Can you read in my heart ? - Vicky Sharp - E-Book

Can you read in my heart ? E-Book

Vicky Sharp

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Beschreibung

Il pensait écrire à une fille. Il découvre un garçon. Une correspondance bouleversante entre mensonge, identité et sentiments naissants.

Depuis un an, Camille échange des lettres et messages avec Jeong Yoo Sik, un étudiant sud-coréen. Une belle amitié naît à distance, mais avec un mensonge en toile de fond : Yoo Sik croit que Camille est une fille. Lorsque ce dernier annonce son arrivée à Paris pour un échange universitaire, Camille panique. Comment lui révéler la vérité sans tout gâcher ?

Entre gêne, tendresse, incompréhensions culturelles et émotions confuses, les deux jeunes hommes vont devoir apprendre à se connaître au-delà des apparences.

  • Une romance LGBTQ+ délicate et émotive, centrée sur l’évolution d’une amitié virtuelle vers des sentiments plus profonds.
  • Un choc culturel doux et réaliste entre la France et la Corée du Sud, sur fond de découverte de soi.
  • Un roman sur l'identité, l'acceptation et le courage d’aimer au-delà des normes.
Laissez-vous toucher par cette histoire rare et sensible, où les mots écrits deviennent des ponts entre les cœurs, et où l’amour prend racine dans la vérité.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
"J'ai passé un agréable moment avec ce livre. Les personnages sont attachants, Camille est touchant par sa timidité et sa sincérité. On vit l'évolution de son amitié avec Yoo Sik comme si nous faisions partis de leur quotidien, on se laisse bercer par la plume de l'auteure." - Sylise, Booknode

"Une histoire hors du commun sur l’histoire de deux hommes, ça change de ce qu’on lit habituellement." - La Bibliothèque de Marine et Sonia sur Booknode.

À PROPOS DE L'AUTEURE

Étudiante en biologie dans le Val d’Oise en France, Vicky Sharp est aussi passionnée par les sciences que par l’écriture, grâce à laquelle elle n’hésite pas à aborder des sujets parfois difficiles. Elle a aussi un amour fort pour l’Asie, les mythologies et la lecture.

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Seitenzahl: 438

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Chapitre 1

Je n’étais pas de ceux qui vivaient une vie à cent à l’heure. Je n’étais pas non plus de ceux qui se laissaient aller, bercés par le courant de la vie, à attendre de voir ce qui allait se passer, si tout allait leur tomber dans les mains, ou bien si le destin allait les punir. Je ne vivais pas dans l’opulence, mais pas non plus dans la misère. Je me débrouillais avec ce que j’avais et je me satisfaisais des petites victoires. J’étais sans doute de ceux que l’on appelait simples et honnêtes. J’essayais de l’être, tout du moins. Je ne m’en vantais pas, car il n’y avait aucune raison de crier haut et fort que l’on faisait de son mieux. Si c’était sincère, cela se voyait. Ce n’était pas plus compliqué que ça. Pourtant, malgré les impressions, les préjugés persistaient. Et si je faisais comme si rien ne m’atteignait, tout cela risquait de basculer.

Il était 14 h 54 et j’étais en retard. Terriblement en retard. Je savais pourtant, après ces trois ans passés à Paris, que le RER C n’était jamais fiable à cent pour cent. Je continuais pourtant de le prendre pour rentrer chez moi, dans le 16e arrondissement. D’ordinaire, le trajet entre l’université et chez moi n’était pas très long, surtout dans l’après-midi. Mais la malchance me pourchassant, c’était ce jour-ci qu’il avait décidé de merdouiller. Allez savoir si j’avais un karma vraiment naze, ou si le ciel m’en voulait.

Je courrais à en perdre haleine, trempé jusqu’aux os, puisque la pluie avait décidé de s’inviter pile au moment où j’étais sorti du RER. Et vu que je faisais les choses bien comme il faut, je n’avais ni parapluie ni capuche. Je n’habitais pourtant pas très loin de la sortie du métro, mais le temps d’y parvenir, et surtout de traverser les grandes allées de la capitale, je ne ressemblais déjà plus à rien. Mes cheveux étaient plaqués sur mon crâne, gorgés d’eau et dégoulinaient le long de ma nuque. Une partie était collée à mon front, obstruant ma vue déjà très mauvaise, car l’option essuie-glace n’avait toujours pas été inventée sur mes lunettes. Avec ma petite veste violette qui glissait sur mon épaule et la bretelle de mon sac qui se faisait la malle toutes les deux foulées, je devais avoir l’aspect d’un de ces ploucs qui avaient un problème avec leur apparence. C’était peut-être le cas, d’ailleurs. Lorsque je vis l’enseigne de la petite boutique, un immense soulagement m’envahit, me redonnant des ailes. Je n’étais pas sportif pour un sou. Courir cinq cents mètres en quelques minutes était une épreuve digne des J.O. Je ralentis à peine lorsque je fus devant la porte. Je la poussai si vite que je faillis m’étaler de tout mon long en me prenant les pieds dans le paillasson. Cela ne m’arrêta cependant pas. Je laissai mon sac tomber au sol et me précipitai vers l’escalier qui donnait sur une petite alcôve où mon rendez-vous m’attendait.

— Camille ? C’est toi ?

— Oui, oui, répondis-je distraitement et à bout de souffle.

Dans ma précipitation, je manquai de glisser dans les escaliers en bois. Je savais que Marion râlerait des dégâts que j’étais en train de causer, mais le temps pressait. Je l’entendis d’ailleurs s’exclamer, presque outrée du bazar que j’avais mis dans la boutique. Malgré ça, je me jetai sur la chaise de bureau et m’empressai d’ouvrir l’ordinateur. Mon compte activé, je sautai sur ma boîte mail qui, à peine ouverte, afficha le message que j’attendais tant : « Nouveau mail ».

Il était pile 15 heures. J’avais réussi.

Je me sentis sourire, comme à chaque fois que je voyais le nom de l’expéditeur de ce mail, et m’empressai de l’ouvrir. Des bruits de pas résonnèrent derrière moi, indiquant l’arrivée du danger qui grimpait cet escalier dans lequel j’avais bien failli me rompre le cou. Cela ne gâcha en rien ma bonne humeur malgré la tempête qui s’annonçait. Mon attention resta scotchée à mon écran, si bien que tout le reste me sembla futile.

— Camille ! Tu aurais pu essuyer tes pieds en entrant ! Regarde, tu en as mis partout. Cam…

— Oh, mon Dieu, je vais pleurer !

C’était sorti naturellement. J’avais plaqué mes mains sur ma bouche et m’étais reculé dans ma chaise. Ça avait coupé Marion dans sa phrase, mais cela me passa au-dessus de la tête. J’étais beaucoup trop heureux pour m’en soucier. Vraiment trop. J’en avais d’ailleurs les larmes aux yeux.

J’étais un sensible. Ce genre de garçon qui avait la larme facile et que l’on traitait souvent de faible. Mais qu’est-ce que j’en avais à faire de ce qu’on pensait de moi lorsque je pleurais ? Ce n’était pas parce que j’exprimais plus mes sentiments que les garçons « normaux » que j’étais plus faible qu’un autre. Après tout, j’avais eu le courage d’encaisser la nouvelle. Et quelle nouvelle !

— Qu’est-ce que Dieu t’a donc fait ? m’interrogea Marion en se penchant vers moi pour regarder l’écran d’ordinateur au-dessus de mon épaule.

— Il va venir, soufflai-je, alors que ma respiration s’était presque stoppée.

— Qui ça ?

— Mon correspondant. 

Elle haussa un sourcil tout en regardant plus attentivement mon écran. Elle laissa s’échapper un « oh » après avoir lu le mail affiché puis tapota mon épaule.

— Bon courage, dans ce cas. Est-ce qu’il sait que tu es timide comme jamais ?

— Arrête avec ça ! râlai-je, faussement vexé.

— Ah, je dis ça, je dis rien, hein.

Elle se fichait de moi. C’était gentillet, je le savais. Elle s’éloigna tout en levant les mains pour signifier qu’elle était non coupable alors que je la fusillais du regard. Regard que je voulais assassin, mais c’était difficile avec le visage que je me payais. Disons qu’il était compliqué d’être pris au sérieux quand la majorité de votre entourage vous qualifiait de « mignon ». Or, quelque chose de mignon n’était en rien menaçant. Cette dernière ne sourcilla nullement face à ma bravade muette et me laissa avec cette sensation froissée qui me passerait.

Finalement, j’oubliai vite cette moquerie amicale pour reposer mes yeux gris sur l’écran de l’ordinateur. Je ne pus m’empêcher de relire le mail et celui-ci me fit le même effet qu’à ma première lecture. Mon cœur tressauta dans ma poitrine et des papillons ravagèrent mon estomac. Je n’en revenais toujours pas.

De : 정유식 (Jeong Yoo Sik)

À : Camille Keins

Bonjour Camille,

Comment vas-tu ?

De mon côté, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer. J’ai prévu un voyage à Paris. Je ne te l’ai pas dit avant, mais c’est prévu depuis ma rentrée en Corée, en mars. Je vais faire tout un semestre dans une université française.

J’ai très hâte de venir en France et aussi de te rencontrer. J’espère que tu me feras visiter Paris.

À Séoul, il fait encore chaud, mais il y a moins de moustiques. Hier, j’ai vu une étrangère avec les cheveux courts et blonds. J’ai pensé à toi.

Fait-il beau à Paris ?

PS : Ce serait bien qu’on se voit quand j’arrive.

PS’ : J’arrive dans deux semaines.

PS’’ : Mercredi 20 septembre, à l’aéroport Charles de Gaulle.

PS’’’ : Faut-il que je prenne un béret pour faire plus Français ?

Ce mec allait me tuer. J’avais eu des doutes lors de nos derniers échanges, et là, il m’annonçait de but en blanc qu’il venait en France, à Paris, pour tout un semestre ! Je n’en revenais pas. Il allait me falloir plusieurs jours pour m’en remettre.

— Deux semaines, marmonnai-je pour moi-même.

Seulement deux semaines. Et ce n’était que maintenant qu’il me le disait ?!

Euphorique, impatient, surexcité, mais aussi gravement anxieux, j’attrapai mon clavier pour lui répondre. Mais que répondre ? Là était tout le problème. Mon myocarde était en tachycardie et mes tripes semblaient avoir fait un tour de grand huit. Même mes jambes tremblaient.

— Ah, Bon Dieu, j’y arriverai pas ! me lamentai-je en écrasant mon front sur mon clavier.

— Laisse ce Bon Dieu tranquille, à la fin ! s’exclama Marion au rez-de-chaussée.

Elle avait raison, cependant, j’étais dans tous mes états. Jeong Yoo Sik était un Coréen avec lequel je communiquais depuis plus d’un an maintenant. Peut-être un an et demi en fait. Je ne savais plus vraiment. Passionné de culture asiatique, je m’étais inscrit sur un site pour trouver un correspondant ou une correspondante asiatique avec qui échanger en toute amitié. Au début, ça m’avait effrayé. J’avais beaucoup hésité avant de le faire, et après moult débats intérieurs, je m’étais lancé. J’avais obtenu assez rapidement quelques réponses, mais très peu satisfaisantes. Je savais qu’il ne fallait pas idéaliser les Asiatiques et que tout ce que l’on pouvait voir d’eux dans nos pays, pour ma part la France, comme les « dramas », ces espèces de films ou séries asiatiques tournant très souvent sur un sujet de romance, les mangas, ou encore toute la culture musicale de l’Asie de l’Est et du Sud, n’était pas la stricte vérité.

Dans les dramas, il fallait avoir conscience qu’il s’agissait d’acteurs. Dans les mangas, que c’était une fiction ; et dans le domaine musical, que tout n’était pas acquis, qu’il y avait une pression démentielle derrière tout ça. Tout n’était pas tout beau et tout rose en Asie, que l’on parle du Japon, de la Corée du Sud, ou de la Thaïlande. Ce n’était que des images que beaucoup idéalisaient, et auxquelles j’avais moi-même cru étant plus jeune. J’avais cependant grandi, et j’avais compris que tout cela n’était qu’une image. Certains diront que j’ai été lent à comprendre. Que je m’étais bercé d’illusions trop longtemps. Mais pour moi, le plus important était le fait que j’avais finalement compris. Que ce soit les Asiatiques, les Américains, les Européens, les Africains ou je ne sais quoi encore, nous étions tous une seule et même chose ; des êtres humains. Et l’être humain n’est pas parfait. Il ne le sera jamais.

Alors oui, j’étais tombé sur des personnes parfois bizarres, parfois franchement déplacées, et d’autres fois plus sérieuses. J’avais discuté avec une Japonaise quelques jours, mais celle-ci ne m’avait plus répondu par la suite. Sûrement à cause de son travail. Elle m’avait dit travailler dans un hôpital. Une autre fois, un Chinois m’avait abordé, mais comme je n’avais pas l’application sur portable qu’il demandait pour parler avec lui, il avait rapidement cessé de m’envoyer des messages. Dans tout ça, le premier contact que j’avais eu, un Coréen, du nom de Jeong Yoo Sik, au pseudonyme imprononçable, était resté cordial et très aimable.

Au début, nos conversations étaient assez hésitantes, timides. Je l’étais moi-même naturellement, mais je savais aussi que les Asiatiques pouvaient l’être tout autant. De plus, la différence de culture pouvait aussi surprendre. Il n’était absolument pas impoli en Corée de demander l’âge de son interlocuteur. Au contraire, refuser de le lui donner serait mettre dans l’embarras son vis-à-vis puisque les Coréens adaptaient leur niveau de langage en fonction de la personne qui leur faisait face. Pour ma part, donner mon âge à Yoo Sik ne m’avait pas du tout dérangé. J’avais dix-neuf ans à ce moment-là, et lui dix-sept bien qu’il allait fêter son anniversaire le mois suivant. Ainsi, j’étais son Hyung comme on disait là-bas, à comprendre son aîné masculin, très utilisé aussi pour désigner son grand-frère entre garçons, ou un garçon plus âgé dont on est très proche. Cependant, lorsqu’il m’avait demandé mon prénom, je m’étais retrouvé bien plus embarrassé. J’étais du genre méfiant sur Internet, de même qu’en réalité. Alors, donner mon prénom à un inconnu m’avait mis dans une situation délicate. De son côté, il m’avait donné ouvertement le sien. J’avais longuement hésité, me demandant s’il arriverait à le prononcer puisque certains sons français n’existaient pas en coréen, et vice et versa. Mais au final, je m’étais dit que cela ne coûtait rien, qu’il y avait peu de chance que je tombe sur un pirate informatique qui veuille escroquer un pauvre étudiant en lettres français. Je lui avais donc donné mon prénom, très commun en France : Camille.

À partir de là, nous avions commencé à échanger des mails quasiment tous les jours. Ce n’était généralement pas grand-chose : comment l’autre allait, quel temps il faisait, si les cours s’étaient bien passés, et autres banalités quotidiennes. J’avais ainsi appris à connaître ce garçon très enjoué et curieux qui avait une passion certaine pour la France. Je l’aidais beaucoup en français et il était d’ailleurs un très bon élève. Pas comme moi qui avais beaucoup plus de difficultés avec sa langue, compliquée à prononcer selon moi alors qu’il m’avait plusieurs fois affirmé que le coréen et le japonais se ressemblaient. Sauf que je n’étais pas d’accord. Je n’avais eu que peu de mal à me faire aux prononciations japonaises alors que celles coréennes m’avaient demandé beaucoup plus d’efforts. Malgré ça, je parvenais maintenant à sortir quelques phrases, et je n’en étais pas peu fier.

Mais là n’était pas le problème actuellement. J’en avais un beaucoup plus gros et je ne savais pas comment j’allais faire pour m’en défaire. Un soupir venu des tréfonds de mon âme m’échappa. Il n’était sans doute que très peu discret, car Marion renchérit malgré l’étage qui nous séparait :

— Qu’est-ce qu’il y a ? Il sait que tu es un garçon et ne veut plus venir ?

— Ne me porte pas la poisse ! m’énervai-je. 

Tout en disant cela, je me redressai de mon clavier, mais le frappai du plat de ma main. Un bip me fit comprendre mon erreur. Je portai mon regard sur l’écran, une montée d’adrénaline piquant mes membres. Erreur qui se confirma lorsque je vis la bêtise que je venais de faire. Un cri particulièrement viril m’échappa, et Marion en profita pour me taquiner un peu plus. Comme si j’avais besoin de ça.

— Quoi ? C’est vraiment ça ? se moqua-t-elle gentiment.

— Ah… mais non…

J’étais au bout de ma vie. Je venais, par mégarde, d’envoyer un mail sans queue ni tête à mon correspondant. Maintenant j’allais être obligé de lui répondre, ce qui aurait dû arriver à un moment ou à un autre. Or, courageux comme je l’étais, j’avais eu l’intention de mettre en œuvre ma super stratégie de procrastination pour tenter d’y échapper. Je ne le pouvais plus actuellement. Il fallait au moins que je lui explique que c’était une erreur de ma part, mais aussi que j’étais très heureux de savoir qu’il allait venir en France.

Je l’étais, là n’était pas le problème. J’étais même surexcité. Plus que jamais. Néanmoins, une angoisse aussi forte que mon impatience était née en même temps. Laquelle ? Cela faisait peut-être plus d’un an que l’on communiquait ensemble, mais Yoo Sik avait toujours cru que j’étais une fille. Aussi bête que cela puisse paraître, je n’avais jamais eu le courage de lui dire le contraire. Sur le site de correspondance, ma photo de profil était une photographie prise de dos alors que mes cheveux étaient plus longs que maintenant. De plus, j’avais une carrure de lâche. Rien à voir avec lui, qui m’avait dit faire du sport régulièrement pour s’entretenir. La touche finale avait été mon prénom. Camille était peut-être un nom mixte, cependant, il était davantage porté par des filles que des garçons.

Donc depuis un an et demi, je me faisais passer pour une fille auprès du seul correspondant sérieux que j’avais. C’était particulièrement pathétique. Moi-même j’en avais honte, mais je n’avais jamais réussi à lui dire la vérité. Et voilà où j’en étais maintenant : mon correspondant allait venir en France et m’avait clairement dit qu’il avait envie de me voir dès son arrivée. Sauf qu’il s’attendait à une blondinette aux yeux clairs et pas à un freluquet aux boucles rebelles avec des lunettes qui mangeaient la moitié de son visage.

— Je suis fini… Pourquoi je n’ai pas une bonne étoile pour une fois ? priai-je à voix haute.

— Et si déjà, tu lui répondais ?

Je sursautai en sentant le bras de Marion glisser sur mes épaules. Je ne l’avais pas entendue arriver. D’ordinaire, les escaliers en bois la trahissaient. J’étais sans doute perdu dans mes pensées.

— Mais qu’est-ce que je dois répondre ?

— Eh bien, déjà arrête d’écrire avec ton front, il te prendra moins pour un dérangé. Ensuite, je sais pas moi, dis-lui ce que tu penses vraiment.

— Si c’était si facile…

— Arrête de soupirer. Tu le connais mieux que moi, tu dois savoir quoi lui dire non ? Et de toute façon, fille ou garçon, je suis sûre qu’il t’acceptera quand même.

— Tu crois ? lui demandai-je en basculant ma tête en arrière pour l’avoir dans mon champ de vision.

— Bien sûr ! Sinon, ce n’est qu’un idiot ! affirma-t-elle très sérieusement.

Marion était plus forte que moi. Elle avait un caractère bien trempé, et s’affirmait sans crainte. Comme là, les poings sur les hanches, le menton relevé et solidement ancrée sur ses pieds. Elle pouvait vraiment se montrer effrayante quand elle le voulait. Jeong Yoo Sik avait intérêt à se faire apprécier d’elle s’il ne voulait pas finir en rondelles.

Elle me donna un coup dans le dos pour m’encourager avant de redescendre tout en râlant sur mon caractère de chiot. Je savais, au fond, qu’elle avait raison. Si Yoo Sik m’appréciait uniquement parce qu’il pensait que j’étais une fille, alors cette amitié ne servait à rien. J’espérais réellement que c’était de ma personnalité qu’il était l’ami, et non du genre auquel j’appartenais.

J’inspirai profondément pour me donner un peu de force et vis qu’il m’avait déjà renvoyé un mail en réponse au magnifique n’importe quoi que j’avais tapé avec mon front. Honte à moi ! Je voulais mourir ! Pourtant, j’étais un poil plus courageux derrière mon écran. Ce n’était pas si étonnant. Il était plus facile de se dévoiler sous anonymat et à distance plutôt qu’en face à face. Malgré ça, même si je savais que Yoo Sik ne me mordrait pas à travers l’écran, je restais agité. J’avais si peur. Je sentais que mes mains étaient moites et j’avais du mal à tenir en place. Ce mélange diabolique d’excitation et de stress n’était pas le cocktail que je préférais. Loin de là, même.

De : 정유식(Jeong Yoo Sik)

À : Camille Keins

Ça va ???

Il fallait que je lui réponde.

De : Camille Keins

À : 정유식 (Jeong Yoo Sik)

Bonjour Yoo Sik,

Je vais bien, merci.

Je suis désolée pour le mail précédent, c’est une erreur de ma part.

Tu vas vraiment venir à Paris ? J’ai tellement de mal à croire que c’est vrai ! Ça me fait très plaisir !

Tu sais que toutes les étrangères ne sont pas blondes ?

Non, il ne fait pas beau. Il pleut. J’étais sous la pluie aujourd’hui, en rentrant de l’université. J’étais trempée. Je le suis encore, je n’ai pas été prendre de douche.

PS : J’ai très hâte de te voir, mais je suis stressée.

PS’ : Tu n’as pas besoin de béret. Les Français n’en portent pas x)

Envoyé.

J’avais fait ce que Marion m’avait conseillé ; je lui avais répondu sincèrement, même si je continuais de me faire passer pour une fille. Je me voyais très mal lui annoncer maintenant que j’étais un garçon. Il me prenait pour sa Noona. C’était, encore une fois, par convention et respect des aînés. Noona était le terme que les garçons utilisaient pour s’adresser à une fille plus âgée. Sachant qu’il me prenait justement pour une jeune femme, je n’avais pas réussi à lui faire dire le contraire.

Je m’adossai à ma chaise, exténué par la course folle que j’avais faite du métro jusqu’ici. Ce n’était même pas chez moi, mais c’était tout comme. L’alcôve dans laquelle ce petit bureau avait été installé surplombait la minuscule librairie que tenait ma meilleure amie avec sa cousine. Marion, plus âgée que moi de deux ans, soit vingt-trois ans puisque j’allais sur mes vingt et un, était une ancienne élève de faculté. Sortie diplômée de la Sorbonne depuis cette année avec un master de lettres anciennes en poche, elle avait décidé, avec sa cousine Julie, diplômée en commerce et âgée de vingt-six ans, d’ouvrir une librairie de textes anciens ou rares dans le 16e arrondissement de Paris. Un pari très risqué et qui avait un prix. Je leur donnais régulièrement un coup de main, et j’avais droit à une petite gratification de temps à autre, Julie y tenant particulièrement.

J’aimais beaucoup travailler ici, car comme elles, j’aimais les lettres et les beaux livres. J’étais un passionné de lecture et il avait été évident pour moi de m’orienter dans une filière littéraire. J’étais appliqué dans ce que je faisais, m’engouant de presque rien, m’enivrant de nouvelles choses. C’était donc avec un plaisir non feint que je passais une très grande partie de mon temps ici, même si je n’aidais pas toujours dans la librairie puisque Julie m’avait gracieusement libéré l’alcôve pour en faire mon refuge.

L’architecture de l’endroit en lui-même était atypique. L’ambiance était rustique et pourtant accueillante. Le plafond était ouvert sur les deux étages, donnant une impression vertigineuse alors qu’en réalité, les murs étaient étroits. Ce n’était pas bien large, mais avec les étagères qui rampaient contre les murs en pierre, cela donnait un effet plus ouvert, moins étouffant. Il y avait aussi de nombreuses petites marches, réparties ici et là par deux ou par trois, comme si la librairie était faite sur différents plateaux. Avec les escaliers en bois qui grimpaient contre le mur de droite, donnant un petit effet Poudlard, en plus de mon alcôve en résineux, cela ne faisait qu’ajouter du cachet au Petit Coin Poussiéreux, comme se nommait la librairie. C’était un endroit que je trouvais charmant, et je ne me lassais pas de l’observer. Chose que je faisais actuellement en attendant une nouvelle réponse de Yoo Sik. Réponse qui arriva d’ailleurs très vite.

Un nouveau bip venant de mon ordinateur me le signala, me faisant presque bondir sur ma chaise. Je remontai distraitement mes larges lunettes du dos de la main pendant que l’autre s’occupait d’ouvrir le nouveau mail.

De : 정유식(Jeong Yoo Sik)

À : Camille Keins

Oh, d’accord. Je me disais que c’était bizarre, haha.

Oui, c’est vrai, je viens à Paris ! Tu vas devoir me supporter. Si tu veux de moi évidemment (c’est bien comme ça que l’on dit ? J’ai un doute).

Haha, oui, je le sais. Mais toi tu es blonde donc j’ai pensé à toi. Les Coréennes ne sont pas blondes naturellement. Tu sais que les Asiatiques aiment beaucoup les filles aux cheveux clairs ?

Ah, mais va te réchauffer ! Tu vas tomber malade. Suis-je si indispensable pour que tu restes trempée devant ton ordinateur ?

Je rigole ! Mais va te doucher, je ne veux pas te savoir malade. Ça m’inquiéterait.

PS : Tu n’as pas à être stressée, je n’ai jamais mangé personne x)

PS’ : J’en prendrai quand même un et tu me prendras en photo devant la tour Eiffel avec !

Ah, vraiment… Étais-je la seule personne à réussir à me prendre un savon venant de l’autre côté du globe ? Yoo Sik pensait peut-être que j’étais une fille, mais sincèrement, il avait une personnalité attachante. Du moins, de ce qu’il me laissait penser par mail. Pouvait-on vraiment connaître quelqu’un sans jamais l’avoir eu réellement en face de soi ? J’avais très envie de dire oui, mais la réponse n’était pas si évidente. Yoo Sik réagissait-il comme cela parce qu’il pensait que j’étais une fille ou parce que c’était dans sa nature ? C’était une question à laquelle je n’avais pas la réponse et qui, parfois, me tracassait et me rendait même un peu malheureux. J’étais néanmoins toujours très euphorique lorsque je communiquais avec lui. C’était mon moment lumineux de la journée, même lorsqu’il pleuvait des cordes, comme actuellement.

Un mince sourire gêné habilla mon visage que je n’aimais pas, gonflant mes joues beaucoup trop grosses à mon goût. Qu’il était difficile de subir son apparence lorsqu’elle ne nous satisfaisait pas. Je craignais ça aussi. J’avais vu plusieurs photos de Yoo Sik. Il m’en avait envoyé par mail à plusieurs reprises et sincèrement, nous ne jouions pas dans la même catégorie. Absolument pas.

Un frisson remonta ma colonne vertébrale, suivi d’un éternuement qui me ramena à la réalité. J’allais réellement attraper froid si je ne faisais rien. Je fis pourtant passer en priorité ma réponse.

De : Camille Keins

À : 정유식 (Jeong Yoo Sik)

Oui, c’est bien comme ça que l’on dit, ne t’inquiète pas x)

Je le sais, tu me l’as dit plein de fois. Et toi aussi tu aimes les cheveux clairs (ce n’est pas très original xD)

D’accord, je vais aller me doucher dans ce cas. Je commence à avoir très froid.

Et toi, va te coucher au lieu de me parler. Tu as cours demain, n’est-ce pas ?

PS : Je stresserai quand même x)

PS’ : D’accord, ce sera marrant.

J’envoyai le mail, mais ne bougeai pas de là. Je voulais sa réponse avant d’éteindre l’ordinateur, car je savais que si je partais maintenant et lui répondais après, il ne verrait mon mail que demain matin, pour lui en Corée. Une chose à laquelle peu de personnes pensaient lorsqu’elles correspondaient avec des étrangers était le décalage horaire. Et autant dire qu’avec Yoo Sik, on en avait un important. Il y avait sept heures de différence entre la Corée du Sud et la France. C’était la Corée qui était en avance par rapport à nous. Ou alors, la France qui était en retard, tout dépendait des points de vue. Quoi qu’il en soit, manier le décalage horaire avait été une petite épreuve à elle toute seule. Il fallait prendre en compte ce décalage lorsqu’on parlait ensemble, car pour Yoo Sik, le lendemain n’était pas toujours le même que pour moi. De plus, quand j’étais encore en cours, lui avait fini, ce qui parfois posait problème sur le timing des mails. Nous avions mis un peu de temps avant de bien nous caler, et depuis plusieurs semaines déjà, j’avais le droit tous les jours à un mail à 15 heures précises, même si c’était pour ne pas dire grand-chose, même lorsqu’il n’avait pas le temps, ou autre. Yoo Sik ne m’oubliait jamais. Il prenait toujours deux minutes pour me dire bonjour et me demander si j’allais bien. Je m’appliquais à en faire autant même lorsque je savais qu’il dormait déjà.

La réponse que j’attendais arriva vite.

De : 정유식 (Jeong Yoo Sik)

À : Camille Keins

Haha, oui, j’aime bien les cheveux clairs. Mais j’aime surtout les personnes gentilles. Peu importe la couleur de ses cheveux :3

Oui, vas-y avant d’être malade.

Oui, j’ai cours, je vais aller me coucher.

Bonne nuit (잘자), à demain Camille.

PS : J’ai hâte d’y être !!

Je passai une nouvelle fois au-dessus de ma sensation de froid, préférant répondre au mail bien que je tremblais de plus en plus.

De : Camille Keins

À : 정유식 (Jeong Yoo Sik)

Jalja (잘자), à demain.

Je n’avais pas réellement envie de couper si rapidement la conversation. Au contraire, j’avais envie de la poursuivre encore pendant des heures, comme il pouvait nous arriver de le faire le week-end. Néanmoins, il avait cours demain matin, je ne devais donc pas interférer dans sa réussite scolaire. Et puis il fallait vraiment que j’aille me doucher. J’avais sérieusement froid, en plus de sentir le chien mouillé.

J’éteignis donc l’ordinateur avant d’être tenté de rester encore un peu devant. Un nouvel éternuement me prit, tirant un « à tes souhaits » de la part de Marion. Je reniflai élégamment tout en remettant une fois de plus mes lunettes correctement sur mon nez. Je m’approchai du bord de l’alcôve et, mes deux mains sur la rambarde, je me penchai un peu pour faire porter ma voix au rez-de-chaussée.

— Marion ? Je peux squatter la salle de bains ?

— Oui, vas-y, me répondit-elle d’en bas.

— Merci !

Sans perdre un instant de plus, je grimpai la suite de l’escalier, une dizaine de marches pas plus, pour atteindre le premier étage qui n’était autre que l’appartement commun de Marion et de sa cousine. Ce n’était pas particulièrement grand, mais suffisant pour les filles. Bien que parfois, je devais enjamber le bazar pour atteindre la salle de bains. Comme maintenant. Je n’avais pas trop de leçons à donner de ce côté-là, j’étais un peu bordélique aussi.

La salle de bains atteinte, je fermai le verrou derrière moi et m’empressai de me défaire de mes vêtements mouillés. C’était très désagréable que de les sentir me coller à la peau. Sans parler du fait qu’avec ma chaleur corporelle, l’eau froide avait tiédi de façon étrange. Ça avait même fait friper la peau de mes pieds. L’horreur ! Je me dépêchai donc de retirer tout ce qu’il y avait à retirer alors que j’avais clairement la chair de poule.

Je m’arrêtai devant le miroir qui surplombait le lavabo, et vis le reste des dégâts. Mon Dieu ! Dire que je me baladais avec cette tête ! J’avais vraiment honte. Mes boucles ne ressemblaient plus à rien. On avait l’impression que l’on m’avait posé un caniche mouillé sur la tête, accompagné de grosses lunettes pour cacher le reste de mon visage. Des lèvres trop visibles, charnues, rose passion. Un petit nez avec des joues rondes et quelques tâches de son sur mes pommettes souvent mangées par mes joues. Et que dire de mes yeux ? Gris, comme un ciel pluvieux. Si triste derrière mes cils châtains, plus foncés que ma chevelure. Idem pour mes sourcils qui n’étaient pas aussi clairs que ma tignasse blonde. Non, vraiment, je faisais pitié à voir. Heureusement que je pouvais me cacher derrière ma vision de taupe.

Je posai donc ce qui me permettait à la fois de cacher mon visage et de voir et me glissai dans la cabine de douche. J’ouvris vite l’eau et couinai en sentant d’abord l’eau froide sur ma peau déjà frissonnante. Je tournai rapidement l’arrivée de l’eau chaude et soupirai en sentant celle-ci couler sur moi. Ça faisait vraiment du bien même si mes orteils brûlaient à cause de la différence de température.

Mon corps s’habitua assez vite à la température et j’en profitai pleinement, même si je savais que je n’allais pas y passer des heures puisque ce n’était pas moi qui payais la facture d’eau et d’électricité. Je pris tout de même le temps de me laver les cheveux, qu’importait que ce soit avec le shampoing de Marion. Je terminai rapidement ma douche, mais en sortant, je me rendis compte d’une petite chose désagréable. Embarrassé, une serviette sur la tête et une autre maladroitement nouée autour de ma taille, j’ouvris la porte pour crier :

— Marion ! T’as toujours des fringues à moi ?!

Je n’étais pas certain de m’être fait entendre. Je n’eus pas le temps de me répéter qu’elle me répondit en criant elle aussi :

— Non, je les ai vendues !

— QUOI ?! m’exclamai-je presque désespéré.

C’était une blague ? Normalement, je laissais de temps en temps des vêtements de rechange ici parce que justement, j’étais malchanceux et il m’arrivait souvent de devoir me changer. Je savais que cela agaçait parfois Marion, ou plutôt, l’affligeait. Mais de là à virer mes vêtements ?!

Un rire parvint finalement à mes oreilles, suivi d’une très gentille insulte.

— Bien sûr que je les ai, idiot ! Regarde dans le panier au-dessus de l’étagère derrière la porte.

Suivant ses indications, je levai le nez vers ladite étagère et vis en effet un panier. Je ne refermai qu’à moitié la porte et me mis sur la pointe des pieds pour essayer de l’attraper. Il fallait dire qu’avec ma taille de nain, c’était tout sauf facile. Marion était plus grande que moi. De seulement quelques centimètres, mais quand même. Ma virilité en prenait souvent un coup. Comme maintenant, quand je sentis ma serviette glisser sur mes fesses, suivie d’un sifflement qui me fit rougir jusqu’aux oreilles.

— Dites donc, quel fessier ! Tu m’avais caché ça, ricana celle qui me servait d’amie.

— Oh, arrête, Marion !

Gêné à n’en plus pouvoir, je me laissai tomber par terre, attrapant précipitamment ma serviette pour essayer de cacher le peu de pudeur qu’il me restait, même si presque tout avait déjà été vu. Cela arracha d’ailleurs un rire sonore de Marion qui s’esclaffa dans mon dos sans retenue.

— Plutôt que de te moquer, aide-moi, ronchonnai-je sans bouger du sol froid.

— Tout de suite, princesse.

— Arrête ! râlai-je un peu plus.

— C’est si drôle pourtant, appuya-t-elle tout en allant récupérer le panier au-dessus de l’étagère.

— Parle pour toi.

Boudais-je ? Oui, absolument. J’étais vexé et terriblement gêné. Il y avait de quoi dans pareille situation. Elle fit pourtant un geste humain en me donnant le panier. Cela ne dura pas, car elle se remit à rire, certainement en me voyant bougonner. J’avais cette fâcheuse tendance à gonfler mes joues lorsque j’étais vexé et même en le sachant, c’était inconscient, je continuais de le faire.

— Boude pas, va, me dit-elle en tapotant le haut de mon crâne. Tu as de très jolies fesses. Je suis sûre que ton correspondant les aimera beaucoup aussi.

— Marion ! m’offusquai-je brusquement.

J’attrapai la première chose qui me passa sous la main, soit un t-shirt dans le petit panier de linge, et lui lançai dessus pour la chasser. Cela eut pour effet de la faire glousser plus fort, mais au moins, elle quitta la salle de bains. J’en soupirai de soulagement et pris soin de fermer à clé, n’ayant pas envie qu’elle se pointe de nouveau pendant que je m’habillais. Et dire que Yoo Sik allait m’attendre à l’aéroport dans deux semaines. Je ne serais jamais prêt. Je ne serais jamais assez bien pour lui.

— Seigneur… qu’est-ce que je vais faire ?

Chapitre 2

Deux semaines plus tard.

Je ne tenais plus. J’en avais mal au ventre. J’étais à la fois excité et très nerveux. Mes jambes tremblaient et je ne savais pas quoi faire de mes dix doigts. Ils trituraient le bord de ma veste alors que mes dents étaient occupées à maltraiter mes lèvres. Mon cœur résonnait dans tout mon corps tant il battait fort. Je devais sans aucun doute être en hypertension. Ce n’était évidemment pas bon, mais rien ne parvenait à me calmer. J’avais beau mettre en œuvre toutes mes stratégies qui, d’ordinaire, fonctionnaient, il n’y avait rien à faire, je restais anxieux comme jamais. Je ne parvenais ni à rester assis quelque part ni à tenir en place debout. Je faisais les cent pas devant les panneaux d’affichage, ne lâchant pas des yeux le vol provenant de Séoul. Même lorsque je m’asseyais, j’avais certains tics nerveux qui pouvaient agacer, notamment faire bouger frénétiquement l’une de mes jambes ou alors tapoter bruyamment sur l’écran de mon téléphone sans qu’il soit allumé.

Une ribambelle d’émotions passait au travers de mon corps, me mettant dans tous mes états. Je n’étais pas quelqu’un de très résistant au stress. Alors, devoir attendre ici sans rien pouvoir faire était la pire chose qui pouvait m’arriver. Je n’avais aucune emprise sur rien et j’étais totalement impuissant. De plus, j’étais arrivé avec une heure d’avance. Une heure ! Une heure à ne rien faire, à vagabonder dans l’aéroport, à attendre, encore et encore. À connaître dans les moindres détails le panneau d’affichage pour les vols internationaux, si bien que je connaissais le numéro de plusieurs vols, autres que celui qui m’intéressait. Sans parler de tous mes sursauts à chaque annonce, l’angoisse rongeant mes entrailles quand le numéro ressemblait un peu trop au numéro du vol de Séoul.

Le temps passa extrêmement lentement. Plus l’heure avançait et plus j’avais l’impression qu’elle s’écoulait au ralenti. Un vrai supplice pour ma pauvre tension. Ainsi, lorsque l’annonce de l’atterrissage du vol qui m’intéressait fut communiquée, je sautai sur mes deux pieds et me précipitai vers le couloir d’où les passagers devaient déboucher après un petit tour dans le bâtiment de l’aéroport pour récupérer leurs bagages. Ce fut une nouvelle attente que je trouvai bien plus difficile à soutenir que précédemment. C’était pire, car je savais qu’il était là, quelque part, et qu’il allait bientôt me voir. Il n’y avait que des murs et des personnes qui nous séparaient, mais il était là. La pensée de le savoir si proche de moi était euphorisante et stressante à la fois. J’avais envie de le voir tout de suite comme je voulais me cacher pour qu’il ne me voie jamais.

Je m’étais mis dans un coin où j’avais une bonne vue sur l’arrivée des passagers tout en leur laissant le champ libre pour passer sans les gêner. Hier soir, nous nous étions échangé nos derniers mails avant son vol. Puisque nous ne nous étions vus qu’en photo — pour lui tout du moins —, nous avions chacun décrit les vêtements que nous porterions. Ainsi, j’attendais de voir sortir une tête asiatique chapeautée d’un bonnet noir sur lequel était écrit « Death-truction », accompagné d’un bomber vert kaki et d’un pantalon noir. Le bonnet était en outre ce qui me permettrait de le reconnaître à coup sûr. Pour ma part, j’étais habillé de mon éternelle veste violette avec un keffieh jaune et mauve, d’un jeans slim gris, assorti à des baskets montantes jaunes. De quoi réveiller les rétines des plus sensibles, dira-t-on. On avait beau critiquer mon style, j’aimais la couleur.

Une première vague de voyageurs arriva, faisant inévitablement monter ma pression artérielle en flèche. Je m’écartai un peu plus et fixai la foule avec insistance, cherchant du regard la personne que j’attendais. Il était pire que tout que de chercher anxieusement quelqu’un, en sachant qu’elle est peut-être là, quelque part, à quelques mètres seulement, sans parvenir à la trouver. L’excitation monta elle aussi.

La vague humaine se termina et je n’avais pas trouvé mon correspondant. Peut-être était-il plus loin ? Peut-être n’avait-il pas encore récupéré ses bagages ? Peut-être y avait-il du monde ? Toutes ces pensées étaient là pour me rassurer, pour me persuader que je ne l’avais pas loupé, que je ne m’étais pas trompé de vol. Pourtant, ma nervosité grandit.

Une nouvelle vague de passagers se mit à bouger. Mon myocarde repartit brusquement, s’emballant comme un cheval fou, piétinant beaucoup trop fort dans ma cage thoracique. J’étais si nerveux que je me sentais presque nauséeux. J’avais chaud et froid en même temps. Mes jambes n’étaient plus un soutien assuré et pourtant, je m’entêtais à rester debout, cherchant encore et encore ce visage que je n’avais jamais vu en vrai. Inconsciemment, mes mains s’étaient mises à jouer entre elles alors que je me mettais sur la pointe des pieds pour tenter de surpasser le monde qui m’engloutissait. Ma petite taille n’avait rien d’un avantage. J’avais très peur de manquer Yoo Sik juste pour ça.

Le stress ne cessa de monter à mesure que les personnes passaient. J’étais si occupé par ma recherche que je ne fis pas attention aux valises qui auraient pu me rouler sur les pieds dans la précipitation de la foule. Mais je n’en avais cure, car à l’instant même où une valise manqua mes orteils, je le vis. Je le vis lui ! Grand, dépassant de la masse humaine de plusieurs centimètres. Il était là, à quelques mètres de moi seulement. Il semblait me chercher, il regardait partout autour de lui. Je ne l’aurais pas reconnu sans son bonnet. Il portait un de ces masques en tissu que les Asiatiques mettent souvent sur leur nez et leur bouche pour se protéger de la pollution et du froid. Cela cachait une grande partie de son visage. Il n’avait pas l’air de m’avoir vu. S’il cherchait une fille, c’était sans doute normal. Il fallait maintenant que j’arrive jusqu’à lui, que je lui montre que j’étais là, que je l’attendais, que j’existais, même si je n’appartenais pas à la gent féminine.

Je m’engouffrai dans la foule, le cœur battant, essayant de ne pas le perdre de vue. Même s’il était très grand, au milieu de tous ces gens, ma vue était plus que limitée. Le chaos et la précipitation étaient monnaie courante après de longs voyages, ainsi que la fatigue qui n’aidait pas les gens à être plus attentifs ou aimables. Cela me passa pourtant au-dessus de la tête, car ce fut avec l’écho de mes contractions cardiaques dans les oreilles que j’arrivai aux côtés de mon correspondant. J’allais me liquéfier sur place tant l’adrénaline m’avait amoindri et accablé. Malgré ça, contre ma volonté, mon corps bougea tout seul. Mes doigts saisirent le bord du bomber de Yoo Sik, attirant ainsi son attention. Le nez baissé, j’articulai avec maladresse :

— Annyeonghaseyo…

Du coréen. Je savais au moins dire bonjour en coréen bien que je ne fusse absolument pas convaincu par ma prononciation ni par mon accent. J’espérais que cela suffise à lui faire comprendre qui j’étais, même s’il n’avait toujours pas vu mon visage.

— Kamil ?

J’avais failli sursauter. L’entendre prononcer mon prénom avec ce très fort accent étranger était si bizarre aux oreilles. Mais c’était aussi incroyablement relaxant et satisfaisant. Je hochai seulement la tête, n’osant pas parler plus ni lever le visage pour le regarder en face. Il allait voir que j’étais un homme et non une femme. J’avais peur.

Un bref frémissement me prit lorsque je sentis sa main se poser derrière mon épaule pour m’intimer de le suivre un peu plus loin. Il était vrai que nous étions au milieu de la foule, arrêtés. Nous gênions le passage. Je le suivis donc, sans un mot, sans oser le regarder. Il était vraiment là. Il était en France, à Paris. Il était juste à côté de moi et nous avions échangé trois pauvres mots. Mais c’était vrai, c’était concret ! Je n’en revenais pas.

Grisé par mes émotions plus tumultueuses les unes que les autres, je ne fis pas attention à où nous nous arrêtions. Je ne fis pas plus attention non plus lorsque je relevai enfin le visage vers mon vis-à-vis qui baissa d’un doigt son masque pour mieux parler.

— I’m afraid to not seeing you1, dit-il avec un meilleur accent anglais que français.

Il se coupa pourtant net lorsque ses iris noirs rencontrèrent les miens. Je constatai alors l’erreur que j’avais commise en levant le nez vers lui pour le regarder. Je compris aussi qu’il venait de remarquer que j’étais un homme. Le peu de couleurs que j’avais quittèrent mon visage et la crainte du rejet m’accula avec une violence que je n’aurais imaginée.

— Joesonghamida2…, dis-je précipitamment.

J’eus la même rapidité à baisser de nouveau la tête pour cacher mon visage derrière les boucles trop longues de ma frange qui ne ressemblait pas à grand-chose. Qu’allait-il penser de moi maintenant ? Que j’étais un menteur ? Il n’aurait pas tort, je n’avais jamais démenti concernant mon genre. Mais ne devait-il pas m’apprécier pour la personne que j’étais et non pour mon sexe ? Normalement. Tant de personnes pouvaient se montrer sympathiques parce que vous étiez comme ci ou comme ça, alors qu’en réalité, parce qu’un jour vous faites un pas de travers, ce sont ces mêmes personnes qui vous regardent tomber, un air dégoûté sur le visage.

— Pourquoi t’excuses-tu ? me demanda-t-il d’un français soigné, mais au très fort accent. On ne dit pas joesonghamida, mais joesonghabnida. Ou juste yongseo.

— Je…

Sa grande main se posa sur le haut de mon crâne sans me quitter des yeux. J’avais relevé les miens en l’entendant parler, rougissant lorsqu’il m’avait repris sur mon mauvais coréen. Il ne me laissa pas le temps de me cacher davantage derrière mes cheveux, reprenant à un rythme lent tout en articulant correctement.

— As-tu fait bon voyage ?

— C’est à moi de te demander ça, normalement, repris-je rapidement.

Mes doigts se nouèrent entre eux pour la énième fois. Je tenais de plus en plus difficilement en place, me dandinant en observant curieusement Yoo Sik qui papillonna plusieurs fois des yeux. Il ouvrit la bouche, hésita un instant, mais se lança :

— Tu as parlé trop vite, dit-il avec précaution. Je n’ai pas compris.

J’en restai étonné. Je n’avais pas fait attention. J’avais réagi spontanément. J’avais oublié le fait que Yoo Sik restait un étranger et qu’il s’agissait de son premier voyage en France. S’il écrivait très bien le français, je n’avais pas imaginé que le parler ou le comprendre lui serait plus délicat. Quel idiot faisais-je !

— Pardon, m’excusai-je encore.

— Ce n’est pas grave.

Il me fit un sourire qui creusa une petite fossette dans sa joue gauche.

— Hum… Kamil ? reprit-il d’un air songeur.

— Oui ?

— Est-ce que… euh… Do you still agree that I sleep at home ?3

J’avais un certain niveau en anglais qui me permettait de comprendre le gros de ce que l’on me disait. Sa question me surprit donc. Sans le regarder dans les yeux, j’hésitai à lui répondre en français ou en anglais, ne sachant pas ce qui était le mieux pour lui.

— Yes, if you want it4, répondis-je avec évidence.

— OK, I’m happy.5

Il disait ça avec une joie non feinte sur son visage, comme si ma réponse était la meilleure nouvelle de la journée.

Avec ce même malaise qui nous englobait, je l’invitai à me suivre pour que nous puissions rentrer chez moi. Il était tard, et le ciel commençait déjà se voiler. Je n’avais pas de voiture, ni le permis d’ailleurs, donc nous prîmes les transports en commun. Je ne parlais presque pas, contrairement à Yoo Sik qui se montrait curieux de tout. Son anglais était excellent à côté de son français un peu timide, quoique toujours très bien construit. Quant à moi, je lui répondais généralement en anglais. Je lui avais ainsi demandé si le vol s’était bien déroulé et il m’avait raconté quelques anecdotes qui s’étaient passées durant son voyage. Comme dans ses mails, il semblait très ouvert et avait la parole facile. Je lui avais dit, plus d’une fois que, pour ma part, j’étais très timide. Il avait dit qu’il trouvait ça mignon. Mais peut-être ne l’était-ce que parce qu’à ce moment-là, j’étais une fille pour lui. Et maintenant ?

— Kamil ? Ça va ?

Cette question me sortit de mes pensées. Assis en face de lui, je le regardai au travers de mes lunettes. Mes mains étaient jointes entre mes jambes et ce fut en évitant encore une fois ses yeux noirs que je lui répondis.

— Yes, I’m fine.6

— Tu peux parler français. Je comprends. Pas tout, mais je comprends. Et je suis venu en France pour apprendre le français. Si tu me parles anglais, c’est difficile.

Un léger rire lui échappa. Il était tellement à l’aise, lui.

— D’accord, lui répondis-je doucement.

— Souris.

— Hein ?

— Souris. Tu as l’air triste.

Je le regardai étrangement, ne comprenant pas où il voulait en venir.

— You look sad, me répéta-t-il en anglais.

Peut-être pensait-il que je n’avais pas compris sa phrase. Elle était très compréhensible, grammaticalement parlant. C’était son intention que je ne comprenais pas.

— Smile7, insista-t-il sans brutalité.

Ne pouvant lui dire non, j’esquissai un maigre sourire du coin des lèvres, plus gêné que jamais. Cependant, il ne resta pas longtemps. Mes lèvres furent rapidement pincées et je ne me rendis pas compte que ce comportement pouvait gêner Yoo Sik.

— Tu n’es pas content de me voir ? me demanda-t-il d’une voix qui me fendit le cœur.

— Bien sûr que si !

Je l’étais plus que jamais ! Plus qu’il ne l’imaginait. Mon ton le surprit, d’ailleurs. J’avais levé si vite la tête pour lui lancer ça au visage, la vérité transparaissant de tout mon corps, rapidement rattrapé par la réalité.

— Je suis juste timide et un peu gêné.

C’était ça, la vérité. J’étais très content de l’avoir en face de moi, mais j’avais si honte de ne pas lui avoir avoué plus tôt que j’étais un garçon, comme lui, et non une fille. J’avais entretenu le mensonge jusqu’au dernier moment, impuissant face à tout ce qui s’était passé. C’était lâche de ma part.

— Très timide alors.

Je posai mes yeux inquiets sur Yoo Sik qui avait dit ça de façon très douce, voire protectrice malgré le fort accent qui mangeait ses mots. J’acquiesçai en silence. Il y avait un autre problème chez moi : cette timidité envers les personnes trop belles. Bizarre ? Ça l’était, mais j’étais ainsi. Je ne me sentais jamais à l’aise avec ce genre de personnes. J’avais cette horrible impression de faire tache à côté d’eux, en plus de ne pas être du même monde. C’était peut-être vrai, même si Marion me disait souvent le contraire. Surtout qu’elle était loin d’être laide, elle. Mais là n’était pas la question.

Le reste du trajet se fit plus calmement. Yoo Sik me parlait toujours autant et je répondais de temps en temps par des mots, lui certifiant que j’écoutais. C’était vrai, j’écoutais tout ce qu’il disait, en anglais, en français, le corrigeant parfois sur certaines phrases ou certains mots qu’il construisait de travers ou qu’il accordait mal. Il me remerciait à chaque fois et ne s’embarrassait pas de ses erreurs, bien au contraire. Pendant qu’il parlait, je l’observais discrètement. Son bonnet était toujours sur sa tête, cachant en partie ses cheveux noirs. Il m’avait déjà montré une photo de lui les cheveux décolorés et je trouvais que ça lui allait assez bien ; mais je trouvais que sa couleur naturelle bien mieux.

Son visage était harmonieux, avec des yeux typiquement asiatiques, une paupière simple et des iris aussi noirs que ses pupilles, ce qui donnait l’impression qu’il n’ouvrait pas entièrement les yeux. Il avait un nez droit continué de lèvres roses qui s’étiraient souvent lorsqu’il souriait. Ses joues étaient plates et sa mâchoire marquée, masculine. Son bomber était ouvert et laissait apercevoir un pull à col rond noir. Quant à son pantalon, il était serré et allait rudement bien avec ses rangers camouflage. Un détail qui m’avait un peu surpris était les boucles d’oreilles qu’il portait. D’épais anneaux noirs laqués, un à chaque lobe. Je ne pensais pas que quelqu’un comme lui pouvait porter ce genre de bijoux. Ça lui allait parfaitement, ça finissait sa tenue sobre, mais branchée. Moi-même je portais des bijoux, mais ça n’avait rien à voir. Je me mis d’ailleurs à triturer le seul piercing que j’avais, un hélix à l’oreille gauche, tout en le regardant parler. Il s’arrêta net lorsqu’il me surprit en train de le fixer depuis trop longtemps. Je cessai immédiatement de jouer avec mon piercing.

— C’est amusant, commença-t-il.

— Quoi donc ?

— This is the first time we see each other but I feel like I know you.8 C’est étrange.

Étrange ? Peut-être pas tant que ça. Nous avons tant discuté ensemble par mails. Il était même plus étrange de revivre en chair et en os des choses qu’il m’avait déjà dites via messagerie. Associer un visage à une façon d’écrire, à une photo de profil, à des mots muets était une sensation indescriptible. C’était comme un rêve, une espèce de flottement duquel j’avais du mal à m’extirper.

— C’est un peu bizarre, oui. Je veux dire… C’est bizarre de te parler.

— De me parler ?

— Ah, ce n’est pas… Je veux dire, c’est bizarre de te parler directement. Pas juste par mail.

— Oh, d’accord. Moi, je trouve ça amusant.

Une risette égaya son visage qui semblait hors d’atteinte de la fatigue. Moi, j’étais exténué. Trop d’émotions en une journée. Et ce n’était pas fini.

Lorsque le métro s’arrêta à la station Passy, nous descendîmes. Je rajustai mon keffieh autour de mon cou et jetai un coup d’œil à mon correspondant qui se débattait avec ses sacs. Il avait une grosse valise en plus d’un sac à dos et d’un sac de sport.

— Tu veux de l’aide ?

— Help ? répéta-t-il pour être certain.

Je hochai la tête tout en tendant une main vers son sac de sport pour lui faire comprendre de quoi je parlais.

— Merci.

— De rien.

Je mis son sac sur mon épaule droite tout en me mettant en marche. Il était un peu lourd, mais rien d’insurmontable. Nous nous mîmes ainsi à déambuler dans le labyrinthe qu’était le métro de Paris, nous heurtant de temps en temps à quelques difficultés à cause de la valise. Heureusement, je connaissais un minimum cette station bien que je ne l’empruntais que rarement.

Lorsque nous sortîmes des entrailles de la capitale, un courant d’air froid nous accueillit, me faisant grimacer.

— On en a pour quinze minutes de marche à peu près.

— D’accord.

Je me mis en route sans perdre de temps, ouvrant la marche. La nuit était tombée et nous n’étions éclairés que par les réverbères. Le froid était un peu plus mordant que lorsque j’étais parti, mais l’hiver était encore loin. Nous avions de la chance qu’il ne pleuve pas.