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Je suis née à Brosses, au Moulinot, en 1920. Mes parents exploitaient cette petite ferme après leurs parents. La vie a bien changé depuis mon ancêtre tailleur de pierres venu rénover la basilique de Vézelay sous Violet le Duc.
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Seitenzahl: 164
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Les ancêtres d’Antonie Buet
Les ancêtres Poulin
Mes ancêtres
Brosses
La vie à Brosses
Le ru de Brosses
L’école
La vie dans les familles
Le mariage
La nourriture
Les fêtes
La religion
Le travail
La première communion
Les élections
La guerre
De l’après-guerre à maintenant
Autres histoires
Et, une génération plus tard
Notre jeunesse
Vers 1820 la basilique de Vézelay est détruite par un incendie. Quelques années plus tard il n’en restait qu’un gros tas de cailloux, recouvert de ronces et d’orties. L’architecte Violet le Duc, étant de passage à Vézelay ,en fut très attristé et décida de la reconstruire. Il y amena les meilleurs bâtisseurs de France qui l’ont rebâtie au même endroit sur le style roman comme elle existe aujourd’hui.
Il fit venir huit sculpteurs, on disait à cette époque des tailleurs de pierres, les meilleurs qu’il connaissait, pour y effectuer toutes les sculptures sacrées de la vie catholique. Parmi ces ouvriers un monsieur Zimmer a été notre ancêtre. Il venait d’Alsace vers 1830, et pour sa part a sculpté le portail d’entrée ; il y a travaillé pendant douze ans !!! Et comme à la fin de ces travaux se déclarait la guerre avec l’Allemagne ( la Prusse), qui a conquis l’Alsace Lorraine, ils ne sont pas reparti dans leur pays natal, ils voulaient rester français et sont restés à Vézelay où ils sont morts.
Ils ont eu quatre filles, toutes dotées d’un bon métier dans la couture, et de qualités leur permettant de faire de bonnes maitresses de maison et de bonnes ménagères.
L’aînée était brodeuse de lingerie à la cour de Napoléon. Elle a épousé le comte de Zavetir, artiste peintre de grand talent que l’impératrice avait fait venir de la Martinique pour faire en tableaux les portraits de la famille impériale. Pas de descendants. Une autre fille, épouse Fèvre, a deux enfants :Marie, religieuse, et Charles, curé de Druyes les belles Fontaines puis curé doyen à Cruzy le Chatel.
La troisième fille épouse monsieur Houblon à Vézelay D’où la descendance Gravelin ( Janine à Brosses) . La quatrième fille, épouse Petit a un fils Henri, et une fille Flavie qui épouse vers 1860 Jean Mailleau, cultivateur à Farges, commune de Brosses, qui avait vingt ans de plus qu’elle. Ils eurent une fille Félicie en 1872 qui épousa Ernest Poulin. Ils eurent cinq enfants : Hélène en 1893, Antonie en 1897, Louis en 1900, Henriette en1903 et Jean en 1911.
Comme Félicie était une « très bonne laitière » à chaque enfant qu’elle a eu, elle prenait un nourrisson du même âge qu’elle nourrissait en même temps que le sien. C’est ainsi qu’elle a allaité Pierre Etienne Flandin de Domecy sur Cure qui est devenu député de l’Yonne, ministre des travaux publics, et d’autres portefeuilles. Il était très célèbre vers 1930 pour avoir apporté beaucoup de progrès dans la vie des morvandiaux et des ouvriers français en général.
Félicie était une fille « costaude » et très courageuse. Son père Jean Mailleau étant décédé, c’est elle qui conduisait la charrue, attelée de leurs deux bœufs pour cultiver leurs terrains, la vigne, récolter le foin et le blé, tous les travaux de la ferme. Lorsque Ernest est revenu travailler la terre à Bois d’Arcy chez ses grands-parents après avoir été « interdit de prêtre » pour des raisons d’état, ils se sont convenus et mariés pour continuer cette vie campagnarde. Lui ne connaissait rien aux travaux puisqu’il avait passé sa jeunesse au séminaire, mais elle savait se faire aider en le commandant. Il l’adorait pour ses qualités : excellente cuisinière, savait coudre, tricoter et tous les travaux ménagers, savait réparer un meuble, peindre les murs avec beaucoup de goût. Flavie les aidait, s’occupait des enfants, de la basse-cour et de la cuisine pendant que Félicie travaillait au dehors. En même temps Flavie a toujours travaillé à la fabrication de dessus de pantoufles qu’elle brodait au point de croix sur du canevas, toujours le même dessin : une rose et ses deux feuilles sur un fond beige clair.
Elle travaillait pour un distributeur de Vézelay.
Lorsqu’elle en avait fait six douzaines (plein sa hotte) elle les portait à Vézelay à pied dans ses sabots de bois, la hotte sur le dos, une pomme ou des morceaux de sucre dans sa poche. Le distributeur lui remettait le canevas et la laine nécessaires pour la prochaine commande, et surtout la payait bien car ces ouvrières étaient rares et appréciées. Elle mangeait et couchait chez sa cousine Houiller puis revenait le lendemain. Elle faisait cette livraison environ une fois par mois. Si cela tombait pendant des vacances, elle menait avec elle une de ses petites filles. C’était la fête pour cette enfant qui parcourait bravement ses quinze kilomètres afin de voir Vézelay et la cousine qui était très gentille et les gâtait.
Henri Petit, frère de Flavie est resté célibataire étant faible de constitution. Il vivait de petits travaux de jardinage, mais à la cinquantaine, ne pouvant plus subvenir à ses besoins, son cousin Charles Fèvre, doyen de Cruzy le Chatel, l’a pris en charge chez lui. Il faisait le bedeau, l’entretien de l’église, cultivait le jardin et faisait vivre une importante bassecour. Cela améliorait leur existante car le doyen n’était pas exigeant et aidait bien des nécessiteux. Il avait des ruches bien entretenues mais donnait son miel pour les malades.
Vers 1900 les communes de Brosses et de Montillot ont décidé d’établir une correspondance le samedi avec Avallon. Un commissionnaire ferait le trajet pour effectuer diverses attributions. Comme c’était fastidieux ( il devait être costaud, intelligent, débrouillard, aimable, etc.) personne n’a accepté cet emploi. Félicie s’y est présentée et acceptée. Ils venaient de s’acheter un bon cheval, elle avait la voiture adéquate : une tapissière de six mètres carré de surface, couverte d’une toile imperméable, un siège bien rembourré pour le conducteur. Le travail consistait à passer dans les villages le jeudi recueillir l’argent des traites, des primes d’assurance pour « la Prévoyance, le Nord et l’Abeille », des placements à la caisse d’épargne, etc. Ensuite vendre sur le marché les produits que lui avaient confié les producteurs locaux, et acheter ce que les clients lui avaient commandé ainsi que des ordonnances chez le pharmacien.
Et la voilà partie. Flavie lui a préparé sa chaufferette ( c’est l’hiver) un genre de bidon aplati rempli de braises, qui, mis sous ses pieds la tiendra au chaud jusqu’à Avallon. Avec les peaux de ses lapins qu’elle a tannées, elle s’est confectionné un manchon et une couverture à mettre sur ses genoux. Sa mère lui a tricoté une palatine en grosse laine, pour les épaules. Elle est bien parée contre le froid et tient devant elle sa belle sacoche de cuir de porc fabriquée par le bourrelier du village qui contient tout l’argent qu’elle doit déposer, ainsi que son carnet de commandes. Lorsque la température était supportable, elle tricotait tout le long du parcours, le cheval connaissait la route. Pendant la guerre de 1914 elle confectionnait des passe-montagnes, gants, chaussettes pour les soldats. Après Blannay elle s’engageait sur la nationale 6. Vers 1938, cette route a été goudronnée, le cheval y glissait comme sur du verglas, tombait à genoux, elle a dû changer d’itinéraire : à Blannay elle se dirigeait par une petite route empierrée sur Givry, Pontaubert et Avallon. La grosse difficulté était la côte sinueuse entre Pontaubert et Avallon, mais le cheval était costaud et elle l’encourageait de la voix. Arrivée à Avallon vers sept heures elle allait livrer dans les quincailleries Beaud et Guégneau les caisses d’outils ( serpes, cognées, pioches, etc.) fabriquées par Guillemard, taillandier à Brosses. On chargeait dans sa voiture des tiges d’acier qu’elle livrerait le lendemain à cet artisan. Puis elle allait déposer ses cageots de légumes, fruits, fleurs, sur la place du marché dans le carré qui lui était attribué ( le marché couvert n’existait pas, il se tenait en plein air, sur la place de l’hôtel de ville pour tout ce qui était destiné à l’alimentation) . Les forains ( linge, bazar, gadgets) se tenaient en bas des terreaux, face à l’hôpital. Elle conduisait ensuite son cheval dans l’écurie de l’hôtel restaurant de madame Breton qui avait comme enseigne : « on loge à pied et à cheval ». Elle lui donne un seau d’eau, une fourche de foin et le laisse se reposer tandis qu’elle ingurgite un copieux petit déjeuner que madame Breton lui a préparé. Puis, sa lourde sacoche en bandoulière, elle part dans les banques, assurances, etc. rendre les sommes qui leur adviennent. Elle est soulagée, car détenir des sommes si importantes lui cause des soucis. En toute tranquillité elle s’installe sur le marché, il est neuf heures. Les clients arrivent . Sur sa petite balance elle pèse légumes et fruits que lui ont confié les producteurs de Montillot et de la région. Sur le marché tout le monde se connaît, on s’y rencontre chaque samedi, on se salue, s’échange les nouvelles des familles et des villages, c’est très familial. Félicie a parcouru 20 kilomètres mais d’autres en ont fait davantage pour venir du fond du Morvan vendre leurs fromages, poulets, lapins, œufs frais, beurre fait à la baratte, toutes ces choses naturelles que l’on appellerait aujourd’hui « du bio ». Ils vous disaient toujours des choses agréables dans leur patois morvandiau.
A proximité de Félicie se tenait une femme de Brosses que l’on appelait la bourrue à cause de son air malgracieux, mais très gentille. Elle vendait les légumes de son jardin assise sur un cageot retourné, les jambes écartées ( la mode était aux culottes ouvertes !!!). Un proche voisin qui vendait des pommes de terre lui en lançait une de temps en temps entre les jambes ; elle la mettait dans un sac et les emportait le soir. A la fin de l’année, elle lui dit : « demègne, ta vinro cheux moué cheurcher un moussiau de boudégne, j’vons tuer le coechot qu’o migé les pommes de terre que to me lanco dans le cul, o peut Ben te faie miger de son boudègne »
Traduction : « demain tu viendras chez moi chercher un morceau de boudin. Nous allons tuer le cochon qui a mangé les pommes de terre que tu me lançais dans le cul, je peux bien te faire manger de son boudin ».
Les clients arrivaient, Félicie pesait fruits et légumes, avec un petit mot aimable à chacun, prenant des nouvelles des familles. La matinée est vite passée. Elle apporte à madame Breton les quelques légumes et fruits invendus en échange du bon déjeuner que celle-ci lui offre. Après le café réconfortant elle part dans la ville acheter ce qui lui a été commandé. A la biscuiterie Massé, elle commande plusieurs dizaines de paquets de biscuits pour les épiceries de la région. La maison lui offre un bon kilo de brisures de biscuits qui régaleront ses enfants. Ensuite, chez les Garnuchot, marchand de vin demi-gros, elle commande 5 ou 6 bonbonnes de vin du midi à douze degrés. Lorsqu’elle leur en a acheté dix bonbonnes on lui en fait cadeau d’une. Toutes ces marchandises encombrantes lui sont livrées dans sa voiture, au restaurant. Ce sont ensuite les merceries, tissus, porter une montre à réparer, librairies, la boucherie où, vu l’importance de ses achats, le boucher lui fait cadeau d’un magnifique pot au feu, avec des entames de charcuterie, des talons de jambon, ce qui nourrira sa famille plusieurs jours. Au dernier moment elle passe à la pâtisserie chercher le baba au rhum pour la famille Foin de Brosses. Demain matin, Antonie et Louis, ses deux enfants (10 ans et 8 ans) iront le livrer à pied. Mais un jour, ils ont remarqué que ce baba dégorgeait de jus dans sa gamelle, ils l’ont goûté et apprécié si bien que chaque dimanche en faisant la livraison ils buvaient chacun une gorgée de cette sauce. Madame Foin leur dit un jour : « dîtes à votre maman qu’elle demande au pâtissier de mettre davantage de rhum, son baba est trop sec » Ils ne pouvaient rien dire, mais à l’avenir ils s’arrêtaient auprès du puits à l’entrée de Brosses, tiraient de l’eau dans le creux de leur main et arrosaient le baba pour compenser la dégustation. Par la suite madame Foin leur dit : « vous avez bien fait ma commission, le baba est meilleur, plus Moelleux ». Ils en ont ri toute leur vie. Le souvenir du baba de madame Foin est resté dans toutes les mémoires. Après cette journée bien chargée elle revenait de nuit, souvent en dormant sur le siège, le cheval se conduisait seul.
Ernest allait l’attendre au Gai Pavé avec le bœuf qu’ils attelaient devant le cheval pour l’aider à monter la côte du Corbier, entre Vaudonjon et Montillot.
Le dimanche elle repartait avec sa voiture livrer les commandes, se faire rembourser et souvent prendre des commandes pour la semaine suivante. Mis à part le travail qui lui incombait, elle risquait gros à transporter d’importantes sommes d’argent.
Un jour d’hiver, descendant la côte du Corbier après Montillot, elle entend quelqu’un qui était sur le marchepied à l’arrière de sa voiture et qui lacérait la toile pour y pénétrer. Elle a crié très fort : « Louis, prends ton révolver, on va nous attaquer ». Elle était seule mais le gars a sauté sur la route, elle était sauvée. Une autre fois, à cette traversée de bois, un homme sort, attrape le cheval par la bride puis essaie de monter vers elle par l’avant de la voiture. Elle prend son fouet et d’un grand coup lui cingle le visage avec la lanière. Il a poussé un cri de douleur et est reparti dans le bois. Elle lui crie : « la prochaine fois ce sera mon revolver ».
Dans son périple à Avallon, elle n’oubliait pas de passer à la pharmacie porter les ordonnances qui lui avaient été confiées et rapporter les médicaments, mais aussi pour saluer son lointain cousin, le pharmacien Shleter, un alsacien venu avec la famille Zimmer pour échapper aux allemands en Alsace à la guerre de 1870 comme les familles Scherrer ( médecin à Auxerre), Shiever ( médecin et son frère commerçant important) et bien d’autres. Ce pharmacien lui donnait des échantillons de médicaments, et surtout du savon dentifrice, dans des petites boites rondes en métal. Je crois que nous avons été les premiers dans la région à les utiliser. Elle lui apportait des fruits de son jardin, des œufs de ses poules, et en échange il lui donnait un flacon de quintonine, qui, mélangé dans un litre de bon vin de chez Garnuchot, faisait un délicieux apéritif reconstituant.
A la maison, Flavie s’occupait de tout : ménage, cuisine, bassecour, traire les vaches et surveiller que les enfants aient bien appris leurs leçons. Tous les cinq travaillaient bien à l’école et ont obtenu le certificat d’études, dont Antonie première du canton en 1909. A 14 ans ils partaient en apprentissage, Hélène comme cuisinière dans la famille Pascal Médjian, qui avaient fui l’Arménie pour éviter le génocide. Leur fille avait épousé monsieur Richard qui possédait de nombreuses propriétés dans l’aube, dont le terrain où se trouvaient les sources de la Seine alimentant Paris. La ville de Paris leur en avait offert un million de francs pour acheter ce terrain, ils ont refusé et continué de lui louer, mais à leur décès, par testament ils en faisaient cadeau à la ville. Lorsqu’Hélène s’est mariée avec Charles Joly elle est revenue à Brosses comme boulangère. C’est Antonie qui est partie à Saint Mards en Othe la remplacer, où elle s’est bien perfectionnée en grande cuisine.
A son tour, Louis part apprenti jardinier en banlieue parisienne. Il ne vient voir ses parents qu’une fois par an ( à Noël) où une péniche le descend à Chatel. Le grand-père Poulin, veuf, vient habiter avec eux à Farges. Il aide à la culture de la vigne, des fruitiers et du jardin. Entre chaque pied de vigne, ils ont planté un fraisier qui, ayant proliféré donnait des dizaines de kilos de fraises qui faisaient de délicieuses confitures. Félicie vendait le reste au marché. Ces plants de fraisiers dans la vigne y sont restés toute leur vie. Le grand-père Poulin est décédé d’un A.V.C en 1909.
Mille neuf cent quatorze, la guerre est déclarée. Félicie ne change pas de métier, mais se fait accompagner soit par sa fille Antonie, soit par une personne de la région ayant à faire à Avallon : elle avait peur des soldats coloniaux qui séjournaient à Avallon.
Antonie s’était promise à un jeune cultivateur de Brosses, Henri Buet, qui partait en juillet 1912 faire ses deux ans de service militaire. Hélas ! En aout 1914 on le gardait pour quatre ans de guerre atroce, dans les tranchées, puis sa classe a dû passer encore un an à l’armée pour la « sécurité du territoire » ce qui fait qu’il n’est rentré chez ses parents qu’en juin 1919, après sept ans d’absence.
Ils se sont mariés en aout 1919 et se sont installés au Moulinot, cultivateur charretier et sabotier. Antonie s’occupe des animaux, de la maison et a deux filles en 1920 et 1922. Louis, trop jeune pour la guerre, s’est marié en 1923 avec Madeleine Bouzioux, ils ont eu trois filles et un fils. Henriette a épousé Jules Guillemard, jardinier à Montillot. En 1925 ils ont eu un fils. Par l’intermédiaire du cousin Charles Fèvre, doyen de Crusy le Chatel, ils ont été employés au château de Meaulnes, chez la famille Béguinot Martineau des Chesnez, elle comme cuisinière et lui comme jardinier et chauffeur de l’automobile. Jean est resté chez ses parents jusqu’à son service militaire, cantonnier à Brosses. Il est resté célibataire.
En 1927 Flavie parcourait encore le trajet de Vézelay pour livrer ses dessus de pantoufles. Un après-midi qu’elle en brodait, ayant sous ses pieds sa chaufferette remplie de braises, sa jupe en Pilou a trainé sur cette chaufferette et s’est enflammée ; elle a ouvert sa porte pour appeler au secours, les flammes ont redoublé et elle est décédée. Elle avait 87 ans. Toute la famille en a été très affectée, perdre une grand-mère si gentille, si courageuse, si bonne !. Même les enfants de l’assistance qu’elle avait élevés sont venus, des larmes plein les yeux : Henri Biraud, Bouton, Marius, Richard, Pierre Pincemin, Pierre Richard, et d’autres.
Chez Félicie et Ernest, les invitations étaient fréquentes. Un vendredi ( jour sans viande pour les chrétiens), à midi, ils se préparaient à manger un petit salé aux lentilles lorsqu’ils voient le curé poser son vélo à leur porte. Vite, Félicie retire la viande du plat, la dépose dans le placard, puis on invite le curé qui se met à table. Il se délecte des lentilles, salade, fromage et tarte aux pommes. Avant de partir, il la remercie et dit « vos lentilles étaient délicieuses, mais j’aurais bien mangé aussi un morceau de la viande qui a cuit avec. » L’abbé Dornier était un homme costaud, la soixantaine, arrivé à Montillot en 1924 pour remplacer le curé qui habitait Brosses et avait fait toute sa carrière aux paroisses de Brosses, Montillot et Bois d’Arcy. Mais, vers 1920, un conseil municipal de Brosses l’a expulsé de son presbytère et sa petite chapelle pour vendre cette propriété à la famille Rey qui y a construit, après démolition, cette originale maison. Ils ont toutefois eu assez de scrupules pour y conserver la chapelle, transformée en logement pour les domestiques.
Félicie aimait la justice. Une veille de Toussaint elle se trouvait chez son amie fleuriste à Avallon où quelques clientes se faisaient servir. Arrive une très élégante dame qui dit aussitôt à la fleuriste : « Je suis l’épouse du docteur X, faites-moi livrer tout de suite ce chrysanthème mauve, mon mari viendra le payer ». Félicie s’approche d’elle et lui dit : « moi je suis l’épouse d’Ernest Poulin, chantre dans les églises, les clientes qui attendent étaient là avant vous, elles vont payer leur achat et l’emporter elles-mêmes, faites comme elles et attendez votre tour si vous voulez que l’on vous considère comme une personne normale ».
En 1912, Hélène, fille aînée de Félicie épouse Charles Joly, boulanger, et ils s’installent à Brosses : boulanger,
