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Voici sept nouvelles pour vous distraire, mêlant dramatique et humour dans un désordre qui va vous détendre les zygomatiques ! Alors je vous souhaite une bonne lecture !
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Seitenzahl: 121
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Auprès de mon arbre
Je vivais heureux !
Je n’aurais jamais dû
Le quitter des yeux !
Georges BRASSENS
(1921-1981)
Georges Brassens regrettait d’avoir quitté son arbre.
Moi, je suis revenu près de mon arbre pour m’asseoir sur mes racines après les avoir quittées pendant plus de vingt ans, mais mon arbre n’avait plus la prestance qu’il avait dans ma jeunesse. Il s’étiolait vraiment, mon arbre. Ceux qui auraient dû l’entretenir l’ont laissé dépérir et maintenant, il ressemble à un squelette noirci, perdu dans la brume du temps et dont les fruits tombent sans que cela ne profite à personne, pourris à cœur avant d’être mûrs.
Les oiseaux qui l’égaillaient dans le temps le désertent maintenant pour d’autres arbres plus accueillants.
Mais peu importe, moi j’ai gardé mon âme d’enfant et surtout l’imagination qui comblait la solitude du fils unique.
Alors, j’ai mis quelques nouvelles, tout droit sorties de ma matière grise, dans un petit recueil pour votre plaisir.
Bonne lecture !
Du même auteur chez BoD :
La Guerrière Cathare (T 1)
L’Or de la Montagne Noire (T 2)
CANICULE MEURTRIERE
Une sensation bizarre
Une longue nuit de Novembre
Le Roi Fromage
Le pendu de la Cité
La vengeance d’un mort
Résurrection
Divorce à la Sicilienne
Je n’avais jamais ressenti un tel bien-être en même temps qu’un profond sentiment de désespoir qui me submerge et m’angoisse.
Je suis bien. Je me sens très légère, mais apparemment, mon esprit lui aussi prend une inconsistance vaporeuse qui me rappelle la seule fois où je me suis laissée persuader de fumer un joint. Et j’ai beaucoup de mal à discipliner ma propre volonté.
C’est la canicule depuis bientôt deux semaines et la chaleur persistante maltraite les corps et les humeurs, fatiguant tout le monde, jeunes comme vieux, exacerbant les caractères jusqu’à l’irritation.
Le soleil implacable chauffe sans miséricorde les hommes et les choses dans une clarté éblouissante.
Mais je n’avais jamais remarqué cet immense halo blanc qui voile tout devant moi, me faisant évoluer dans une lumière presque irréelle.
Justement, quelque chose de bizarre me surprend : je n’ai pas chaud !
Ce matin, pourtant, c’est la chaleur, entrant par la baie de la chambre restée ouverte, qui m’a réveillé et fait quitter le lit de bonne heure alors que le reste de ma tribu dormait encore.
Descendue dans la cuisine, je me suis fait un café que j’ai dégusté en profitant de la tranquillité et du silence de ce dimanche matin, quand partout tout autour, le voisinage profite des meilleures heures de la journée pour faire la grasse matinée.
Damien, mon mari, s’est étalé sur toute la surface du lit dès qu’il a senti la place libre. Je ne l’ai pas réveillé pour qu’il puisse se reposer encore un peu.
Hier soir, il m’a fait l’amour comme cela lui arrive rarement.
Nous avions couché nos enfants de bonne heure pour nous ménager une petite soirée intime, ce qui ne nous arrive pas souvent à cause de nos métiers respectifs.
J’avais préparé un petit apéritif et surtout, une jolie table pour un repas en amoureux. Et entre deux scotchs, il a commencé à se montrer entreprenant… Pour le moins que je puisse dire !
Je pense tout de même que les antipasti au piment et au gingembre que j’avais préparés y étaient pour beaucoup, et le poulet curry que j’avais concocté avec amour pendant l’après-midi a décuplé sa libido.
Pourtant, malgré son tempérament de feu, et au lieu de me « sauter dessus », il m’a caressée et cajolée avec une tendresse infinie, et bien que nous soyons un couple uni, sans plus de problème que la plupart de nos amis, de le sentir aussi proche et passionné, je me suis senti pleinement femme.
Son énergie amoureuse, son désir ardent et sa délicate expérience, il l’a délibérément mis au service de mon plaisir et pendant une partie de la nuit, il m’a aimée avec une exaltation que je ne lui connaissais pas et il m’a amené ainsi, jusqu’à un fantastique orgasme.
Une onde de plaisir, née tout au fond de mon ventre avait envahi mon corps et mon esprit dans une douce ivresse de volupté.
Quel bonheur que de partager ce plaisir physique avec un homme redevenu pour une nuit son amant, et se mêler intimement à lui dans une osmose totale entre deux êtres unis pour la vie.
Il est vrai qu’avec Damien, c’est l’entente parfaite depuis que nous nous connaissons. Peut-être pas le bonheur avec un B majuscule, mais un bien-être, un ravissement qui dure depuis bientôt dix ans, et que nos deux petits trésors Enzo et Aurélie sont venus comme une double bénédiction, exalter notre union.
Et cette impression, c’est vraiment bizarre ! Il me semble que tout cela se détache de mon esprit, et pourtant il est important de fixer mon esprit là-dessus.
Toutes les images de notre vie de couple semblent se bousculer devant mes yeux : notre rencontre dans un club de vacances en Tunisie, nos premières approches timides sur la plage, quelques verres au bar, un repas dans une gargote de Monastir et puis, enfin, j’ai accepté, timidement, l’hospitalité de sa chambre.
Ainsi a démarré notre belle histoire !
Nous n’habitions pas la même ville. Il y avait même près de quatre cent kilomètres entre nous. Mais comme je travaillais à mon domicile, et que j’ai vite compris que la lassitude des trajets risquait de mettre notre relation en danger, alors, j’ai transporté mes Pénates dans son appartement où, vaille que vaille, nous avons passé les premières années de nos amours.
Mais que se passe-t-il ?
J’ai l’impression d’être ballotée ! Je n’arrive pas à rester stable. Mon épaule heurte un mur… mais je n’ai pas mal. La tête me tourne. J’ai du mal à respirer.
Pourquoi est-ce que je me sens aussi bizarre aujourd’hui ?
Après m’être levé je n’ai pris qu’un café, ce n’est tout de même pas cela qui m’a mis dans cet état. Ou bien je n’ai pas assez mangé ce matin et après notre nuit agitée, je manque un peu de vitamines et je dois avoir des vertiges.
Pourtant je n’ai pas envie de me reposer. Je ne comprends pas !
Et ces images qui n’arrêtent pas leur sarabande !
Notre mariage !
Et surtout notre voyage de noces !
Un magnifique séjour au soleil, dans le Sud de l’Espagne.
L’Andalousie, Grenade, Cordoue, Séville. Une semaine de rêve où nous avons laissé libre cours à notre amour.
Dans l’Alhambra, nous avons réussi à fausser compagnie à notre groupe de visite, au nez et à la barbe de notre guide, un peu trop pédant et qui trouvait vraiment déplacés nos baisers et nos caresses tout au long de la visite. Comme des ados en quête de sottise, nous nous sommes réfugiés dans une pièce qui ne faisait pas partie du parcours et nous avons fait l’amour sur le lit du Sultan Machin-chose. Comme des adolescents en goguette.
Toutes nos journées se sont passées de la même façon, visites, amour et le soir nous écumions les boîtes de nuit puis nous rentrions à l’hôtel et nous remettions cela avant de nous endormir, épuisés jusqu’en milieu de matinée.
Mais encore une fois, pourquoi est-ce que je me remémore cela ? Est-ce que mon état étrange est responsable de ces visions du passé ?
Et ce drôle de goût tout au fond de ma gorge… du chlore, il me semble. Ou du sel.
J’ai froid !
Pourquoi toutes ces images de notre bonheur, de notre union si complice, si fusionnelle et qui tourne dans ma tête tel un diaporama défilant à toute vitesse.
Et ma mère ! Qu’est-ce que ma mère fait ici ? Et… cette gamine qui la tient par la main ? Mais c’est moi !
Et mon père qui me tient par le col de mon manteau pendant que j’essaie de me tenir sur mon petit vélo dont il vient de retirer les petites roues !
Mon Dieu !
Cette sensation d’onduler, de flotter… Bon sang, je… Je comprends !
Après avoir bu mon café, je suis sorti sur la terrasse pour profiter du soleil matinal, déjà chaud, mais pas encore brûlant.
C’est là que j’ai vu ce malheureux Minou, le petit chat d’Aurélie, tomber dans la piscine. Il s’est mis à se débattre en miaulant à fendre l’âme.
Alors je me suis précipité pour contourner la haie qui ferme le fond du bassin, puis, courant sur les margelles, j’ai butté sur l’une d’elle, descellée depuis cet hiver et que Damien promet de réparer tous les week-ends.
J’ai chuté lourdement sur l’angle des dalles du bord, et j’ai perdu conscience.
L’élan de ma course m’a fait culbuter dans l’eau.
Malgré la fraîcheur de l’eau, je n’ai pas repris mes esprits, et… je suis en train de me noyer !
Il est un peu plus de midi. Ceux des corvées sont revenus plus tôt aujourd’hui, car une attaque a été ordonnée par les Officiers Supérieurs, pour l’après-midi.
Et les hommes doivent se restaurer avant de partir au combat. Se restaurer étant un bien grand mot pour une bouillie infâme qui ne rassasierait même pas un rat famélique.
Un assaut vraiment très important a dit le Capitaine : « Capital même ! » a-t-il ajouté pour essayer de motiver les soldats qui, après quatre interminables années de guerre, ne sont même plus épuisés, car ce vocable est dépassé depuis longtemps.
Un aumônier est venu de l’arrière pour les réunir dans une courte prière qui ressemblait plus à celle des condamnés à mort, qu’à un office joyeux d’un dimanche de Mai.
Ces hommes qui ont vécu l’enfer pendant des mois et des mois, dans cette mer de boue monstrueuse que sont les tranchées, mal-nourris et quelquefois pas du tout, mal approvisionnés en armes et munitions, et surtout sans le moindre égard de la part de leurs officiers.
Ces soldats sans noms, à la merci d’un État-major dont les Généraux, les fesses bien au chaud à l’arrière, se servent comme chair-à-canon pour combler les fossés ennemis, ne sont plus que des fantômes terreux obéissant à des ordres iniques qui les envoient sans le moindre remord, au prévisible massacre final.
Il a plu toute la matinée et la terre des Ardennes leur colle de partout. Une pluie continuelle, pas très forte, mais qui pénètre les uniformes et glace le corps jusqu’à la moelle des os. Une pluie d’automne qui ferme l’horizon comme un sinistre drap de deuil. Abrutissante et désolante et qui mine le moral encore plus que l’attente du combat.
Au-delà de cette saignée immonde, remplie de boue fangeuse, le no man’s land, le terrain dévasté par les combat et les bombardements qui les sépare des troupes Allemandes lesquelles, reculent déjà depuis plusieurs mois, se repliant de plus en plus vers le Nord.
Le paysage alentour ajoute au sinistre de l’ambiance, déjà rendu morne par le ciel bas et gris. La végétation se résume à quelques bosquets d’arbres que l’automne n’a pas eu à découvrir de leurs feuilles, tant la mitraille les a transformés en grotesques squelettes de bois. Quelques brins d’herbe subsistent difficilement au milieu des trainées de ronces dont les épines font piètre figure en comparaison de celles des réseaux de barbelés, mais qui sont les seules notes verdâtres au milieu de ce monde irréel où dominent la grisaille et le noir.
Des odeurs infâmes, exhalées par la pourriture engendrée par l’humidité, les latrines infectées à cause des dysenteries permanentes, et surtout, dans ce fossé sinistre, traine l’odeur âcre et pestilentielle de la mort, envahissant de ses miasmes corrompus le moindre recoin de galerie.
Les soldats debout au milieu de la tranchée, fusil Berthier au pied, baïonnette au canon, sont prêts à bondir pour franchir le talus qui les protège des tirs ennemis.
C’est le silence.
Avant l’assaut, chacun pense aux siens, à tous ceux qu’il ne reverra peut-être jamais si la mort, par la mitraille allemande, le fauche dans sa course inutile vers les positions adverses. Certains prient : Dieu, Allah, Yahvé, Vishnou ou bien d’autres, pour se mettre en paix avec leur Religion et surtout avec eux-mêmes, pour essayer d’avoir moins peur, et pour les aider, les gourdes de « gnole » circulent et les dernières cigarettes partent rapidement en fumée.
Baïonnette au canon, résigné, ils sont prêts.
Prêts à mourir, car il faut bien que cela finisse. Mourir d’une balle ou finir couché comme un chien, dans la boue, vidé par la dysenterie ou le choléra, il faut en terminer une fois pour toutes.
Le Capitaine consulte encore sa montre, attend encore quelques secondes, puis il la range précipitamment avant de se mettre à hurler « en avant ! », et il s’élance par-dessus le monticule de terre, imité par tous ceux de la tranchée.
L’assaut est lancé.
Dans le premier rang à se ruer vers les lignes ennemies, quelques hommes tombent, brisés dans leur élan par les rafales meurtrières des mitrailleuses.
L’un d’eux tenait dans sa main la photo de sa femme ou de sa fiancée.
Les « Poilus », dans leurs uniformes couverts d’une gangue de boue, s’empêtrent dans leur propre réseau de barbelés qui accrochent leurs bandes molletières et déchirent leurs mollets. Avec leurs souliers que la terre alourdie, ils butent dans les morceaux de troncs d’arbres hachés par les obus de mortiers, et trébuchent dans les énormes trous causés par les 105. Ceux qui y tombent sans être touchés, restent affalés au sol, gagnant quelques secondes supplémentaires de vie, avant de se lancer à nouveau dans cette course à la mort.
Le Capitaine, suivi par un groupe d’une trentaine d’hommes, ont atteint la première ligne de tranchées allemandes et ont réussi à réduire au silence les deux mitrailleuses qui fauchaient les hommes comme la lame d’une faux qui ouvre son chemin dans les tiges de blé.
Les quelques Allemands qui n’ont pas été tués, lèvent les bras pour se rendre en criant fort « Kamarad, kamarad ! » pour se faire entendre dans cet enfer d’explosions, de coups de feu, de cris et de hurlements de toutes sortes. Les Français sautent dans la tranchée, embrochant de leur baïonnette les soldats ennemis blessés mais qui tiennent encore leur fusil à la main.
Après toutes ces années de guerre, d’atrocités journalières, de privations et de sacrifices, les combattants ne sont guère enclins à la pitié, et les quelques bons sentiments des premiers mois ont totalement disparus.
Tapi au fond de la tranchée investie, le Capitaine recharge son pistolet. Puis, remotivant ses hommes, il bondit par-dessus le parapet, et se lance à l’assaut de la suivante. Les soldats hurlent, autant pour effrayer l’ennemi, que pour se donner du courage.
C’est un rang compact et hurlant qui part à l’attaque des positions arrières.
