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Léna et Andy sont bloquées au beau milieu du XVIe siècle et doivent retrouver leurs ancêtres !
"... Trouveront-ils une issue..."
Le clan des Élus et les frères noirs qui s'associent pour la bonne cause... Un combat contre un très ancien démon qui tourne mal... Léna et Andy qui se retrouvent propulsées en 1566... Totalement perdues, les deux jeunes femmes vont tenter de retrouver leurs ancêtres afin de revenir à leur époque. Cependant, tout ne va pas se passer comme prévu et elles vont se retrouver confrontées à diverses forces malines qui en veulent à leurs vies. Les Élues arriveront-elles à retourner en 2018 ? L'amour de Léna et Rick sera-t-il assez fort pour surmonter cette nouvelle épreuve ? Entre violences physiques et psychologiques, l'affrontement ne fait que commencer. Traquée à travers le temps, Léna devra une nouvelle fois faire preuve de courage et de persévérance pour arriver à ses fins. Seulement cette fois, rien ni personne ne pourra l'aider...
"… Encore un peu d'espoir, la persévérance mène à la victoire..."
Jusqu'où ira cette poursuite à travers le temps ? Suivez les Élues dans leurs péripéties rocambolesques entre le XXIe et le XVIe siècle, avec le troisième tome de cette saga fantastique passionnante !
EXTRAIT
J’observais avec attention les majestueux escaliers, ceux-là mêmes que j’avais descendus quelques jours plus tôt dans les bras de Rick. Mon cœur se serra en pensant à lui. Allais-je le revoir un jour ? Je sentis l’empreinte de son dernier baiser sur mes lèvres, le désir ardent qui se logeait dans mon abdomen à chaque fois qu’il posait les yeux sur moi et la chaleur de son corps contre le mien. Il me manquait terriblement et un nœud se tricota dans mon estomac.
— Len ?
Ma cousine me sortit de ma rêverie.
— Len ? répéta-t-elle. Il faut y aller.
— Attends. C’est bizarre quand même, on n’a croisé personne depuis qu’on est entrées. Et là ? Il n’y a pas âme qui vive non plus.
— Et que veux-tu qu’on fasse ?
— Je ne sais pas. Mais les Élus sont un clan, et là, il n’y a personne. C’est étrange non ?
Elle alla s’asseoir dans les herbes hautes, celles qui se trouvaient à gauche du portail, là où un gigantesque chêne avait pris racine.
— J’avoue que je ne me suis pas posé la question. C’est vrai qu’on n’a pas croisé grand monde. Tu crois qu’on est arrivé à quel moment de notre histoire ?
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
À propos du tome 1
Un premier tome sombre qui arrive à montrer que l'espoir n'est pas un vain mot. Le fantastique arrive tranquillement sans heurt dans l'histoire. Il y a peu de "créatures" mais plus nous avançons vers le final, plus nous en découvrons. Tout ce qui peut arriver a forcément une raison [...] J'ai passé un bon moment de lecture et je suivrais la suite avec plaisir. -
Blog Chroniques Livresques
J'ai vraiment apprécié ma lecture, je suis curieuse de lire la suite en espérant que l'autrice nous apportera plus de précisions sur l'univers fantastique. -
AlexandraLFC, Babelio
C'est rythmé, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. L'écriture est fluide et très agréable. Ce premier tome est très prometteur, je suis ravie de ma lecture. -
coquinnette1974, Babelio
À PROPOS DE L'AUTEUR
Varoise de trente et un ans,
Laura Wilhelm écrit des nouvelles fantastiques et aime créer des mondes imaginaires depuis son adolescence.
Azmel est apparu dans sa tête comme une évidence à l'âge de 18 ans, un aboutissement d'un rêve d'enfant qu’elle a entièrement dédié pour sa jeune sœur. Aujourd’hui, elle est l’auteur de cette trilogie maintenant terminée et se lance également dans de nombreux projets livresques qui sont vécus, à chaque nouvelle publication officielle, comme une incroyable aventure.
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Seitenzahl: 376
Veröffentlichungsjahr: 2019
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AZMEL
Tome 3
Ancrage
Romance paranormale/fantastique
Laura Wilhelm
« À tous ceux qui ne voient pas d’échappatoire…
… sortez de vos esprits ce monde illusoire…
… au fond de l’âme apparaîtra de nouveau l’espoir… »
(Laura Wilhelm)
Ça y était... J'avais enfin pu profiter d'un bonheur et d'une vie presque parfaite. J'étais entourée des personnes que j'aimais et mon existence n'avait jamais été aussi épanouissante.
L'absence de mes parents me pesait encore mais ma nouvelle famille arrivait à me faire sentir vivante. C'est sûr, jamais rien ni personne ne pourrait les remplacer mais j'avais compris que le temps amenuise la douleur : on l'apprivoise doucement pour finir par s’habituer à vivre avec. Et puis un jour, on se rend compte que cette souffrance fait partie de ce que nous sommes et que notre personnalité ne serait pas ce qu'elle est si nous n'avions pas eu notre lot de drames personnels.
J'avais tout de même mis quelques semaines avant de bien assimiler que les événements que je croyais avoir vécus n'avaient pas étés réels. Mais le résultat était le même : Azmel avait bien été annihilé et je pouvais me blottir dans les bras de l'amour de ma vie sans risque ni frayeur. Un bonheur sans ombres ni accrocs. Un amour véritable et sans limites.
Oui, j’avais tout ce dont on pouvait rêver : une famille en or, des amis sur lesquels je pouvais compter, un mec canon d’une gentillesse extraordinaire, aucun problème d’argent et j’étais au début de ma vie d’adulte. Toutes les portes étaient ouvertes vers mon avenir et je réussissais presque tout ce que j’entreprenais.
Pourtant, ce sentiment d'être incomplète se logeait de temps en temps dans ma poitrine. Poussée par la curiosité, j'avais donc fait quelques recherches dans le Livre des Sorts et découvert que les Élus dans le coma ne faisaient pas que rêver durant cette période.
Ils avaient en effet la possibilité de vivre dans une sorte de réalité alternative basée sur les faits réels. Un monde similaire au nôtre mais avec une évolution des personnes un peu différente. Une réalité où les choix de mes proches avaient été différents de ceux qu’ils avaient faits ici. Mais les ressemblances étaient si proches de ma vie réelle que c’était à s’y méprendre totalement.
J'avais eu beaucoup de mal, particulièrement le matin lorsque je me réveillais, à faire la différence entre ces deux mondes. Les conversations échangées avec mes proches n'avaient jamais eu lieu et pourtant je connaissais jusqu'au moindre détail de leurs sentiments les uns envers les autres. C’était un peu comme si j'avais vécu quatre mois de plus qu'eux et que j'étais revenue au point de départ.
Je savais ce que ressentait Jamie pour Éthan, reconnaissais la lassitude de Jess avec Dylan et devinais la suite ; son rapprochement imminent avec Franck.
Je n'avais vécu aucun de ces moments dans la vie réelle et j'avais en quelque sorte un coup d'avance sur les autres. Non pas que ce fut déplaisant, mais le mélange de ces deux vies avait tendance à me rendre folle. J’avais l’impression de ne plus être capable d’assumer mes propres choix et une sensation étrange refusait de me quitter.
La fatigue mais aussi le stress que je m’infligeais pour me remettre au plus vite ne fit qu’accentuer ce mal-être qui se logeait au fond de moi depuis trop longtemps.
Quelquefois, je doutais de ma propre personnalité. Parfois même jusqu’à douter du couple que nous formions avec Rick. Il était le descendant d’Aurel et Patricia, un démon et une Élue. Et je faisais partie de cette famille d’Élus.
Rien ne me prouvait que nous n’avions pas de lien de parenté et cela me semblait malsain. Peut-être que j’avais peur ? Peur de m’attacher de nouveau à quelqu’un qui finirait par m’abandonner ? Peut-être que j’avais érigé de trop hautes barrières et qu’il m’était maintenant impossible de les franchir ? Peur de baisser ma garde ? Ou alors tout simplement parce que notre amour était trop beau pour être vrai et qu’il devait certainement y avoir un problème quelque part pour nous empêcher de nous aimer pleinement ?
J’avais vraiment tout pour être heureuse, et pourtant, je ne comprenais pas pourquoi il m’était impossible d’en profiter pleinement.
***
Retisser des liens avec mon entourage avait été compliqué après ce que j’avais vécu, mais ce qui me faisait encore plus paniquer c’était de devoir quitter le manoir d’Éléonore alors que je commençais à peine à y reprendre mes marques.
Jamie était enfin partie vivre son rêve américain et terminer ses études dans la plus prestigieuse école d'art et de danse du monde.
Même si son départ ne remontait pas à plus de deux mois, elle me manquait terriblement. Elle qui avait été mon plus grand soutien depuis mon arrivée à Amary m’abandonnait à son tour.
Alors oui, j’étais ravie qu’elle puisse vivre à fond ses rêves mais comme j’étais quelqu’un d’un peu trop égocentrique, j’avais tout de même énormément de mal à l’accepter.
Évidemment, par peur de passer pour une idiote, je n’avais jamais osé en parler à qui que ce soit, et c’est peut-être ce qui a eu un effet boule de neige sur cette sensation de malaise permanent qui avait l’air de s’être ancré en moi depuis mon réveil. Ça ou autre chose…
La rentrée approchait aussi pour nous, mais cette année, c'était à la fac qu'Andy, Jess, Dylan, Franck et moi allions démarrer notre vie d'adulte.
Dylan avait choisi la voie du sport et s'était inscrit en première année de Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS). Je le vois encore m’agiter son papier d’admission sous le nez comme un gosse de douze ans. Cette image ne me faisait sourire rien que d’y penser.
Il était si heureux et avait tant de projets en tête que j’avais de la peine pour lui. Je connaissais son énorme attachement à ma meilleure amie, et, si les choses se passaient comme je le pressentais, beaucoup de choses devraient être changées ou adaptées si elle venait à le quitter.
Il voulait voyager, partir en mission humanitaire en Afrique avec elle. Lui, s’occuperait d’aider à reconstruire les villages pendant que Jess soignerait les blessés et les malades. Je ne savais pas s’ils en avaient parlé tous les deux mais elle ne me donnait pas l’impression d’être au courant.
Andy, serait dans la même université que moi, en Langues Étrangères Appliquées (LEA). À vrai dire, je ne savais pas pourquoi ma cousine avait choisi ce parcours. Je ne m’étais pas réellement intéressée à ses facultés depuis que j’étais arrivée ici et je regrettais de ne pas être trop proche d’elle.
Je n’aimais pas ses fréquentations, en particulier son amie Christie qui me hérissait le poil dès qu’elle entrait dans mon champ de vision. Cette fille avait été un véritable obstacle à mes envies de rapprochement familial.
Quant à mon intello de meilleure amie, elle s'était inscrite en Licence de Médecine à la faculté d'Aix-en-Provence alors que moi, j'avais suivi la voie maternelle, celle qui me motivait depuis des années : l'histoire.
Mais ce n'était pas l'histoire en elle-même ni l'histoire de notre pays qui m’intéressait. Je voulais étudier les civilisations disparues et l'origine des religions… matières qui ne seraient pas dispensées avant ma première année de Master. Autant dire que j'allais passer les trois prochaines années à m'ennuyer dans des études que j'estimais inutiles avant de toucher au but. Mais j’y tenais, je voulais connaître l’évolution des civilisations, la façon dont la magie était entrée dans les religions, savoir si les personnalités importantes pouvaient faire partie des forces supérieures…
Pour terminer, et non sans surprises, Franck entrait lui aussi en fac de Médecine. Nous avions de la chance d'avoir tous été acceptés dans la même ville. La séparation de notre joyeuse petite bande n'était pas encore au programme. Sauf que...
Rick ne savait pas encore quoi choisir ni où aller. Il allait falloir que j'use de mes charmes pour qu'il accepte de vivre avec moi.
Il fallait avouer que c'était un tout petit peu égoïste ça aussi, mais maintenant que je pouvais le sentir contre moi et malgré toutes mes interrogations, je n'avais pas envie de m’en passer. Cette attirance était plus puissante que n’importe quelle magie et je ne pouvais y résister.
La rentrée approchait à grands pas avec la fin des vacances d’été mais ma vie ne s’est pas du tout déroulée comme prévu.
Non, un léger contretemps a bouleversé mon existence, notre existence à tous…
(Léna)
Aïe, ma tête ! La douleur lancinante allait de ma tempe droite jusqu’à la base de ma nuque. Je me frottai vivement le visage sans comprendre où j'étais.
Il faisait noir. Une forte odeur d'encens et de cire imprégnait l'air moite qui entrait dans mes poumons. Je me redressai doucement et tentai de trouver quelque chose à attraper ou sur laquelle m'appuyer.
Le sol était glacé mais je ne trouvais aucun objet à ma portée.
— Il y a quelqu'un ? demandai-je.
Je pris mon smartphone dans la poche arrière de mon jean et le passai en mode lampe-torche.
En balayant l'endroit de ma faible lueur, je remarquai que je me trouvais devant la Porte du Temps.
Mes souvenirs s'emmêlèrent. Qu'est-ce que je pouvais bien faire ici ? Et pourquoi ma tête me faisait aussi mal ?
Je détachai mes cheveux pour passer plus facilement ma main sur mon crâne et sentis une grosse bosse sur le côté droit avec une éraflure qui me brûla au moment où je la palpai.
Je regardai mes mains et vis que quelques gouttes de sang en coulaient. Voilà qui expliquait pourquoi j'étais si désorientée. J'avais dû tomber assez violemment sur le sol.
Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui aurait bien pu me conduire ici ?
La Porte du Temps trônait de toute sa splendeur et je pouvais sentir son attraction, douce, pacifique et puissante à la fois.
Je m'approchai. Inspirai une profonde bouffée d'air âcre avant de parcourir ses moulures du bout des doigts.
Après quelques instants, je me décidai à sortir d'ici et aller retrouver ma famille pour expliquer ma mésaventure.
Ils allaient probablement me dire que j'avais une fois de plus trop joué avec mes pouvoirs et me sermonner sur les limites de leur utilisation. Mon corps n'était pas encore assez fort pour supporter la charge de leur puissance, ce qui me valait quelquefois des étourdissements allant jusqu'à l'évanouissement. Mais d'ordinaire, ce genre de choses arrivait pendant nos entraînements à la clairière et je n'étais jamais seule.
Je fis quelques pas maladroits et, un peu plus loin, j'aperçus une ombre. En avançant, je me rendis compte que c'était un corps humain.
La blondeur de ses cheveux ne me laissa aucun doute sur son identité.
— Andy !
Je la retournai d'un geste vif. Elle avait quelques marques sur le visage et les bras nus ensanglantés.
— Andy ! répétai-je, plus fort.
Je pris son poignet entre mes doigts pour contrôler son pouls. Il était faible mais sa vie n'était pas en danger.
Je tapotai ses joues frénétiquement. La panique envahissait mon esprit peu à peu. Après quelques secondes interminables, elle ouvrit les yeux.
— Outch !
Elle se releva difficilement et épousseta sa longue robe d'été avant d'émettre un petit rire ironique.
— Pour un premier passage à travers la Porte du Temps, on s'en sort pas trop mal, je trouve.
Je commençai doucement à me rappeler ce qui nous avait conduites ici et mon cœur cogna violemment dans ma poitrine.
Je sentis ma magie parcourir mes muscles et remonter jusque dans mes mains. Je frissonnai de frayeur.
***
Un démon ancien, qui portait un nom presque imprononçable, avait réussi à prendre ma famille en otage dans le but de m'obliger à lui donner mes pouvoirs. Hephzibah…
Depuis mon réveil du coma et de l'officialisation de mon statut de Gardienne de la Porte du Temps, les dons de l’Élue attisaient toutes les convoitises.
Maintenant qu'Azmel ne fonctionnait plus, les forces malines pouvaient nous faire du mal et nous toucher, ce qui avait entraîné une activité démoniaque sans précédent autour de notre jolie ville d'Amary.
D'habitude, la présence des frères noirs et de ma famille suffisait à dissuader toute tentative d'approche mais cette fois-ci avait été différente.
La puissance des pouvoirs de cet être au physique atypique et bossu dépassait de loin ceux des trois frères noirs réunis.
Nous avions tout de même, grâce à une idée saugrenue de Ménas, pu l'attirer dans la crypte de la Porte du Temps sans qu'il se méfie le moins du monde.
Nous comptions l'envoyer à une époque où l'être humain n'était pas encore doté de conscience.
Marine -et ses dons de sorcière- nous avait prêté main-forte pour la mise en place du rituel. Éléonore avait contacté sa sœur Morgane en renfort et les frères noirs étaient bien évidemment tous présents. Mais les choses ne s'étaient pas vraiment passées comme on le souhaitait.
Hephzibah avait gardé Andy près de lui en corps à corps, ce qui avait contrecarré tous nos plans.
Le problème était que j'avais déjà commencé à ouvrir la Porte, que je n'avais aucun moyen de freiner ou même d'arrêter le processus, et que Marine était entrée dans sa transe en récitant les paroles du sortilège.
Une sorte de vortex s'était ouvert juste derrière les battants mais l'aspiration avait été tellement forte que nous les avons vus lutter pour rester debout avant de disparaître dans un halo lumineux.
Sans réfléchir, j'avais couru et sauté dans la lumière sous les yeux horrifiés de mes partenaires.
Il était hors de question que je laisse ma cousine affronter seule une époque inconnue !
— Tu crois qu'il est parti ? demandai-je à Andy.
Elle replaça son haut et me prit mon smartphone des mains pour balayer la pièce et vérifier que nous étions seules.
— En tout cas, il n'est pas ici.
Elle m'invita d'un geste de la main à la suivre doucement. Un million de questions me traversaient l'esprit mais la plus importante était : en quelle année avions-nous atterri ?
La Porte du Temps avait été construite il y a très longtemps, mais avec le sortilège que nous avions mis en place, Marine aurait pu nous envoyer à n'importe quel moment du passé ou du futur.
Donc, notre présence dans la crypte nous donnait un indice majeur : nous étions arrivées après la construction de la Porte. Le rituel n'avait pas fonctionné correctement et dans un sens cela me rassurait. Mais le démon avait lui aussi traversé le vortex et je ne doutais pas un seul instant de ses intentions.
Mes mains tremblèrent. Il allait revenir en force et de nouveau tenter de voler mes pouvoirs. Il fallait trouver une solution pour rentrer chez nous avant qu'il nous retrouve !
***
Nous avançâmes à travers les dédales sombres et les roches blanches reflétaient la lueur du téléphone.
En haut des escaliers qui menaient aux ruines se dressait une porte de bois que je ne connaissais pas. Andy tenta de l'ouvrir, en vain.
Une idée me vint en tête.
— Attends, lui dis-je en passant devant elle.
Je me concentrai sur les rouages de la serrure, analysai la façon dont elle avait été fabriquée et posai mes mains dessus.
Ma magie vint rapidement me brûler les doigts et je la fis passer dans l'orifice en la dirigeant jusqu'au loquet, poussai délicatement dessus en prenant bien soin d'éviter de faire du bruit pour ne pas nous faire repérer. La porte s'entrouvrit.
Une boule s'installa dans mon estomac et de légers frissons me parcoururent le dos. Qu'allions-nous découvrir dehors ?
***
Andy passa devant moi et ouvrit la porte sans bruit. Elle avança d’un pas mal assuré vers l'intérieur de la chapelle et me fit un petit geste de la main pour me dire de la suivre.
Le lieu sacré était entier, grand et illuminé de magnifiques vitraux multicolores. Je tournai mon regard vers les autels placés devant les majestueuses arcades. En connaissant les ruines, je ne me serais jamais imaginé que cet endroit avait pu être si grand et si joli.
Des statues de Saints chrétiens et de la Vierge Marie souriaient d'un air mystérieux. Un nombre incalculable de bougies se trouvaient devant chacune d'entre elles. L'air parfumé réveilla mes narines et me gêna un peu pour respirer.
Je tournai la tête en balayant la pièce des yeux. Il y avait une personne qui priait devant la statue de Saint Antoine de Padoue et qui avait l'air de pleurer. Je devinais à sa silhouette que c'était une femme mais le voile qu'elle portait m’empêchait de voir son visage. Absorbée par ses prières, elle ne remarqua pas notre présence.
Andy mit son index devant la bouche.
— Il faut trouver des vêtements pour ne pas avoir l'air louche, chuchota-t-elle.
Nous nous dirigeâmes vers la sacristie à l'arrière du bâtiment. Des bruits se firent entendre.
Ma cousine passa la tête par l’entrebâillement de la porte pour voir ce qui se passait. Par-dessus son épaule, je vis un prêtre qui était en train de ranger des objets au fond d'une armoire.
— Excusez-nous mon Père ? dit Andy à son intention.
Le vieil homme sursauta et sa tête cogna contre l'une des étagères en bois. Il était de petite taille et je devinais qu’il devait être un bon vivant à cause de sa bedaine imposante. Il se releva et fit un signe de croix.
— Que faîtes-vous ici ?
Son accent et son langage me parurent bizarres : nous n'étions pas au vingt et unième siècle, j'en étais maintenant certaine.
Il se rapprocha de nous et toucha la robe de ma cousine.
— D’où vient donc votre accoutrement ? Ne me dîtes pas que... (Il regarda nos visages intensément) … mais oui ! Vous venez d'arriver n'est-ce pas ?
Ne comprenant pas ce sous-entendu, je décidai de jouer cartes sur table afin d'éliminer toute supposition.
— Oui mon bon monsieur, nous venons de traverser la porte qui se trouve dans votre sous-sol. Mon nom est Léna et voici ma cousine Andréa.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu à donner mon prénom, ni même à le prononcer et je me rappelai soudain pourquoi mes parents m’avaient appelée ainsi.
Un jour, ma mère m’avait expliqué qu’un jeune couple dont la femme venait d’apprendre sa grossesse avait séjourné quelques semaines au manoir avec elle et ses sœurs.
Ma mère avait trouvé en elle une véritable alliée. Elle me raconta aussi le déchirement que ça avait été pour elle le jour où elle avait dû s’en aller… Cette femme s’appelait Léna et avait certainement été la seule amie que ma mère avait eue dans toute sa vie.
Plongée dans ce souvenir, je me forçai à revenir à la réalité, le cœur un peu plus égratigné.
Le prêtre mit sa main sur sa tempe et fit mine de réfléchir, puis une certaine lueur éclaira son visage.
— Qu'est-ce que vous êtes au juste ? se méfia-t-il soudain. Aucun être humain n'a jamais traversé la Porte.
Il scruta les moindres détails de nos corps.
— La couleur de vos cheveux pourrait bien m'induire en erreur mais je dirais que vous êtes des descendantes Élues. De toute manière, si vous aviez été des démons vous n'auriez pas pris la peine de me parler et vous vous seriez directement servies sans me poser la moindre question.
Je hochai la tête.
— Quelle année ? continua-t-il.
— Deux mille dix-sept répondit ma cousine.
Il se retourna, surpris par cette réponse certainement inattendue, et alla farfouiller dans une autre armoire.
Après quelques secondes, il sortit de grands tissus noirs et blancs. Lorsqu' Andy comprit ce que c'était, elle éclata de rire.
Il revint vers nous et nous les tendit innocemment.
— Vous ne pouvez pas circuler en ville dans ces tenues (il pointa nos vêtements du doigt) et là, c'est vraiment tout ce que je peux vous offrir.
Son ton ferme et ses gestes assurés me firent comprendre que non seulement il n'avait pas peur de nous mais qu'il croyait en nous et qu'il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour nous aider.
J'attrapai l’épaisse étoffe, me dirigeai vers le fond de la pièce et ouvris l’un battant de porte du placard de gauche pour me déshabiller derrière. Andy pouffait encore mais moi je savais que nous n'avions pas le choix. C'était ça ou l'accusation d'hérésie qui nous mènerait certainement au bûcher.
Lorsque je sortis de l'ombre, les petits ricanements enfantins de ma cousine se transformèrent en un fou rire général. Le prêtre sourit légèrement et tendit l'autre tenue à ma cousine.
Une fois ma cousine éloignée, il s'approcha de moi et plaça le voile blanc rugueux sur ma tête. En quelques mouvements, mes cheveux avaient disparu et mon visage était serré dans une inconfortable position.
— Voilà qui est mieux, dit-il, fier de lui.
Je soupirai de résignation.
— En quelle année sommes-nous exactement ? demandai-je au vieil homme.
— Nous sommes le vingtième jour du mois d’avril, année mille cinq cent soixante-six.
Outch ! La mission allait vraiment être délicate ! Nous étions tombées en pleine guerre de Religion... et il ne fallait surtout rien changer de l'histoire.
— Comment est votre époque ?
La question de l'homme de Dieu me sortit de mes réflexions. Je tournai sept fois ma langue dans ma bouche. Devais-je lui expliquer que nous nous rapprochions encore d'une guerre de religion ? Que celles qu'il avait vécues ne seraient pas les dernières ? Qu'aujourd'hui l'islamisme radical montait en flèche et que la moitié de la population était athée ? Que les humains étaient tombés dans une spirale industrielle et technologique qui avait complètement détraqué le climat ? Que les couples n'attendaient plus d'être mariés avant de faire des enfants ?
L'époque qu'il vivait était certes beaucoup plus difficile à cause du manque de confort et de la prolifération des maladies mais les hommes étaient peut-être plus proches de la nature et moins pourris de l'intérieur. Il serait horrifié de savoir ce que nous étions devenus.
Je lui souris.
— Nous avons fait de grandes avancées dans le domaine technologique et surtout en médecine. Notre hygiène de vie et les découvertes de certains scientifiques nous permettent de vivre facilement jusqu'à l’âge de soixante-dix ans, certains vieillissent même jusqu'à cent ans.
Il m'écoutait attentivement et son regard était empli de curiosité.
— Il y a beaucoup de choses que je ne peux pas vous révéler. Mais sachez une chose : les maladies que vous connaissez aujourd'hui n'existent plus à mon époque.
— D'autres, plus violentes, sont apparues, lâcha Andy, sarcastique.
Je me retournai vivement, me plaçai devant le prêtre et mis mon index devant ma bouche en tentant de faire deviner à ma cousine mon envie d'apaiser ses inquiétudes.
— Mais nous avons beaucoup plus de scientifiques et de médecins, et c'est vrai que l’espérance de vie a été allongée. Le taux de mortalité infantile n'excède plus les trois pour cent et la plupart de femmes survivent à l'accouchement, se rattrapa-t-elle en faisant une révérence dans son accoutrement de none.
Je pouffai discrètement.
— Parfait ! dit-il en nous regardant à tour de rôle. Vous avez raison, je ne dois pas en savoir plus sur le futur. Nous risquerions d'en changer et cela pourrait vous être fatal.
Andy se rapprocha de moi tous sourires.
— Qu'allons-nous faire maintenant ? demandai-je sans vraiment espérer de réponse.
— Il y a peut-être un moyen... mais pour cela, vous devez entrer en contact avec vos aïeules. Elles seules ont le pouvoir nécessaire au voyage dans le temps. Je pourrais, en tant que Gardien actuel, vous donner un petit coup de pouce, mais vous allez avoir besoin du maximum de magie possible.
« Gardien actuel » ? Les Gardiens de la Porte du Temps n'étaient-ils pas censés être des Élus ? Comment les pouvoirs étaient-ils distribués ici ? Y avait-il aussi des sorcières ?
— Il y a cependant un problème, reprit-il. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas aperçu d’Élus au village. En réalité, j’ignore si vos ancêtres sont encore ici…
Le vieil homme me regarda intensément, et, comprenant certainement mes interrogations, il posa ses mains sur mes épaules.
— Je sens en vous une puissance illimitée. Vous devez être la Gardienne ? (j’acquiesçai) Oui... Vous devrez faire attention à l'utilisation de vos pouvoirs Ma Dame, ils pourraient bien prendre le dessus un jour si vous ne vous posez pas de limites.
Je pris sur moi sans riposter et il appuya ses mains un peu plus fort.
— Je suis sérieux. Vous ne pouvez pas à vous seule faire le rituel pour retourner chez vous et ouvrir la Porte du Temps simultanément. Vous y laisseriez la vie ! Prenez en conscience jeune fille.
J’opinais timidement en pesant le sens de chacun de ses mots. Il avait raison. Et puis, ce n’était pas comme si j’arrivais à parfaitement bien maîtriser mes pouvoirs.
Une fois les tenues enfilées, nous avons remercié le vieil homme et il nous a fait promettre de revenir le voir à la moindre difficulté. Bien qu’il ne sache pas si nos aïeules vivaient toujours dans le coin, il nous invita à commencer nos recherches par là.
(Rick)
— Noooooon ! hurla-t-il de toutes ses forces.
Son cœur arrêta de battre au moment où il avait vu le vortex se refermer sur Léna. Puis son pouls accéléra dangereusement et la colère monta en lui.
— Bon sang ! Il faut toujours qu'elle agisse sans réfléchir celle-là !
Jason, qui venait de dire tout haut ce que pensait Rick, agrémenta sa phrase d'un violent coup de poing dans la Porte du Temps.
— Elle n'allait pas laisser sa cousine toute seule ! J'aurais fait la même chose si j'avais été à sa place ! s'écria Éléonore.
Il ne devait pas succomber à la panique, sa famille était là et ils allaient encore devoir se serrer les coudes pour trouver une solution.
La petite blonde, que Rick ne connaissait pas vraiment, affichait un rictus froid et cynique. On voyait bien sûr son visage un : « je vous avais prévenu ».
Elle avança vers lui mais le jeune démon recula. Cette femme lui faisait froid dans le dos.
— On fait quoi maintenant ?
La rage fila dans ses veines et ses paupières commencèrent à piquer. C'est de cette façon qu'il savait que ses yeux allaient changer de couleur. Il n'y pouvait rien, et la maîtrise que cela lui demandait était aussi puissante que les sentiments qu'il éprouvait. Cette fois il ne pourrait pas les cacher aux Élues et il s'en fichait complètement.
« — Moi j'ai juste envie de rentrer au château ! » signala Ménas par télépathie.
« — Pff, parfois je lui mettrais bien des claques à ce gamin !! » rétorqua Rick à Jason.
On aurait dit qu'il n'avait aucune conscience de la gravité de ce qu'il venait de se passer. Rick prit une profonde inspiration et fit mine de ne pas avoir reçu la pensée de son jeune frère.
Éléonore était assise dans le fond de la crypte, les genoux repliés vers sa poitrine et les larmes perlaient au coin de ses cils. Ce n'était pas du tout son genre de se lamenter de cette manière, mais là, elle venait de perdre sa fille et sa nièce dans les couloirs du temps.
Aucun d'eux ne sut quoi dire ni quoi faire pendant les premières minutes qui suivirent la fermeture du vortex, et ce jusqu'à ce que la jeune sorcière sorte de sa transe.
Elle ouvrit soudain les yeux et son visage fut marqué par l'incompréhension.
— Mais qu'est-ce qui s'est passé ici ? Vous avez réussi à vous débarrasser du démon ?
Jason acquiesça en se rapprochant d'elle. Il lui tendit la main pour l'aider à se relever.
— Oui, il a passé la Porte... mais pas tout seul.
Le regard de Marine parcourut la pièce avant de s’arrêter sur Rick.
— Léna ?
— Et Andy, termina l’Élue blonde.
Marine porta les deux mains à sa bouche et marmonna quelque chose que personne n'entendit.
***
De retour au manoir, Éléonore et l'autre tante de Léna firent du café et apportèrent quelques biscuits sur la table basse du salon. La première invita les démons à s'asseoir pendant que la seconde allait chercher quelque chose à l'étage.
Rick tapotait nerveusement du pied contre le bas du luxueux canapé blanc, ce qui ne manqua pas d’énerver son frère aîné.
— Tu vas te calmer ? lui lança-t-il en lui empoignant le genou d'un geste sec. Ce n’est pas de cette façon que tu nous seras le plus utile. Maintenant, détends-toi et réfléchis !
Les yeux de Rick passèrent du bleu au rouge sang en moins d'une seconde ; il réfréna son envie de tout envoyer valser et prit sur lui. Il savait que son frère avait raison et que sa colère ne le mènerait nulle part. C'est à ce moment-là qu'une larme vint discrètement perler au coin de son œil gauche. La poigne de Jason sur sa jambe se radoucit.
— On va la retrouver. Il y a toujours une solution mon frère, souffla Jaze.
— Et si le démon s'était occupé d'elles ? S'il avait profité de ce moment pour prendre leurs pouvoirs, ou pire, de les tuer ? Hein ? Comment pourrais-je me le pardonner ? s'étouffa-t-il.
Rick inspira profondément pour tenter à nouveau de dissimuler ses sentiments.
— Tu n'as rien à te reprocher. Le plan, nous l'avions choisi tous ensemble et nous en connaissions les risques, dit Éléonore en s'asseyant à son tour après avoir distribué les boissons chaudes à tout le monde.
— Peut-être que l’on connaissait les risques, mais personne n'a évalué les solutions des problèmes qui auraient pu arriver en ouvrant cette fichue porte ! Personne ne s'était douté que l'un d'entre nous serait forcé de se retrouver à une époque qu'il ne maîtrise pas ! Bon sang... Elles doivent être terrifiées ! Qui sait ce qui va leur arriver là-bas !
Morgane apparut par magie sur l'un des fauteuils libres, juste en face de Ménas et Marine, un énorme grimoire poussiéreux ainsi qu'un autre livre, plus petit, entre les mains. Elle souffla d'agacement.
— Il va falloir y aller étape par étape, dit-elle en sous-entendant quelque chose qui échappa aux frères noirs.
Les visages de Marine et Éléonore se crispèrent.
— Comment veux-tu procéder ? demanda cette dernière.
Morgane posa le gros livre sur la table basse et ouvrit le petit, elle montra une page à sa jeune sœur qui acquiesça.
— Les pouvoirs d'Andy auraient pu nous être d'une grande aide sur ce coup, marmonna-t-elle.
Les yeux affolés de Rick allèrent de Morgane à Éléonore, puis d’Éléonore à Morgane en passant par Marine. Il signala sa présence par un grattement de gorge volontairement rauque.
— La première chose que l'on doit trouver c'est à quelle époque elles sont arrivées, expliqua la Chef de clan Élue.
— Et savoir si elles sont encore en vie arrive en quelle position ? grogna Rick.
— Il a raison, céda Morgane, si elles sont … (elle perdit ses mots) … si elles n'ont pas survécu, notre sort ne marchera pas.
— Et comment vous comptez vous y prendre ? demanda Ménas.
Marine s'empara du petit ouvrage et le feuilleta pendant qu’Éléonore positionnait ses mains au-dessus du grimoire.
Après quelques secondes qui semblèrent interminables, une faible lueur orangée apparut entre ses mains et le livre. Puis, doucement, les pages commencèrent à tourner. Dans un sens, puis dans l'autre.
— Le Livre des Sorts ne comprend pas ce que tu cherches, chuchota Morgane, concentre-toi mieux.
L’Élue referma le gros manuscrit, agacée. Elle prit sa tasse à café et en but le liquide noir d'une seule traite.
— Tu dois mettre tes sentiments de côté, le livre a besoin d'une seule question à la fois, sinon ça ne pourra pas fonctionner.
Éléonore recommença. Elle respira un bon coup et ouvrit le livre en deux, séparant les pages à la moitié de l'ouvrage puis ferma les yeux.
La lueur orangée devint rouge vif et les feuilles se mirent à tourner à une vitesse incroyable. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, la magie avait cessé et une page lui faisait face.
Les dorures qui ornaient le texte étaient magnifiques. L'écriture fluide et ancienne était assez difficile à déchiffrer mais elle en était sûre, ce document allait leur être d'une grande aide.
Le charme de vie décrit spécifiait que les pouvoirs d'une sorcière en étaient la clef. Éléonore n'arrivait pas à en comprendre le sens et poussa l'ouvrage devant les yeux de Marine.
— C'est bizarre. Tu n'arrives pas à lire le sortilège ? demanda-t-elle.
— Non.
— Pourquoi les Élues auraient-elles laissé un charme de vie à l'intention de leur descendance si elles ne peuvent pas être en mesure de l’appliquer ?
— Tu y arrives toi ? s'enquit Morgane.
La jeune sorcière répondit par un signe de tête affirmatif et Morgane fit apparaître une feuille et un stylo devant elle.
Elle rédigea les idées essentielles de la longue page jaunie par le temps et la tendit à Éléonore.
« - Le charme doit être prononcé dans un grand espace naturel, où la personne recherchée aimait passer du temps.
- S'il est fait en intérieur, les murs risquent de s'effondrer sous la force de la magie.
- Si la personne recherchée dispose par chance d'un pouvoir sur le temps, une passerelle peut être réalisée pour créer un lien direct avec elle.
- Il faut : de l'ADN de la personne, un objet lui appartenant, quelques feuilles de basilic, douze fleurs d'euphraise, quatre iris noirs et deux feuilles de laurier et un litre de sang de mamba noir.
- Minuit, lune montante ou midi lune descendante (heures réelles)
- Mélanger les ingrédients dans un récipient en bois et en mettre de côté vingt-cinq centilitres
— Faire le symbole de la voyance et y placer l'objet appartenant à la personne recherchée en son centre.
— Vaporiser la potion sur tout le symbole au sol, puis verser les vingt-cinq centilitres restants dans le centre du symbole, juste en dessous de l'objet.
— Un être magique sur chaque élément, la sorcière sur le symbole de la magie
— La sorcière devra réciter le sortilège cinq fois dans la langue d'origine, puis être accompagnée pour les deux fois restantes par le reste des êtres magiques composant le cercle »
Cette dernière se massa les tempes en tentant de ne pas faire paraître sa nervosité aux autres.
Après un long silence, elle balbutia quelques mots :
— Co... Comment veux-tu que l'on trouve du sang de mamba noir ?
Morgane arracha la feuille des mains de sa sœur et poussa un petit cri.
— Qu'est-ce qu'un mamba je ne sais quoi ? demanda Marine.
Cette fois, c'est Jason qui s'empara du papier, il fronça les sourcils et fit mine de réfléchir.
— C'est un serpent d'Afrique très venimeux, ils l'ont appelé mamba noir parce que l'intérieur de sa bouche est tout noir, expliqua-t-il.
Éléonore se pencha en avant.
— Et je répète ma question : comment va-t-on trouver du sang de ce machin ?
Rick resta silencieux, il ne comprenait rien à tous ces trucs de magie mais il le savait, il ferait tout ce qu'on lui demande pour pouvoir sauver l'amour de sa vie. Il était même prêt à se rendre en Afrique pour faire un génocide de cette saleté de serpent s'il le fallait.
C'est à ce moment-là que Jaze entra dans sa tête :
« — Je crois que tu n'en auras pas besoin. »
Rick arqua un sourcil en attente de précisions. Cette connexion fraternelle leur permettait non seulement de se parler sans être entendus mais aussi de ressentir les émotions de l'autre, parfois même involontairement.
« — Tu te souviens de la pièce interdite au château ? »
Rick cligna des yeux et acquiesça discrètement.
« — Maman ne voulait pas qu'on y mette un pied, bien sûr que je m'en souviens ! »
« — Et ben, moi, j'y ai mis les deux !»
De l'autre côté de la pièce, Ménas les regarda en réfrénant un éclat de rire qui, à la vue des circonstances, aurait pu être mal interprété.
« — Moi aussi, j'y suis allé. » Signala-t-il.
« — Ah ouais ! En fait je suis le seul qui n'ait pas bravé l'autorité de maman c'est ça ? »
« — Comment t'aurais pu faire, t'étais son chouchou ! Pendant toute ton enfance, elle ne te lâchait pas d'une semelle ! » répondit Jason en narguant son frère.
Rick ne sut pas trop comment le prendre et préféra ne pas répondre à cette pique.
« — Et donc ? »
« — Et donc, je crois que maman a ce qu'il faut dans la pièce interdite... »
« — Tu crois ou t'en es sûr ? »
« — C'est sûr ! ajouta Ménas. Il y a plusieurs pots avec des étiquettes « mamba » écrites dessus ! »
Soudain, quelqu'un tapa violemment sur la table, les faisant tous les trois sursauter.
— Dîtes-le si on vous dérange ! s'exclama Morgane dans un excès de colère.
— Ce n'est pas … commença Ménas.
— Oh toi le petit rigolo, ne commence pas ! Vous croyez que je ne vous vois pas ? Vous vous croyez où là ?
Elle jeta un regard noir en direction de Rick.
— Et toi ? J'aurais au moins pensé que tu pourrais te sentir un tant soit peu concerné ? Non ?
Il se leva et vint s'accroupir juste à côté d'elle.
— Calme-toi Morgane, tenta-t-il en posant sa main sur son avant-bras.
Elle se dégagea aussitôt, comme si elle craignait qu'Azmel ne soit revenu.
— Ne me touche pas ! s'écria-t-elle. Qu'est-ce que vous pouvez bien vous dire de si marrant alors que nous, nous cherchons des solutions ?
Rick soupira d'agacement.
— Vous ? Vous cherchez la solution ? ironisa Jason. Je ne sais pas qui vient de dire qu'il fallait contacter tous les zoos de la région, mais franchement. Vous pensez vraiment que si par chance ils possèdent un mamba noir ils vous laisseront le vider de son sang ? Non mais un peu de sérieux s'il vous plait !
— C'est clair ! Ben en fait, pendant que vous, vous cherchez des solutions toutes les plus inaccessibles les unes que les autres, nous (il insista bien sur le « nous » en pointant son index sur son torse), avons trouvé cette solution ! D’où les sourires que tu as pu observer très chère.
Rick, fier de lui, essuya un autre regard noir mais il s'en fichait. L'essentiel était qu'il allait bientôt savoir si Léna était bel et bien en vie. Même si le lien qui les unissait lui soufflait que oui, il voulait en être certain.
Morgane se renfrogna, l'air un peu honteuse. Marine les regarda à tour de rôle sans trop comprendre tandis qu’Éléonore allait chercher une autre carafe de café.
— Qu'est-ce que vous proposez ? leur demanda la chef du clan en remplissant les tasses vides.
— Notre mère, qui a toujours admiré la magie, avait une pièce au sous-sol de notre château où elle entreposait des centaines de bocaux et autres ingrédients rares. Certainement en prévision d'une urgence.
— C'est vrai ? s'étonna Morgane.
— Après tout, elle aussi descendait d'une lignée d’Élues. Peut-être qu'elle sentait ce lien avec la Porte du Temps et qu'elle avait peur qu'il arrive un malheur ?
— Oui, mais comment elle aurait pu être si précise dans ses recherches ? Avait-elle un grimoire ou quelque chose du genre pour étudier nos rituels ? demanda Éléonore qui ne manqua pas de montrer sa surprise.
— Je ne sais pas. Avant de partir en maison de repos, elle y passait le plus clair de son temps. Je croyais qu'elle devenait folle mais j'avoue que je n'y suis pas allé depuis son internement. Nous devrions aller y jeter un œil.
Jason se leva et Ménas l’imita.
— Vous voulez y aller maintenant ? demanda Marine.
— Vous, vous préparez le rituel. Nous, nous allons vous chercher vos ingrédients. Il ne faut pas perdre de temps ! lança Jason en passant la porte d'entrée avec une vitesse loin d'être naturelle.
(Léna)
Il était certainement tard dans la soirée, mais ici, il n'y avait aucun moyen de connaître l'heure exacte. Cette première nuit au seizième siècle avait été la plus difficile de toute notre vie.
Après avoir quitté le vieux prêtre, nous étions parties à la recherche d'une sorcière ou de nos aïeules. Mais nous n'avions pas d'argent, rien à échanger pour le troc et même si nous connaissions les ruines et le terrain au vingt et unième siècle, le paysage était complètement différent.
Quand nous sommes sorties de la chapelle, je m'attendais à voir la clairière où nous faisions nos entraînements magiques. Or, nous nous sommes retrouvées au beau milieu d'un village médiéval en pleine activité.
L'attrait dû à la Porte de Temps était tellement puissant qu'il nous empêchait de sentir la présence d'autres Élues ; nous ne pouvions donc pas nous fier à notre instinct pour trouver notre chemin.
Les ruelles étaient sombres et en terre battue, les bâtiments n'étaient pas très hauts mais j'avais admiré leur construction. Essentiellement faites de bois et de briques, la plupart étaient des petits commerces en rez-de-chaussée avec les habitations à l'étage.
Je n'avais pas vu beaucoup de fenêtres mais celles qui en avaient étaient toutes regroupées au même endroit sur la façade, certainement pour faire entrer plus de lumière dans les salons. Peut-être une marque de richesse à l'époque ?
Nous étions totalement dépaysées mais malgré la situation alarmante, un sentiment agréable était monté en moi. Mon attrait pour l'histoire prenait le dessus et je profitais de chaque seconde, observant chaque passant, chaque vêtement et chaque chapeau sur les têtes. Et ce, malgré l’odeur nauséabonde qui planait dans les rues.
Ici, les déchets étaient jetés par la fenêtre, directement sur les trottoirs quand il y en avait. Sinon, sur la route encore brute qui absorbait les liquides et qui propageait cette sensation de grattage dans mes narines. Je me doutais que les habitants devaient y être habitués mais pour notre pauvre odorat du vingt et unième siècle, c’était vraiment une épreuve à part entière.
C’était aussi en partie pour cela qu’Andy n'était pas du tout dans le même état d'esprit que moi. Plusieurs fois, elle me ramena à la réalité. Non, je n'étais pas vraiment consciente de la gravité de ce que nous vivions et ce fut un peu de ma faute si nous avions perdu notre chemin.
La première nuit... oui, la première nuit fut affreuse. Nous nous étions égarées et le bourg ne me sembla plus si accueillant une fois le soleil couché. À moins d’être tombées dans un quartier mal famé ?
Nous avions faim et la lueur d'une taverne avait attiré notre attention.
— Tu crois qu'on peut aller mendier quelque chose ? demandai-je à Andy qui commençait à se diriger vers la bâtisse à toute vitesse.
Je la retins.
— Avec nos accoutrements de nonne, je ne crois pas que ce soit une bonne idée.
Elle se dégagea de ma main droite et poussa la porte battante qui faisait office d'entrée. Je la suivis à contrecœur.
Les rires gras et la musique stoppèrent dès notre entrée. Il y avait plusieurs petits groupes installés ici et là autour de grandes tables. Des jeunes femmes remplissaient les verres et les seules personnes qui dansaient retournèrent à leur place.
Andy se dirigea vers le long bar en bois éreinté par le temps et ses sabots inconfortables claquèrent lourdement sur le parquet.
Une vieille femme, vêtue très sommairement, se tenait derrière et nous observa silencieusement. Ses longs cheveux blonds étaient attachés avec des rubans.
— Que puis-je faire pour deux prêtresses à c’t’heure tardive ? Ne devriez-vous pas être rentrées au couvent ?
Je me sentis de plus en plus mal à l'aise. Le fourmillement dans mes doigts apparut très vite et je dus me retenir pour ne pas devenir invisible. Le langage qu'elle utilisait était presque incompréhensible pour nous mais je redoublai d'efforts pour faire mine de la comprendre.
— Veuillez excuser notre intrusion dans votre noble demeure mais voyez-vous, nous nous sommes laissées surprendre par la nuit, car nous ne voulions pas dormir dans la forêt.
— D'où venez-vous, Mesdames ? s'enquit un grand gaillard aux épaules musclées.
Je tournai la tête vers sa tablée. Ils devaient être une demi-douzaine d'hommes, tous avaient un physique de maçon. Leurs peaux étaient déjà roussies par le soleil et leurs épaules carrées pouvaient témoigner de leur travail dans les champs.
Assise sur les genoux de l'un d’eux, j’aperçus une jeune femme. Rousse, le sein gauche débordait vulgairement de son corset trop serré, ses pieds nus et ses jupes retroussées sur ses cuisses m’amenèrent à penser que cette personne n'était autre qu'une prostituée. Je détournai la question habilement en m’adressant à l’aubergiste.
