Candide ou l´Optimisme - Voltaire - E-Book

Candide ou l´Optimisme E-Book

Voltaire

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Beschreibung

Die abenteuerliche Geschichte Candides, der auf seiner Suche nach der geliebten Cunégonde um den ganzen Erdball irrt und dessen Glaube an die "beste aller Welten" angesichts der Alltäglichkeit von Unterdrückung und Gewalt auf eine harte Probe gestellt wird, ist Voltaires erzählerisches Meisterwerk. In seiner Mischung aus boshaftem Zynismus und Heiterkeit, aus radikaler Skepsis gegen alle Heilslehren und einem versöhnlichen Zukunftsoptimismus ist der kleine Roman zugleich ein unsterbliches Dokument der europäischen Aufklärung. "Wenn ich wieder einmal, wie es im Zeitalter der globalen Aufrüstungen und Versklavungen ja geschehen muß, an der Welt verzweifle, genügen ein paar Seiten aus Voltaires zaubermärchenhafter und doch so prall anschaulicher Erzählung "Candide"? um neue Spannkraft zu provozieren - der Funke seines Lebensfeuers springt auf den Leser über wie je." (Robert Minder) Ungekürzte und unbearbeitete Textausgabe in der Originalsprache, mit Übersetzungen schwieriger Wörter, Nachwort und Literaturhinweisen. Mit Seitenzählung der gedruckten Ausgabe: Buch und E-Book können parallel benutzt werden.

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Seitenzahl: 238

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VoltaireCandide ou l’Optimisme

Herausgegeben von Thomas Baldischwieler

Reclam

1987 Philipp Reclam jun. GmbH & Co. KG, Stuttgart

Bibliographisch ergänzte Ausgabe 2007

Made in Germany 2017

RECLAM ist eine eingetragene Marke der Philipp Reclam jun. GmbH & Co. KG, Stuttgart

ISBN 978-3-15-960472-5

ISBN der Buchausgabe 978-3-15-009221-7

www.reclam.de

Inhalt

Candide ou l’Optimisme

Chapitre premierComment Candide fut élevé dans un beau château, et comment il fut chassé d’icelui

Chapitre secondCe que devint Candide parmi les Bulgares

Chapitre troisièmeComment Candide se sauva d’entre les Bulgares, et ce qu’il devint

Chapitre quatrièmeComment Candide rencontra son ancien maître de philosophie, le docteur Pangloss, et ce qui en advint

Chapitre cinquièmeTempête, naufrage, tremblement de terre, et ce qui advint du docteur Pangloss, de Candide et de l’anabaptiste Jacques

Chapitre sixièmeComment on fit un bel auto-da-fé pour empêcher les tremblements de terre, et comment Candide fut fessé

Chapitre septièmeComment une vieille prit soin de Candide, et comment il retrouva ce qu’il aimait

Chapitre huitièmeHistoire de Cunégonde

Chapitre neuvièmeCe qui advint de Cunégonde, de Candide, du grand Inquisiteur et d’un Juif

Chapitre dixièmeDans quelle détresse Candide, Cunégonde et la vieille arrivent à Cadix, et de leur embarquement

Chapitre onzièmeHistoire de la vieille

Chapitre douzièmeSuite des malheurs de la vieille

Chapitre treizièmeComment Candide fut obligé de se séparer de la belle Cunégonde et de la vieille

Chapitre quatorzièmeComment Candide et Cacambo furent reçus chez les jésuites du Paraguay

Chapitre quinzièmeComment Candide tua le frère de sa chère Cunégonde

Chapitre seizièmeCe qui advint aux deux voyageurs avec deux filles, deux singes et les sauvages nommés Oreillons

Chapitre dix-septièmeArrivée de Candide et de son valet au pays d’Eldorado, et ce qu’ils y virent

Chapitre dix-huitièmeCe qu’ils virent dans le pays d’Eldorado

Chapitre dix-neuvièmeCe qui leur arriva à Surinam, et comment Candide fit connaissance avec Martin

Chapitre vingtièmeCe qui arriva sur mer à Candide et à Martin

Chapitre vingt et unièmeCandide et Martin approchent des côtes de France et raisonnent

Chapitre vingt-deuxièmeCe qui arriva en France à Candide et à Martin

Chapitre vingt-troisièmeCandide et Martin vont sur les côtes d’Angleterre; ce qu’ils y voient

Chapitre vingt-quatrièmeDe Paquette et de Frère Giroflée

Chapitre vingt-cinquièmeVisite chez le seigneur Pococuranté, noble vénitien

Chapitre vingt-sixièmeD’un souper que Candide et Martin firent avec six étrangers, et qui ils étaient

Chapitre vingt-septièmeVoyage de Candide à Constantinople

Chapitre vingt-huitièmeCe qui arriva à Candide, à Cunégonde, à Pangloss, à Martin, etc.

Chapitre vingt-neuvièmeComment Candide retrouva Cunégonde et la vieille

Chapitre trentièmeConclusion

Editorische Notiz

Anmerkungen

Literaturhinweise

Nachwort

Hinweise zur E-Book-Ausgabe

[3] Candide ou l’Optimisme

Traduit de l’allemand de M. le docteur Ralph

avec les additions qu’on a trouvées dans la poche du docteur, lorsqu’il mourut à Minden, l’an de grâce 1759

Chapitre premierComment Candide fut élevé dans un beau château, et comment il fut chassé d’icelui

Il y avait en Westphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les mœurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le jugement assez droit, avec l’esprit le plus simple; c’est, je crois, pour cette raison qu’on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison soupçonnaient qu’il était fils de la sœur de monsieur le baron et d’un bon et honnête gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais épouser parce qu’il n’avait pu prouver que soixante et [4]onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l’injure du temps.

Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres. Sa grande salle même était ornée d’une tapisserie. Tous les chiens de ses basses-cours composaient une meute dans le besoin; ses palefreniers étaient ses piqueurs; le vicaire du village était son grand aumônier. Ils l’appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il faisait des contes.

Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s’attirait par là une très grande considération, et faisait les honneurs de la maison avec une dignité qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse, appétissante. Le fils du baron paraissait en tout digne de son père. Le précepteur Pangloss était l’oracle de la maison, et le petit Candide écoutait ses [5]leçons avec toute la bonne foi de son âge et de son caractère.

Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie*. Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles.

«Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement: car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées, et pour en faire des châteaux, aussi monseigneur a un très beau château; le plus grand baron de la province doit être le mieux logé; et, les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l’année: par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise; il fallait dire que tout est au mieux.»

Candide écoutait attentivement, et croyait innocemment; car il trouvait Mlle Cunégonde extrêmement belle, quoiqu’il ne prît jamais la hardiesse de le lui dire. Il concluait qu’après le bonheur d’être [6]né baron de Thunder-ten-tronckh, le second degré de bonheur était d’être Mlle Cunégonde; le troisième, de la voir tous les jours; et le quatrième, d’entendre maître Pangloss, le plus grand philosophe de la province, et par conséquent de toute la terre.

Un jour, Cunégonde, en se promenant auprès du château, dans le petit bois qu’on appelait parc, vit entre des broussailles le docteur Pangloss qui donnait une leçon de physique expérimentale à la femme de chambre de sa mère, petite brune très jolie et très docile. Comme Mlle Cunégonde avait beaucoup de dispositions pour les sciences, elle observa, sans souffler, les expériences réitérées dont elle fut témoin; elle vit clairement la *raison suffisante du docteur, les effets et les causes, et s’en retourna tout agitée, toute pensive, toute remplie du désir d’être savante, songeant qu’elle pourrait bien être la raison suffisante du jeune Candide, qui pouvait aussi être la sienne.

Elle rencontra Candide en revenant au château, et rougit; Candide rougit aussi; elle lui dit bonjour d’une voix entrecoupée, et Candide lui parla sans savoir ce qu’il disait. Le lendemain après le dîner, comme on sortait de table, Cunégonde et Candide se trouvèrent derrière un paravent; Cunégonde laissa tomber son mouchoir, Candide le ramassa, elle lui prit innocemment la main, le jeune homme baisa innocemment la main de la jeune demoiselle avec une vivacité, une sensibilité, une grâce [7]toute particulière; leurs bouches se rencontrèrent, leurs yeux s’enflammèrent, leurs genoux tremblèrent, leurs mains s’égarèrent. M. le baron de Thunder-ten-tronckh passa auprès du paravent, et voyant cette cause et cet effet, chassa Candide du château à grands coups de pied dans le derrière; Cunégonde s’évanouit; elle fut souffletée par madame la baronne dès qu’elle fut revenue à ellemême; et tout fut consterné dans le plus beau et le plus agréable des châteaux possibles.

Candide: Eigenname (von candide: ehrlich, aufrichtig; rein, naiv).icelui:celui-ci.la Westphalie: Westfalen (hier als Inbegriff einer unzivilisierten, trostlosen Gegend).les mœurs (f.): Sitten; Charakter.la physionomie: Gesichtszüge, Gesichtsausdruck.le gentilhomme: Edelmann.le quartier(de noblesse): hier: adliger Vorfahr.un arbre généalogique: Stammbaum.l’injure du temps: Zahn der Zeit (une injure: Beleidigung, Schimpf).orner: schmücken.la tapisserie: Wandteppich.la basse-cour: Wirtschaftshof.la meute: Meute.le palefrenier: Stallknecht.le piqueur: Pikör (reitender Jäger, der die Hunde führt).le vicaire: Vikar.un aumônier: Almosenier, Schloßgeistlicher.monseigneur: Euer Gnaden (Anrede urspr. von Fürsten, später auch von Bischöfen).la livre: Pfund (Währungseinheit).haut, e en couleur: von rosiger Gesichtsfarbe.appétissant, e: anziehend, verführerisch.le précepteur: Hauslehrer, Erzieher.un oracle: Orakel.Pangloss: Eigenname, etwa: Allesdeuter (von griech. pan: alles; glossa: Zunge).chausser: mit Hosen bekleiden.les chausses (f.): Hosen.avancer: hier: behaupten, feststellen.la sottise: Dummheit.la hardiesse: Kühnheit, Mut.les broussailles (f.): Gestrüpp.réitéré, e: wiederholt.la raison suffisante: zureichender Grund.pensif, ve: nachdenklich.d’une voix entrecoupée: stockend, mit erstickter Stimme.le paravent: Wandschirm.la vivacité: Lebhaftigkeit, Heftigkeit, Inbrunst.la sensibilité: Empfindsamkeit.s’égarer: sich verirren.s’évanouir: ohnmächtig werden.souffleter qn: jdn. ohrfeigen.consterné, e: verblüfft, betroffen, bestürzt.

Chapitre troisièmeComment Candide se sauva d’entre les Bulgares, et ce qu’il devint

Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en [12]infectaient la surface. La baïonnette fuit aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque.

Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d’allerraisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa pardessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin; il était en cendres: c’était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamellessanglantes; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs; d’autres, à demi brûlées, criaient qu’on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.

Candide s’enfuit au plus vite dans un autre village: il [13]appartenait à des Bulgares, et des héros abares l’avaient traité de même. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants ou à travers des ruines, arriva enfin hors du théâtre de la guerre, portant quelques petites provisions dans son bissac, et n’oubliant jamais Mlle Cunégonde. Ses provisions lui manquèrent quand il fut en Hollande; mais ayant entendu dire que tout le monde était riche dans ce pays-là, et qu’on y était chrétien, il ne douta pas qu’on ne le traitât aussi bien qu’il l’avait été dans le château de monsieur le baron avant qu’il en eût été chassé pour les beaux yeux de Mlle Cunégonde.

Il demanda l’aumône à plusieurs graves personnages, qui lui répondirent tous que, s’il continuait à faire ce métier, on l’enfermerait dans une maison de correction pour lui apprendre à vivre.

Il s’adressa ensuite à un homme qui venait de parler tout seul une heure de suite sur la charité dans une grande assemblée. Cet orateur, le regardant de travers, lui dit: «Que venez-vous faire ici? y êtes-vous pour la bonne cause? – Il n’y a point d’effet sans cause, répondit modestement Candide, tout est enchaîné nécessairement et arrangé pour le mieux. Il a fallu que je fusse chassé d’auprès de Mlle Cunégonde, que j’aie passé par les baguettes, et il faut que je demande mon pain jusqu’à ce que je puisse en gagner; tout cela ne pouvait être autrement. – Mon ami, lui dit l’orateur, croyez-vous que le [14]pape soit l’Antéchrist? – Je ne l’avais pas encore entendu dire, répondit Candide; mais qu’il le soit ou qu’il ne le soit pas, je manque de pain. – Tu ne mérites pas d’en manger, dit l’autre; va, coquin, va, misérable, ne m’approche de ta vie.» La femme de l’orateur, ayant mis la tête à la fenêtre et avisant un homme qui doutait que le pape fût antéchrist, lui répandit sur le chef un plein … Ô ciel! à quel excès se porte le zèle de la religion dans les dames!

Un homme qui n’avait point été baptisé, un bon *anabaptiste, nommé Jacques, vit la manière cruelle et ignominieuse dont on traitait ainsi un de ses frères, un être à deux pieds sans plumes, qui avait une âme; il l’amena chez lui, le nettoya, lui donna du pain et de la bière, lui fit présent de deux florins, et voulut même lui apprendre à travailler dans ses manufactures aux étoffes de Perse qu’on fabrique en Hollande. Candide, se prosternant presque devant lui, s’écriait: «Maître Pangloss me l’avait bien dit que tout est au mieux dans ce monde, car je suis [15]infiniment plus touché de votre extrême générosité que de la dureté de ce monsieur à manteau noir et de madame son épouse.»

Le lendemain, en se promenant, il rencontra un gueux tout couvert de pustules, les yeux morts, le bout du nez rongé, la bouche de travers, les dents noires, et parlant de la gorge, tourmenté d’une toux violente et crachant une dent à chaque effort.

leste: flink, schnell, schneidig.le fifre: Pfeife, kleine Flöte.le hautbois: Oboe.le tambour: Trommel.la mousqueterie: Abfeuern der Musketen (Muskete: tragbare Feuerwaffe, die mittels einer Schnur, der Lunte, gezündet wurde).le coquin: Spitzbube, Halunke.infecter: verunreinigen.la baïonnette: Bajonett.Te Deum:Te Deum laudamus (lat.): Dich Gott loben wir (Anfang eines Hymnus).prendre le parti de faire qc: den Entschluß fassen, etwas zu tun.raisonner de qc: über etwas nachdenken.le tas: Haufen.la cendre: Asche.cribler qn: jdn. durchlöchern, durchsieben.égorger qn; jdm. die Kehle durchschneiden.la mamelle: weibliche Brust.sanglant, e: blutig.éventrer qn: jdm. den Bauch aufschlitzen.assouvir: befriedigen.le soupir: Seufzer.s’enfuir: flüchten.palpitant, e: zuckend.le bissac: Brotbeutel.demander l’aumône: betteln (une aumône: Almosen, milde Gabe).la maison de correction (f.): Arbeitshaus, Besserungsanstalt.la charité: Wohltätigkeit, Barmherzigkeit.un orateur: Redner.enchaîner: verketten, verknüpfen.un Antéchrist: Antichrist.de ta vie:jamais de ta vie.aviser qn: jdn. bemerken, jds. gewahr werden.le chef: Kopf.un excès: Exzeß, Ausschreitung.le zèle: Eifer.baptiser: taufen.un anabaptiste: Wiedertäufer.ignominieux, se: schändlich, schmachvoll.faire présent(m.)de qc à qn: jdm. etwas schenken.le florin: Gulden.la manufacture: Manufakturbetrieb, Fabrik.les étoffes(f.)de Perse (f.): bemalte oder bedruckte Baumwollstoffe, als deren Ursprungsland man Persien ansah.se prosterner: sich zu Boden werfen.la générosité: Freigebigkeit, Großmut.le gueux: Bettler.la pustule: Eiterblase.rongé, e: zerfressen.tourmenter: martern, quälen.la toux: Husten.

Chapitre quatrièmeComment Candide rencontra son ancien maître de philosophie, le docteur Pangloss, et ce qui en advint

Candide, plus ému encore de compassion que d’horreur, donna à cet épouvantable gueux les deux florins qu’il avait reçus de son honnête anabaptiste Jacques. Le fantôme le regarda fixement, versa des larmes, et sauta à son cou. Candide, effrayé, recule. «Hélas! dit le misérable à l’autre misérable, ne reconnaissez-vous plus votre cher Pangloss? – Qu’entends-je? Vous, mon cher maître! vous, dans cet état horrible! Quel malheur vous est-il [16]donc arrivé? Pourquoi n’êtes-vous plus dans le plus beau des châteaux? Qu’est devenue Mlle Cunégonde, la perle des filles, le chef-d’œuvre de la nature? – Je n’en peux plus», dit Pangloss. Aussitôt Candide le mena dans l’étable de l’anabaptiste, où il lui fit manger un peu de pain; et quand Pangloss fut refait: «Eh bien! lui dit-il, Cunégonde? – Elle est morte», reprit l’autre. Candide s’évanouit à ce mot, son ami rappela ses sens avec un peu de mauvais vinaigre qui se trouva par hasard dans l’étable. Candide rouvre les yeux. «Cunégonde est morte! Ah! meilleur des mondes, où êtes-vous? Mais de quelle maladie est-elle morte? ne serait-ce point de m’avoir vu chasser du beau château de monsieur son père à grands coups de pied? – Non, dit Pangloss; elle a été éventrée par des soldats bulgares, après avoir été violée autant qu’on peut l’être; ils ont cassé la tête à monsieur le baron qui voulait la défendre; madame la baronne a été coupée en morceaux; mon pauvre pupille, traité précisément comme sa sœur; et quant au château, il n’est pas resté pierre sur pierre, pas une grange, pas un mouton, pas un canard, pas un arbre; mais nous avons été bien vengés, car les Abares en ont fait autant dans une baronnie voisine qui appartenait à un seigneur bulgare.»

À ce discours, Candide s’évanouit encore; mais revenu à soi, et ayant dit tout ce qu’il devait dire, il s’enquit de la cause et de l’effet, et de la raison suffisante qui avait mis [17]Pangloss dans un si piteux état. «Hélas! dit l’autre, c’est l’amour; l’amour, le consolateur du genre humain, le conservateur de l’univers, l’âme de tous les êtres sensibles, le tendre amour. – Hélas! dit Candide, je l’ai connu, cet amour, ce souverain des cœurs, cette âme de notre âme; il ne m’a jamais valu qu’un baiser et vingt coups de pied au cul. Comment cette belle cause a-t-elle pu produire en vous un effet si abominable?»

Pangloss répondit en ces termes: «Ô mon cher Candide! vous avez connu Paquette, cette jolie suivante de notre auguste baronne; j’ai goûté dans ses bras les délices du paradis, qui ont produit ces tourments d’enfer dont vous me voyez dévoré; elle en était infectée, elle en est peut-être morte. Paquette tenait ce présent d’un cordelier très savant, qui avait remonté à la source; car il l’avait eue d’une vieille comtesse, qui l’avait reçue d’un capitaine de cavalerie, qui la devait à une marquise, qui la tenait d’un page, qui l’avait reçue d’un *jésuite, qui, étant novice, l’avait eue en droite ligne d’un des compagnons de [18]Christophe *Colomb. Pour moi, je ne la donnerai à personne, car je me meurs.

– Ô Pangloss! s’écria Candide, voilà une étrange généalogie! n’est-ce pas le diable qui en fut la souche? – Point du tout, répliqua ce grand homme; c’était une chose indispensable dans le meilleur des mondes, un ingrédient nécessaire; car si Colomb n’avait pas attrapé, dans une île de l’Amérique, cette maladie qui empoisonne la source de la génération, qui souvent même empêche la génération, et qui est évidemment l’opposé du grand but de la nature, nous n’aurions ni le chocolat ni la cochenille; il faut encore observer que jusqu’aujourd’hui, dans notre continent, cette maladie nous est particulière, comme la controverse. Les Turcs, les Indiens, les Persans, les Chinois, les Siamois, les Japonais, ne la connaissent pas encore; mais il y a une raison suffisante pour qu’ils la connaissent à leur tour dans quelques siècles. En attendant, elle a fait un merveilleux progrès parmi nous, et surtout dans ces grandes armées composées d’honnêtes stipendiaires, bien élevés, qui décident du destin des États; on peut assurer que, quand trente mille hommes combattent en bataille rangée contre des troupes égales en nombre, il y a environ vingt mille vérolés de chaque côté.

[19] – Voilà qui est admirable, dit Candide, mais il faut vous faire guérir. – Et comment le puis-je? dit Pangloss; je n’ai pas le sou, mon ami; et dans toute l’étendue de ce globe, on ne peut ni se faire saigner ni prendre un lavement sans payer, ou sans qu’il y ait quelqu’un qui paye pour nous.»

Ce dernier discours détermina Candide; il alla se jeter aux pieds de son charitable anabaptiste Jacques, et lui fit une peinture si touchante de l’état où son ami était réduit que le bonhomme n’hésita pas à recueillir le docteur Pangloss; il le fit guérir à ses dépens. Pangloss, dans la cure, ne perdit qu’un œil et une oreille. Il écrivait bien et savait parfaitement l’arithmétique. L’anabaptiste Jacques en fit son teneur de livres. Au bout de deux mois, étant obligé d’aller à *Lisbonne pour les affaires de son commerce, il mena dans son vaisseau ses deux philosophes. Pangloss lui expliqua comment tout était on ne peut mieux. Jacques n’était pas de cet avis. «Il faut bien, disait-il, que les hommes aient un peu corrompu la nature, car ils ne sont point nés loups, et ils sont devenus loups. Dieu ne leur a donné ni canon de vingt-quatre ni baïonnettes, et ils se sont fait des baïonnettes et des canons pour se détruire. Je pourrais mettre en ligne de compte[20] les banqueroutes, et la justice qui s’empare des biens des banqueroutiers pour en frustrer les créanciers. – Tout cela était indispensable, répliquait le docteur borgne, et les malheurs particuliers font le bien général, de sorte que plus il y a de malheurs particuliers, et plus tout est bien.» Tandis qu’il raisonnait, l’air s’obscurcit, les vents soufflèrent des quatre coins du monde, et le vaisseau fut assailli de la plus horrible tempête à la vue du port de Lisbonne.

advenir de: werden aus.ému, e: bewegt, ergriffen, gerührt.la compassion: Mitleid.le fantôme: Gespenst.une étable: Stall.le vinaigre: Essig.violer qn: jdn. vergewaltigen.le pupille: Schüler, Zögling.la grange: Scheune.la baronnie: Baronie, Ländereien eines Barons.s’enquérir de qc: sich nach etwas erkundigen.piteux, se: erbärmlich, jämmerlich.le consolateur: Tröster.le souverain: Herrscher.abominable: schrecklich, abscheulich.le terme: Wort.la suivante: Zofe, Dienerin.auguste: erlaucht, erhaben.le délice: Wonne, Entzücken.le tourment: Qual, Pein.être infecté, e de: angesteckt sein mit (gemeint ist die seit Anfang des 16. Jh.s in Europa verbreitete Syphilis).le cordelier: Franziskanermönch.la comtesse: Gräfin.le capitaine de cavalerie (f.): Rittmeister.le jésuite: Jesuit.le novice: Novize (Mönch, der noch kein Gelübde abgelegt hat).la souche: Stamm.un ingrédient: Bestandteil, Zubehör.empoisonner: vergiften.la génération: hier: Zeugung.la cochenille: scharlachrote Farbe (urspr. Bezeichnung für eine Läuseart, aus der dieser Farbstoff gewonnen wurde).la controverse: Streit (gemeint ist der theologische Streit um Dogmen, der die Geschichte des Christentums durchzieht).le stipendiaire: Söldner.le vérolé: an Lustseuche Erkrankter, Syphilitiker.saigner qn: einen Aderlaß bei jdm. vornehmen, jdn. zur Ader lassen.le lavement: Einlauf, Klistier.charitable: wohltätig, barmherzig.à ses dépens (m.): auf seine Kosten.la cure: Behandlung.le teneur de livres: Buchhalter.Lisbonne: Lissabon.le vaisseau: Schiff.corrompre: verderben.le canon de vingt-quatre: vierundzwanzigpfündige Kanonenkugel.mettre en ligne de compte: in Rechnung setzen, anführen.le banqueroute: Bankrott.s’emparer de qc: sich einer Sache bemächtigen, etwas beschlagnahmen.frustrer qn: jdn. um etwas bringen.le créancier: Gläubiger.borgne: einäugig.s’obscurcir: sich verdunkeln.les quatre coins du monde: die vier Himmelsrichtungen.assaillir: überfallen, heimsuchen.