Auro Caudo - Xavier Allart - E-Book

Auro Caudo E-Book

Xavier Allart

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Beschreibung

Auro Caudo, c'est ce vent chaud venu du Levant, chargé de contes d'Orient et d'histoire de Méditerranée, de trésors et de mystères à explorer. Auro Caudo, c'est la quête de Corso, marin provençal et chasseur de reliques, à travers cette fin de renaissance ou intrigues et complots le partage à d'antiques secrets. Entre histoire et légendes, une succession d'aventures fantastiques dans un monde aujourd'hui révolu, mais tellement présent dans notre imaginaire... Aventures ou contes philosophiques, chacun de ces textes s'inscrit dans une chronologie qui en fait, au final, une histoire. Celle de ce personnage de Corso, dans un XVIIe siècle où la Méditerranée est encore le creuset des plus grandes richesses, matérielles et spirituelles. Y plane encore l'ombre de ses antiques civilisations, tandis que chrétiens et barbaresques y mènent une guerre sans merci. C'est dans ce cadre sans pareil que Corso va mener ses quêtes, de trésors et de mystères. L'ensemble vient s'inscrire dans la chronologie du roman Corso - La conjuration Mare Nostrum, sans pour autant en nécessiter la lecture préalable. Pour ceux qui ont déjà lu le roman, par contre, il apportera une lumière nouvelle sur le personnage. Si le récit de ces quêtes peut parfois paraître si fabuleux, doit-on pour autant en déduire qu'elles ne sont que l'objet de mystifications ? Ces textes sont rassemblés ici pour laisser à chacun le loisir d'en juger.

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Seitenzahl: 127

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Sur l'auteur

Indépendamment d'un parcours professionnel dévoué au multimédia, son intérêt s'est aussi porté sur le voyage, dont il a pu faire son métier à une époque, et la source où il a puisé les décors de ses récits. Car c'est surtout l'écriture qui l'a accompagné depuis toujours. Une passion qu'il a longtemps reléguée au rang de loisir annexe, pour son simple plaisir, mais qui a fini par reprendre le dessus (chassez le naturel...). Ce qui l'a amené à publier son premier roman, Corso, en plus de l'écriture régulière de nouvelles, dont voici un premier florilège.

Passionné d'histoire autant que de mythologie, ses textes sont une rencontre entre ces deux mondes. Y planent les parfums d'anciennes provinces où viennent se rejouer des événements occultés, s'ébattre des créatures à jamais disparues, qui n'existent plus que dans le souvenir de nos veillées. Des événements que l'inconscient collectif a rejetés au rang de chimères et qui ne demandent qu'un peu d'encre et de papier pour reprendre vie.

TABLE

Introduction

Le val d'enfer

L'alchimiste et les Cascaveous

Un hiver à loups

Éclipse Vitae

L'appel du Doppel

Un jour, une île

Le Dernier Peuple

Introduction

Auro Caudo, c'est ce vent chaud venu du Levant, chargé de contes d'Orient et d'histoire de Méditerranée, de trésors et de mystères à explorer.

Auro Caudo, c'est la quête de Corso, marin provençal et chasseur de reliques, à travers cette fin de renaissance ou intrigues et complots le partage à d'antiques secrets.

Entre histoire et légendes, une succession d'aventures fantastiques dans un monde aujourd'hui révolu, mais tellement présent dans notre imaginaire...

Aventures ou contes philosophiques, chacun de ces textes s'inscrit dans une chronologie qui en fait, au final, une histoire. Celle de ce personnage de Corso, dans un XVIIe siècle où la Méditerranée est encore le creuset des plus grandes richesses, matérielles et spirituelles.

Y plane encore l'ombre de ses antiques civilisations, tandis que chrétiens et Barbaresques y mènent une guerre sans merci. C'est dans ce cadre sans pareil que Corso va mener ses quêtes, de trésors et de mystères.

L'ensemble vient s'inscrire dans la chronologie du roman Corso – La conjuration Mare Nostrum, sans pour autant en nécessiter la lecture préalable. Pour ceux qui ont déjà lu le roman, par contre, il apportera une lumière nouvelle sur le personnage.

Si le récit de ces quêtes peut parfois paraître si fabuleux, doit-on pour autant en déduire qu'elles ne sont que l'objet de mystifications ?

Ces textes sont rassemblés ici pour laisser à chacun le loisir d'en juger.

Le val d'enfer

Ce texte partage à sa manière avec le suivant, « L'alchimiste et les Cascaveous », la particularité d'être écrit à la première personne. C'est donc un témoignage de première main nous rapportant les aventures de Corso.

Un seul regret, peut-être : le manque de repères chronologiques ne nous permet pas de le resituer avec précision parmi ses autres péripéties. Nul doute cependant que c'est à la suite de celle-ci que ses ambitions personnelles auront pu s'affirmer. On la situera peu avant 1630, donc. C'est pourquoi nous avons choisi de le présenter en tout premier lieu.

Ce récit nous ramène, comme on pourra le constater, à un étrange et fameux conte de la tradition provençale, nous rappelant, si besoin était, à quel point l'histoire peut rejoindre la légende.

Lou Trau di Fado1

C'est au détour d'une vieille échoppe de Smyrne que j'avais fait la découverte. Les échelles du Levant, ces comptoirs en terre ottomane où seuls les Français étaient acceptés, regorgeaient de surprises de ce genre. C'était un privilège accordé autrefois au Roy François Ier par le sultan Soliman, et toujours valable aujourd'hui sous le règne de Louis le treizième, privilège dont je ne me privais aucunement. La forme et la couleur de la statuette m'avaient d'abord amusé, réveillant dans mon âme provençale des contes depuis longtemps relégués au fin fond de mes souvenirs d'enfance. Me laissant prendre au jeu, j'en avais fait l'acquisition et n'avais cessé depuis lors de la contempler durant le voyage de retour à travers la Méditerranée. En observant l'objet sous tous les angles, j'avais alors pu faire une curieuse constatation que j'escomptais mettre à l'épreuve des faits : dans la pénombre apparaissaient à sa surface de curieux entrelacs qui disparaissaient aussitôt revenue la lumière du jour.

De retour chez moi, en Arle, je pris à peine le temps de me reposer du périple en mer avant de repartir en chasse. Une étrange fièvre m'avait saisi, dont je ne savais si elle était due au voyage en Orient ou à ma découverte. Probablement les deux. Heureusement, ma destination était proche à présent : la cité des Bauls me tendait les bras. Pour autant, je ne pris pas davantage le temps de m'y arrêter et repartis de plus belle. Redescendant la colline où était érigée la cité, la tension qui m'avait guidé jusque là commença à céder la place à l'appréhension. Plus je descendais le long de ce Val d'enfer, comme l'appelaient les habitants de ces lieux, et plus je sentais me quitter cet élan qui m'avait porté là. L'atmosphère pesante y était certainement pour quelque chose : lugubre, en cette saison, malsaine presque, elle eut découragé bien plus téméraire que moi, je gage.

Lou recatadou de la ratopenado2

Ce ne fut pourtant qu'en arrivant au fond de ce val que je m'arrêtai, saisi d'effroi : devant moi s'ouvrait l'inquiétant "Trou aux fées". La réputation qui entourait ce gouffre suffisait-elle à créer chez moi cette angoisse irrépressible ou était-ce l'aspect de cette gueule béante qui n'attendait là que de dévorer le voyageur imprudent qui osait la défier ?

Dressant la statuette devant mes yeux comme un talisman, après l'avoir sortie de ma besace, je trouvai le courage de reprendre ma progression et descendis dans l'antre de la masco. Tout en parcourant le sombre boyau qui s'ouvrait à moi, je vérifiai l'hypothèse que m'avait suggérée l'objet. Je sentais sous mes doigts les formes caprines de l'animal représenté, mais, volontairement privé de lumière, ne pouvait plus en discerner la couleur : cet aspect de vieil or qui m'avait aussitôt rappelé un vieux conte de chez nous. À la place, ces marbrures presque lumineuses recouvraient l'objet, en laissant seulement deviner l'apparence, déjà estompée par la pénombre du tunnel. Mon intuition était donc juste : à mesure que je progressais, le relief de la grotte trouvait sa correspondance dans ces entrelacs comme suspendus à présent dans l'obscurité. J'avais en main une carte que je ne pouvais suivre qu'à condition de me passer de toute autre lumière.

L'écho de mes pas me fit soudain réaliser que j'avais débouché dans un endroit plus vaste dont j'ignorais la taille exacte, mais qu'en imagination je supposai gigantesque. Une odeur animale ainsi que l'hésitation de mes pas sur un sol rendu glissant par le guano me rappelèrent la première épreuve à laquelle j'étais censé me confronter. La grotte devait être emplie de chauves-souris que j'allai m'évertuer à ne pas réveiller. Je me souvenais en effet qu'au-dehors l'astre du jour brillait encore et qu'il n'était pas temps pour les petits habitants de ces lieux de partir en chasse. À condition, bien sûr de ne pas les déranger dans leur sommeil. Non pas que je craignais ces petites créatures de la nuit, mais leur nombre et l'inhabitude de l'endroit où je me trouvais pouvait être source de difficultés que je souhaitais éviter. Vaine tentative qui échoua dans un fracas de milliers de petites ailes lorsqu'une pierre sur laquelle je venais de trébucher déboula le long du tunnel, renvoyant un écho démesuré. Dans un réflexe presque enfantin, je me jetai à terre et couvris ma tête de mes bras. Les bataillons de petites créatures volantes se déchaînèrent au-dessus de moi durant ce qui me parut une éternité. Je m'imaginais déjà taillé en pièces par ces cohortes de petits monstres lorsque le calme revint. De toute évidence, elles avaient quitté les lieux. Tout en me félicitant d'avoir aussi facilement passé la première épreuve, j'espérais secrètement ne plus avoir affaire à ces créatures.

La Masco, la dins li sounge envoulido3

Après avoir longtemps tâtonné autour de moi afin de retrouver la statuette égarée, je repris ma progression. Même si le conte de mon enfance m'avait appris quelle serait la seconde épreuve, j'ignorais en réalité à quoi je serai confronté. Et puis tant de siècles s'étaient écoulés depuis l'origine du récit, à quoi pouvais-je m'attendre ?

Une odeur méphitique m'avertit que je venais de déboucher dans une nouvelle salle souterraine. Pris d'une soudaine envie de comprendre ce qui m'attendait cette fois, je me risquai à allumer ma torche. Je me trouvais dans une sorte de crypte encombrée d'un bric-à-brac qui m'indiquait qu'on avait vécu ici. Il y a longtemps cependant, à en juger par l'état de ce qui m'entourait : des sortes de vieux mobiliers improvisés avec des moyens de fortune, composés de planches usées et de pierres. Dans un recoin, assise sur ce qui ressemblait à un fauteuil, une silhouette m'observait en silence. Elle semblait m'attendre : Taven la masco. La vieille sorcière du conte ne bougeait pas et pourtant tout dans cet antre paraissait animé d'une vie malsaine, comme des brumes montant du sol à travers quelques failles et dispensant un mouvement obsédant à l'ensemble. C'est de là, constatai-je, que venaient ces relents délétères: quelque gaz putrescent sortait du sol et remontait jusque sous la voûte en volutes créant l'illusion de la vie. Ainsi pouvait sans doute s'expliquer cette présence, décrite dans le conte, d'une brume grise entourant la sorcière et suggérant que des cohortes fantomatiques l'accompagnaient.

Satisfait d'avoir percé ce nouveau mystère, je ne m'en approchai pas moins prudemment de la silhouette. Elle était bien là, la vieille femme enfoncée dans son fauteuil de fortune, telle qu'on pouvait l'imaginer, affublées de haillons. Du moins ce qui pouvait rester d'elle. Car c'est un corps sans vie que révélait la lueur de ma torche. Restes pathétiques d'une légende séculaire. Je restai un moment ainsi à la contempler, me remémorant ce passage de l'histoire où la voix sépulcrale de la masco avertissait le héros du conte, Abd Al-Rhaman le Maure, des dangers qui l'attendaient encore dans sa quête. Me revint alors cette histoire de potions qu'elle lui offrait pour lui donner une chance d'y survivre. Intrigué, j'inspectai le reste de la pièce. J'y découvris, non sans amusement, un certain nombre de fioles alignées contre un mur, dans le renfoncement d'une corniche. Nul doute que leur contenu avait depuis belle lurette perdu toute vertu, mais qu'importe, j'en empochai quelques-unes et repris mon chemin, toujours guidé par ma curieuse chèvre d'or. Pour la centième fois, peut-être, je me récitai le conte, espérant deviner ce qui m'attendrait au prochain détour. Suivant les traces du personnage de l'histoire, j'avais pris la voie de gauche et remontai le corridor sur une quarantaine de pas. Une fois encore, j'avais dû éteindre ma torche pour pouvoir suivre les indications de la statuette.

C'est ainsi que je fus surpris de me retrouver soudain immobilisé dans une substance gluante qui vint rapidement à bout de mes efforts pour m'en échapper. Cette fois, je devais bien l'avouer, je n'étais pas de taille. Parvenant péniblement à dégainer la dague qui pendait à ma ceinture, je tentai en vain de déchirer les lianes qui me retenaient prisonnier. Car c'était bien d'une plante qu'il s'agissait, mais pas de celles qui poussaient habituellement en nos contrées. Je pensai reconnaître celle-ci pour l'avoir vue à l'oeuvre autrefois, dans les forêts vierges du Nouveau Monde. Comme mues par une vie propre, elles avaient pour habitude de capturer insectes et petits animaux dans leurs corolles enduites d'une poix à laquelle nulle de ces créatures ne pouvait ensuite échapper. Cette fois cependant, je me retrouvai être la victime de cette plante carnassière dont j'imaginai aisément la taille hors du commun pour m'avoir pris dans ses rets. Mon périple ne pouvait pourtant s’arrêter là, digéré par cette monstrueuse créature. Le désespoir me gratifia alors d'une fulgurance de l'esprit : certes, ces potions, dont l'histoire avait affublé le héros, et que je portais maintenant dans ma ceinture, ne pouvaient en aucun cas avoir gardé de leur pouvoir, mais qu'avais-je à perdre ?

La peur à présent troublait mon jugement et me poussait aux espoirs les plus insensés. J'en étais ainsi rendu à me contorsionner pour me saisir des fioles de la sorcière. Mes doigts effleuraient les formes étranges des flacons, mais lequel choisir ?

Ce que ma vue ne m'avait pas accordé, c'est le toucher qui me l'offrit : je crus ainsi percevoir du bout des doigts les formes d'une plante, s'ouvrant en corolle vers le goulot. Je m'en saisis péniblement et la laissai choir à mes pieds, brisant le flacon. Le chuintement qui s'ensuivit m'accorda l'espoir que le liquide contenu dans la fiole, loin de s'être étiolé avec le temps, s'attaquait maintenant aux racines de la plante. Comment était-ce possible, et combien de temps faudrait-il pour que cèdent les lianes qui me retenaient prisonnier et me brûlaient les chairs ?

Je commençais à céder à un délire enfiévré lorsque je réalisai que mon corps avait glissé le long de la plante et se trouvait maintenant étendu sur le sol, au milieu des lianes agonisantes. Je me traînai hors d'atteinte et restai là, un moment, sans trouver la force de continuer.

Combien de temps s'était-il écoulé avant que je ne recouvre mes forces et ne reprenne mon périple ?

Je n'avais plus maintenant qu'une idée en tête : sortir de cet enfer. C'est ce qui me poussa à repartir à la recherche d'une issue. Comme de bien entendu, l'histoire ne devait pas s’arrêter là.

La caumo di trevan4

Le sol descendait à présent, dans une conformation qui m'évoquait comme un escalier. Une curiosité de la nature, supposai-je, entreprenant la descente. Une descente qui devait s'avérer vertigineuse et glissante, risquant mille fois me rompre le cou. Quand enfin je débouchai sur un sol à nouveau plat, c’était pour retrouver cette sorte de brume rencontrée dans l'antre de la sorcière. À la fois identique et différente, pourtant. Rapidement, je fus pris d'une toux et mes yeux brûlaient ainsi que ma gorge. C'était comme un poison qui montait du sol, m'entourait et faisait naître autour de moi mille spectres grimaçants. Le poison s'insinuait maintenant dans ma tête et me faisait perdre toute raison. Sans hésiter, je me saisis de la seconde fiole, décidé à la jeter au sol pour circonscrire ce nouveau péril. Il me vint alors à l'idée que son contenu, aussi puissant soit-il, ne pourrait venir à bout d'une telle quantité de brume empoisonnée. Je choisis plutôt d'en imbiber le foulard que je portais toujours au cou, le nouant autour de mon visage. Presque aussitôt, les brûlures se dissipèrent et je pus repartir, fier d'avoir vaincu ce nouveau maléfice. Je n'en étais pas moins épuisé pour autant et l'idée d'affronter la dernière épreuve me désespérait, à présent. Pourtant je n'avais guère le choix.

La Bambaroucho5