Aurora Borealis - Véronique Sarek - E-Book

Aurora Borealis E-Book

Véronique Sarek

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Beschreibung

C'est le récit vibrant d'Antoine, un jeune garçon handicapé qui vit avec sa mère Anne. Il développe progressivement des dons exceptionnels. Nous suivons son évolution, la description de son monde intérieur et sa relation émouvante avec sa mère. Au terme d'un voyage intriguant en Islande, un phénomène étrange va se produire: Antoine pourra t-il enfin parler?

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Seitenzahl: 98

Veröffentlichungsjahr: 2022

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A tous les parents d’enfants handicapés souvent invisibles toujours exceptionnels

Véronique Sarek

Sommaire

Famille

Hôpital

Antoine

Paris : 18ième

Sensations

Manger

Tempêtes

Les voisins

Iris

Anne

Quotidien

Inclusion

Mon anniversaire

Baby sitting

Genève

Rêve ou cauchemar

Au bureau

Hésitations

Olafur

Préparations

Islande : Arrivée

Aurore

Retour à la normalité ?

Alain

Famille

Anne repensait à ce jour là où elle était chez ses parent avec Antoine. Elle observait son père aspirant et tirant sur sa pipe avec concentration. Elle avait toujours détesté cette odeur de tabac acre mais lui aimait fumer la pipe, les cigares parfois. Cela lui donnait une certaine contenance. Il mettait méticuleusement le tabac dans le culot de la pipe et s’appliquait à ce qu’aucun brin n’en tombe. Il tassait bien le tout de son pouce assuré et allumait alors la pipe pour ensuite en tirer des bouffées intenses. Cela signalait en général qu’il allait monopoliser l’attention de son entourage et qu’il allait se lancer dans une litanie d’avis et d’opinions les uns les plus biaisés les uns que les autres. Elle l’écoutait la plupart du temps calmement écrasée par les certitudes paternelles.

Cet après-midi-là ils étaient seuls dans le salon, Antoine âgé de 3 ans était étendu par terre en train de décortiquer ce qui semblait être les restes d’une plante, mettant de la terre un peu partout sur le tapis finement brodé.

- C’est tout ce qu’il sait faire ! Jappa son père ton cassant sans même regarder son petit-fils. Il prit une bouffée encore plus intense et relâcha la fumée d’un air satisfait.

Anne piqué au vif répliqua : - On est en train de faire des examens plus poussés à l’hôpital Robert Debré. Son père d’une voix plus agressive comme si elle n’avait rien dit.

- Le tapis va être foutu, ça commence à bien faire !

L’odeur du tabac nauséabond avait envahi la pièce et Anne commençait à se sentir mal. Elle avait presque envie de vomir. Son père tirait de plus belle sur sa pipe comme alimenté par le tabac. La mère d’Anne débarqua dans le salon vit tout de suite les dégâts causés par Antoine : -Ma plante ! Dit-elle sur un ton agacé.

- L’ectoplasme a encore frappé. Glapit le père d’Anne laconique sans même jeter un regard à Antoine. Un nuage de fumée grise entourait sa tête.

Anne eu un haut le cœur : - Papa ! En roulant des yeux.

-Quoi, il ne comprend rien de ce que je dis de toute façon ?! Non ?! Continua son père en faisant quelques ronds de fumée dans l’air. La mère d’Anne haussa les épaules et retourna dans sa cuisine sans plus attendre.

Anne se mit à bouillir. Elle se leva brusquement, bouscula son père qui perdit sa pipe. Elle attrapa Antoine par les épaules et quitta le salon, l’emmena loin de cette atmosphère saturée. Ce fut la dernière fois qu’elle vit ses parents.

Anne vivait seule à Paris, ses parents et sa sœur ainée habitaient Lyon, son frère était à Marseille et elle n’avait que très peu de ses nouvelles. De toute façon elle ne savait jamais s’il lui racontait la vérité, un jour il travaillait en intérim, ou une autre fois pas du tout. Il vivait dans une autre réalité qui n’était pas celle ‘Anne et d’Antoine. Il avait sans doute oublié leur situation et se noyait tout seul dans ses propres problèmes.

Sa sœur avait perdu son mari dans un accident de la route et élevait son fils seul, elle était aigrie et semblait penser qu’elle était la seule personne à travailler et que les autres n’étaient que des assistés. Elles n’étaient pas si proches mais elle avait parfois des nouvelles. Même leurs échanges étaient souvent difficiles.

Anne avait l’air si fatiguée, elle faisait plus que son âge. Elle était grande, élégante, elle ne devait pourtant pas avoir plus de 30 ans. Anne dès son plus jeune âge avait compris que sa place serait difficile à trouver. Elle avait un tempérament calme et introverti mais elle avait toujours eu le sens de l'humour et un caractère agréable et joyeux. Elle avait un frère plus âgé qu'elle et une sœur plus jeune. Ses parents n'avaient jamais vraiment fait attention à elle d'une façon utile. Pas plus qu'au reste de la fratrie. Il y avait toujours des problèmes de communication et d’expression des sentiments dans sa famille. Son père avait toujours été un personnage renfermé et dur sans affect pour ses enfants. Sa mère s'était soumise il y a longtemps et subissait les coups de gueule de son mari. Anne avait peu de contacts avec cette famille qu'elle trouvait dysfonctionnelle et pathétique. Elle s’était souvent demandé comment son père avait bien pu passer complètement à côté de sa vie.

Comment avait-il pu rater sa vie privée avec autant de brio ? N’avait-il jamais vraiment profité de sa réussite professionnelle ?

Il avait travaillé toute sa vie obsessionnellement sans jamais vraiment voir ses enfants pour ce qu’ils auraient pu vraiment être et arriver à communiquer avec eux. Émotionnellement handicapé, irrémédiablement frustré, incapable de profiter de la vie. Quelle tristesse. Pourtant il avait vécu durant les 30 glorieuses. Il avait eu des facilités, s’était trouvé une épouse patiente et fidèle. Il avait eu 3 enfants en bonne santé et pas de difficulté matérielle. C’était assez incompréhensible. Elle avait vécu son enfance à la fin des années 70 : période propice à toutes les mœurs où le spectre du chômage et des chocs pétroliers commençait à poindre. On s’amusait encore à l’époque : on ne parlait ni de sida, ni de dérèglements climatiques et encore moins de mondialisation. Pourtant son père n’avait jamais semblé heureux. Il avait toujours ce sentiment d’obligation et de devoir accompli sans jamais assouvir ses vrais désirs. Sa mère, avec son bon sens paysan, avait réussi son ascension sociale.

Elle avait fait un bon mariage qui l’avait sorti de son milieu. Mais jamais elle ne s’était émancipée de son tyrannique mari. Elle avait eu, soi-disant, des compensations : une vie confortable, un statut social, des enfants. Mais cela suffisait il à remplir une vie ? Pas pour Anne en tout cas, qui avait le goût amer du gâchis familial. Aucun de ses frères et sœurs n’avaient fait d’études intéressantes : sa sœur gardait des enfants à domicile alors qu’elle aurait pu être professeur au collège. Son frère chauffeur routier avait tout raté, pas de bac pas de formation professionnelle. Rien de bien passionnant. Il s’était marié une première fois avait eu des enfants et avait divorcé, puis s’était remis en ménage. Il avait obéi à sa 2ième compagne pour avoir encore des enfants. En fin de compte il n’était bon qu’à cela.

Sa sœur avait eu un enfant. Mais ensuite elle s’était lassée de cette maternité accidentelle et n’avait pas souhaité agrandir sa famille. Son mari disparu l’avait laissé veuve : le drame de sa vie. Elle avait eu ensuite un compagnon assez longtemps mais celui-ci lassé de sa mauvaise humeur chronique et de son fiel incessant était parti tenter sa chance ailleurs.

Quel mauvais sort avez bien pu s’abattre sur leur famille. Décidément tout cela n’avait aucun sens.

Cela n’en valait plus la peine. Tout ce qui comptait maintenant c’était Antoine.

Hôpital

La semaine suivante Anne emmena Antoine au rendez-vous chez le pédopsychiatre de l’hôpital Robert Debré. Ils arrivèrent dans un grand hall sans accueil, suivirent les indications sur les panneaux et se trouvèrent dans un atrium immense, au centre il y avait comme une immense verrière avec des plantes exotiques et un parcours en bois pour les enfants afin de grimper et d'explorer. Anne réussit à trouver la consultation du Dr Valentin. Mais toujours aucun signe de personnel, elle croisa quelques familles avec des enfants. Antoine était dans la poussette et se laissait promener dans le dédale des couloirs de l'hôpital. Combien de fois avait-elle dû se résoudre à l’emmener en poussette pour ne pas se faire mal au dos. Elle avait dû souvent porter Antoine qui se refusait à marcher. Il préférait rester là assis par terre. Rien n’y faisait en général. Il restait absorbé par un détail inconnu de tous.

Finalement il fallait le mettre dans la poussette pour parvenir à destination.

Ils arrivèrent à la consultation du service de pédopsychiatrie, Anne donna ses documents à la secrétaire et on lui indiqua un siège sans plus de complaisance. Antoine commençait à s'agiter et elle lui donna des gâteaux pour le faire patienter. Il y avait quelques vieux livres pour enfants dans la salle d'attente mais pas grand-chose d'autre. Les murs étaient d'une blancheur sale et froide.

L'attente fut interminable. Elle eut beau aller régulièrement voir la secrétaire indifférente et fatiguée derrière son comptoir, ils durent attendre près d'une heure et Antoine remuait beaucoup, criait parfois.

Enfin alors qu'Anne ne savait plus trop quoi faire, un médecin apparut à la porte et appela Antoine.

Elle se leva en prenant Antoine par un bras, traînant la maudite poussette de l'autre. Le Dr Valentin lui indiqua un bureau au fond du couloir à gauche. Il devait avoir une trentaine d'année, brun et quelconque, très sûr de lui, poli et concentré. Il fit faire à Antoine différents exercices comme empiler des cubes et manipuler différents puzzles. Il l'observa se mouvoir sur le sol, posa des questions précises à Anne sur le développement d'Antoine. Il lui dit qu'il faudrait faire un bilan auditif mais qu'Antoine n'était probablement pas sourd.

Il voulait aussi lui faire une prise de sang pour une évaluation génétique, sans doute faire un caryotype.

Enfin après plus de 45 min de consultation, il commença à lui annoncer qu'il pouvait s'agir d'un trouble envahissant du développement, peut-être une psychose infantile et que cela ressemblait à de l'autisme. Il était imperturbable comme s'il parlait d'une simple grippe. Le médecin lui indiqua la marche à suivre pour les autres rendez-vous sans plus de formalités et de chaleur humaine.

Anne avait vite compris qu'Antoine ne se développerait pas normalement. Sa gorge s'était serrée, elle avait du mal à respirer. Elle s’était sentie comme aspirée et poussée du haut d'un puit sans fond. Elle ressortit vidée, hagarde et seule.

Elle rentra avec Antoine par le bus, ce fut un cauchemar comme d’habitude : elle eut du mal à trouver de la place entre la foule indifférente et les habituels usagés agressifs de la ligne.

Antoine

J’avais atteint l’âge miraculeux de 13 ans, âge qui pour tout autre individu ne signifiait que le début de l’adolescence et de ces turbulences hormonales. Je revoyais maman me caresser lentement la tête, me lisser tendrement les mèches de mes cheveux raides. Elle me brossait les dents, me séchait vigoureusement après le bain.

Quand j’avais 5 ans, j’aimais ça. J’aimais me baigner, beaucoup. Je prenais jusqu’à 3 ou 4 bains par jour. Si bien qu’un jour maman a décidé de me servir mon petit déjeuner dans la baignoire.

A l’aide d’une planche, qu’elle avait installée perpendiculairement au-dessus du bain, elle avait dressé un petit déjeuner royal : avec tartines beurre et confiture, jus d’orange pressé et viennoiseries à gogo. J’étais en extase. Je n’en faisais alors qu’une bouchée, j’engloutissais l’ensemble en mâchant à peine toute la nourriture. Mais quelle bouchée : cela m’explosait les papilles, me soulait la tête et les sens, c’était un truc incroyable. J’étais trop, c’était ce qui me plaisait le plus avec les câlins de maman.

J’arrivais à ne pas mettre d’aliments dans l’eau tout en me délectant de ma bouchée géante. J’aimais aussi boire l’eau du bain juste comme ça pour voir.

Je me rappelle maman toujours attentive à la moindre de mes mimiques et à mes petits gloussements de plaisir, comment elle pouvait décrypter si j’en voulais encore ou si j’étais arrivé au terme de mon étrange repas.