, soupira Erwan.
— Et pour nous ! Tiens qu'est-ce que c'est ?
Erwan tourna la tête vers l'endroit que son ami indiquait.
— Oh c'est un paquet pour toi, ça a été livré tout à l'heure !
Rémy se leva et alla ouvrir le colis. Erwan laissa son regard errer dans l'appartement pendant que son ami se débattait avec le papier. Le soleil entrait par la fenêtre et inondait le salon, annonçant une magnifique et chaude journée assez inhabituelle pour ce jour d'avril malgré la région. Leur appartement n'était pas très grand mais il était largement suffisant pour les deux flics célibataires qu'étaient Erwan et Rémy ; il était composé de quatre pièces : deux chambres, une salle de bains et le salon, qui par la même occasion contenait la salle à manger et la cuisine. Erwan alla s'appuyer contre le balcon de la fenêtre ouverte. Dehors, la rue était noire de monde et le marché du matin battait son plein ! C'était toujours comme ça dès que les vacances scolaires arrivaient : les citadins fuyaient les grandes villes, en particulier celles du nord, où le temps était si mauvais, pour venir visiter leur petite cité, connue pour ses charmes d'antan et pour ses légendes… et surtout pour la chaleur qui y régnait !
— Ça y est ! s'exclama Rémy dans le dos d'Erwan.
Ce dernier se détourna de sa contemplation de la rue et demanda :
— Qu'est-ce que c'est alors ?
— Ça vient de ma sœur… elle se marie !
Erwan manqua tomber de surprise. La mine sombre, il s'approcha et tenta de se donner une contenance :
— Ah c'est cool !
Rémy lui lança un coup d'œil puis soupira :
— Je suis désolé pour toi, mec…
Erwan haussa les épaules :
— Ça fait un an qu'on a rompu, mais je dois avouer que je ne pensais pas qu'elle serait passée aussi vite à autre chose alors qu'on est resté cinq ans ensemble !
— Et surtout qu'elle se marie aussi vite ! répliqua Rémy, concentré sur le colis. Bon sang, elle dit qu'elle ne le connaît que depuis six mois mais qu'elle est sûre que c'est son grand amour ! C'est quoi ces conneries ? Je n'en ai même jamais entendu parler…
Il se tourna vers Erwan en grimaçant :
— Hum, excuse, ce n'est pas très délicat pour toi…
— Non, c'est rien, répliqua Erwan d'une voix morne, en se faisant la réflexion que sa journée venait de s'assombrir d'un coup.
— Oh…
— Quoi qu'est-ce qu'il y a ?
Rémy eut l'air extrêmement mal à l'aise :
— Hum, il y a une invitation pour toi aussi…Elle dit qu'elle aimerait bien que tu viennes mais qu'elle comprendrait si tu ne voulais pas…
Erwan resta bouche bée, incapable de réfléchir. Puis, il se détourna sans un mot et alla dans sa chambre pour attraper ses affaires. Rémy le rattrapa :
— Eh Erwan !
— Faut que j'aille travailler, marmonna le jeune homme.
— Tu ne commences que dans deux heures, remarqua son ami.
— Et alors ? répliqua Erwan, furieux, tout en enfilant ses chaussures.
Rémy ouvrit la bouche puis la referma. Cependant, au moment où Erwan passait près de lui, il l'attrapa par le bras :
— Eh Erwan, attends deux minutes !
Malgré son envie de trouver un défouloir à sa colère, Erwan n'avait pas envie que ça soit son meilleur ami, aussi s'arrêta-t-il.
— Je sais que c'est une claque dans la tête pour toi cette annonce et cette invitation mais je pense que ça peut être une bonne chose pour toi.
Erwan le regarda avec incrédulité.
— Eh ben ouais ! Ça pourrait t'aider à passer à autre chose, tu ne crois pas ? Réfléchis à ça.
Et il le lâcha. Sans un mot, Erwan sortit de la chambre puis de l'appart et dévala les escaliers. Il traversa la foule, mais, malgré le monde, il se sentait incroyablement seul. Une enfant le bouscula, ce qui le sortit de ses tristes pensées. Il baissa les yeux ; c'était une petite blondinette d'à peine cinq ans et qui avait l'air toute joyeuse :
— Excusez-moi monsieur ! lança-t-elle de sa voix enfantine.
Touché par sa candeur, le jeune homme sourit :
— Y'a pas de souci !
Et elle repartit en courant. Erwan secoua la tête, ce n'était pas son genre d'être déprimé, et il n'allait certainement pas laisser cette nouvelle de mariage lui gâcher la journée ! Il repartit d'un pas plus dynamique vers son lieu de travail.
Katerina descendit du bus après avoir salué le chauffeur. Devant elle se tenait l'université de la région. Bien qu'il y en ait d'autres, plus petites et plus éloignées, c'était LA principale université ; elle était réputée, même dans les grandes villes, et proposait une grande diversité dans le choix des études. Sur la gauche de la jeune femme, on voyait au loin les bâtiments réservés aux étudiants vivant sur le campus ; Katerina y passait beaucoup de temps car certains de ses excellents amis vivaient là-bas. Elle traversa les grandes rues qui permettaient d'atteindre les différents bâtiments.
L'université était à une dizaine de kilomètres de la ville la plus proche, aussi y avait-il une ambiance très paisible qui y régnait. Quoique la fac elle-même fût si grande qu'elle ressemblait à une mini-ville avec ses routes, ses grands bâtiments et ses jardins. La jeune femme était ravie qu'il fasse aussi beau : Elle trouvait que l'université ressemblait à un petit coin de paradis lorsque le soleil brillait autant.
Elle s'engagea dans une allée collatérale sur sa droite et vit enfin le bâtiment qui l'intéressait : celui de psychologie. Elle pénétra à l'intérieur et se dirigea directement vers l'amphi en face de l'entrée. Elle poussa la porte et entra ; il y avait déjà une petite centaine d'étudiants, cependant, Katerina doutait qu'il y en ait plus, car beaucoup avaient profité des vacances pour partir. Elle resta sur le pas de la porte pendant qu'elle cherchait du regard ses amis. Une main levée attira son attention et la jeune femme sourit puis répondit d'un signe. Elle monta les marches et se glissa auprès d'eux.
— Et nous en avons terminé pour aujourd'hui, je vous remercie.
Katerina se leva d'un bond, faisant sursauter ses deux amis par la même occasion.
— Qu'est-ce que tu as ? s'étonna Lucas. Tu as un autre cours après ?
— Non mais j'ai promis à ma sœur de rentrer le plus vite possible, donc je dois attraper le bus ! Je ne veux pas attendre le suivant. Passe le bonjour à Julia, ajouta-t-elle en s'éloignant.
Nina et Lucas lui firent un signe de la main qu'elle rendit avant de sortir de l'amphi. Bien qu'elle ne veuille pas l'avouer à ses deux amis, il y avait une autre raison qui la poussait à rentrer au plus vite : cet étrange pressentiment ne l'avait pas quitté et son instinct lui soufflait de rentrer au plus vite.
Sans plus réfléchir, la jeune femme partit en sprintant sous le regard étonné des étudiants de la faculté. Elle arriva rapidement au bus qui, bien évidemment, n'était pas encore parti. Le chauffeur était occupé à fumer tranquillement sa cigarette et à discuter avec un homme d'un âge assez avancé que Katerina n'avait jamais vu. Lorsqu'il la vit arriver, le chauffeur haussa un sourcil étonné et l'interpella :
— Eh bien Katerina, tu m'as l'air bien pressée !
La jeune femme jeta un coup d'œil à l'heure de départ affichée : 13h, soit seulement dans un peu moins d'une demi-heure. Elle reporta son attention sur son interlocuteur :
— Oui, je voulais rentrer vite chez moi mais on dirait que c'est raté ! Paul, tu ne saurais pas s'il y a un autre bus qui part bientôt et qui ne passe pas très loin de chez moi ?
Paul resta songeur pendant quelques secondes puis sortit un carnet de sa poche :
— Je regarde ça et je te dis !
Il s'excusa auprès de l'homme avec qui il discutait et se plongea dans la lecture de son petit carnet ; Katerina réalisa alors qu'elle n'avait même pas salué l'homme en question. Elle se tourna vers lui et lui sourit :
— Bonjour, dit-elle poliment.
Vu de près, il ne semblait pas si âgé à vrai dire, en fait, la jeune femme se fit la réflexion qu'il devait être plus jeune que ce qu'il paraissait, la trentaine sans doute. Il la salua d'un signe de tête mais ne daigna pas lui répondre et se retourna vers le chauffeur. Ce dernier releva la tête à ce moment et indiqua à Katerina la direction d'un bus qui la déposerait à vingt minutes à pied de chez elle et qui partait… maintenant. Elle le remercia et reprit sa course, les bus défilaient devant elle mais elle ne trouvait pas le numéro qu'elle recherchait. Dans sa précipitation, elle ne vit pas le bus qui avait démarré et qui pila juste devant elle. La jeune femme fit un signe d'excuse au chauffeur et réalisa au même moment que c'était le bus qu'elle devait prendre ; elle resta figée sur place sans oser dire au chauffeur qu'elle voulait monter. Celui-ci klaxonna violemment pour lui dire de dégager car elle était restée au milieu du passage. Katerina sursauta et, rouge de honte, lui fit un signe pour lui faire comprendre qu'elle voulait le prendre. Le chauffeur la regarda avec incrédulité, puis afficha un air renfrogné et ouvrit les portes. En entrant, la jeune étudiante se confondit en excuses et en remerciements, puis alla s'asseoir, tout en essayant de garder une expression neutre malgré tous les regards fixés sur elle.
Le trajet dura un peu plus longtemps que l'autre bus mais elle arriva tout de même plus tôt que si elle l'avait pris. Elle bondit hors du bus et, comme à son habitude, se mit à courir. Elle ne mit pas longtemps à arriver chez elle. Passant le portail, elle ne prit pas la peine cette fois d'admirer le chêne, elle aperçut sa sœur et deux de ses frères, occupés dans le jardin mais ne s'arrêta pas pour leur dire bonjour. Elle débarqua dans le hall au même rythme que le matin mais, cette fois, ne rentra dans personne. Elle monta les marches deux à deux et s'arrêta sur le seuil de l'étage des chambres. Elle posa sa main sur la rambarde et prit de grandes respirations comme le médecin lui avait conseillé pour se calmer. Mais enfin, qu'est-ce qui lui prenait ? Elle se laissait emporter par son imagination, ce qui ne faisait qu'aggraver son excitabilité habituelle. Il ne se passait rien et elle se faisait des idées, comme à son habitude. Pourtant… à mesure qu'elle s'approchait de la maison, ce foutu pressentiment avait pris en importance et l'avait presque poussé jusqu'à l'étage. Non, ce n'était pas son imagination, il se passait quelque chose. Quelque chose de grave. Son instinct lui soufflant d'aller dans l'aile gauche de l'étage, la jeune femme décida de le suivre. Elle avança lentement dans la partie du manoir réservé à ses frères. L'étage était séparé en deux parties : l'aile droite pour les femmes, l'aile gauche pour les hommes ; depuis qu'elle était petite, il en était ainsi.
Elle dépassa plusieurs portes avant de s'arrêter devant celle de son frère : Owen. Le cœur de Katerina battait la chamade sans qu'elle sache pourquoi. Elle leva une main tremblante et frappa à la porte. Elle attendit une réponse mais rien ne vint. Au loin elle entendait les cris des enfants qui jouaient dehors mais les sons lui parvenaient comme si elle était dans une bulle. Dans une sorte d'état second, la jeune femme appuya sur la poignée, le cliquetis de la porte lui indiqua que celle-ci s'ouvrait et elle la poussa.
La chambre était spacieuse, mais complètement dérangée et les murs étaient couverts de posters, digne de l'adolescent qu'était le jeune garçon. Son jeune frère était assis par terre, contre le lit, comme si souvent lorsqu'il lisait ou traînait sur l'ordinateur. Sauf qu'il ne faisait ni l'un ni l'autre. Il fixait le plafond d'un regard éteint et de sa poitrine dépassait le manche d'un couteau, alors qu'une large flaque de sang entourait son corps. Au moment où elle vit le corps, un cri aigu retentit dans la pièce ; Katerina mit quelques secondes avant de réaliser qu'il venait de sa propre gorge.
— Bon on se bouge, on a un mort au manoir Vandaele !
Étonné, Erwan releva la tête.
— Le manoir Vandaele ? S'exclama-t-il. Vous êtes sérieux ?
— Ouais, répondit le commissaire Varnier en raccrochant. Allez, Lawson, Dreyer, Valenza, on y va !
Erwan suivit ses trois collègues et ils embarquèrent dans les deux voitures, leurs gyrophares allumés. Le commissaire Varnier alluma la radio pour être connecté à la voiture de James et Lily.
— Quelqu'un a des infos précise sur la famille ? demanda James.
— Oui, moi ! répondit Lily. J'ai déjà eu affaire à eux l'an dernier.
— Ils ont des antécédents ? Comment ça se fait que je n'en ai pas entendu parler ? demanda Varnier, les sourcils froncés.
— Parce qu'il ne s'agissait pas d'un meurtre, et que ce n'était pas eux les coupables, sinon toute le ville aurait bien évidemment été au courant. Il s'agissait d'un cambriolage dans leur manoir.
— Que s'est-il passé exactement ? demanda Erwan.
— Un type a profité de la panne d'électricité qu'il y a eu dans toute la région l'année dernière pour s'introduire chez eux, il a volé plusieurs objets de valeur puis il a voulu s'enfuir, il n'avait juste pas prévu qu'il y aurait des chiens. Il n'en avait pas vu lorsqu'il est entré. Ils se sont jetés sur lui et l'ont maîtrisé ! La famille a appelé le poste et j'ai interrogé tout le monde pour être sûre d'avoir toutes les infos nécessaires.
— Je vois… Fais un petit résumé pour James, vu qu'il est nouveau dans le coin.
— La famille Vandaele est très connue dans la région, madame Vandaele est l'héritière d'une des plus grosses fortunes de France !
— Ah ouais, rien que ça ? commenta James d'un ton impressionné.
— Oui, rien que ça comme tu dis ! Elle a cinquante ans passé, son mari et sa fille sont morts tous les deux dans un accident de voiture il y a une trentaine d'années ; elle y a survécu par miracle mais ce fut un grand choc pour elle. Après s'être remise, elle est venue s'installer ici, a fait construire un immense manoir et elle a commencé à adopter des enfants.
— Adopter des enfants ? répéta son coéquipier.
— Oui, continua Lily, régulièrement elle va dans les orphelinats du coin et demande si des bébés ont été abandonnés à la naissance. Si c'est le cas, elle les prend sous son aile et il devient un de ses enfants adoptifs ; ils sont tous élevés au manoir familial.
— Drôle de femme ! Et combien en a-t-elle adopté comme ça ?
— Quatorze !
Erwan entendit James émettre un sifflement d'admiration dans la radio.
— Voilà une femme qui a un instinct maternel très fort !
— Ou bien un violent traumatisme dû à la perte de son mari et de son enfant, répliqua le commissaire, plus terre à terre. Quoi qu'il en soit, nous allons bien voir ce qu'il se passe !
Pendant que le commissaire s'arrêtait à un feu rouge, le portable d'Erwan sonna et ce dernier décrocha en vitesse.
— Bon sang, marmonna Varnier, ça n'avance jamais dans cette ville les jours de marché !
— Un peu de patience chef, lança Lily dans le micro, une fois sortis de la ville, ça roulera tout seul !
— Des agents et le médecin légiste sont déjà sur place, intervint Erwan en raccrochant. Ils ont déjà commencé l'examen du corps.
— Et à cette vitesse-là, ils auront fini ! grinça son patron qui n'était pas connu pour sa patience.
Dès que le feu passa au vert, il appuya sur l'accélérateur et choisit d'emprunter des ruelles pour arriver plus vite au lieu du meurtre. Erwan avait l'esprit ailleurs depuis qu'il avait appris pour le mariage mais pour le moment, l'heure n'était pas à l'auto-apitoiement ! Il se tourna vers Varnier.
— C'est parce que c'est la famille Vandaele que vous vous déplacez en personne boss ?
— Évidemment, répondit le commissaire sans quitter la route du regard. Il s'agit de la famille la plus importante de la région, cette affaire est à traiter avec délicatesse et ce genre de famille exige la présence d'un officier supérieur. À vrai dire, même moi je ne suis pas sûr de leur convenir.
Ils laissèrent derrière eux les grands bâtiments citadins pour s'engager dans la campagne, la couleur grisâtre des immeubles laissant place à des habitations plus colorées, plus espacées et dotées de grands espaces verts. Ils quittèrent très vite la route principale pour s'engager sur une route secondaire qui sembla mener directement vers la forêt. Cependant, ils se contentèrent de la longer et roulèrent pendant une dizaine de minutes jusqu'à ce que la forêt s'arrête et laisse place à un immense mur.
— On y est.
Ils continuèrent à longer le mur jusqu'à ce qu'ils arrivent au coin de la propriété et le portail apparut alors. Incrédule, Erwan se fit la réflexion qu'un portail aussi grand n'était pas d'une grande utilité : quatre voitures de police auraient pu traverser en même temps sans qu'aucune ne risque de se frôler ou de l'abîmer. Une porte du portail en question était ouverte, et plusieurs policiers allaient et venaient devant tout en discutant.
Lorsqu'ils reconnurent leurs supérieurs, les policiers en faction s'écartèrent pour laisser entrer les deux voitures. Erwan avait vu plusieurs propriétés de personnes venant d'un milieu aisé au cours de ses années dans la police mais jamais il n'avait vu une telle demeure ni une telle immensité. Une allée interminable menait jusqu'au manoir mais étant donné qu'ils en semblaient encore loin, Erwan en profita pour observer le jardin ; à vrai dire, il n'en voyait pas même le fond. Il avait plus la sensation d'être arrivé au milieu d'une sorte de prairie que dans un jardin : l'herbe s'étendait aussi loin que sa vue pouvait porter et de la voiture, le jeune homme ne voyait que quelques formes indistinctes, elles semblaient être des bosquets ou bien des petits bois à l'intérieur même du jardin. Mais ce qui surplombait tout aux alentours, ce n'était pas le manoir ; c'était le chêne que la route longeait. Le jeune lieutenant se fit la réflexion qu'avec une telle hauteur, on devait tout apercevoir autour. Ils s'arrêtèrent enfin devant la résidence et Erwan fut surpris par sa taille.
Il s'attendait à trouver un endroit pouvant contenir la ville dans sa totalité, mais ce n'était pas le cas. Bien que très grand, le manoir n'était pas non plus d'une taille démesurée, et avec un peu de chance, un plan n'était pas nécessaire pour retrouver son chemin dans le labyrinthe de couloirs que devait être la demeure. Erwan compta deux étages en plus du rez-de-chaussée, il lui semblait qu'il y avait quelque chose tout en haut mais de là où il était, il ne pouvait pas voir ce que c'était. Un détail l'intrigua cependant : les fenêtres du premier étage semblaient étonnamment éloignées de celles du rez-de-chaussée et il en allait de même entre celles du deuxième étage et du premier. La façade était, bien évidemment, d'une blancheur immaculée et semblait même refléter la lumière du soleil et les grandes fenêtres permettaient à ce dernier de pénétrer dans chaque étage. Bien que le jeune inspecteur ne s'y connaisse pas spécialement en architecture, le style du manoir lui semblait très récent – et c'était logique vu qu'il avait été construit il y a peu – et n'avait rien à voir avec les manoirs d'antan. Celui-ci semblait plus agréable et évoquait moins un château hanté, contrairement à la plupart de ses semblables. Quoique, ce n'était qu'une impression, étant donné qu'un meurtre avait eu lieu.
— Ça doit être vraiment être une originale cette femme ! commenta le commissaire en sortant de la voiture.
— Vous dites ça à cause de sa passion pour l'adoption ?
— Pas seulement, regarde-moi ce parc ! Elle a fait construire une propriété immense pour la laisser vide : rien que de l'herbe, à l'exception d'un chêne.
— Peut-être qu'elle avait une idée en tête en le construisant et que finalement, elle a changé d'avis.
— Ouais, peut-être. Bon allez on entre !
Les 3 lieutenants suivirent leur patron à l'intérieur. Ils grimpèrent quelques marches et passèrent la porte d'entrée. Si l'extérieur était vide, l'intérieur était, lui, rempli de tableaux, de sculptures, d'œuvres artistiques toutes plus originales les unes que les autres, bref de tout ce qu'on trouvait chez les personnes aisées !
— Regardez-moi ça, sourit Lily, un escalier en marbre ! Si c'est pas d'un cliché…
Erwan dut reconnaître qu'elle avait raison : tout dans ce hall évoquait le stéréotype même du manoir riche. Un policier en uniforme leur fit signe.
— Commissaire, nous avons rassemblé la famille dans le salon. Voulez-vous les voir ?
Le commissaire soupira et se tourna vers ses collègues :
— Allez voir le corps et quand vous aurez fini, rejoignez-moi dans le salon pour interroger la famille ! En attendant, je vais aller m'entretenir avec Mme Vandaele.
Erwan, James et Lily emboîtèrent le pas au policier et le suivirent dans l'escalier.
— Je ne me sens jamais à l'aise dans ce genre d'endroits, dit Erwan, j'ai toujours l'impression d'être…
— En trop ? termina James. Oui, je crois qu'on ressent tous cette impression !
— De toute façon, fit remarquer Lily, je ne comprendrais jamais comment on peut appeler « maison » un endroit où on ne peut pas jeter ses affaires sur un canapé en rentrant.
— C'est ta définition de maison ça ? rigola Erwan. Je n'imagine pas le bordel que ça doit être !
— Si j'en crois l'état de ton bureau, tu es mal placé pour faire des remarques, s'offusqua-t-elle faussement. Au fait, qui est la victime ?
— Owen Vandaele, répondit le policier, un des enfants. Il a eu 16 ans il y a quelques mois et son corps a été découvert dans sa chambre.
— 16 ans ? soupira James. Il était jeune…
— On est tous trop jeunes lorsqu'il s'agit de se faire assassiner, dit Lily d'un ton laconique.
Erwan approuva de la tête sa remarque au moment où ils arrivaient près de la chambre en question. Ils passèrent auprès des policiers en uniforme, et entrèrent. Étrangement, la première chose qui surprit le jeune inspecteur ne fut pas le cadavre mais la chambre en elle-même ! Comme pour lui montrer qu'il n'était pas le seul étonné, James s'exclama :
— Ouah, c'est quoi cette chambre ? C'est pas du tout ce à quoi je m'attendais dans un tel palace !
— On dirait la chambre de n'importe quel adolescent rebelle, commenta Erwan pendant que Lily souriait, amusée pas la conversation.
— L'adolescent rebelle en question est assis là avec un beau couteau dans la poitrine ! Alors au lieu d'admirer la décoration, peut-être pourriez-vous vous intéresser à lui ?
La voix, nuancée d'ironie comme à son habitude, leur indiqua que Pia Lady, la médecin légiste était là. Baissant les yeux, les trois lieutenants la virent, accroupie près du corps, les regardant de son air moqueur. Erwan sourit et s'approcha :
— Désolée, Pia, c'est pas tous les jours qu'il y a des meurtres dans des maisons de riches, faut en profiter ! Qu'est-ce que tu peux nous dire ?
— Et bien, déjà, qu'en réalité, les riches tuent autant que les personnes au revenu modeste ! La seule différence ? Ils savent mieux cacher les corps. Enfin en général, parce que celui-là était fait pour être retrouvé !
— Le meurtrier l'a installé dans cette position ? demanda Lily en s'accroupissant à son tour.
— Effectivement !
— Vu les éclaboussures un peu partout, remarqua Erwan en observant autour de lui, il y a des chances pour qu'il l'ait tué debout et qu'il ait poussé son corps contre le lit.
— Je pense aussi, dit Pia.
— Qu'est-ce que tu peux nous dire d'autre ? s'enquit James.
— La rigidité cadavérique n'est pas encore totale donc je situerai la mort ce matin entre huit et dix heures. Sinon, ce n'est pas ce coup de couteau qui l'a tué.
— Comment ça ?
— Et bien, regardez par vous-mêmes.
Elle tourne légèrement le corps et Erwan vit une blessure sur le cou du jeune garçon.
— Il a été poignardé à la nuque et le coup a été mortel. J'ai également trouvé des marques sur son visage qui laissent supposer que le meurtrier lui a plaqué la main sur la bouche.
— Pour ne pas qu'il crie, commenta Lily, pendant qu'il le charcutait… Quelle horreur ! Mais comment ça se fait qu'il ait enfoncé le couteau jusqu'à la garde s'il était déjà mort ?
— Pour le macabre ? proposa Erwan. Ou bien, il avait une raison bien précise.
— Ça, c'est à vous de le découvrir ! répliqua Pia en se relevant. J'ai fait mon travail pour le moment, je vous laisse faire le vôtre !
— Merci Pia, sourit Erwan. D'autres marques de lutte ?
— Non, juste quelques ecchymoses lorsque le corps est tombé au sol. Je pense qu'il a été pris par surprise.
— Le coup étant mortel, il n'a pas eu le temps de se défendre.
La légiste s'écarta du corps pour les laisser enquêter. Erwan et James observèrent avec attention le couteau planté dans sa poitrine pendant que Lily faisait le tour de la pièce.
— On ne trouvera sûrement pas d'empreintes sur l'arme étant donné qu'il l'a laissée volontairement mais on ne sait jamais… dit Erwan.
— On ne sait jamais oui ! Répéta James. Il a utilisé un couteau de cuisine pour le tuer, plus que du macabre, on dirait plutôt une forme de provocation.
— Il devait connaître son assassin, murmura Erwan. Sinon, il ne lui aurait pas tourné le dos.
— Peut-être aussi qu'il est entré sans bruit dans la chambre et qu'il a prit Owen par surprise, remarqua James.
— C'est une possibilité mais, dans ce cas, qu'aurait-il fait debout au milieu de sa pièce et tout seul ? S'il avait été tué alors qu'il était assis à son bureau, il y aurait eu des éclaboussures de sang dessus et sur sa chaise.
— Et en plus, même s'il était assis à son bureau, sur son lit ou à un autre endroit, vu la disposition de la pièce, il aurait forcément vu que quelqu'un entrer, au moins du coin de l'œil, acheva son collègue. D'accord, il y a de fortes chances pour qu'il connaisse son assassin, cependant, mon hypothèse n'est pas à exclure.
Erwan sourit et reporta son attention sur la médecin légiste :
— Tu saurais nous dire s'il a été tué par un homme ou par une femme ?
— Et bien, je te confirmerai ça plus tard, mais je dirais que ça peut être aussi bien un homme qu'une femme étant donné que le premier coup a été mortel.
Erwan hocha la tête et James se tourna vers Lily :
— Tu as trouvé quelque chose ?
— Non rien de particulier… Il n'y aucun signe indiquant qu'il y a eu lutte dans la chambre. Elle n'est pas en désordre – enfin pas plus en désordre qu'une chambre d'ado – donc je pense que le mobile du meurtre n'est pas le vol. Sauf s'il cherchait quelque chose qui était en évidence, ajouta-t-elle.
— D'accord merci. On se penchera sur ça plus tard, dit Erwan, pour le moment je propose qu'on aille rejoindre le commissaire et interroger les témoins, qu'en pensez-vous ?
Lily hocha la tête et sourit à ses deux collègues :
— Je parie que vous êtes impatients de rencontrer la maîtresse de maison et ses enfants.
Les deux hommes échangèrent un regard complice et sortirent de la pièce avec leurs deux amies.
***
Effectivement, Erwan était curieux – il devait l'admettre – de rencontrer les personnes vivant dans une telle demeure. Ils saluèrent Pia, qui restait près du cadavre, et descendirent les marches du somptueux escalier de marbre. Un policier posté dans le hall leur indiqua le salon où attendaient les membres de la fratrie Vandaele. Lily poussa la porte et ils pénétrèrent dans une pièce somptueuse, illuminée par deux immenses fenêtres. Le salon en question était plus grand que l'appartement d'Erwan et de Rémy et six splendides canapés trônaient dans la pièce. Trois du côté mur, les trois autres, du côté fenêtres ; Ils se faisaient face. Les deux rangées de canapés se terminaient devant une gigantesque cheminée, éteinte pour la saison. Sur la droite, une petite porte menait à une autre pièce. En entrant, le jeune homme remarqua qu'à sa gauche, une télé – dont la taille était, comme le reste de la maison : démesurée – était accrochée au mur.
Il reporta son attention sur ce qui importait réellement dans la pièce : la famille Vandaele. Le commissaire n'était pas là, sans doute encore en entretien avec la maîtresse de maison, car parmi les personnes présentes dans la pièce, leplus âgé d'entre eux devait tout juste avoir trente ans ?. Trois policiers s'occupaient d'eux, faisant de leur mieux pour les réconforter. Les pauvres semblaient choqués, et les enfants les plus jeunes pleuraient encore dans les bras de leurs aînés. Ils étaient neuf… il en manquait donc quatre. Peut-être ne vivaient-ils plus ici ou n'étaient-ils pas encore rentrés. Lily s'approcha d'eux et les aborda d'une voix douce :
— Bonjour… Je suis le lieutenant Lily Valenza, voici mes collègues Erwan Lawson et James Dreyer. Comment vous sentez-vous ?
— Notre frère est mort, comment voulez-vous qu'on aille ? lança une voix hargneuse.
Lily se tourna vers la femme qui avait parlé. Erwan l'étudia : blonde, un chignon serré, un tailleur strict et une bouche pincée, elle ne devait pas être très loin de la trentaine et ne semblait guère d'humeur joviale. D'un autre côté, songea le jeune inspecteur, qui le serait dans une telle situation. Une autre jeune femme attira son attention : contrairement aux autres, elle n'était pas assise sur les canapés mais sur le rebord de la fenêtre. Son beau visage était pâle mais elle ne semblait pas avoir pleuré. Son regard pourtant reflétait une tristesse insondable et il émanait d'elle une sorte de fragilité qui toucha le jeune homme. Ses longs cheveux d'un brun clair étaient attachés en chignon mais pas comme sa sœur ; il ne semblait pas sévère, au contraire. Elle ne semblait guère plus jeune que lui, il lui aurait donné minimum vingt ans, mais il aurait parié qu'elle était un tout petit peu plus âgée. Mais ce qui frappa le plus Erwan chez la jeune femme fut son comportement : alors que ses frères et sœurs étaient rassemblés, serrés les uns contre les autres, et observaient les policiers comme s'ils étaient des intrus, elle ne prêtait pas attention aux agents de la loi. C'était sa famille qu'elle regardait, qu'elle sondait, une lueur de méfiance dans le regard.
Elle dut cependant sentir le regard du jeune homme car soudain, elle tourna brusquement la tête vers lui et planta ses yeux bruns dans ceux du jeune homme. Ce dernier déglutit péniblement, prisonnier du regard de la jeune femme. Elle avait vraiment des yeux splendides et au-delà de la tristesse qu'il y lisait, il voyait briller l'intelligence et une détermination sans faille. À ce moment, Erwan eut une certitude : soit cette femme était une alliée de poids… soit c'était elle le meurtrier. Il espérait cependant que sa première hypothèse était la bonne.
— Nous sommes désolés de ce qui vous arrive.
Les yeux de la belle inconnue se détournèrent d'Erwan, pour se poser sur Lily qui venait de parler, et il s'obligea à tourner lui aussi la tête pour se concentrer sur ce qui se passait. Lily repris la parole :
— Cependant, nous avons un meurtre à résoudre et pour cela, nous devons vous poser quelques questions.
— Ne pourriez-vous pas attendre un petit peu que nous soyons remis ? lança un jeune homme asiatique, qui avait les yeux d'un bleu clair surprenant étant donné ses origines.
— Attendre, c'est non seulement réduire les chances d'attraper celui qui a infligé ça à votre frère, mais c'est aussi le risque de perdre les preuves ou souvenirs qui pourraient nous être utile dans l'enquête. Chaque minute compte.
Erwan avait parlé d'une voix claire et forte, contrairement à Lily, et il réalisa, trop tard, qu'il aurait peut-être mieux fait de la laisser gérer ça toute seule. Cependant, sa collègue approuva son intervention d'un léger signe de tête puis reporta son attention sur la famille.
— Comme l'a dit le lieutenant, nous ne pouvons pas nous accorder le luxe d'attendre. Aussi, allons-nous nous entretenir avec chacun d'entre vous.
— Même les enfants ? s'exclama la première femme.
— Oui, répondit Lily en reprenant le même ton doucereux, ils ont peut-être vu quelque chose d'important.
La femme hésita quelques secondes puis releva la tête :
— Très bien mais uniquement en présence d'un adulte !
Lily acquiesça :
— Nous vous interrogerons deux par deux alors.
— Attendez ! J'ai une autre requête, puis-je vous parler en privé ?
— Aucun problème, répondit James, y a-t-il un endroit où on peut discuter tranquillement et où nous pourrons vous questionner ?
— Bien sûr, suivez-moi !
Elle les guida jusqu'à la pièce du fond qui menait… à un deuxième salon mais plus intime cette fois. Et surtout, qui ressemblait réellement à un salon moderne. À vrai dire, ça aurait presque pu être le salon d'Erwan. Il n'y avait qu'un seul canapé en face de la télé et juste derrière le canapé, une table entourée de six chaises.
— Je vous en prie, asseyez-vous.
— Que vouliez-vous nous demander ? demanda Erwan en obtempérant.
— Et bien…
Loin de son comportement hautain de tout à l'heure, elle semblait nerveuse et très hésitante.
— Cela concerne ma jeune sœur Katerina, dit-elle d'un ton soucieux, c'est elle qui a découvert le cadavre et elle est véritablement sous le choc, elle n'a pas dit un mot depuis… Je suis très inquiète pour elle et je voulais vous demander si vous pouviez l'interroger en dernier, histoire qu'elle se remette un petit peu de ses émotions.
La femme remontait dans l'estime d'Erwan ; bien que très hautaine, elle se souciait réellement des personnes de sa famille. Après avoir interrogé ses deux collègues du regard, James hocha la tête :
— Aucun problème.
Elle leur sourit de soulagement puis se reprit. James se leva et alla chercher un des enfants, le plus jeune, un petit garçon blond, puis il sortit de la pièce pour aller s'entretenir avec les policiers. Sa sœur passa un bras autoritaire autour de son petit frère et il se réfugia contre elle, tout en regardant les policiers du coin de l'œil. Lily s'accroupit près de lui :
— Salut bonhomme, comment tu t'appelles ?
Le jeune garçon enfouit son visage dans le cou de sa sœur qui, chose surprenante, le repoussa et lui dit avec gentillesse :
— Réponds Nate.
Rassuré par la présence de sa sœur et par son comportement, il se tourna vers Lily et lui sourit avec timidité :
— Je m'appelle Nathanael.
— Nathanael ? C'est mignon comme nom, dis moi ! Et tu as quel âge ?
Le petit garçon se concentra intensément. Il est vraiment trop mignon, songea Erwan en souriant intérieurement. Le visage de Nathanael s'illumina tout d'un coup et il s'exclama très fier :
— J'ai cinq ans !
— Cinq ans ? Mais dis donc tu es un grand garçon !
Nathanael sourit de nouveau, ravi.
— Dis-moi Nathanael, qu'est-ce que tu as fait de beau ce matin ?
— Je jouais dans le jardin avec Mael et Vince ! On nourrissait les animaux.
— Oh ça devait être très amusant ! Vous avez beaucoup d'animaux ici ?
— Ouiiiiii !
Nathanael semblait ravi qu'on l'interroge sur ses compagnons à quatre pattes.
— Et tout le monde s'en occupe !
Il bomba le torse, de nouveau fier comme un paon.
— C'est très bien ça dis-moi, sourit Lily, moi aussi j'ai des animaux chez moi.
Le petit garçon écarquilla les yeux :
— C'est vrai ?
— Oui ! Un chien et un poisson rouge, et ma fille s'en occupe très bien aussi.
— Tu as une fille ?
— Oui, elle est un tout peu plus jeune que toi !
Le garçon sourit de toutes ses dents, mis en confiance.
— Dis-moi Nathanael, tu sais pourquoi je suis ici ?
— Lieutenant, avertit sa sœur d'un ton sec.
Lily la fit taire du regard puis reporta son attention sur Nathanael. Celui-ci hésita, troublé par le bref échange entre les deux femmes. Mais il finit par répondre :
— Il est arrivé quelque chose à mon grand frère…
— Oui, il lui est arrivé quelque chose… Et pour savoir quoi, j'ai besoin de ton aide.
— De mon aide ? s'étonna-t-il, sa curiosité prenant le pas sur son désarroi.
— Est-ce que tu aurais vu quelque chose de spécial ce matin pendant que tu jouais dehors ? Une personne que tu ne connaissais pas, ou bien quelque chose qui n'était pas là d'habitude.
Nathanael secoua la tête :
— Non… Tout était comme d'habitude.
— Je vois… Merci beaucoup Nathanael !
***
La porte claque une fois le petit garçon sortit et les deux femmes retournèrent s'asseoir.
— Qu'espériez-vous qu'un enfant de cinq ans puisse vous dire ? lança leur interlocutrice, agacée.
— Vous savez, répondit Lily avec lenteur, les enfants en voient souvent plus qu'on ne le pense, le tout est de savoir sur quoi les interroger. Une fois que nous aurons des pistes plus précises, nous saurons sans doute mieux quelles questions lui poser mais il fallait essayer au cas où.
Leur interlocutrice se renfrogna et croisa les bras.
— Très bien, commença Erwan, quel est votre nom ?
— Crystal Vandaele.
— Crystal et Nathanael ? s'étonna Erwan. Ce sont des prénoms très originaux.
Elle le foudroya du regard en guise de réponse alors que Lily lui donnait un coup de coude dans les côtes pour lui signifier son manque de tact.
— Notre mère a beaucoup de goût pour les prénoms originaux ! Alors, ne vous attendez pas à des noms que l'on trouve partout parmi les membres de notre famille.
Erwan hocha la tête et se promit de réfléchir avant de faire une réflexion la prochaine fois.
— Excusez mon impolitesse… Hum, bon où étiez-vous ce matin Mademoiselle Vandaele ?
— J'ai passé toute la journée à la maison ! Ce matin, je suis restée dans le bureau pour étudier les affaires de notre famille jusqu'à environ 9 heures, puis je suis descendue dans le parc pour voir ce que faisait les autres. Je suis restée dehors jusqu'à l'heure du déjeuner où nous nous sommes rassemblés dans la salle à manger. Le déjeuner s'est fini vers 13 heures, il me semble mais je suis restée dans le salon avec mère et Yelena jusqu'à ce qu'on entende Katerina crier…
Sa voix s'était brisée sur les derniers mots et elle semblait abattue mais ça ne dura pas. Erwan attendit pourtant quelques secondes puis reprit avec douceur :
— Excusez-moi mais si vous avez tous déjeuner ensemble, comment ça se fait que personne ne soit allé chercher votre frère ?
Crystal haussa les épaules :
— Il n'est pas descendu.
— Ça ne répond pas à ma question.
— Si on ne vient pas à l'heure du déjeuner, personne ne va vous chercher, on ne mange pas voilà tout.
Erwan l'observa, perplexe devant la logique de la jeune femme. Vu son expression, il jugea bon de ne pas s'attarder là-dessus :
— Avez-vous vu Owen ce matin ?
— Non.
— Avez-vous vu quelque chose qui sortait de l'ordinaire ? Ou quelqu'un d'inhabituel ?
— Rien de ce genre.
— Saviez-vous si Owen avait des ennuis ou bien, vous semblait-t-il bizarre depuis quelques temps ?
— Non.
— Merci de votre coopération Mademoiselle Vandaele, coupa soudain Lily, nous allons nous arrêter là. J'ai juste une dernière question à vous poser : avez-vous des caméras ?
— Non, mère a toujours jugé cela inutile.
Leur interlocutrice se leva sans ajouter un mot et sortit de la pièce. Erwan se tourna vers sa collègue mais elle anticipa sa question et chuchota
— On la réinterrogera plus tard ! Pour le moment, elle semble décidée à nous donner le minimum vital… elle ne réfléchissait même pas avant de répondre, elle ne veut pas nous aider. Pour le moment, essayons de voir si les autres sont plus coopératifs et si on a du concret, on la réinterrogera et cette fois-ci, elle aura intérêt à répondre.
— Très bien. Par contre, je dois reconnaître que je suis étonné : aucune caméra dans une maison aussi grande ?
— Ça me paraît improbable à moi aussi ! Elle doit penser que isolés comme ils sont, ils ne risquent rien… Quoi qu'il en soit, ça ne va pas nous faciliter la tâche.
***
— Nous avons passé toute la matinée à nourrir les animaux du parc.
En face d'eux, Maelys Vandaele, une jolie rousse de 18 ans aux yeux verts pétillants, semblait être le contraire de sa sœur aînée. Bien que dévastée au moment où elle leur parlait, elle n'avait pas l'air hautain de Crystal et semblait beaucoup moins réticente à leur parler. Assis à côté d'elle, Vicente, de six ans son cadet, observait les policiers avec méfiance. Ses cheveux bruns tombaient sur ses yeux marron, comme pour lui donner un côté rebelle et il serrait très fort la main de sa sœur.
— Nous avons pris notre petit-déj en vitesse avec Vince et Nate. Ensuite, nous sommes restés avec les animaux jusqu'à ce que Kate crie, dit Maelys.
— Comment ça ? Intervint Lily. Vous n'êtes pas allés déjeuner ?
— Non, répondit Maelys en haussant les épaules, on s'est dit qu'on irait plus tard.
— Votre sœur Crystal nous a dit que si vous ne déjeuniez pas au moment du repas, vous ne mangeriez pas après, remarqua Erwan, enfin c'est ce que nous avons compris de ses dires.
— Non, mais ça c'est juste Crys, lança Vicente. Elle voudrait que la maison fonctionne comme ça mais comme ce n'est pas le cas, ça l'énerve.
— J'ai un peu de mal à vous suivre…
— Je vais vous expliquer, dit Maelys. Ici, il y a des heures de repas précises : 12 heures et 20 heures. Lorsqu'on est petit, on doit les respecter mais une fois qu'on arrive à l'adolescence, notre mère sait qu'on a tous des rythmes différents et c'est pour cela qu'elle a instauré une règle : à 12 heures et 20 heures pile, on mange. Après, c'est selon notre choix à vrai dire, on vient manger si on a envie, mais si on en veut pas, il n'y a pas de souci. Dans ce cas, on se prépare un truc soi-même après ou bien on pique ce qu'il reste.
— Ça énerve Crys, enchaîna Vicente, car certains ont un rythme complètement différent et ils ne mangent pas souvent avec nous le midi. Du coup, elle prétend qu'une fois l'heure du repas passée, il y a interdiction de manger jusqu'au dîner.
— Mais tout le monde sait que c'est faux, à chaque fois qu'elle va parler de cette idée à maman, elle change subtilement de sujet et trouve une excuse pour s'éclipser, ajouta Maelys en souriant pour la première fois.
— Et c'est pour ça que personne ne s'est inquiété lorsqu'Owen n'est pas descendu ?
— Bah ouais, on s'est dit qu'il devait dormir encore vu que personne ne l'avait vu de la matinée ! D'ailleurs il n'était pas le seul à ne pas être venu manger.
— Comment ça ?
