Baiser Fanny - Michel Leroy - E-Book

Baiser Fanny E-Book

Michel Leroy

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Beschreibung

Antoine, joueur de boules émérite et homme au caractère bien trempé, parcourt les terrains de jeux de la région avec une ambition féroce et un talent incontesté. Entre les tournois, les soirées arrosées et les parties de poker enfiévrées, il navigue dans un monde où la gagne est reine et l'argent coule à flots. Mais derrière l'image du compétiteur impitoyable se cache un homme déchiré entre son amour sincère pour Magali et ses errances fugaces. Tandis que sa renommée grandit, son couple vacille sous le poids des doutes et des absences répétées. Jusqu'ou peut-on repousser les limites du jeu, de l'amour et de la fidélité avant que tout ne bascule ? Dans sa quête de succès, Antoine croise la route de nombreuses figures du monde de la nuit, dont Freddy Hattaway, célèbre impresario et roi de fêtes légendaires. Entre verres de pastis et discussions enflammées sur la musique et la vie, leur amitié devient un refuge dans un univers où les alliances sont souvent aussi éphémères que les victoires. Un roman captivant ou se mêlent passion, trahison et quête de reconnaissance, dans l'univers fascinant et impitoyable des joueurs de boules.

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Seitenzahl: 129

Veröffentlichungsjahr: 2025

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C’était un vendredi, il était aux environs de dix-huit heures et le doux soleil de mai se couchait sur la garrigue qui exhalait ses parfums.

Antoine était plâtrier.

Il se sentait bien, car il avait terminé la villa et regardait son œuvre dans les diverses pièces

« Du plâtre comme celui-là, ils peuvent y aller, ils n’en retrouveront jamais ». pensa-t-il

Il avait rangé ses outils dans son coffre après les avoir minutieusement nettoyés.

Torse nu, il entreprit de se laver avec le jet d’eau de la baille. Sa tâche terminée, il ne lui restait plus qu’à voir son client avec qui il avait rendez-vous pour encaisser le dernier règlement du fruit de son travail.

Il s’assit tranquillement sur le petit banc, alluma une cigarette.

Au loin, au détour du chemin, il vit arriver la petite voiture rouge, et ne put s’empêcher de sourire en reconnaissant la personne au volant.

« Ce bâtard m’envoie sa femme pour payer ses dettes ».

Antoine avait effectué les enduits de cette baraque en construction pour le compte d’un jeune ingénieur prétentieux, peu sympathique, qui lui déplaisait fortement. Dans ce métier, la plupart du temps les règlements des prestations s’effectuent toujours de la main à la main, les deux parties y trouvant leur compte.

La femme était plutôt jolie, mais il avait vite compris qu’elle venait avec des intentions très précises.

Elle minaudait, prenant des poses alanguies dans une robe ultra courte, de plus il s’aperçut qu’elle n’avait rien en dessous.

Il commença à s’énerver et essaya de couper court pour encaisser son argent.

Languissante, elle sollicita une ristourne.

Pris d’une envie subite, il sortit alors trois cent euro,

« Eh merde ! » Il ouvrit sa braguette, son sexe apparut, énorme, en pleine érection.

Elle eut un instant d’hésitation, puis se mit à genoux, et s’employa.

Sentant son plaisir venir, il la retourna et la pénétra sans retenue, ce qui la fit jouir bruyamment.

Ils se quittèrent, en ayant pris chacun son plaisir et elle, glané quelques billets à l’insu de son mari.

Il repartit vers Port-de-Bouc, lieu de sa résidence pour arriver au pied de son immeuble situé Avenue Lénine.

Il gara sa voiture et monta jusqu’à son appartement.

Magali, sa femme n’était pas encore rentrée, mais il s’aperçut qu’elle avait pris soin de lui préparer sa valise qui était d’ailleurs encore ouverte sur le lit, son jean et son polo soigneusement pliés.

Il prit une douche et s’habilla, entre-temps son épouse ouvrit la porte,

Elle cria un joyeux ‘’ holà, je suis là ‘’, elle était légèrement plus âgée que lui et extrêmement belle, malgré un manque de soins dans sa coiffure ainsi que dans sa mise.

Cela avait le don d’agacer Antoine qui avait horreur de la voir négligée.

—Allez, habille-toi, on va souper dehors.

Ils descendirent et se dirigèrent vers la pizzeria Jeannot où ils avaient leurs habitudes.

Au cours du repas elle lui dit :

— Alors ça y est, c’est reparti pour un tour, tu vas faire le circuit durant tout le temps des congés dit-elle sur un léger ton de reproche,

— Ne te fait pas de bile, je t’appellerai quand j’aurai du temps de libre.

Je viendrai te chercher, mais il faut bien que je fasse bouillir la marmite.

Elle n’insista pas.

Il lui demanda de rentrer seule, car il devait jouer un poker au ‘’bar de la Marine’’, situé au quartier de la Leque.

Là, il retrouva toute son équipe de copains.

Il savait qu’il ne reviendrait pas avant quinze jours au minimum, car dès le surlendemain il jouait à Pertuis où il y avait un gros prix à gagner.

Il faisait équipe avec Polo ‘’le croque-mort’’ et ‘’Gino le Gitan’’, deux très bons joueurs.

Il rentra dans la nuit, sa femme faisait semblant de dormir. Sitôt au lit, elle se lova contre lui, il comprit ce que ça voulait dire, et s’exécuta !

Le lendemain matin très tôt, au petit-déjeuner, il sortit tout son argent, environ trente mille francs, en donna vingt-mille à Magali en lui disant goguenard :

— Tiens, prends ce pognon, si tu es en manque appelle-moi !

N’en profite pas pour draguer, de toutes façons je serais vite au courant, et gâte tes petites sœurs.

Il pensait surtout à l’autre con, le beau Marius qui tournait autour d’elle depuis longtemps.

« Celui-là un de ces beaux matins, je vais me le faire ! »

Ils descendirent tous deux, installa sa valise dans le coffre de la voiture et vérifia que ses engins de travail soient là.

Effectivement quatre triplettes de boules étaient minutieusement rangées dans un étui, avec circonférences et poids différents.

Antoine était un joueur de redoutable, un vrai professionnel surtout au jeu Provençal appelé « « La Longue » ici.

Il n’atteignait pas encore la pleine notoriété, mais dans le milieu on s’accordait à lui prédire un bel avenir.

Sa réputation commençait à dépasser le cadre de sa ville.

Il était maintenant connu de tout le ‘’pourtour de l’étang de Berre’’, avec les surnoms le Rouquin ou la rouille, à cause de sa chevelure rousse.

Plusieurs gloires locales vieillissantes l’avaient déjà sollicité pour être leur partenaire dans plusieurs parties, ce qui avait rehaussé son prestige.

De plus, même si on lui reconnaissait un caractère difficile, il était réputé pour sa droiture, sans embrouilles, ce qui était important dans ce milieu où l’on maniait beaucoup d’argent.

Antoine jouait aux boules depuis sa plus tendre enfance.

Assez sombre et taciturne, il n’aimait ni paraître, ni s’offrir en spectacle, sa fierté était intérieure.

Après sa femme dont il était amoureux, sa passion était toute entière pour les boules surtout la longue qui était réservée à l’élite.

Incontestablement, c’était une vedette du tir où bien peu excellait.

Ce don, il l’avait cultivé durant des jours et des jours depuis son plus jeune âge.

Il avait aussi une faiblesse pour les jeux de cartes, surtout le poker ou la coinchée.

Alors que le Mistral glacial soufflait et glaçait les os, Antoine était souvent seul sur le parking éclairé de son immeuble, pour tirer imperturbablement des boules pendant plusieurs heures et cela tard dans la nuit.

Il était doté d’une adresse peu commune, que ce soit à la Pétanque ou au Jeu Provençal, il manquait rarement sa cible.

En effet son adresse se doublait d’un flegme à toutes épreuves, en toutes occasions, même au cours d’une partie houleuse comme cela pouvait arriver dans ce milieu.

De plus, il avait une prédisposition naturelle à encaisser l’alcool, dans ce pays où le jaune était une religion et où on rejouait chaque partie au comptoir.

Loin d’être idiot, avait pris conscience de sa valeur, car déjà à l’âge de dix-huit ans, il avait été souvent invité par les ténors du coin.

Puis, au fil des mois, les mouvements de foule qui suivaient les grosses parties se déplaçaient autour de son jeu quand il était en lice.

Antoine était un cas, car il pouvait jouer tout aussi bien à la ‘’pétanque’’ ou au ‘’jeu provençal’’.

Bien entendu, il préférait la ‘’longue’’, le jeu des seigneurs, des aristocrates, alors que la ‘’pétanque’’ était accessible à tous.

—C’est l’heure, je vais être en retard, lança-t-il, puis embrassa affectueusement sa femme, monta rapidement dans la voiture, lui cligna de l’œil et démarra.

Magali le regarda partir, les yeux embués de tristesse.

Elle avait maintenant l’habitude de ces départs cycliques depuis qu’ils étaient ensemble.

Elle était partagée entre deux sentiments contradictoires : elle savait que pendant ce périple de plusieurs semaines, son homme qui n’était pas de bois lui ferait peut-être quelques infidélités.

Par le passé, plusieurs femmes de joueurs s’étaient faites un malin plaisir à lancer quelques allusions en sa présence.

En revanche, elle était fière de lire ses exploits de son mari dans les rubriques spécialisées des journaux.

Par ce biais, leur situation financière s’était considérablement améliorée, grâce à des gains de plus en plus importants et fréquents.

Amoureuse de son mari, elle voulait toutefois se convaincre que les bruits rapportés n’étaient que des médisances de femmes jalouses.

Ils étaient tous deux nés à Fos mais habitaient Port-de-Bouc, cette ville ouvrière cosmopolite ou le communisme était roi.

C’étaient des enfants de familles pauvres et nombreuses.

Durant leurs enfances et adolescences, ils n’avaient connu que privations, voire la faim.

Ils avaient commencé à travailler très tôt, avec en plus l’entassement de leurs familles dans de minuscules baraques.

Aînée de quatre enfants, Magali avait toujours été l’éternelle sacrifiée, occupée toute la journée par ses petites sœurs : Angélique la rêveuse, Manon l’intellectuelle et la dernière, Lola, un tronc de l’air comme on dit par ici.

Ceci afin de palier à l’absence d’une mère qui faisait des ménages et d’un père manœuvre-maçon qui se tuait au travail.

Sa vie jusqu’à son mariage n’avait jamais été rose.

Elle aimait Antoine qui malgré tous ses défauts était gentil, et attentionné.

Malgré parfois des manières de rustre, alourdies des façons de ‘’Macho latin’’.

Combien de fois avait-elle dû attendre son entrée tardive dans la nuit, à la suite de parties de cartes, ou de boules.

Mais elle disposait maintenant de tout le confort avec un bel appartement coquet, dont le seul inconvénient était d’être situé au dernier étage d’un H.L.M bruyant.

Au début de son mariage, elle achetait quelques vêtements presque en cachette, n’ayant jamais eu l’habitude de telles prodigalités.

Son mari ne lui faisait jamais aucune réflexion sur ses achats, si ce n’était des jugements à l’emporte-pièce sur ses toilettes :

— ça te va très bien, tu es belle là-dedans.

Ou alors, à l’inverse :

— Ça ne te va pas, tu es boudinée, c’est minable, enlève !

Elle discernait chez Antoine un regard empreint de fierté, quant au hasard de quelques sorties elle se présentait coiffée, maquillée et vêtue d’une toilette agréable, elle savait qu’elle attirait les regards.

Ils sortaient souvent, car ils étaient tous deux d’excellents danseurs, en particulier pour la valse et le tango, mais elle appréciait les danses ‘’latino ‘’que lui, ne pratiquait pas.

Antoine restait souvent assis à table, à discuter avec des amis ou, il passait de longs moments debout au bar avec tout une équipe constituée de « bois- sans-soif. » qui se connaissaient depuis les bancs de l’école communale et des copains des villages avoisinants.

Il n’était pas jaloux, ou il ne le manifestait pas.

Il n’avait jamais adressé la moindre réflexion sur ce sujet à son épouse alors qu’elle percevait quelquefois des traces d’agacement quand un bellâtre venait l’inviter à danser.

En définitive, elle aimait son mari, ses absences la remplissaient d’une morosité languissante.

Leur seul sujet de discorde résidait dans le fait qu’elle désirait avoir un enfant, elle allait avoir bientôt vingt-six ans et se sentait déjà vieille. Antoine n’était pas d’accord pour des raisons qu’il n’avait jamais voulu aborder avec elle, mais que, fine mouche, elle avait compris.

Ces raisons se rapportaient à sa prime jeunesse, a cause d’un père ivrogne et violent et une mère cavaleuse.

Après quelques heures de route, Antoine avait rejoint ses amis boulistes à Marseille dans un bar du quartier d’Endoume qui leur servait de point de rendez-vous.

Ils consommèrent quelques momies, puis ils rejoignirent la table du restaurant.

Tout au long du repas qui fut joyeux et plein d’entrain, les boulistes discutait de leur saison, établissaient les règles communes et accords financiers au fur et à mesure des parties à venir.

Après le dessert plusieurs joueurs décidèrent de jouer aux cartes.

Pour être agréable à la femme du patron, Antoine fit une partie du concours mixte, sous les projecteurs du boulodrome voisin.

Fatigué, sans que ses partenaires s’en aperçoivent, il laissa le coup à une équipe qu’il connaissait et rentra se coucher. Le lendemain, il se leva tardivement, flâna à sa toilette et en pleine forme, prit la route.

Il nageait comme un poisson dans l’eau dans les villes ou villages industriels de l’étang de Berre ainsi que dans les quartiers populaires de Marseille comme ‘’Endoume’’, ‘’le Panier’’, ‘’le Roucas’’.

Mais il aimait aussi se déplacer dans les autres départements de sa région, où les ambiances étaient toujours différentes, moins vulgaires moins turbulentes, plus rurales mais tout aussi chaleureuses.

De plus, toutes les contrées visitées étaient riches, car souvent agricoles.

Les concours avaient lieu pendant les fêtes votives, les récompenses étaient souvent importantes.

Ils se doublaient parfois d’un concours de tir qui n’était pas très usité du côté de chez lui.

Antoine arriva à pertuis sur le coup de midi, rangea sa voiture à l’ombre des platanes et se dirigea vers le Bar Central

Son entrée fut saluée par de nombreux appels amicaux : « Il y a déjà du beau monde, on va se régaler » pensa-t-il, un tonitruant :

— Tonio, salut à toi mon frère, viens boire le verre de l’amitié !

Il fut noyé dans les bras de son futur partenaire Gino le gitan, qui le conduisit vers le comptoir.

— Doucement, j’arrive, je vois que tu as de l’avance sur moi, fais gaffe on joue cet après-midi !

— Mon ami, deux ou trois verres n’ont jamais fait de mal, au contraire c’est un désinfectant.

La répartie eut le don de déclencher l’hilarité générale.

Antoine aimait beaucoup cet homme-là, le Manouche le lui rendait bien, car, dans le temps il lui avait sauvé la mise. En effet, il y a quelques années Gino, équipé avec deux de ses cousins avait fêté une précédente victoire par une beuverie.

Ils s’étaient laissés entraîner dans une partie d’intérêts par les coéquipiers d’Antoine.

Ceux-ci avaient continué à jouer, alors que les romanichels, ivres, n’arrivaient plus à lancer une boule convenable.

La mise était d’importance, il était certain que ces derniers allaient perdre la partie.

Le Fosséen se doutait bien que cet argent était primordial pour eux.

« Putain, ce sont des papillons ! »

Lui, n’aimait pas le pigeonnage, il se tenait en retrait en grillant une cigarette.

C’est alors qu’il avait aperçu la femme de Gino qui se tenait à l’écart avec ses mioches.

Il avait discerné dans ses yeux la détresse, voire le désespoir de cette belle femme.

Il avait compris que cet argent était vital pour elle, il permettait la survie mais surtout d’assurer les repas des gosses.

Le regard de la gitane croisa celui d’Antoine, elle s’était mordu les lèvres d’avoir été surprise.

Dès lors, avec classe, imperceptiblement Antoine avait entrepris de lâcher ses coéquipiers.

Les tirs furent moins précis, les carreaux devinrent rares, quelques contres malheureux étaient venus venaient contrarier ses tirs.

Ses coéquipiers n’avaient alors pu lui reprocher quoi que ce soit, ils perdirent la partie sur un faible écart, commenta hypocritement :

— Ce n’était pas mon jour !

Gino en pleine euphorie, encaissa de ses adversaires les gains de la partie.

Grand Seigneur, il régala l’assemblée de quelques tournées et tout le monde partit se coucher.

Le lendemain matin, au petit-déjeuner, Antoine fut surpris de découvrir à table sous sa serviette, une enveloppe avec le montant de sa prime.

Il avait compris que l’épouse n’avait pas été dupe et que pour le remercier, elle lui rendait sa mise.

La première partie débuta vers dix heures, elle ne fut qu’une simple formalité, ainsi que celle qui suivit l’après-midi, où son équipe élimina trois joueurs locaux, devant une belle assistance.

Il rentra à l’hôtel, prit une douche.

Il appela Magali, pour l’informer des résultats et pour prendre des nouvelles.

Il se changea, puis descendit au bar bondé d’une copieuse assemblée de joueurs, ils commentaient leurs parties mènes par mènes en avalant de nombreux jaunes.