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Le quotidien, entre passé et présent...
Ce recueil de nouvelles décline une succession d'historiettes aux titres évocateurs ;
Un mari, mari et demi, La couleuvre et la fouine, Amerture, Au pavillon de la fistule… À la fois tragiques et cocasses, ces échantillons de scènes du quotidien sont à l'image d'un peuple qui oscille sous le poids des traditions et celui de la modernité.
Diplômé de l'École Nationale de l'Administration et de la Magistrature, Jérôme Nzoussi, inspecteur du Travail et des Lois sociales, exerce aujourd'hui les fonctions de Directeur Départemental de l'Action Humanitaire dans le département de la Lékoumoi.
Aurore annonce les prémices d'une nouvelle ère de création pour l'auteur : celle de l'écriture.
Un recueil passionnant dans lequel chacune des nouvelles apporte un nouvel éclairage sur une société congolaise en pleine mutation.
EXTRAIT DE
UN MARI, MARI ET DEMI
— Monsieur le Président ! Mesdames, Messieurs les jurés ! Le client que j’ai l’honneur de défendre du haut de cette tribune, est un homme victime de l’ignominie, de la cupidité et de la voracité humaine. Maïkeul a commis le seul péché d’avoir non seulement fondé son espérance sur la personne de Séraphine BILA, mais aussi d’avoir fait confiance à Monsieur Charles BILA, dont il ignorait la bassesse. Il n’aurait pas imaginé un seul instant que ces deux êtres pouvaient le trahir. Monsieur le Président ! Toute l’assistance a suivi les déclarations de la partie demanderesse et de la partie défenderesse, elle attend de vous des décisions coercitives à l’issue de ce procès.
Pendant que son avocat plaidait, Maïkeul, le regard vague, revivait les moments pathétiques de son idylle avec Séraphine. Non conscient du monde alentour, il revoyait le film de cette tragédie dans tous ses détails. Absent de la salle, il murmura : « Pourquoi ! Pourquoi Séraphine ! Pourquoi m’avoir poignardé ? Moi qui t’ai si chaudement couvée de toutes les tendresses… »
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jérôme Nzoussi est né le 10 octobre 1958 à Mossendjo. Quand il intègre l'École Normale des Instituteurs de Loubomo, il se découvre une passion pour la littérature. Tour à tour comédien et humoriste, il écrit sa première pièce de théâtre,
Infâme divorce, jouée par une troupe de théâtre à Loutété.
Aurore est sa première publication.
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Seitenzahl: 157
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Editions Les Lettres Mouchetées - novembre 2016
Collection Mwanza
ISBN : 979-10-95999-15-7
Les Lettres Mouchetées
91 rue Germain Bikouma
Pointe-Noire – Congo
Jérôme NZOUSSI
AURORE
Recueil de nouvelles
Les Lettres Mouchetées


— Monsieur le Président ! Mesdames, Messieurs les jurés ! Le client que j’ai l’honneur de défendre du haut de cette tribune, est un homme victime de l’ignominie, de la cupidité et de la voracité humaine. Maïkeul a commis le seul péché d’avoir non seulement fondé son espérance sur la personne de Séraphine BILA, mais aussi d’avoir fait confiance à Monsieur Charles BILA, dont il ignorait la bassesse. Il n’aurait pas imaginé un seul instant que ces deux êtres pouvaient le trahir. Monsieur le Président ! Toute l’assistance a suivi les déclarations de la partie demanderesse et de la partie défenderesse, elle attend de vous des décisions coercitives à l’issue de ce procès.
Pendant que son avocat plaidait, Maïkeul, le regard vague, revivait les moments pathétiques de son idylle avec Séraphine. Non conscient du monde alentour, il revoyait le film de cette tragédie dans tous ses détails. Absent de la salle, il murmura : « Pourquoi ! Pourquoi Séraphine ! Pourquoi m’avoir poignardé ? Moi qui t’ai si chaudement couvée de toutes les tendresses… »
Enfin, Maïkeul s’était aperçu avec stupéfaction que cette fille s’était servie, pour mieux le mépriser et le trahir, de l’argent qu’il avait eu tant de peine à lui fournir. Oui ! Elle foulait sous ses talons le fruit de sa sueur. Une sueur dont elle ignorait d’ailleurs la valeur. Et au demeurant, prenait sa gentillesse pour de la faiblesse.
Brusquement, il se mit debout, marcha vers le box de Séraphine avec une folle envie de l’étrangler. Son avocat sollicita de Monsieur le Président la suspension de l’audience jusqu’à ce que Maïkeul retrouve ses esprits.
Certainement qu’à l’issue de cette audience, les avis de l’auditoire seraient partagés ; les uns soutiendraient la thèse de l’emprisonnement de Charles BILA, d’autres, celle de l’emprisonnement de Séraphine avec ou sans son amant.
Maïkeul se mettait à expliquer à qui voulait l’entendre l’aventure vécue avec Séraphine, question de se défouler.
Ainsi, selon ce qu’il confabulait, le premier jour de leur rencontre, il était tombé en admiration devant la beauté naturelle de Séraphine BILA, une fille au teint sombre, à la poitrine bien moulée et à la croupe provocatrice qui fendait toute armure masculine.
En effet, à cette beauté, aucun ornement inventé par la main de l’homme n’avait été ajouté. Cependant, un seul point venait déteindre sur ce beau tableau : la maigre garde-robe de la jeune fille se limitait à sa tenue scolaire et deux marinières acquises au marché forain de Loutété.
Il avait donc suffi que Maïkeul règle cette mauvaise note pour que Séraphine devienne la fille la plus désirée des mâles de la petite cité Loutétoise.
Tous ceux qui avaient le bonheur de la croiser sur leur chemin, se retournaient pour apprécier la fermeté de ses fesses.
Même ceux qui l’avaient connue auparavant ne pouvaient la reconnaître, tellement la métamorphose était frappante.
Séraphine se changeait deux fois par jour. Lorsque le matin elle avait porté une robe, l’après-midi, elle mettait une jupe ou encore un pantalon. Maïkeul, qui achetait toutes ses tenues, avait un goût prononcé pour les couleurs pastelles. Elle alternait les tons en fonction des jours, si bien que Maïkeul l’appelait souvent « Mon petit Caméléon » : le lundi, elle portait des tenues de couleur violette, le mardi des tenues en rouge ou en rose, le mercredi en jaune, le jeudi en bleu, le vendredi en vert, le samedi en indigo et le dimanche en orange.
À toutes les grandes cérémonies organisées dans la cité industrielle, Séraphine, désormais la plus élégante, était toujours mise à l’honneur. Maïkeul, Seigneur de la sape, comme on aimait l’appeler ici, était heureux de parader avec son diamant rare à toutes ces occasions.
Malheureusement, la vie monotone que Séraphine menait dans cette localité depuis qu’elle avait changé de statut, commençait à l’ennuyer. Ainsi, souhaita-t-elle aller à Pointe-Noire, faire des études de comptabilité au CETM du 12 Août (Collège d’enseignement technique et de métiers). Et comme elle avait déjà bien marqué son territoire autour de Maïkeul, celui-ci céda à cette sollicitation justifiée.
À la rentrée des classes suivante, Séraphine s’envola vers la ville pétrolière, un an seulement après leur union.
Ironie du sort, Séraphine, se fit prendre à son propre piège. À force de vouloir jouer avec le cœur des hommes comme avec des billes, elle se fit fut épingler par un certain Franck, qui semble-t-il revenait de France et travaillait dans le pétrole.
Très rapidement, les deux amoureux se rendirent à Loutété, discuter de leur projet avec Monsieur Charles BILA, le père de Séraphine, et tout cela à l’insu de Maïkeul qui enseignait à Missafou, bourgade située à 15 km de Loutété.
Franck promit monts et merveilles à sa future belle- famille qui vivait dans des conditions de précarité indécentes. À la fin, il proposa que son union avec Séraphine soit scellée dans les plus brefs délais, de peur qu’une mauvaise pluie ne vienne gâcher le fruit qu’ils venaient tous d’ensemencer.
Devant de telles promesses, Monsieur Charles ne résista pas et consentit à la demande des deux tourtereaux.
Un mois plus tard, le père se rendit comme prévu à Pointe-Noire, marier sa fille pour la deuxième fois, bien qu’elle fût encore entre les mains du premier mari.
Révoltée par cette trahison, une personne de bonne foi informa Maïkeul, qui à son tour, se rendit au point focal deux jours après le départ de son beau-père, à bord du train express. Ni à Loutété, ni à Pointe-Noire, quiconque ne sut qu’il entreprenait ce voyage. Il devait faire ce qu’il avait à faire et repartir incognito, le même jour.
Sitôt arrivé, Maïkeul se rendit auprès de Charlène, la sœur cadette de Séraphine, qui lui refila tous les renseignements se rapportant au forfait qui se tramait et dont il était la victime.
Le versement de la « deuxième » dot était prévu autour de 15 heures au domicile du frère aîné de Monsieur Charles. Déjà, une foule immense s’y était agglutinée attendant impatiemment le couple qui se préparait dans les salons de coiffure.
De façon impromptue, Maïkeul entra tel un coup de vent dans la parcelle. Son regard croisa à tout hasard celui de Monsieur Charles qui devait se demander comment son gendre se retrouvait en ce lieu.
Il alla s’asseoir, sans y être invité, sur un tabouret au fond de la cour, à un endroit où il était moins remarqué.
Monsieur Charles n’arrivait plus à se tenir sur sa chaise. Il se mit à sortir, entrer, ressortir puis rentrer, ne sachant comment et quoi faire. Le sourire disparut de sa bouche et il commença à transpirer à grosses gouttes alors que nous étions au mois de juin, période annonçant la saison froide. Devait-il se confier auprès de son aîné ou devait-il continuer à gérer la situation à sa manière ? Que penseraient les gens sur sa personne ? Voilà les questions qu’il se posait intérieurement.
Maïkeul le Brazzavillois, peu connu de ce milieu Pontenégrin, ne suscita aucun intérêt parmi les causeries de l’assistance. Mais, pour des gens avisés, le comportement de Monsieur Charles depuis l’entrée de cet inconnu, commençait à les interpeller.
L’arrivée du couple sous les applaudissements monopolisa toute l’attention. À l’ère du téléphone portable, les deux amoureux auraient été informés en temps réel de ce qui se tramait.
Franck et Séraphine prirent confortablement place dans les fauteuils aménagés pour les mariés sans se douter de cette présence incongrue.
Des deux côtés, les belles sœurs défilaient devant les mariés pour leur faire la beauté de convenance, en leur essuyant ou le visage ou les chaussures en échange de quelques billets de banque, selon les us et coutumes.
Sans plus tarder, Monsieur Charles prit la parole et annonça à tous qu’un fait anodin venait de se produire et qu’il n’était plus opportun que l’événement les rassemblant se réalise.
Un gros point d’interrogation plana sur l’assistance. Qu’allait-on faire de ces boissons ? De tous ces mets ? Quel gâchis !
Franck, le regard interrogateur, se tourna vers sa bien-aimée pour en recevoir des explications. Elle-même ignorant tout des raisons de cette décision intempestive, interrogea son père du regard et d’un signe de la main. Ce dernier lui fournit la réponse en fixant l’emplacement de Maïkeul.
Séraphine réalisa alors l’étendue de la catastrophe lorsqu’elle aperçut son mari. Elle se pencha à l’oreille de Franck pour tout lui expliquer. Celui-ci se leva d’un air solennel et déclara en fixant son amante : « De toutes les façons, ton soi-disant époux n’est qu’un pauvre instituteur. Qu’il vienne présenter la facture de la dot qu’il a versée et il sera remboursé séance tenante… »
Il n’avait pas terminé sa phrase que déjà Maïkeul lui assenait en plein visage, le tabouret sur lequel il était assis.
Autour d’eux, tout devint rouge. Les gens se ruèrent sur Maïkeul pour lui arracher son arme des mains.
Pendant qu’on se mettait à héler un taxi pour conduire « Le mari et demi » à l’hôpital, Maïkeul, l’air serein, se dirigea d’un pas assuré vers la grande gare de Pointe-Noire où il prit son train de retour, satisfait d’avoir accompli sa mission.


À Mouvez-ville, Célé se mourait. À ses côtés se trouvaient Cathy, sa sœur cadette, Valentina, sa première fille et Térésa la deuxième. Elle demanda à parler à sa cadette seule à seule et demanda à ses deux filles de se retirer.
— Cathy, approche, garde ces deux bagues que tu remettras à Térésa quand elle atteindra vingt-cinq ans. Ne remets cela ni à mon premier fils ni à ma première fille, car ils ne sont pas dignes d’en assurer la bonne gestion.
— Pourquoi ne veux-tu pas que je les remette à tes aînés ?
— Il leur manque la sagesse. N’oublie pas que ces deux objets sont un trésor de notre famille ; seule Térésa pourra en avoir la maîtrise.
— N’écartons pas l’éventualité que je meurre avant qu’elle n’atteigne cet âge. Que devrais-je faire dans ces conditions ?
— Remets-les à notre sœur aînée, tout en lui faisant les mêmes recommandations.
Au déclin du jour, Célé rendit l’âme. Valentina se précipita sur la dépouille de sa mère et constata que les bagues n’étaient plus à ses doigts.
— Tante Cathy ! Où se trouvent les bagues que portait maman ?
— Cela ne te regarde pas.
— Cela me regarde, parce que je suis sa fille aînée.
Cathy lança un coup d’œil menaçant à sa nièce et s’éloigna en pleurant afin de ne pas attirer l’attention des gens. Connaissant le comportement de Valentina, en lui révélant que ces bijoux étaient destinés à sa cadette, elle soulèverait une vague de tensions entre les deux filles. Pour protéger la fille aimée de sa sœur, elle choisit de se terrer dans un silence de plomb.
À la fin des obsèques, Cathy emmena avec elle à Bikoubila les quatre enfants laissés par sa sœur : deux garçons et deux filles qu’elle se mit en devoir d’élever au même titre que ses quatre propres fils.
Vue l’harmonie qui régnait au sein du foyer tenu par Cathy, personne ne pouvait imaginer que ces huit enfants étaient issus de deux mères. Quand une bagarre éclatait entre eux, elle infligeait la même punition à chacun.
Tous les enfants étaient nourris sans que Cathy n’exprime la moindre préférence pour les uns ou pour les autres. Leur scolarité également était assurée sans faille.
Les enfants grandissaient. Cependant, Valentina n’oubliait pas le regard de feu que Cathy lui avait lancé le jour de la disparition de sa mère. Elle ruminait cette rancœur, en se disant qu’un beau jour, sa tante, qu’elle combattait sur tous les plans, finirait par lui dire à qui ces deux perles étaient réellement destinées. Elle attendait, imperturbable, que sonne le glas de la vie de Cathy pour reprendre le contrôle de tout ce potentiel héréditaire. Le jour où son droit d’aînesse lui donnerait les prérogatives pour gérer cette richesse familiale, approchait.
Malheureusement, tous ces projets volèrent en fumée lorsqu’à la mort de Cathy, ce qu’elle pensait récupérer ornait déjà les phalanges de Térésa. Alors, une guerre intestine éclata entre les deux sœurs. Une guerre dont seuls les initiés comprenaient les tenants et les aboutissants. De ce jour, Térésa regretta d’avoir cette femme pour sœur. D’ailleurs, au cours de l’une de leurs altercations, elle déclara :
— Tu es indigne de cet héritage.
— Toi également, tu n’es pas à la hauteur pour gérer utilement ces bagues.
— Tu as combattu tante Cathy pour ces bijoux et maintenant c’est à moi que tu t’en prends. Que veux-tu finalement ?
— Je te demande simplement de me les remettre, car moi seule saurai les utiliser comme il se doit.
— Connais-tu le secret de leur noble vertu ? As-tu la capacité d’orienter leurs énergies ? Il n’y a qu’à moi que maman avait révélé les arcanes majeurs de leur utilisation. Je ne veux pas que le nom du clan Bumuelé1 soit associé à son mauvais usage.
Malgré les monts et merveilles que sa sœur aînée lui promit, la réponse de Térésa fut catégorique. À partir de cette fin de non-recevoir opposée par cette dernière à son aînée, sa vie tourna au vinaigre. Leur relation alla de mal en pis.
Un jour, Térésa tomba malade et fut hospitalisée. Bien que les deux sœurs cohabitassent dans des parcelles voisines, ce sont les gens du quartier qui la conduisirent à l’hôpital. Tout le monde se demandait ce qui motivait Valentina à se comporter de la sorte. À entendre les dires de leurs proches, aucun nuage n’obstruait l’horizon de leur consanguinité. Cependant, le fond de ce comportement fut ignoré de leurs enfants. Pourquoi l’aînée ne garda pas sa cadette à l’hôpital, elle seule pouvait en donner les raisons.
Toutefois, un jour, par honte, certainement à la suite de quelques admonestations, Valentina se rendit à l’hôpital. Mais plutôt que de franchir le seuil de la porte de la chambre, elle s’arrêta à la fenêtre et lança un bonjour froid à sa cadette. Une fillette de dix ans était au chevet de sa mère lui faisant passer de temps en temps une pochette trempée sur les lèvres ou en jouant le ventilateur avec une vieille marinière. Son état ne préoccupait nullement la grande sœur dont la plus grande préoccupation était de récupérer les bagues, sa sœur dut-elle mourir pour ce faire. Elle dénoua le bout de son pagne et tendit deux pièces de vingt-cinq francs qu’elle glissa dans la paume de la petite fille puis tourna sur ses talons, la laissant abasourdie, les pièces à la main. Trop gamine, elle ne comprit pas la signification d’un tel geste.
Lorsque Térésa ouvrit les yeux, sa sœur aînée n’était plus là. Elle regarda sa fille et lui dit en remuant doucement la tête :
— Pauvre petite fille ! Ta mère vient d’être emportée. Mais… que veux-tu ! La providence l’a voulu ainsi. Tu as désormais la lourde responsabilité de surveiller ton petit frère et ta petite sœur. Tu sais que « l’enfant du pauvre gouverne tôt la maison ». Occupe-toi bien d’eux. Je vous laisse sous la garde de votre père. De temps en temps, rendez visite aux enfants de mémé Cathy.
— Maman, quand tu dis que tu vas nous laisser ; où est-ce que tu envisages partir ?
Embarrassée par la question de sa fille, Térésa ne donna aucune réponse, si ce n’est un sourire triste.
Le lendemain, autour de 10 heures, elle mourut, laissant derrière elle une montagne de questions et d’hypothèses. La fillette ne comprit que sa mère n’était plus de ce monde que lorsque le médecin demanda à un infirmier d’aviser un proche parent sur le décès de la malade. L’enfant se cabra et se jeta sur la dépouille de sa mère. Les gens de bonne foi la prirent au sentiment, l’écartèrent du corps et la prièrent de faire le sac afin de s’en aller, pendant que le corps inerte de sa mère était aussitôt conduit dans les entrailles de la morgue.
« — Cette femme n’avait-elle pas de famille pour être gardée par une enfant ? — Elle a une grande sœur qui l’a abandonnée seule ici. Depuis son hospitalisation, elle n’est venue qu’une seule fois rendre visite à sa cadette. C’est vraiment très méchant de sa part. » Ainsi damandaient les uns et répondaient les autres…
Térésa fut conduite à sa dernière demeure le troisième jour après son décès. Régulièrement, la fillette méditait les dernières paroles de sa mère : Pauvre petite fille ! Ta mère vient d’être emportée. Mais…que veux-tu, la providence l’a voulu ainsi... Que voulait-elle dire ? Ta mère vient d’être emportée. Qui donc l’avait emportée ? Valentina avait-elle un lien avec la mort de sa mère ?
Cette fois encore et contre toute attente, Valentina fut surprise de constater que les choses ne se passaient pas comme elle le souhaitait. Son frère aîné portait déjà les deux bagues à ses doigts.
Non ! Sa parenté poussait trop loin les pions et cette fois-ci, elle n’allait pas se laisser marcher sur les pieds. Comment avait-on pu se transmettre ces bijoux sous ses yeux, sans l’en aviser ? N’était-ce pas là une façon de la rabaisser ?
Alors, elle décida de s’exiler vers Léfoutou, localité considérée comme « l’Inde du Congo » en raison de la prolifération des temples de magie noire. Elle se lia avec un féticheur. Tous ceux qui se moquaient d’elle allaient découvrir ce dont elle était capable. À commencer par Cathy dont l’évocation du nom ne devait plus être précédée de « tante » ; ainsi que de ses quatre morveux à qui elle promit l’enfer.
Quand Valentina revint, neuf ans plus tard, elle ramenait des présents à son frère aîné, question d’endormir sa méfiance. Celui-ci crut naïvement que la hache de guerre était enterrée ; les deux commencèrent donc à vivre en bonne intelligence, se liguant contre leurs cousins issus de Cathy. En contre-partie de tous ces dons qu’elle lui présenta, son frère aîné lui concéda un bijou, en l’occurrence, la bague mâle. Or celle-ci ne pouvait être active sans l’autre. Malgré ses multiples supplications, elle ne put entrer en possession de la bague femelle2. Dans ce cas, la bague mâle représentait la fouine et la bague femelle, la couleuvre.
Cela va de soi que toutes les pensées de Valentina se tournèrent du côté de ses cousins. Imaginant que tôt ou tard, c’est à eux que reviendrait le tour de gérer cet héritage familial. La première chose à faire fut donc de créer un précédent avec eux afin de les éloigner de son frère aîné et que le jour où il viendrait à mourir, ce qu’elle recherchait tant ne leur revint pas. Il fallut pour cela faire diversion en les accusant de tous les maux.
