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Qui est Céline? Ma grand-mère... ce n'est qu'après son décès que son journal intime me révéla sa vie. Néé dans une famille bourgeoise en Belgique, elle ira rejoindre son amour sur une péniche et y vivra toute sa vie sans être mariée.... Céline est une fresque romancée sur la condition féminine du XXe siècle!
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Seitenzahl: 137
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Je remercie mon amie Henriette
et mon compagnon
pour leur aide !
Namur
Aramis
La maison flottante
Secret dévoilé
Albert
Rancoeur
Nouvelle vie
Nouveau secret
La vie à deux
L’inconnu
Aujourd’hui, c’est l’enterrement de ma grand’mère « Céline ». J’ai quitté Düsseldorf, magnifique ville allemande où je suis actuellement en Poste. Chaque kilomètre parcouru me mène vers la petite maison de mon enfance et sa grisaille. Ma grand’mère était âgée, elle était restée seule chez elle dans ce coin de Lorraine qu’elle n’avait pas quitté depuis la disparition de mon grandpère Aramis qui s’était noyé accidentellement dans le canal gelé il y a bien longtemps.
Sa vie était réglée comme une vieille horloge.
Elle se levait tôt le matin, se préparait, allait faire ses courses et surtout achetait le journal qu’elle détaillait grâce à sa loupe après avoir pris son repas. Ensuite elle se reposait dans son fauteuil. Elle savourait sa petite sieste ….mais elle disait haut et fort ne pas dormir et ne pas même s’assoupir !
Ce malheureux jour, sa sieste dura plus longtemps que d’habitude…
Ils étaient venus nombreux : la cérémonie fut sobre, paisible, surtout pas de chichis auraitelle dit. Je fus intriguée par le prêtre qui célébra la messe, lui qui la connaissait bien – elle s’était occupée du secours catholique pendant de longues années – l’appelait par son nom de jeune fille….je ne comprenais pas, je crus à une fatigue de l’abbé….
Personne ne pleura, elle avait eu sa vie une longue vie…
Au cimetière, chacun lui déposa une fleur … la dernière sans doute. Puis un vieil homme arriva à petit pas, il avait le dos courbé. Ses cheveux blancs étaient un peu longs, sa barbe était blanche elle-aussi. Sa chemise flottait dans le vent, trop grande pour lui. Il fixe le cercueil avec une intensité douloureuse, on aurait dit qu’il tremblait. Puis il pose délicatement un bouquet de violettes…….les fleurs préférées de ma grand’mère. Il se recueille un instant, il parait bouleversé.
Il repartit ensuite lentement, péniblement. Personne ne l’a remarqué.
Moi, je fus intriguée par ce Monsieur ; Je courus derrière lui…Monsieur, Monsieur ! Essoufflée je le rattrapai, arrivée à sa hauteur, je vis qu’il pleurait.
Vous avez connu ma grand’mère ? Vous saviez pour les violettes ? Il continue son chemin, je le suivis.
- Vous la connaissiez bien ? Il dut se moucher…. il n’avait rien, je lui donne mon mouchoir (brodé) et lui dis de le garder.
Il sortit enfin de son silence et me regarde :
- laisse-moi tranquille ma petite, si je parlais …je raconterais trop de choses, je ne peux pas…. Laisse-moi maintenant…
J’ose à peine le regarder, il est si ému, si tremblant, je ne pus l’importuner davantage.
Je lui dis alors au revoir et rebroussai chemin. Quelques minutes plus tard, je me retournai ……il avait disparu !
J’eus l’impression que la route, elle-aussi avait disparu, un silence s’imposait à ce décor, si froid, si lourd que je sentais un désir soudain de disparaître….
Mes pas incertains me reconduisirent à la maison de ma grand’mère.
La maison était ouverte, la chambre était à l’étage, je m’y rendis tout de suite. Je regardai avec attention chaque photo, un besoin soudain de mieux connaître ma grand’mère m’envahissait.
Je souhaitais trouver quelques souvenirs avant de repartir chez moi mais j’étais gênée à l’idée de fouiller dans ses affaires, elle n’aurait pas apprécié !
J’étais prête à partir quand je pensai au grenier.
Mais oui, je l’avais oublié ce grenier !
Autrefois, bien des affaires y étaient entreposées ! J’ouvris la porte et montai l’escalier qui me parut raide, l’ampoule qui pendait au plafond donnait très peu de lumière et même j’avais presque peur, comme lorsque j’étais enfant. De vieux meubles étaient là, un bric-à-brac indéfinissable : j’ouvris la porte d’un meuble bas et j’aperçus une petite valise en carton dont les serrures étaient rouillées.
Elles me résistèrent. Ce trésor me plaisait, j’ai immédiatement eu envie de le prendre avec moi.
Avant mon départ, je questionnai les voisins sur le vieil homme du cimetière qui m’avait tant surprise…….j’aurais aimé le revoir…lui parler….mais personne ne le connaissait, on ne l’avait jamais vu. C’était étonnant, car le village n’était pas bien grand. Où était-il passé ?
J’avais passé toute mon enfance chez ma grand’mère, elle ne s’était jamais confiée. Aujourd’hui, je réalisais qu’elle venait de partir sans que je la connaisse. Depuis des années, on se voyait peu, les distances existantes s’étaient renforcées.
Céline était crainte, inaccessible même pour ses proches, son autorité n’était pas appréciée de tous. Mais pour l’honnêteté et la ponctualité, elle n’avait pas sa pareille ! Je voyais pourtant partir avec elle une partie de ma vie……en silence.
De retour chez moi, après quelques jours de repos….j’ai fait le vide dans mon cœur et dans ma tête mais la valise était toujours présente dans mes pensées et le vieux Monsieur aussi !
Il m’était cependant difficile d’être indiscrète et d’ouvrir cette valise….Mais l’envie de revivre sa vie, celle qu’elle ne m’avait pas racontée revenait sans cesse.
Je pris donc la décision oh ! combien difficile ! d’ouvrir mon trésor. Avant de le faire, je demandai pardon à ma grand’mère pour mon indiscrétion. Elle aurait détesté me voir agir ainsi….mais elle a laissé cette valise…par oubli ? volontairement ? voulaitelle laisser des traces de sa vie…qui sait ?
L’ouverture de la petite valise ne fut pas simple, les fermetures rouillées, avec les années, résistaient. Je dus m’y reprendre à plusieurs reprises……je me dis qu’il fallait le mériter ! Je persistai avec couteau et tourne vis…..quand enfin, elle s’ouvrit !
L’intérieur était capitonné avec un tissu dont la couleur était fanée, mais encore doux.
J’y trouvai des petits trésors, des photos anciennes, des cartes postales, des lettres, une peluche, quelques rubans de couleur, des papiers de chocolat, des enveloppes contenant des mèches de cheveux très blondes, une petite broche, une drôle de fourchette (aux allures de trident) et un journal ficelé avec des caoutchoucs qui, avec les années, avaient entaillé la couverture.
Je débarrassai le journal de ces gardiens et le caressai longuement. II avait conservé une couleur beige.
Je l’ouvris avec émotion, mon cœur battait très fort…….
Sur la première page : « ceci est mon journal » Céline C……
C’était une écriture de petite fille, à la plume, avec de belles lettres rondes rendant la lecture facile, soignée, sans ratures. Le papier était brunâtre mais l’encre bleue n’avait pas terni.
« Sur la balançoire, ma robe se soulève dans le vent, mes longs cheveux s’éparpillent sur mon visage et je crie à ma sœur :
- pousse, pousse encore, j’aimerais m’envoler comme un papillon…
Je monte de plus en plus haut, je me tiens très fort aux cordes, soudain la voix de maman nous interrompt :
-Arrêter les filles ! c’est beaucoup trop haut ! Tu es encore petite Céline, et toi Emilie, ne l’a pousses pas autant….Elle va tomber !
Et voilà ma sœur qui se met à pleurer….
- Quand je serai plus grande, je me balancerai seule et j’irai très haut….aussi haut que les étoiles et je ne le dirai à personne !
Nous habitons dans une jolie ville Namur, en Belgique (Wallonie), à la porte des Ardennes belges. La maîtresse a dit que Namur a été fondée par les Romains, s’est développée en Bourg commerçant au Moyen Age. Louis XIV l’a conquise au 17- ème siècle. C’est une ville historique avec des remparts renforcés par Vauban. Le centre historique se situe entre le Sambre et la Meuse.
Les dimanches après le repas, nous allions nous promener en bord de Meuse, un ballet de péniches défilait sous nos yeux, j’étais émerveillée. Mon père nous racontait que des gens habitaient sur ces péniches, qu’ils travaillaient dur, qu’ils n’avaient pas d’horaire, pas de week-end et quand il faisait très froid, leurs mains collaient au métal de la péniche. Moi, j’aimais les voir, je m’imaginais tous les voyages qu’ils faisaient et à mes yeux, ils étaient toujours en vacances….mais je n’osais rien dire. Les adultes ne voient jamais les choses comme les enfants.
Quelquefois, nous partions en calèche, j’aurais aimé que ce soit pour toute une journée, mais nous n’en faisions qu’une heure, car c’était cher disaient les parents. J’adorais être dans cette calèche, bercée dans le vent, avec pour tout bruit les sabots des chevaux sur les pavés, les gens à pied nous saluaient, il m’arrivait de fermer les yeux pour mieux savourer, mon père riait quand il s’en apercevait….
Nous habitions au centre ville, dans une ancienne maison, au premier étage. C’était grand, bien rangé, maman détestait le désordre. Emilie et moi, avions chacune notre chambre.
Au rez-de-chaussée, se trouvait la petite fabrique de chocolat où mon père, mon Magicien, qu’il était : transformait cette pâte amère en une formidable douceur qu’il malaxait pendant des heures pour en créer des petits personnages : des lapins, des œufs, des animaux, des fleurs, tout cela si succulent.
Les matins, en partant à l’école, nous passions Emilie et moi, embrasser papa….je trempais toujours mon doigt dans la crème onctueuse. Hum, que c’était bon ! J’adorais cette odeur de chocolat qui remplissait toute la maison, et puis mon père riait de me voir faire…Emilie, elle, était grande, ne le faisait pas….je ne sais pas si elle aimait le chocolat.
Maman, elle, n’aimait pas le chocolat !
C’était toujours maman qui nous accompagnait à l’école, il fallait se dépêcher, surtout en hiver car le vent était souvent glacial. Je me faisais souvent disputer car je traînais un peu, le chemin était long, et j’avais froid et mes chaussures n’allaient pas assez vite, mais personne ne voulait le croire.
J’avais de bons résultats à l’école, mais j’étais souvent punie car je n’aimais pas rester longtemps assise. Un jour, pendant un exposé, je me suis rhabillée pour rentrer chez moi….je croyais que c’était possible puisque j’avais terminé….j’ai reçu une punition : « écrire 100 fois il est interdit de bouger de sa place pendant les cours ».
A la maison aussi on m’a disputée et Emilie a dit qu’elle avait honte d’avoir une sœur comme moi !
Emilie et moi avions quatre ans de différence et c’était moi la petite…
Elle, était toujours calme, appliquée, studieuse, mes parents étaient très fiers de leur fille aînée et pourtant mes notes étaient aussi bonnes que les siennes ….mais on n’en parlait pas.
Maman travaillait un peu avec papa, surtout quand le commis « Baptiste » était absent. Il était très grand, corpulent, avec des cheveux roux. Il riait beaucoup, fort, je l’aimais bien.
Maman n’aimait pas la fabrique, elle aurait préféré avoir une confiserie. Mes parents se disputaient pour cela, mais papa disait que c’était au dessus de leurs moyens. Alors, maman allait en ville, et achetait des tas de jolies choses, surtout des vêtements….papa, lui travaillait beaucoup, surtout le samedi et dimanche matin, et les fêtes.
Quand maman lui montrait les achats, il regardait à peine, ne disait rien. »
De temps en temps, je reposais le journal, il m’arrivait de le reprendre et de le caresser, chose que je n’avais jamais pu faire avec elle….elle n’aurait pas supporté qu’on la touche ! J’étais impatiente de connaitre la vie de Céline, mais je m’étais juré de lire ce journal lentement afin de le savourer, j’imaginais ma grand’mère en petite fille, j’en éprouvais une certaine tendresse, inhabituelle, elle qui avait toujours tout dominé d’une main de fer. Cette relique était le seul cadeau qui me restait d’elle. Ce dernier moment que nous passions ensemble paisiblement me rapprochait d’elle, m’émouvait beaucoup….
Après quelques jours de jours de réflexion, je repris ma lecture avec plaisir.
« Je ne sais pas pourquoi c’est toujours moi qui suis punie ! Et puis maman dit qu’Emilie est la plus belle, plus intelligente….et papa ne dit rien.
Je fais pourtant tout pour satisfaire mes parents…
Quand nous somme seules, Emilie me donne des coups de pied, me tire les cheveux, mais je ne dis rien, elle est plus grande que moi.
Ma sœur sait tout faire : elle est bonne élève, pratique n’importe quel sport, elle est douée, mais elle ne ressemble à personne. Moi, je ressemble à mon père.
Je ne suis pas très sportive et de toute façon, quoique je fasse maman dit qu’Emilie à mon âge était meilleure !
C’est ma communion, je suis heureuse, mais le matin avant la messe, maman m’a giflée parce que j’ai crié….et ben oui, la robe qu’elle avait achetée était trop longue, elle devait refaire l’ourlet, elle ne l’avait pas fait. Il y avait des sortes d’aiguilles et en la mettant je me suis piquée …c’est pour cela que j’ai crié….alors la claque….n’était pas juste !
J’ai reçu de beaux cadeaux mais pas la boussole que j’avais demandée !
J’ai encore perdu une dent….Pourquoi les dents tombent-elles et d’autres repoussent ?
J’aime toujours ma balançoire, sur elle, je m’envole vers des pays lointains….j’aime aussi aller dans les prés cueillir des fleurs. Je me couche dans l’herbe ou plutôt je m’y roule, ça sent bon….ma sœur me rappelle à l’ordre disant que cela ne se fait pas….
Dimanche, nous sommes allés à la fête foraine, les manèges me faisaient tourner la tête, j’y serais restée toute la journée…hum… et les bonnes odeurs de pâtisseries… mais on n’en mangeait pas car on pouvait manger du chocolat à la maison…
Pendant les vacances, on va quelquefois chez la grand’mère. C’est la maman de mon papa. Elle est belle, gentille, souriante. On s’amuse bien avec elle, elle nous fait rire avec ses histoires. Moi j’aimerais la voir plus souvent….
Maman ne parle jamais de ma grand’mère…
Nous avons aussi l’habitude de faire des pique-niques l’été au bord d’un ruisseau. Nous passons la journée sous les arbres…j’aimerais y aller plus souvent….je vais tremper mes pieds dans l’eau…..mais il n’y a que papa qui en rit, d’ailleurs il vient avec moi….maman nous regarde d’un air fâché !
Papa pêche, il reste des heures entières à regarder son bouchon, quand il a une touche, il est tout excité….souvent le poisson s’en va et quand il en attrape un, il le remet à l’eau….Moi je ne comprends pas pourquoi il attend le poisson puisqu’après il n’en veut pas …….
Avec le métier de mon père, c’est difficile car on ne peut jamais faire de projets et puis les fêtes et les week-ends, il travaille. Dans ces moments là, maman nous apprend à broder, à tricoter, à coudre. Elle trouve cela très important pour une fille. Je confonds souvent les points. Emilie, elle, aime bien. Elle prépare son trousseau.
Moi, je ne comprends pas pourquoi il faut broder des initiales sur chaque drap, chaque taie d’oreiller alors qu’on ne les verra pas puisqu’on va dormir dedans…..mais…. je ne dis rien, et j’essaie de faire de mon mieux.
Je crois que ma sœur a un amoureux….elle se sert du maquillage de maman en cachette et l’autre jour je l’ai aperçue avec un beau garçon. Quand elle m’a vue elle s’est fâchée et elle est devenue toute rouge. Ensuite elle m’a demandé de ne rien dire aux parents….que ce serait notre secret….Moi, j’aime les secrets, je resterai bouche cousue !
Maman a acheté un chapeau à Emilie, elle a 19 ans…..j’ai entendu qu’à son âge, il fallait avoir de la tenue, de l’élégance afin d’attirer des courtisans de bonne famille….Moi, je trouve qu’Emilie est vieille avec son chapeau, il l’empêche de marcher normalement.
Cette année, Emilie va passer un examen très important (le Bac en quelque sorte). Après, elle pourra même continuer des études dans des grandes écoles, c’est surtout ma mère qui aimerait, je crois que mon père, lui, aimerait avoir de l’aide à la chocolaterie.
Quelquefois, le dimanche après-midi, nous sommes réunis, en famille, on joue. Emilie joue à la très grande….Papa de lui dire :
- dans peu de temps, on te mariera, puis tu auras des enfants et d’ajouter :
- il faut que tu trouves un garçon fortuné !
Et puis papa en me faisant un clin d’œil :
- et toi Céline que feras-tu quand tu seras grande ?
- Je ferai comme Jeanne d’Arc ou bien j’irai soigner les lépreux en Afrique.
- Ma pauvre Céline, réplique mon père, heureusement qu’il reste encore quelques années…..
et ma mère et ma sœur se mettent à pleurer, je ne comprends pas pourquoi !
Patatras ! elle a raté son examen……elle pleure, toute la famille pleure…..après tout ce n’est pas si grave….et puis au lieu de faire la Dame, elle n’avait qu’à étudier !
Je circule dans la maison sans faire de bruit, je crains que la distribution de claques soit pour moi !
Une fille de ma classe m’a prêté un livre de Jules Verne « Le tour du Monde en quatre-vingts jours, « je le dévore les soirs sous ma couverture ! »
