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Il était une fois…bien souvent les belles histoires commencent ainsi et c’est l’introduction, l'incipit le plus courant pour raconter une histoire ou narrer un conte car notre imaginaire est ancré dans les esprits depuis que l’homme est capable de dessiner, de transmettre son récit oralement, en créant, en imaginant des histoires pour permettre aux autres de voyager, de s’évader vers des mondes inconnus ou imaginaires. Je vous invite à venir découvrir 15 nouvelles, 15 contes qui, je l’espère, vont susciter une certaine curiosité. Quelques histoires sont gentillettes et d’autre plus cauchemardesques. Quelques lieux dans mes nouvelles existent, comme Carrus qui a droit à tous les honneurs en ouvrant ce recueil de nouvelles, Chaumont en Vexin…quand des situations insignifiantes, recèlent des histoires formidables et parfois effrayantes. Histoires de fantômes, d’animaux, de fées, histoire de personnes que vous pourriez côtoyer tous les jours. Quelques unes vont vous faire sourire et d’autre vont peut-être vous tirer une petite larme ; ou peut-être les deux. Quoi qu’il en soit, j’espère qu’elles vous feront voyager et peut-être même rêver sur des situations parfois rocambolesques.
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Seitenzahl: 222
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Á ma femme
Il était une fois…
Carrus
Pour une dernière cigarette
Une bonne cuisinière
La petite fille sage
Le blanc bec et la belle de nuit
L’ange gardien
,
N ’est pas archange qui veut…
La maison,
Home sweet home
Une si belle forêt
Le vieil homme et le platane
La piscine
Le bon dieu sans confession
La trouvaille
La poule arrogante
Le pyromane du feu
La caverne
Remerciement
Enfin le sud de la France et sa chaîne des Pyrénées. Après huit heures sur une autoroute monotone, se profile Carcassonne et sa ville fortifiée. Le GPS est tout à fait approprié pour indiquer la route jusqu’à Mayronnes, petit village d’une trentaine d’habitants. Pour l’instant les routes sont praticables et plutôt agréables. Avant Mayronnes se trouve le village de Caunettes en val, à partir de ce village le GPS n’a plus son utilité, puisqu’il devient complètement obsolète, et prendre à gauche au banc public en béton abrité par un arbre, dans ce qui ressemble à une cour de ferme et qui est en réalité : la route qui mène à Carrus. Prendre son temps est le maître mot qui convient aux habitants de la région, surtout pour rejoindre Carrus distant de six petits kilomètres de Caunettes en val. Six petits kilomètres qui sont en réalité vingt-cinq minutes de route. C’est un chemin goudronné plutôt qu’une route, avec par endroit de l’herbe qui pousse au milieu et plus rarement, des fleurs ; gage d’une fréquentation assidue de véhicules urbains. La route est une succession de virages, de montées et de descentes. Il existe juste une portion de route en ligne droite d’une centaine de mètres, durant la montée on prie pour ne pas croiser d’autres véhicules, tellement la route est accidentée et tout juste assez large pour une seule voiture. Durant l’ascension, le paysage est à couper le souffle. La route est généralement bordée de vignes et le reste est conservé en maquis. Terre en apparence désolée, qui recèle des richesses considérables et pour le découvrir il faut s’enfoncer dans la garrigue. Au détour d’un virage, le paysage se dégage sur des dizaines de kilomètres et le virage d’après, un talus guide la route et s’enfonce absorbée dans une pseudo forêt dont les arbres ne dépassent pas les six mètres. Enfin apparaît en haut d’une énième côte, Carrus et le bout de la route. Je pense à Bernard qui, à la recherche d’un endroit pour s’installer, dans les années soixante, découvre pour la première fois cet endroit…à mobylette. Un havre de paix, un îlot perdu au milieu de nulle part, où seules quelques taches blanches, vadrouillant çà et là, vous rappellent que ce lieu est habité. Accueillis par les chèvres, si elles sont à proximité, vous poussant gentiment à la recherche d’une caresse et mâchouillant tout ce qui dépasse de votre tenue vestimentaire. Vision panoramique d’un monde irréel, presque hostile propice à la méditation et surtout à la sieste. Le vent règne en maître en vous soufflant par rafales dans les oreilles, sa longue complainte venant des montagnes toutes proches ou colportant des rumeurs de pays lointains. Pas une voiture, pas une mobylette, pas un avion, rien à part les clochettes des chèvres, venant troubler la quiétude des lieux.
La ferme est occupée par Jean-Ba, toujours une histoire drôle au fond de ses poches et prêt aussi pour raconter des histoires invraisemblables qui se sont passées dans les bois et les villages alentour, comme cette histoire, devenue légende, ou les chèvres construisent des nids pour ensuite y pondre des œufs ; photos à l’appui. Elle est occupée aussi par Claire, la sœur de Jean-Ba, gérante des lieux : la patronne, celle qui mène la barque au côté de Jean-Ba, pour la fabrication des fromages et le ramassage des œufs frais que lui fournissent les quelques neuf cents poules qui vivent en semi-liberté. Á l’écart de la ferme habite Jeannette, leur mère, dans une petite maison confortable avec tout le nécessaire utile pour vivre aisément, avec assez de chambres pour accueillir la famille ou les amis qui seraient de passage. Jeannette était la femme de Bernard décédé depuis peu. Elle vit désormais avec Alzheimer, amant vicieux se cachant au plus profond des limbes sans aucune rédemption possible, tapi dans l’ombre en poursuivant une altération ravageuse synonyme d’un désastre incontrôlable, réduisant peu à peu les facultés intellectuelles d’une femme belle, belle de connaissances, belle de sincérité, belle d’exister. Elle qui a combattu au côté de son mari le droit de cultiver la terre à grand coup de tribunal contre des gens qui avaient et qui ont beaucoup d’argent et surtout, n’en ayant rien à foutre, qui a combattu avec son esprit libre et son droit de vivre comme elle l’entendait. Encyclopédie vivante des luttes qui se sont perpétuées à Carrus et à la Bernède pour acquérir l’eau, l’électricité et simplement le droit de vivre là, comme des paysans engagés qu’ils seront et qu’ils auront été toute leur vie. Maintenant Alzheimer grignote tout doucement, jour après jour, ses souvenirs et tout ce qu’elle a vécu, le développement de la ferme, ses enfants, ses combats politiques...son ultime combat après une vie riche de rencontres et d’émotions ; pas toujours facile.
Ce qui peut surprendre la nuit à Carrus, c’est le noir, simplement éclairé par les étoiles et parfois la lune, puisqu’il n’y a aucune pollution nocturne. La nuit, il ne reste plus que les grenouilles pour converser avec les étoiles ainsi que les cochons –les sangliers– qui viennent fouiller la terre à la recherche de vers et de glands autour de l’habitation –le chalet– qui se trouve en contre bas de la ferme à deux cent cinquante mètres environ ; une fois chacun chez soi, il n’y a plus aucun vis-à-vis. Plus haut à la Bernède, à un petit kilomètre, habite Ian (Yann) le boulanger, qui cultive lui-même son blé en utilisant comme seul engrais, le fumier des chèvres de Carrus. Il fabrique lui-même sa farine et cuit son pain au feu de bois dans un magnifique four, pour vendre ensuite sa production au marché.
Le maquis recèle bien des secrets et les longues promenades proposent leur lot de découvertes, ses tapis de romarin sauvage qui dégage des effluves à faire tourner la tête, des iris poussent sauvagement dans les talus, ainsi que du thym par endroit et des orchidées sur les chemins. Les flâneurs peuvent faire de belles rencontres sur le chemin du lapin charmant, entre autre le lapin à qui sait bien regarder. Pousser la balade jusqu’à la piscine et se baigner dans l’eau fraîche par ces belles journées d’été dans une eau limpide et ceux qui ont le courage de sauter du haut de la corniche sept mètres plus haut, d’où l’on peut admirer la piscine. Un véritable paradis sur terre, paradis partagé par des hôtes particuliers.
Vincent, Armel et leurs enfants ont accaparé les lieux pour les vacances. Assis dans un transat à l’ombre du chalet en dégustant un vin des Corbières accompagné d’un concert orchestré par les cigales, Vincent aperçoit de l’autre côté à flanc de coteau, des vêtements accrochés dans les branches d’un arbre, qui apparemment, sèchent en plein vent. Se levant d’un seul coup, sans renverser une seule goutte de son breuvage, il se précipite sur la balustrade en se penchant en avant, espérant mieux voir certainement.
Chérie ! regarde, ce sont des vêtements, là, dans l’arbre.
Dis pas n’importe quoi, qui irait accrocher des vêtements au beau milieu d’un bois ?
J’te dis que ce sont des fringues. Passemoi l’appareil photo que je zoome dessus.
T’as qu’à venir le chercher toi-même, c’est pas marqué bonniche non plus. Dit Armel en faisant un signe de la main sur son front comme pour indiquer l’endroit de l’inscription.
Vincent déboule en ronchonnant dans la chambre et fouille dans une valise à la recherche de l’appareil numérique. Revenant sur la terrasse, il se pose sur la balustrade pour éviter de trembler en cherchant l’endroit qui l’intéresse. Les vêtements se sont volatilisés au grand désarroi de Vincent.
Je reviens, je vais voir ça de plus près.
Mais ! ou tu vas ? J’te préviens, on mange dans dix minutes. Beugle Armel.
Armé de son appareil numérique, Vincent chausse des chaussures de marche et se hâte à la recherche de l’arbre servant de séchoir. Coupant le chemin du lapin charmant et passant le lit asséché d’un petit ruisseau, il s’enfonce dans le bois à la recherche de l’arbre en question en faisant de grandes enjambées. Vincent s’épuise rapidement sous la chaleur du soleil de midi, peu habitué à tant d’exercice, pour enfin trouver l’endroit tant convoité. Il transpire à grosse goutte en faisant le tour de l’arbre à la recherche d’indices et trouve des petites traces de pas, ainsi que des traces d’animaux. Se sentant chancelant, il se tient à l’arbre et avant de perdre connaissance et de s’étaler de tout son long, Vincent entend Armel gueuler qu’il est l’heure de manger.
Armel passe à table avec ses enfants sans attendre Vincent, parti depuis plus d’une demi-heure.
Quand il aura faim, il viendra manger et si ça lui plaît pas, il n’aura qu’à aller manger chez Bloumme. Dit Armel légèrement irritée.
Armel se calme dans l’après-midi en lisant un livre à l’ombre des pins pendant que les enfants jouent dans une pièce d’eau au bout du chemin du lapin charmant. Armel se décompose en fin de journée en rentrant au chalet, sans trace de Vincent qui n’est toujours pas rentré. Juste avant la nuit, elle décide d’en parler à Jean-Ba et Claire qui préviennent la gendarmerie.
Vincent se réveille, un peu nauséeux à l’ombre d’une grotte et sur un lit végétal. Sa tête cogne le plafond quand il se lève précipitamment. Sortant de la cavité en se tenant le haut du crâne, Vincent regarde autour de lui sans reconnaitre l’endroit, mettant sa main sur son ventre, quand il se met à gargouiller. Il repense à son escapade et retrouve son appareil numérique à côté de la couche et d’un grand bol de fruits accompagné d’une outre pleine d’eau. Vincent s’empare du bol et le déguste dehors, assis sur une souche à l’ombre des petits pins.
Bien ! maintenant je fais quoi ? dit-il tout haut, il faut absolument que je rentre sinon Armel va s’inquiéter et en plus, elle va m’engueuler.
Qui est Armel ? demande une petite voix.
Vincent est tellement surpris, qu’il tombe à la renverse et se relève instantanément brandissant, pour se défendre, l’outre pleine d’eau.
Qui est là ? Qui êtes-vous ?
Vincent dans sa chute, n’a pas renversé son bol de fruit, au grand étonnement de la petite voix. Vincent entend des ricanements dans les fourrés et des chuchotements dans une autre langue.
Montrez-vous bon sang, que j’voie à quoi vous ressemblez.
As-tu assez mangé ? dit la petite voix
Hein ! heu ouais, mais j’aurais fini si vous ne m’aviez pas dérangé.
Qui t’empêche de finir. Dit une autre petite voix en ricanant.
Vincent s’assoit sur la souche pour finir de manger les fruits gorgés de soleil et se réhydrate en s’abreuvant avec l’outre. Vincent crache tout le liquide en tirant du cou.
Qu’est-ce que vous avez mis la d’dans ? Dit-il en se raclant le fond de la gorge.
La dent ? que vient faire la dent avec notre outre ? S’interroge la petite voix.
Pas la dent, la dedans, qu’est-ce qu’il y a dans cette outre ?
Ben ! du lait !
Du lait ? mais du lait de quoi ? du lait d’bouc ou quoi ?
Mais non ! du lait de chèvre.
Du lait de chèvre ! il a tourné ton lait, c’est pas possible autrement.
Nous l’avons tiré tout à l’heure, il est frais le lait, directement tiré des mamelles d’Agathe. Dit agacée une autre petite voix
Tu rigoles, tiens t’as qu’à goûter.
Vincent tend l’outre vers la petite voix. Une petite main à quatre doigts, pas plus grosse qu’une main d’un enfant de six ans, sort du taillis, puis un poignet, l’avant-bras et le bras tout entier. Le poignet porte des bracelets en tissu de différentes couleurs sur une peau brune. Vincent se pince les lèvres en serrant les dents pour ne pas crier. Malgré son gabarit d’homme balaise, il n’en mène pas large. La petite main attrape l’outre et Vincent entend quelqu’un boire goulûment.
Aaahhh ! il est très bon ce lait, il est même encore tiède.
Bon d’accord redonne moi l’outre alors.
L’outre refait son apparition toujours au bout de la petite main. Vincent attrape de nouveau l’outre en tirant dessus violemment. Une petite chose frêle s’étale de tout son long au pied de Vincent. Une petite chose maigrichonne au regard apeuré et les cheveux en bataille. Elle retient son souffle et se précipite dans le taillis à quatre pattes.
Attends ! dit Vincent, j’aurais pas dû faire ça, j’m’excuse, mais tu comprends, je voulais savoir à qui j’avais à faire.
T’es pas gentil et en plus, tu m’as fait mal.
Je…je suis désolé, approche que je puisse regarder tes égratignures.
La petite voix renifle en pleurant doucement. Vincent reçoit un petit caillou sur la tête.
Eh ! mais ça va pas ! ça fait mal. Dit-il en se frottant la tête.
C’est bien fait pour toi, dit une autre petite voix plus loin.
Mais attendez, vous êtes combien la d’dans.
Euh ! autant que de doigts sur nos mains. Renchérit une petite voix fluette.
Bon maintenant on arrête, montrez-vous que j’puisse vous voir. Dit Vincent en haussant le ton
Quelque chose bouge dans le taillis et des chuchotements toujours dans une autre langue se font entendre, quelques instants après les petites choses maigrichonnes se montrent ; trois garçons et cinq filles.
Oh ! alors c’est ça, vous êtes quoi des Hobbits ?
Des Hobbits ! c’est quoi des Hobbits ? Questionne un des garçons.
Non laisse tomber, c’est pas grave. Alors vous êtes quoi, des nains ?
Nous sommes ce que vous appelez des sylphes, nous sommes des Draliphyges.
Et où sont vos parents ?
Nos parents vivent leur vie et nous nous suivons notre chemin.
Mais vous n’êtes pas un peu jeune pour vivre sans eux ?
Les huit Draliphyges ricanent. Une Draliphyge sort une planchette en bois d’une besace.
Tu vois les petits traits, les premiers correspondent au nombre de printemps que nous vivons ensemble, nous tous.
Vincent regarde la planchette avec de grands yeux étonnés.
Vous vous foutez de moi !
Non pas du tout.
Parce que si je compte bien, ça fait presque vingt-cinq ans que vous êtes ensemble. Et les traits du dessous, correspondent à quoi ?
La Draliphyge lui montre d’un doigt sale, la lignée de traits sur la planchette.
Ceux-là correspondent à ma naissance au solstice de printemps.
Vincent doit s’asseoir pour ne pas défaillir.
Mais vous avez l’air d’enfant d’à peine six ans et en fait…vous êtes plus vieux que moi.
Vincent a compté quarante-six traits sur la planchette.
et vous avez tous le même âge ?
à un ou deux printemps près, oui.
Vincent regarde d’un air ahuri les Draliphyges accroupis devant lui, habillés presque tous de la même façon, sauf les filles qui ont une sorte de ceinture de linge autour de la poitrine. La plupart de leurs vêtements proviennent d’un container placé dans un village ce qui leur permet de se changer régulièrement. Un bruit se fait entendre derrière eux et un chien noir et blanc sort du taillis en grognant.
Eh ! je le connais ce chien, il était à la ferme quand nous sommes arrivés samedi.
Le chien débarbouille les Draliphyges riant à gorge déployée.
C’est Éclair, le chien du boulanger qui s’est installé la haut. C’est un peu notre chien de garde et avant lui c’était Pluto le chien de la ferme, maintenant il est trop vieux, mais on continue de lui rendre visite, quand on va chercher quelques œufs.
Et vous habitez ici, tous les huit ?
Oui ici et l’autre grotte à côté
Et tu t’appelles comment ?
Moi c’est Galyphe, dit la petite voix que Vincent a fait trébucher.
Et moi c’est Arclon’ch.
Moi c’est béruïse.
Moi c’est Paldracie, dit la petite voix fluette
Harsuide, trouch, Érbienne et Fladuique.
Enchanté, moi je m’appelle Vincent. Pourquoi vous m’avez amené ici, chez vous ?
Parce que tu as fait un malaise prés de notre séchoir et qu’il fallait te soigner rapidement à cause du soleil, c’est notre rôle de sauver les êtres que l’on croise, que ce soit des animaux ou des humains.
Ah ! je vois, j’ai du faire une insolation.
Les Draliphyges se regardent, se posant des questions.
Une insolation, c’est quand le soleil tape trop fort sur notre tête et que ça ramollit le cerveau, c’est pour ça que nous mettons des chapeaux, pour pas en attraper. Explique Vincent.
D’accord. Écoute Vincent la nuit va tomber et nous devons nous rendre chez Jeannette. Dit Béruïse.
Pour quoi faire, elle sait que vous existez ?
Bien sûr, comment crois-tu que nous parlons votre langue. Répond Harsuide en riant.
Les Draliphyges s’engouffrent dans le bois avec une vivacité surprenante, suivis de près par Vincent, oubliant de prendre l’appareil numérique.
Attendez-moi, mais attendez-moi, je ne sais même pas comment on retourne à Carrus.
Les Draliphyges prennent de l’avance, ne s’apercevant pas que Vincent, qui se déplace comme un éléphant dans un parcours du combattant, vient de trébucher et de perdre une nouvelle fois connaissance en frappant la tête violemment sur une souche d’arbre.
Au petit matin, Vincent se réveille avec un mal de tête phénoménal, de la même manière qu’un lendemain de foire.
Qu’est-ce que j’fous là,
ce dit-il en faisant la grimace et mettant la main sur le front,
je vais avoir encore une belle bosse, mais qu’est-ce qui m’est encore arrivé ?
S’apercevant qu’il n’a plus son appareil photo, Vincent essaie de se rappeler comment il est arrivé à cet endroit. Se remémorant son escapade de la veille et la rencontre des Draliphyges, il revient sur ses pas en essayant de retrouver la grotte et par la même occasion, son appareil numérique.
Les gendarmes retrouvent Vincent vers onze heures du matin à plus de quinze kilomètres de la ferme, déshydraté, affamé et balbutiant des inepties à propos de petits hommes qui vivent dans la forêt. Vincent est gardé en observation durant toute la nuit pour éventuellement déceler des symptômes dus au coup de chaleur. Après une nuit agitée, Vincent sort de l’hôpital en fin de matinée accueilli par Armel pleurant à chaude larme, et ses enfants contents de retrouver leur papa.
C’est la dernière fois que tu me fais ça, tu m’entends. dit Armel
D’accord…heu! je crois que j’ai perdu l’appareil photo. Dit-il benoîtement.
Quoi ? mais on s’en fout de cet appareil, tu comprends ce que je te dis ! allez viens on rentre au chalet.
Vincent passe quelque jour à l’ombre du chalet, à se remettre de son escapade, chouchouté par Armel au petit soin pour lui. Il voit souvent Éclair sur le chemin du lapin charmant, jouant à cache-cache avec des animaux « peut-être que c’est autre chose, peut-être que c’est un des garçons » se dit-il, s’enfonçant dans les fourrés, ressortant en marquant un temps d’arrêt, l’oreille en alerte, puis s’enfonçant de nouveau avec quelque chose qui le précède dans sa course, ensuite le chien sort de son champs de vision.
Les vacances avancent doucement au rythme des sorties dans différents villages alentour, des marchés artisanaux, des manifestations qui ont lieu dans différents édifices et des randonnées pédestres sur ‘‘le sentier sculptural’’. Rythmé aussi par les menus gastronomiques que proposent les restaurants des environs et les discussions avec Jean-Ba et Claire suivant leurs disponibilités, ainsi que Jeannette, jamais avare d’une bonne anecdote.
Vous savez, dit Jeannette de sa voix douce, les lieux regorgent d’histoires invraisemblables et il faut savoir qu’il y a eu plusieurs vies, avant que nous nous installions Bernard et moi. Qu’il y a aussi des légendes qui circulent dans les villages et des contes qui imprègnent le maquis, se penchant à l’oreille de Vincent, aujourd’hui encore le maquis regorge de mystère. Parfois dans des situations délicates, on peut trouver une aide inattendue.
Jeannette regarde Plutôt le Labrador, remonter à la ferme et après un moment de réflexion de demander :
Vous pouvez me rappelez qui vous êtes ? parce que vous comprenez, avec la maladie, je perds un peu la mémoire.
Sur ces paroles, Vincent et Armel regagnent le chalet. Armel restant accrochée au bras de son mari, consciente qu’il a échappé au pire et Vincent restant dubitatif sur ce que venait de lui dire Jeannette, pensant que son escapade ressemblait plus à un rêve qu’à un fait auquel il aurait participé.
De retour au chalet, Vincent vacille en découvrant l’appareil numérique posé sur la table accompagné de quatre bracelets en tissus de différentes couleurs et d’une petite planchette gravée d’un seul trait.
Les cours d’eau, les chemins, maquis et autres forêts recèlent de mythes et légendes ainsi que de fabuleux récits et des fables. Á la façon de la montagne qui se trouve derrière la chèvrerie de Carrus, avec son éperon rocheux ressemblant à une fortification de château fort. Peut-être qu’à une époque révolue ce fut un haut lieu stratégique pour des royaumes disparus depuis longtemps ou les rois s’affrontaient en de majestueuses charges héroïques ou loyauté rimait avec bravoure et ou la magie avait toute sa place. Il se peut que les Draliphyges aient participé à ces grandes épopées et qu’ils soient imprégnés de grande connaissance théorique, qu’ils se partagent le soir dans des grottes dans de grandes veillées autour d’un feu ou tout simplement, en se réunissant chez Jeannette en buvant du chocolat chaud.
Alexandre descend l’escalier de son immeuble quatre à quatre avec la ferme intention de se tirer loin de tout ce bordel ; étant donné son âge, il ne peut les descendre deux par deux. Il traverse la route d’un pas décidé pour se rendre dans le bar en bas de chez lui. Planté devant la porte du café, il change d’avis malgré les invitations des copains un peu surpris de le trouver là, à cette heure de la journée. Alexandre se dirige vers celui qui se trouve de l’autre côté du quartier près de la gare ; il se dit comme ça que sa bonne femme ne viendra pas le chercher à cet endroit, il entre et commande une mousse. Alexandre vit en couple avec Armelle depuis 29 ans. Alexandre travaille à l’usine et ne lui reste plus qu’une paire d’années à effectuer avant la retraite. Armelle est comptable dans une grande entreprise. Ils ont deux enfants pour qui ils ont tout sacrifié pour leur permettre d’effectuer des études et ainsi d’avoir toutes leurs chances en décrochant un bon travail et d’avoir une bonne situation. Le seul bien qu’ils possèdent est un lopin de terre en Auvergne avec une petite maison dessus où ils passent leurs vacances et les grands week-ends. Ils ont passé quelques années à la retaper pour qu’elle soit habitable, faisant du camping dans une vielle caravane et les enfants couchant dans des tentes ; certainement les plus belles années de leur vie, en tout cas c’est ce qu’il croit. Ils ne sont pas riches, mais comme Alexandre aime à dire, ils ne sont pas à plaindre non plus ; dans ces temps difficiles ou l’ANPE est la plus grande entreprise de France et où le chômage se révèle être pire que la gangrène, Alexandre et Armelle se trouvent encore dans un secteur ou le travail prospère et la menace du chômage n’est pas encore à l’ordre du jour.
Aujourd’hui Alexandre s’éloigne de sa femme parce que depuis quelque temps elle lui reproche des choses, elle le soupçonne de tromperie, lui gueule dessus sans raison, Alexandre a beau courber le dos, aujourd’hui il l’a fuie comme la peste ; surtout pour éviter de faire des conneries, de la gifler ou pire de l’étrangler pour qu’elle arrête de crier de cette façon. Alors Alexandre prend la poudre d’escampette pour aller se calmer, en s’arrêtant dans ce bar pour pouvoir se poser et réfléchir. Il cherche dans sa mémoire à quel moment Armelle est devenue comme ça et en conclut que ça avait commencé après le départ des enfants quand ils ont emménagé l’un après l’autre et surtout depuis que son aîné a eu son premier enfant. Alexandre soupire bruyamment bien malgré lui et l’envie d’une cigarette le submerge à en avoir un vertige, lui qui a cessé de fumer du jour au lendemain il y a 25 ans maintenant, avait envie d’une petite ‘‘bouiffe’’ comme il disait. Cette envie ne venait pas des gens qui peuvent fumer dans le bar, puisque depuis plusieurs années il est interdit de fumer dans les bars et les restaurants. Alexandre secoue la tête pour reprendre ses esprits en repensant à son petit lopin de terre ou il avait passé de si bons moments, les barbecues improvisés, les toilettes dans l’étable, se laver dehors dans une bassine, tous ces souvenirs le faisait encore sourire. L’envie de cigarette persistait à tel point qu’il en eut le goût dans la bouche, même après avoir repris une autre pression le goût persistait. Il avait arrêté de fumer il y a 25 ans pour les enfants, mais aussi parce qu’il avait quelques difficultés à gravir l’escalier qui le menait à son appartement. Pourtant Alexandre se rappelle combien il aimait fumer, après un bon repas, un petit café -quand il était encore possible de fumer dans les bars- ou aussi autour d’un apéro…
Le fleuve se trouve juste en contrebas du bar et Alexandre décide d’aller faire quelques pas le long de la berge pour se changer les idées. En sortant du bar il achète un paquet de cigarettes avec une boite d’allumettes qu’il fourre dans sa veste. Suivant le bord de la berge d’un pas tranquille, il entend les cloches sonner midi et instinctivement son ventre se met à gargouiller, il s’assied sur un banc en admirant l’eau et les gens qui passent à sa hauteur, surtout les femmes qui commencent à ressortir les robes légères et les
