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Mise à l'honneur de la région du Haut-Var
C’est à Fox-Amphoux, aux confins du Haut-Var, que j’ai trouvé refuge depuis trois ans maintenant. Je venais y finir ma carrière comme directrice de l’école à deux classes du village et l’accueil que j’y ai reçu a été si chaleureux et amical que je m’y suis tout de suite sentie bien. Et j’ai eu envie d’y rester.
C’est là, dans le silence des soirées d’hiver que j’ai écrit la plupart des nouvelles de ce recueil, tout en guettant par la fenêtre, d’hypothétiques chutes de neige. Il y en a eu quelques-unes, trop rares à mon goût, plumes blanches voltigeant pour mon enchantement et incitant à la rêverie.
Un ensemble de textes courts et poétiques inspirés par le village de Fox-Amphoux.
EXTRAIT
La pluie était tombée sans discontinuer depuis la dernière lune. Un déluge. Des trombes d’eau. Elle se demandait si un jour cela s’arrêterait. Ce qu’ils avaient fait pour mériter une telle sanction.
Les hommes se croisaient sur la place et disaient : Fan ! Ça va faire vilain ! Et ils hochaient la tête d’un air désolé avant de se séparer.
Les femmes ne disaient rien. Elles attendaient. Depuis toujours leur tâche était d’attendre. Elles s’engouffraient dans l’église, au petit matin, et priaient. Puis, encore, elles attendaient.
Les enfants désœuvrés, nez collé aux fenêtres, observaient les gabians qui tournaient au-dessus des terres. Ils avaient fui la côte et piaillaient inlassablement.
Leurs miaulements fendaient l’espace. Tout bruit humain avait cessé. Seule la nature hurlait, claquait, craquait et sifflait. Les nerfs étaient mis à rude épreuve.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Un peu conteuse, passionnée de lecture et d’écriture,
Mireille Bergès est aussi institutrice de maternelle et directrice d’une école rurale.
Elle a publié en 2013 un recueil de poèmes et elle participe régulièrement à des concours de nouvelles dont certaines ont été éditées.
Elle vit dans le Haut-Var, et comme l’Homme de son histoire, elle marche beaucoup. C’est de ces promenades qu’elle ramène des photos qui lui servent de point de départ aux histoires qu’elle écrit.
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Seitenzahl: 141
Veröffentlichungsjahr: 2018
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La Provence dissimule ses mystères derrière leur évidence.
Jean Giono
Selon la formule consacrée, toute ressemblance avec des personnes ou des événements ayant existé ne serait que fortuite, excepté dans l’avant-propos.
C’est à Fox-Amphoux, aux confins du Haut-Var, que j’ai trouvé refuge depuis trois ans maintenant. Je venais y finir ma carrière comme directrice de l’école à deux classes du village et l’accueil que j’y ai reçu a été si chaleureux et amical que je m’y suis tout de suite sentie bien.
Et j’ai eu envie d’y rester.
C’est là, dans le silence des soirées d’hiver que j’ai écrit la plupart des nouvelles de ce recueil, tout en guettant par la fenêtre, d’hypothétiques chutes de neige. Il y en a eu quelques-unes, trop rares à mon goût, plumes blanches voltigeant pour mon enchantement et incitant à la rêverie.
D’autres textes ont été finalisés alors que les prémices du printemps chantaient avec les crapauds, le soir, là-bas, de l’autre côté de la route, dans la vigne abandonnée. La hulotte fidèle me tenait compagnie. Souvent, avant de me mettre à ma table de travail, j’allais faire une balade digestive du côté du champ de narcisses qui embaume l’air.
Lorsque l’inspiration m’abandonnait, je marchais par les petites routes et les sen-tiers. Les lavoirs restaurés m’ont parlé de la valeur de l’eau, de mains gercées et de secrets de femmes. Le sentier en calade qui mène au vieux village perché sur son éperon rocheux m’a conté l’histoire de ceux-là qui descendaient travailler dans la plaine et remontaient le soir, fourbus. Je me suis arrêtée devant la chapelle troglodyte, peinée qu’il ait fallu la fermer d’une grille pour éviter les vols et les dégradations. Là, face à la croix qui domine le village neuf, je me suis émue de tant de foi siècle après siècle renouvelée.
J’ai trouvé ici trois alliées, Pauline, Caroline et Nathalie. Elles m’ont rendu la vie plus douce, plus facile. Je me suis appuyée sur elles en toute confiance. Elles ont apporté leur sérieux et leur jeunesse à cette aventure. C’est avec elles que j’ai pu m’épancher si j’avais le cœur lourd et rire aux éclats lorsqu’il était à la fête. J’espère leur avoir rendu ces années partagées plus légères et plus gaies.
Et puis, j’ai traîné mes bottes à la biblio-thèque où mon goût pour la lecture a été comblé. Il suffisait que je veuille lire un auteur, un livre particulier et le mois d’après, Éliane et Martine s’étaient dé-brouillées pour me le procurer. Nous avons échangé impressions et conseils de lecture, nous avons ri aussi et partagé plus tard quelques confidences. Précieuses bibliothécaires !
J’ai discuté dans les deux commerces du village, boulangerie et épicerie, et j’ai beau-coup appris même si, évidemment, j’ai tant encore à savoir et à comprendre pour mieux connaître cet endroit.
Le maire m’a honorée de sa confiance et lui aussi m’a renseignée sur l’histoire du village et de ses habitants. Qu’il en soit ici remercié et qu’il sache que je n’ai pas fini de l’embêter avec mon envie de savoir !
Enfin, j’ai découvert avec délice « Chez Chantal et Jean ».
Le bistrot, resto, tabac. Certains clients, des fidèles, viennent de loin, depuis des années, pour y manger mais on y arrive souvent par hasard au retour d’une promenade. Chantal et Jean, quelle gentillesse !
Chantal est partout : en cuisine, au service ou au comptoir suivant l’heure. C’est elle qui te régale et tu peux me croire, cuisiner, elle sait le faire ! Un seul menu, servi avec le sourire toujours, tellement copieux que même les gros appétits sont rassasiés. Ne viens pas y chercher de cette nouvelle cuisine qui fait joli dans l’assiette, ici point de cela ! Mais des plats comme on ne prend plus le temps d’en préparer, rôti de porc ou gigot à l’ail, bœuf aux carottes, aïoli, blanquette et des desserts maison… Attention, il vaut mieux réserver quelques jours à l’avance.
Tu trouveras Jean derrière le comptoir. Souvent, leur fils David le remplace et s’occupe aussi du service à table.
De pareils endroits, il n’en reste guère, vestiges d’une époque où on prenait le temps d’accueillir ceux qui se présentaient et pas uniquement pour leur vendre quelque chose. Tu peux me croire sur parole, tu auras envie de revenir !
Au printemps ou en été, installe-toi à l’ombre des marronniers ou des mûriers, sur l’une ou l’autre des terrasses. Régale-toi, et si tu as de la chance, Jean sortira son accordéon. Plus rien n’existera pour lui si ce n’est faire partager son plaisir. Chantal trottera alors de la cuisine à la salle et de la salle à la terrasse, sourire aux lèvres et fredonnant, heureuse de voir son Jean heureux.
Et si tu as du cœur, de l’âme devrais-je dire, tu souriras aussi.
Alors tu reculeras ta chaise, allongeras les jambes et laisseras la douceur du jour t’envahir.
J’aime venir aux beaux jours, le matin quand quelques cyclistes et des randonneurs font une pause. Des habitués attablés avec Jean cassent la croûte évoquant pêle-mêle leurs exploits de chasse, de con-cours de boules ou de jeunesse. Ils sont drôles et émouvants, virils mais fragiles, vantards mais sincères. Des vrais mecs du sud ! Charcuterie sur la table, vin dans les verres, ça mâche et ça croque tout en parlant et moi oreille tendue, j’essaie de n’en pas perdre une miette.
J’aime bien aussi faire là, une pause, l’après-midi vers les cinq heures. On peut à cette heure-là vivre des moments délicieux de plaisir partagés. J’y ai fait la connaissance d’un amateur de lecture. Rencontre que j’aurais crue improbable en un tel lieu… Comme quoi les idées toutes faites, hein ! Et comme il est peintre, nous avons aussi eu l’occasion de parler de peinture et d’art. Nous nous retrouvons par hasard et il nous arrive d’échanger des livres que nous avons aimés. Parfois, la petite fille de Chantal et Jean s’assoit un moment avec nous. Elle est vive et drôle, curieuse et gaie.
Si Chantal trouve un moment de répit, elle se joint à nous. Nous parlons alors de plantes, de promenades, de choses et d’autres. Il lui arrive de raconter la vie dans son petit village avant que l’armée ne crée le camp de Canjuers. Un voile de nostalgie se pose alors sur nous.
Si ce sont de tels moments d’échange que tu recherches, il faudra venir aux heures calmes et savoir questionner, écouter, être humble.
L’intérieur, guère fréquenté aux beaux jours, bruit de récits et d’apostrophes au cœur de l’hiver. Aux murs, des trophées de parties de boules, quelques animaux empaillés, n’oublions pas qu’on est au pays des chasseurs, une collection de porte-clés, des affiches, des photos anciennes… souvenirs de famille émouvants. Une décoration complètement démodée mais précieux témoin du temps d’avant.
L’hiver, après le travail, lorsque le mistral souffle et hurle et que le froid se fait mordant, j’aime venir y acheter mes cigarettes et parler avec ceux acagnardés au-près du poêle.
Chantal et Jean sont moins bousculés par le travail, ils ont alors davantage le temps de raconter. Et ce sont des conteurs passionnants. C’est dans ces moments-là que Jean me raconte le village, du temps de son enfance.
Voilà ce qui fait ma vie depuis que j’habite ici.
Cette amitié donnée et cet apaisement ont favorisé mon envie d’écrire. Ici, tout coule de source…
Je sais ce que ce recueil doit au village de Fox-Amphoux et à ceux qui m’ont accueillie, et s’il manque des prénoms dans cet hommage, qu’ils sachent que je ne les oublie pas et que je les en remercie.
La pluie était tombée sans discontinuer depuis la dernière lune. Un déluge. Des trombes d’eau. Elle se demandait si un jour cela s’arrêterait. Ce qu’ils avaient fait pour mériter une telle sanction.
Les hommes se croisaient sur la place et disaient : Fan ! Ça va faire vilain ! Et ils hochaient la tête d’un air désolé avant de se séparer.
Les femmes ne disaient rien. Elles attendaient. Depuis toujours leur tâche était d’attendre. Elles s’engouffraient dans l’église, au petit matin, et priaient. Puis, encore, elles attendaient.
Les enfants désœuvrés, nez collé aux fenêtres, observaient les gabians qui tournaient au-dessus des terres. Ils avaient fui la côte et piaillaient inlassablement.
Leurs miaulements fendaient l’espace. Tout bruit humain avait cessé. Seule la nature hurlait, claquait, craquait et sifflait. Les nerfs étaient mis à rude épreuve.
Les barques étaient coincées au port. Personne n’osait sortir. Une brume épaisse et gluante barrait l’horizon. Le vent d’Est soufflant en longues rafales soulevait des paquets de mer qui s’écrasaient au pied des falaises en de monstrueuses gerbes d’écume. L’air sentait l’iode, le sel, le souffre. De loin en loin d’aveuglantes zébrures blanches éclairaient le ciel de plomb. Le grondement du tonnerre roulait, rebondissait sur l’eau, éclatait sur les collines et revenait vers le village.
Et matin après matin, le jour se levait sur l’île grise et luisante.
Les vignes souffraient. L’avoine semée ne levait pas. Les légumes n’avaient pas grossi.
Jamais encore, on n’avait vu ça.
Il pleuvait, et il pleuvait, sans cesse.
Il avait suffi d’un grand coup de vent pour faire le ménage. Un matin, ils s’étaient réveillés et le mistral soufflait, déchaîné. Les vagues avaient changé de sens. Les arbres avaient plié, la terre s’était asséchée. Une lumière crue avait tout nettoyé. Le ciel était d’un bleu très pur. Les hommes reprirent le chemin des plaines et le travail.
Un autre matin, encore, et le vent était tombé.
L’île retrouvait son aspect riant. Les chemins embaumaient, romarin, lavande, essence de pin…
Juillet était là.
Elle sortit de la maison en riant. C’était une jolie fille au teint mat et aux boucles brunes. Elle portait un panier et le balançait en marchant.
- Où vas-tu ? lui demanda sa mère qui frottait du linge au lavoir.
- Je passe au jardin voir si des fraises sont mûres, ça ferait un dessert, non?
- Bonne idée, tu prendras quelques tomates aussi.
- Oui, et j’irai à la vigne voir si papa a besoin d’un coup de main…
- Tu vas encore vagabonder, tu sais que … commença la mère.
Elle n’eut pas le temps de finir, la jeune fille s’éloigna, riant toujours. Avant de tourner l’angle de la ruelle, elle se retourna et lança :
- J’en ai pas pour longtemps, il faut que je sorte après toute cette pluie !
Et elle rit encore. La mère sourit. Elle aussi avait éprouvé le besoin de se retrouver à l’extérieur, besoin d’espace, de ciel, de soleil. Elle avait bien raison, la petite, il était tôt encore.
Dès qu’elle fut hors de vue, elle se mit à courir. Elle courut ainsi pendant un moment. Son cœur cognait dans sa poitrine, son souffle devint court. Elle ralentit mais ne s’arrêta pas. Elle arriva au Fort Sainte-Agathe. Là, elle stoppa enfin, s’adossa. Elle tremblait un peu, son front était humide, elle laissa les battements de son cœur se calmer puis embrassa l’horizon. Elle voyait la plaine, la plage de la Courtade, la rade d’Hyères. Ses yeux se posèrent sur le port. Les pontons commençaient à se remplir. Elle regarda de nouveau vers la presqu’île de Giens. Elle rit encore. Aujourd’hui, demain, bientôt, il serait là. Il avait promis. Il reviendrait. Elle l’attendait et chaque matin, elle monterait jusqu’ici. Un jour, peut-être, la voile pourpre apparaîtrait, elle verrait son bateau approcher. Alors elle dévalerait le chemin jusqu’au port et se jetterait dans ses bras... Non, ce serait mieux d’aller l’accueillir, calmement, comme si elle n’avait jamais été impatiente…Ou alors, peut-être faire comme si elle le rencontrait par hasard et ne l’avait pas attendu pendant ce long printemps pluvieux… Elle ne savait pas. Elle rit encore puis scruta la mer un moment. Il n’y avait pas la voile attendue. Elle redescendit vers le jardin en chantonnant.
Des fraises étaient mûres, elle les cueillit. Les tomates n’étaient pas bien grosses mais bien rouges. Leur parfum se répandit et se mêla à celui des fruits. Elle se dit que c’était une bonne journée. Elle ne fit pas de détour par la vigne et rentra chez elle en sautillant, son panier coincé au creux du bras.
Elle trouva ainsi un prétexte le premier jour de grand calme, puis le suivant et le suivant encore. Chaque fois, elle gravit le chemin jusqu’au fort et scruta l’horizon. Elle n’y vit pas le bateau attendu. Elle riait toujours et se disait : demain, peut-être…
Le quatrième jour, elle eut envie de se balader. Elle prit alors le chemin des Mèdes, derrière la plage de la Courtade et marcha sans but réel. Elle pensait au printemps dernier, à ce jeune navigateur qui était arrivé un jour de grand vent et lui avait demandé où trouver du pain. Elle le lui avait expliqué et ils avaient parlé un peu. Cela s’était fait naturellement, sans qu’elle soit intimidée. Elle l’avait revu plusieurs jours d’affilé. Il lui avait parlé de ses voyages, de sa façon de vivre. Nomade. Un jour, il lui avait pris la main. Ils étaient partis marcher vers le phare. Il voulait voir l’île en son entier. C’était venu simplement. Il lui avait pris la main, ils avaient marché encore... Puis, il l’avait attirée vers lui et l’avait embrassée. C’était tendre et doux. C’était son premier baiser. Elle se rappelait le poids du bras sur son épaule et l’odeur de ses cheveux, lorsqu’ils avaient repris leur marche. Elle revoyait ses yeux pétillants de bonheur chaque jour pour leurs retrouvailles. Elle entendait ses mots : « En juillet, je te promets, je reviendrai ». Alors, elle souriait en marchant, et se disait : demain, peut-être.
Elle arriva au croisement des quatre chemins et prit la piste vers Sainte Agathe. Il reviendra, il reviendra… chantonnait-elle. L’air était vibrant des crissements des cigales qui chantaient avec elle. Un limbert dressé sur ses pattes avant, cou tendu, la regarda passer. Elle se sentait bien, calme et joyeuse, sûre d’elle. Il reviendra, il reviendra…
Fini l’hiver, finie la pluie, finie l’attente… Juillet était là.
Le sol, poussiéreux à nouveau, craquait sous ses pas. Les essences subtiles parfumaient la garrigue. Elle allait à grands pas, sereine, rêvant à celui qui allait revenir et qui avait peuplé ses jours et ses nuits pendant tous ces longs mois. Marchant ainsi, elle décida de prolonger la promenade et prit un sentier sur sa gauche. Il serpentait, étroit. Les lézards fuyaient au bruit qu’elle faisait dans un crissement de feuilles sèches. Un goéland la survola et poussa un cri. Le soleil était déjà haut dans le ciel et elle commença à transpirer. Soudain, lui apparut la ruine. Elle ressemblait à une tour et il n’en restait plus grand chose.
Qui avait habité là ? Était-ce une autre des nombreuses constructions militaires ? Elle ne savait pas mais trouva l’endroit splendide. Elle vit un creux d’herbe et s’y assit. Elle ferma les yeux. Tous ses sens étaient aux aguets. Le moindre froissement, le moindre murmure lui parvenaient amplifié. Elle se sentit merveilleusement en accord avec ce lieu qu’elle découvrait.
Le goéland, ou était-ce un autre, passa de nouveau au-dessus d’elle. Il piailla. Elle ouvrit les yeux. Il tournait en larges cercles, une proie dans le bec et un congénère semblait le poursuivre. Elle vit de petits nuages de coton blanc glisser dans l’azur du ciel. Elle frémit. Combien de temps durerait cette attente ? Elle se dit que dès son arrivée, elle l’amènerait ici. Le maquis avait grignoté la tour. L’endroit ressemblait à un refuge. Ce serait le leur. D’eux seuls, connu… Elle sourit. Elle ignorait que d’autres l’avaient pensé avant elle.
Elle se releva et prit le chemin du retour. Elle passerait au fort avant d’aller au jardin. Et puis ce soir, elle se renseignerait sur cet endroit.
De là-haut, elle avait une vue parfaite. Rien du côté de la presqu’île. Rien dans la rade. Rien dans le port. Rien, rien, rien… Il reviendra, il reviendra … se dit-elle. Elle ne laissa pas son désappointement se transformer en tristesse et reprit en chantonnant, le chemin du jardin.
Le soir, au repas, son père s’inquiéta :
-Mais que fais-tu donc de tes journées ?
-Je me balade…
-Mais enfin, où ça ? Tu ne la connais pas encore par cœur, l’île ?
-Et bien non, figurez-vous. Chaque jour, je trouve de nouvelles choses. Tiens cet après-midi, justement, j’ai découvert une tour en ruine au milieu du maquis, je ne l’avais jamais vue !
-Dans le maquis ? Où ça ? Attention aux serpents tout de même…
-Oh, vous, vous avez toujours peur de tout ! dit-elle en riant. Pas loin du fort Sainte Agathe. Mais, je vous assure que je n’y ai vu aucun serpent !
-Ce ne serait pas le moulin par hasard, dit le père à la mère.
-Va savoir… peut-être… je ne vois rien d’autre dans ce coin…
-Le moulin ? Je ne savais pas qu’il y avait un moulin sur l’île !
