Carnaval - Alexis Santuary - E-Book

Carnaval E-Book

Alexis Santuary

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Beschreibung

Dans un style explosif teinté d’un comique rageur, un premier recueil de nouvelles où réalité et fantasmes se rejoignent.

Que faire lorsque Dieu lui-même monte une machination contre vous ? Quel événement prodigieux s’est-il produit le jeudi 13 avril ? Pourquoi Charles Bronson se trouve-t-il invoqué à Notre-Dame de Paris ?

Les amateurs de l’humour féroce des Monthy Python vont se régaler !

EXTRAIT

Il y a trois semaines. Un jeudi matin, pour être précis. Je venais de me laver, euh non, lever, pardon, j’étais encore plus fatigué que la veille, avant de me coucher. J’avais dormi d’un sommeil fiévreux, le genre qui vous crève plus qu’autre chose. En clair j’étais lessivé, je serais bien allé me recoucher. Mais il faut partir au travail pour gagner le pain de chaque jour, hein...
Je me dis que la journée va être longue, très longue. Je me dis que mon emploi me fait suer, que mes patrons sont vraiment une bande de sales rats d’exploiteurs, que ma femme vieillit et enlaidit à vue de nez, que le temps passe bien vite tout de même... Qu’elle aurait pu se moucher au lieu de renifler toute la nuit.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Alexis Santuary est né en 1979 et vit à Paris. Il a fait des études de lettres et travaille dans le milieu journalistique. Avec les droits d’auteur de Carnaval, il compte s’offrir un domaine viticole en Toscane dans le Val d’Orcia et une Chevrolet Corvette C2 « Sting Ray » modèle 1967, avant de publier Carnaval 2, un spin-off centré sur la vie érotique de Michel Tapin qui s’insérera de manière ingénieuse dans une ellipse narrative de La Route des Flandres de Claude Simon.

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Seitenzahl: 55

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Carnaval

Alexis Santuary

À propos
L'auteur

Alexis Santuary est né en 1979 et vit à Paris. Il a fait des études de lettres et travaille dans le milieu journalistique. Avec les droits d’auteur de Carnaval, il compte s’offrir un domaine viticole en Toscane dans le Val d’Orcia et une Chevrolet Corvette C2 « Sting Ray » modèle 1967, avant de publier Carnaval 2, un spin-off centré sur la vie érotique de Michel Tapin qui s’insérera de manière ingénieuse dans une ellipse narrative de La Route des Flandres de Claude Simon.

Les éditions Émoticourt

Émoticourt est une maison d'édition numérique dédiée aux textes courts, inédits et de langue française. Lancée en mars 2012 à Paris, elle publie les œuvres d’auteurs reconnus (dont certains couronnés par le Goncourt de la Nouvelle) ou celles de nouveaux talents, avec une même exigence de qualité littéraire. Ce choix du numérique lui permet de publier nouvelles, recueils, carnets, nanoromans qui ne trouvent pas, en raison de leur format, leur place dans l’univers de l’édition papier.

Dédicace

Pour Odette et Francis

Carnaval

« Si la mort n’existait pas, il nous faudrait manger le rôti vivant. »

Italo SVEVO

Il y a trois semaines. Un jeudi matin, pour être précis. Je venais de me laver, euh non, lever, pardon, j’étais encore plus fatigué que la veille, avant de me coucher. J’avais dormi d’un sommeil fiévreux, le genre qui vous crève plus qu’autre chose. En clair j’étais lessivé, je serais bien allé me recoucher. Mais il faut partir au travail pour gagner le pain de chaque jour, hein…

Je me dis que la journée va être longue, très longue. Je me dis que mon emploi me fait suer, que mes patrons sont vraiment une bande de sales rats d’exploiteurs, que ma femme vieillit et enlaidit à vue de nez, que le temps passe bien vite tout de même… Qu’elle aurait pu se moucher au lieu de renifler toute la nuit. Que, molle endormie vue du dessus, les quenottes en avant, elle ressemble à ces sales rats qui m’exploitent. Que mon réveil a une sonnerie ignoble, et pourtant la mangouste qui passe ses nuits à mes côtés s’en est toquée au point qu’il est désormais strictement défendu de lui cogner dessus pour mettre fin à ses vocalises stridentes – je parle du réveil. Mais c’est sans intérêt.

Je ne suis pas toujours aussi… vous savez. J’ai mes moments d’euphorie, quoi… Mettez-vous à ma place. Se lever pour taper des rapports, ça n’a jamais bouleversé de joie personne. Quand en plus la lumière de la salle d’eau ne fonctionne pas, que vous êtes obligé de viser la cuvette dans le noir et de vous raser, ou plutôt de vous lacérer à l’aveugle, vous êtes en droit de vous dire que Dieu est le pire des humoristes. Je passe sur les préparatifs, je n’avais pas pu me voir dans la glace puisque la lumière ne fonctionnait pas. J’ai l’impression de vous l’avoir déjà dit un bon millier de fois.

Je me dirige donc vers le métro, autre moment d’allégresse en perspective, surtout avec le changement aux Halles et les trottoirs roulants en rade. La station est bourrée à craquer… Même pas une grève, c’est comme ça tous les jours. Je monte dans la rame. Jusque-là, rien à dire, tout se passe maussadement bien, pas de catastrophe en vue.

J’avise une jeune fille plutôt sexy, coincée entre deux lambdas qui profitent de chaque cahot pour la coller un peu plus. Je compatis. Sincèrement. Je lui lance un regard de franche sollicitude. Elle, elle me jette un « Tu veux ma photo ? » cinglant. Après tout, si elle aime bien se faire peloter dans le métro…

Quand même, je suis un peu vexé. Je tourne la tête vers l’extérieur, vers les parois du tunnel. Vous n’êtes pas sans savoir que les métros sont équipés de vitres et que lorsqu’on place derrière une vitre une surface sombre, un mur ou une paroi de tunnel, par exemple, elle devient presque aussi réfléchissante qu’un miroir. Bon sang j’ai déjà dit tout ça, vous m’écoutez ou quoi ?

Enfin, toujours est-il que c’est là, à ce moment-là, que j’ai remarqué pour la première fois ma métamorphose. Je me rappelle très nettement… Pendant un instant mon regard a… vacillé, sans comprendre vraiment. Puis j’ai fixé l’apparition avec une désinvolture incroyable. C’est mon dernier souvenir de désinvolture. J’ai écarquillé les yeux, pour vérifier.

En face de moi, il y avait mon reflet, c’est logique. Mais ce reflet, ce n’était pas le mien. Non, plutôt, c’était le mien, ça devait l’être parce qu’il semblait aussi abasourdi que moi, mais il ne me ressemblait pas du tout. Je veux dire, il n’était pas conforme à mon attente, à mon moi quotidien, à mon apparence de tous les jours.

Écoutez, ça ne se voit plus, mais j’ai quarante-trois ans, je fais du sport deux fois l’an avec mon beau-frère, qui vieillit encore plus mal que sa sœur et qui pourtant m’humilie systématiquement au squash. Et même dans ma jeunesse, je n’ai jamais joui que d’un physique très moyen, passable même, selon ma mère… C’est vous dire.

Et là, là… Juste en face de moi dans la vitre, en face de moi… Il est compressé au milieu des répliques jaunâtres des usagers, comme moi au milieu des originaux, vous voyez ? Non, pardon. Là, en face de moi, il y avait… lui. Un jeune homme magnifique, un visage harmonieux et stupéfait, les joues un peu entaillées. Mieux, ou non, pire, ce n’était pas seulement un jeune homme splendide, de larges épaules qui dépassaient celles de tous ses voisins…

Non, c’était lui, c’était cet acteur mielleux et analphabète devant lequel le monde entier se prosterne, celui pour qui ma femme, sans oser l’avouer parce que ce n’est plus de son âge, éprouvait une passion à mi-chemin entre le grotesque et le pathétique, celui qu’elle essayait probablement d’imaginer avoir entre les jambes lorsque nous nous résolvions à accomplir le devoir conjugal. Ce bellâtre fadasse qui se pavane de navet en navet, juste le temps de culbuter le premier rôle féminin. Et dans ses yeux, mon regard.

Je me suis retourné brusquement, dans un réflexe absurde, en le cherchant dans la rame. Du coup, je bouscule mes voisins, qui se mettent à bramer. Non, il n’est pas là. D’ailleurs que serait-il venu foutre dans la mêlée, ce peigne-cul plein aux as ?

Non, et pourtant si, il, je, ou plutôt nous étions là tous les deux, lui superposé à moi, moi derrière lui, ou à sa place, mais alors où était-il, et s’il était là, où étais-je, moi ?