Au gré de la plume  et des circonstances - Thierry Jamin - E-Book

Au gré de la plume et des circonstances E-Book

Thierry Jamin

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Beschreibung

La nouvelle, cette forme brève du récit qui doit tenir en haleine et amener des chutes surprenantes n’est pas des plus faciles. Il faut tenir et serrer de près une situation sans se désunir ni partir dans tous les sens. C’est un exercice propice aux concours sur des thèmes donnés ou avec des phrases obligées ; pour autant c’est un format des plus agréables à pratiquer. Vous trouverez ici les neuf premières, et dernières d’ailleurs, de mes nouvelles écrites depuis une dizaine d’années. Ce qui ne représente qu’une par an en moyenne ; modeste effort et contribution au genre auquel je n’ai pas encore sacrifié assez de temps, hélas !

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Seitenzahl: 77

Veröffentlichungsjahr: 2016

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Préface

Prête-moi ta plume, mon ami Thierry…

Comment écrire un mot pour saluer un ami poète qui se lance avec talent dans un autre genre littéraire particulièrement difficile, la nouvelle ?

Selon le dictionnaire de l'Académie royale espagnole cité par ETIEMBLE et Antonia FONYI dans l’Encyclopædia Universalis, la nouvelle est une « œuvre littéraire où l'on narre une action entièrement ou partiellement imaginée, dont la fin est de causer au lecteur un plaisir esthétique en décrivant ou dépeignant des événements ou des actions intéressants ainsi que des caractères, des passions, des mœurs ». Nous y sommes, dans ce recueil de nouvelles intitulé par l’auteur Au gré de la plume et des circonstances, qui reste fidèle à son tempérament poétique : brindille se laissant porter par l’eau claire de la rivière, Thierry Jamin nous offre comme à son habitude son lot d’émotions sensibles, délicates et surprenantes d’érudition et de curiosité intellectuelle. Ce diable d’écrivain se joue de nous et nous ensorcelle une fois encore en domestiquant le hasard de la vie grâce à sa plume enchanteresse. Bravo à l’artiste, aussi attachant dans ses rimes que dans ses courts romans, promesses impatientes de futurs livres que nous attendons déjà !

Pierre Léoutre

Introduction

La nouvelle, cette forme brève du récit qui doit tenir en haleine et amener des chutes surprenantes n’est pas des plus faciles. Il faut tenir et serrer de près une situation sans se désunir ni partir dans tous les sens. C’est un exercice propice aux concours sur des thèmes donnés ou avec des phrases obligées ; pour autant c’est un format des plus agréables à pratiquer.

Vous trouverez ici les neuf premières, et dernières d’ailleurs, de mes nouvelles écrites depuis une dizaine d’années. Ce qui ne représente qu’une par an en moyenne ; modeste effort et contribution au genre auquel je n’ai pas encore sacrifié assez de temps, hélas !

Préface

Pour qui chercherait une unité, une vision holistique, il s’agit plutôt de balistique et de trajectoire. Trajectoire de la plume vers sa cible, sans être certain de la toucher.

Plutôt que tronçonner comme un boucher sans faire de quartier, on essaiera de penser à la pensée active et fidèle qui restitue les clameurs du temps et qui se tend dans l’attente d’une fin qui veuille bien sortir et s’assortir.

Table des matières

L’amour, toujours l’amour, encore l’amour

Dans la peau d’un ours

Une pierre mais dans quel jardin ?

Visions du désert pour aventurier perdu

Trente minutes pour aller vers son destin

Mon cœur bat trop vite sous les ailes du vent

Le canal aux surprises

Livre ivre – Vade me cum

Quatre boules de cuir

1/ L’amour, toujours l’amour, encore l’amour

« All you need is love » c’est un beau refrain qui donne un certain sens à la vie ; c’est du moins ce refrain-là que je chantais cet après-midi-là pour me donner du cœur à l’ouvrage, me convaincre de croire en quelque chose qui me raccroche à un espoir, même lointain.

Les phases post-rupture sont souvent le moment de faire le point et d’essayer d’y voir clair dans une période triste et qui remet beaucoup de choses en question.

Il n’était pas simple de continuer d’avancer depuis qu’hier au soir j’avais compris que tout était fini et que la rupture était consommée, par trop de facilité, de paresse, de mollesse sans doute.

Dans ces instants-là le doute est plus fort, une pointe d’angoisse sur un avenir incertain, moins assuré du moins, mais y a-t-il une assurance contre l’amour, ce sentiment fort et exigeant qui s’empare de vous et parfois vous consume.

Alors on ressasse, on passe en revue des souvenirs, un courant de nostalgie sur ce qui a été et ne sera plus et il faut se dire que ce n’est pas en allant voir le marabout du coin que le retour d’affection sera rendu possible.Bref, tourner la page, mettre une sourdine et essayer d’endormir un tant soit peu ces souvenirs qui vous titillent, ces occasions ratées, ces rencontres manquées, pour imaginer à défaut d’un avenir radieux, une lumière au bout d’un tunnel qui ne fait que commencer.

Pourtant ce n’était pas la première fois que je vivais ces sensations de dérobement, de vide et finalement le vertige de la solitude ; comme si je ne pouvais concevoir une minute d’être seul ou du moins de faire une pause dans mon existence pour mettre tout à plat.

À plat je l’étais assurément un peu, mais les amis ne manquaient pas qui d’une parole ou d’un sourire passeraient ce baume magique qui n’efface pas tout mais accélère la cicatrisation.

Mais enfin quel est le sens de ma vie me disais-je, rencontrer indéfiniment de nouvelles conquêtes d’un soir, d’une semaine ou d’une courte durée, ou bien construire, investir et du même coup accepter les contraintes et contingences inhérentes à une relation suivie ?

Bon, je vous l’accorde ça faisait un peu existentialiste sur le retour et en plus, en termes de perspective, ça ouvrait grand le champ du questionnement mais les réponses tardaient à arriver.

Inconstance de l’amour, inconsistance du lien, fugacité des sentiments ; dans la tornade médiatique du quarantième anniversaire presque rugissant de mai 1968, il y avait un synchronisme pas affligeant, juste un clin d’œil.

Clairement, était-il temps de se caser ou de continuer l’exploration des champs de la connaissance humaine, ceux qui recèlent tant de surprises et de découvertes et vous ouvrent au monde ? Défilé de corps, catalogue d’émotions, odeurs, senteurs charnelles, décidément je n’étais que pulsions, émotions, tourbillons et pourtant à ma montre il y avait un sacré retard.

La tendresse, sentiment familier chez moi qui avait beaucoup d’amies féminines, ne pouvait se substituer à ce désir pas uniquement animal mais qui parfois me faisait monter des bouffées hormonales. Entre Adret et Ubac, l’adrénaline me permettait de ne pas verser dans un fossé de désespérance, dans une vallée de larme, de trouver de la ressource pour me projeter.

L’étreinte des corps, une libido encombrante comme compagne de vie ; voilà bien une partie du problème, harmoniser les aspirations et laisser une respiration à une existence qui ne peut être entièrement tournée vers le plaisir et la jouissance, physique du moins.

Décidément la remise en question allait loin déjà et je me demandais bien où allaient m’entraîner mes pensées divagantes entre fiction et affliction, bien près hélas de la déréliction ?

L’homme est il est un loup pour l’homme, un chasseur, un collectionneur, ou peut-il décemment n’être autrement que polygame dans la durée ? Et la fidélité et la beauté d’un sentiment durable, qu’est ce que vous en faites !

Je commençais à fatiguer avec ces tenaillantes et répétitives incursions dans un univers pas feutré du tout et qui à vrai dire me heurtait par certains côtés.

Le poids de l’éducation, les exemples et situations vécues, la pseudo-normalité, tout m’incitait à croire que non, il n’était pas possible d’être autre chose que ce voyageur errant, à la recherche de bras accueillants pour une étreinte furtive et sans lendemain.

Ah les mythes de l’enfance sont tenaces, la croyance dans le grand amour idéal vous suit comme votre ombre tandis que dans la lumière se découpent des silhouettes autrement plus tranchantes.

J’avais beau m’avouer, dans une mise en perspective qui ressemblait de plus en plus à une mise en abîme, que le célibat était pesant et triste, que les soirées entre copains tournaient trop à la démonstration de testostérone entre virilité et machisme, bravades et fierté ; ma part de féminin, comme une intuition, me disait pourtant que la terra incognita, la terre promise, se méritait et dans le même temps s’éloignait encore plus.

À trop guigner un paradis impossible on ne risque que la désillusion, la frustration mais repousser ses exigences et s’adapter au contexte n’exclut assurément pas une part de réalisme.

Ainsi allait le fil de mes pensées ; sur la corde raide, entre inconfort et recherche de vérité, de sincérité, alors que la situation dont j’avais hérité était sinon banale et certainement bancale, du moins courante.

Des souvenirs d’enfance affleuraient aussi dans ce lien charnel qui nous unit à la mère, entre protection, tranquillité et calme, procurés par une présence et des attentions, des soins et des sourires.

Mais affronter l’âge adulte et ses périls, des fausses pistes où l’on se fourvoie si facilement, ces attentes non formulées qui font qu’on hésite et qu’on oscille entre plusieurs pôles d’attraction et de stabilité, ça, c’était une aventure à nulle autre pareille !

Grandir aussi et se déprendre de ce zeste de puérilité qui colle à la peau, assumer sa destinée d’homme libre de ses choix, qui se détermine plus concrètement sur la base de la connaissance du pourquoi de ses envies.

Je sentais bien qu’on allait me resservir la pyramide de Maslow pour théoriser mes besoins vitaux et fondamentaux, hiérarchiser ceux-ci et me montrer comment atteindre le bonheur, pourtant à vouloir trop vite en gravir les degrés je ne risquais qu’une glissade folle.

Mais cette joie de vivre, cette capacité à être pleinement soi-même tout en pouvant accorder plus que de l’attention à une autre personne sans en être obnubilé pour autant, voilà ce à quoi j’aspirais sincèrement.