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Sur les chemins d’humanité, le poème se déploie en écho à l’ordinaire des jours, banals ou intenses, aux relations et rencontres qui jalonnent la vie, à la rumeur du monde qui va, heureux et meurtri, et en contemplant la nature, « parole » vivante et vivifiante.
Au rythme du temps qui passe, scandé par l’alternance et le mouvement des saisons, les perceptions sensorielles, les émotions vécues et traversées, croquées sur le vif ou engrangées dans la mémoire du cœur, sont convoquées pour exprimer ce qui jaillit de l’âme, par « petites touches », en cherchant le mot juste, entre légèreté et profondeur.
Ainsi opère l’alliage entre ombres et lumières, enfouissements et renouveaux, retraits et solidarités.
Empreint de musicalité, le poème imprime dans le quotidien de la vie, souvent trépidante, un temps de repos et de respiration. Il conduit ainsi à l’intériorité, à un regard renouvelé et bienveillant sur le monde et à goûter le présent, ici et maintenant.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Angèle Jestin est née à Brest en 1956 où elle a vécu son enfance et sa jeunesse. Après des études d’histoire en Bretagne, elle vit en Anjou et engage son parcours professionnel dans le milieu médicosocial et associatif auprès de personnes en situation de handicap. À l’heure de la retraite, la recherche d’intériorité, le goût de l’écriture et une plus grande disponibilité conduisent à la rédaction de ce recueil de poésies.
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Seitenzahl: 41
Veröffentlichungsjahr: 2023
Au fil des saisons
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saintlegerproductions.fr
© Saint-Léger éditions, 2023.
Tous droits réservés.
Angèle Jestin
Au fil des saisons
Le printemps
Le printemps
Il semble imperceptible et, pourtant, il frémit,
Léger, très léger, dans le jour qui grandit.
L’air frais et diaphane doucement nous saisit
La nature fébrile s’éveille à bas bruit.
Ficaires et primevères se cachent dans les haies,
Discrètes et réservées, mouillées de rosée.
Dans les vignes, sourdement, la sève a gonflé,
Les bourgeons éclatent et s’ouvrent, étonnés.
Là-bas dans la plaine, les semailles ont levé,
Prélude aux moissons lointaines de l’été.
Lourde et généreuse, la terre s’est parée
D’un manteau de verdure aux couleurs diaprées.
L’eau claire serpente là-bas dans le ruisseau
Drapé de feuillages et serti de roseaux.
Son murmure cristallin rebondit en écho
Et l’écho se conjugue au chant des oiseaux.
Souple et odorant, un tapis de fougères
Repose sur l’écrin moussu de bruyères.
L’appel pénétrant du coucou solitaire,
Suspend un instant la marche buissonnière.
Le ciel est rincé après les giboulées,
La lumière diffuse sa vive clarté.
Dans les bois et sentiers, nous aimons musarder,
Léger, très léger, le printemps renaît.
La petite bête…
La petite bête nous embête,
Elle vagabonde sans queue ni tête,
Ici et là, elle va elle vient
Et elle revient soir et matin,
La petite bête à l’air mesquin.
Elle fait la nique à Dominique,
À Bérangère et à Lucas,
À l’étranger à la voisine,
Ici et là, et au-delà
Et tout le monde reste sans voix.
Cette mutine est très coquine,
Dans nos maisons elle nous confine.
Le temps s’arrête, l’ennui nous guette,
Et tourne, tourne la girouette.
La petite bête nous inquiète.
Cette coquette n’est pas chouette,
Avec ses tours de pirouette.
Elle nous fatigue et nous intrigue
Mais… elle n’aura pas le dernier mot
Malgré la fièvre et tous les maux.
La petite bête n’est pas bête
Sans faire de bruit elle nous soucie
À pas feutrés elle nous surprend
Par tous les vents des continents
Sans tintamarre elle se répand.
La petite bête à l’air malin
Poursuit sa course avec entrain
Mais… quand la mort se fait cruelle,
Dans la nuit sombre de nos chagrins,
Montent les larmes de nos refrains.
Elle n’aura pas le dernier mot,
La petite bête sans queue ni tête.
Un jour viendra, elle s’épuisera.
Tombent les masques, vive la fête…
La petite bête n’était pas chouette !
La nuit
La nuit est si belle… drapée d’éternel
Et de mille étincelles scintillant dans le ciel.
La nuit est profonde… au loin la guerre gronde
Et la douleur émonde aux quatre coins du monde.
La nuit est légère… la fête éphémère
Autour d’une bière et des jeux de lumière.
La nuit est si triste… au bal des artistes,
Le clown fantaisiste pleure sur la piste.
La nuit est patiente… et la lune insouciante
Soudain réenchante la vie en tourmente.
La nuit est si sombre… qui couvre de l’ombre
Les migrants en nombre cachés dans les décombres.
La nuit est bleutée… l’immense voie lactée
Infuse la paix dans les cœurs éprouvés.
La nuit est si longue…
Les jonquilles
Le printemps a frémi
Dans le matin bleui.
Les jonquilles ont fleuri
Dans l’herbe des prairies.
Dans les jardins aussi,
Leurs frimousses jolies
Préludent le retour,
Le retour des beaux jours.
Promesse de vie
Au temps des reverdies,
Forant le brouillard
De leur beauté sans fard,
Simples et sans façon,
Au carrefour des saisons,
Les jonquilles ont fleuri
Et nous avons souri.
Et les enfants ravis
Dans les prés ont cueilli
Des narcisses jaunis
Aux corolles épanouies.
Les fleurs odorantes
Aux parures éclatantes
Dissipent les soucis
Qui entravent la vie.
Au parfum des jonquilles,
Le printemps a frémi.
Et les cœurs au frimas
Retrouvent la joie.
Le silence de la nuit…
Le silence de la nuit, épais, nous saisit,
Si longues sont les heures qui vont à perdre cœur,
Qui vont à perdre l’âme, la guerre s’enflamme,
Tombent les bombes, la menace gronde.
Le silence de la nuit nous prend en étau,
Perforé, en écho, des bruits du chaos.
Sous le ciel étoilé, les missiles lancés
Éventrent des maisons par-delà l’horizon.
Le silence de la nuit, étrange, affermit
L’ardeur de lutter et de résister.
Les enfants, étonnés, continuent de jouer,
À la hâte, nous avons rassemblé des paquets.
Le silence de la nuit un instant ralentit
La marche du temps plombé de tourments,
Plombé de chagrin au retour du matin,
Une étreinte volée et tu nous as quittés…
Le silence de la nuit soudain nous transit,
Le cœur déchiré, nous avons tant pleuré.
Tu es parti à la guerre, combattant téméraire,
L’âme en déroute, nous avons pris la route.
Le silence de la nuit, sournois, nous poursuit,
Zébré d’une pluie de mitrailles rougies.
Tristes, aux aguets, nous avons marché
Jusqu’au bout du chemin, les bagages à la main.
Le silence de la nuit retient au pays
Les anciens arrimés à la terre tant aimée,
Les soldats embusqués à l’arrière des futaies,
Combattant, passionnés, pour notre liberté.
Le silence de la nuit sourdement gémit
Une plainte apeurée dans la froidure bleutée.
