Cent papiers sans pieds - Tiffany Ducloy - E-Book

Cent papiers sans pieds E-Book

Tiffany Ducloy

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Beschreibung

Cent papiers sans pieds - Plus quatre-vingt-dix divins Recueil de pensées satiriques Dans les transports en commun, j'ai élimé mon regard sur les coquilles vides des humains. De coquilles froissées en coquilles fêlées, j'ai fini par faire feu sur ma coquille frileuse. Relation sentimentale chaotique et désordre anarchique, féminisme timide et excentrisme avide. La femme est mon personnage, elle brille dans toutes les pages parce qu'elle est le génie qui encense ce voyage. Rouge comme la rose, elle se meut comme un vers dans une prose, combattante et militante, la femme est méritante. Une poésie sans poèmes pour jouer avec les mots et des poèmes sans poésie pour me délester de mes maux. Ce livre est mon exutoire pour me lancer du haut du plongeoir. La société n'a qu'à bien se tenir !

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Seitenzahl: 106

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Sommaire

Préface de Jean-David Haddad, éditeur

Mot de l’auteur

LES BARATINEURS DES COEURS

Mes propos en guise d'après-propos

Préface de Jean-David Haddad, éditeur

Vu la foultitude de textes que nous recevons, je laisse mon comité de lecture œuvrer. Mais au fil du hasard, de ma curiosité et de mes humeurs, il m'arrive de le court-circuiter et d'ouvrir un fichier.

Ainsi suis-je tombé sur ce texte joueur, original, décalé, féminin, acerbe, révélateur d'une époque… Celui d'une jeune auteure, Tiffany Ducloy. Une amoureuse des mots et de leur assemblage, dans tous les possibles imaginables…

Donnant d'emblée mon feu vert pour une publication de Cent papiers sans pieds, notre directeur littéraire m'a alors indiqué que, malheureusement, l'ouvrage de Tiffany ne pouvait s'inscrire dans l'une de nos collections, car il relevait d'une vision trop personnelle, malgré ses incontestables qualités.

Eh bien… créons une collection de textes personnels, ai-je lancé !

Quelle bonne idée !

Et voilà créée la collection « Nouvelles pages »

De la nouveauté débridée dans le monde littéraire ! Oui, débridée…

Des textes avant-gardistes, pas forcément classables selon les canons habituels, qui peuvent relever aussi bien du roman, du récit, de l'essai, du recueil de pensées intimes, de la satire sociale, d'un mélange des genres… Des visions du monde, de notre monde, des éclairages uniques.

Soyons fiers de donner tribune à ces nouveaux auteurs !

« Nouvelles pages » est donc lancée, plus que jamais dans cet esprit d'édition communautaire qui anime la maison d'édition que j'ai fondée !

Nouvelles pages comme nouveaux auteurs : la nouvelle scène littéraire française ! Des auteurs à découvrir, une pépinière en devenir de talents de demain.

Merci à Tiffany d'avoir envoyé ce texte à JDH Éditions ! Et à notre directeur littéraire, Yoann Laurent-Rouault, d'avoir réalisé bénévolement cette inénarrable œuvre d'art pour la couverture !

Mot de l’auteur

Mes propos en guise d'avant-propos.

Cent papiers sans pieds est mon premier livre.

Il est difficile d'en dire le genre, il n'y a ni poésie, ni romance, ni théâtre, ni intrigue, ni fables, ni suspens, ni merveilleux, ni fantastique. S'il fallait mettre une étiquette sur ce livre, je choisirais celle de la satire sociale autobiographique revisitée. Satire sociale parce que la société me débecte et autobiographique parce que je suis une jeune auteure, une femme qui sort les rames pour pagayer et avancer sur le macadam. Alors oui, la femme est mon personnage. Elle brille dans toutes les pages, elle est le génie qui encense ce voyage. Rouge comme la rose, elle se meut comme un vers dans une prose, combattante et militante, la femme est méritante.

J'ai passé deux ans à écrire ce livre, assise dans le train ou sur un banc dans la rue, je prenais des notes sur les usagers du RER et sur les passants passant devant moi. Mon regard les a percutés. Mon regard les a transpercés. À force de regarder les autres et de plonger mes yeux au fond d'eux, j'ai fini par regarder au fond de moi. C'était comme si je me trouvais en face d'un miroir, regardant et essayant de comprendre le reflet qui me regardait jusqu'à ce que je prenne conscience que ce reflet, c'était moi. Regarder ces gens de tous les jours m'a amenée à regarder cette personne que je suis tous les jours. Ici, je parle des autres et des uns, de ceux qu'on croise dans la rue ou dans le train. Ici, je parle de ma vie sentimentale plus que sombrant dans un abîme abyssal. Ici, je parle d'une agression sexuelle, je parle aussi du machisme, mais je parle surtout de la société qui m'écœure.

J'ai pris plaisir à jouer avec les mots et me délester de mes maux. Ce livre est mon exutoire pour me lancer du haut du plongeoir.

SANS INTRO AUCUNE, SANS UN TROU AU CUL.

J'ouvre les portes de mon intimité aux lecteurs qui titubent dans la vie. Je vous invite à prendre un train pour traverser l'humanité déshumanisée et vous envoler au-dessus de ceux qui vous ont maintenus en dessous d'eux. Je jette un œil sur la marée humaine et mon regard ricoche sur le flot lisse de l'homme.

Alors j'écris pour m'écrier.

Vous trouverez là quelques papiers pris sur le fil de la vie, rédigés sur le bord de l'homme, car la vie file et, sans borborygme, elle nous conchie.

À Très Grande Vitesse : TGV

1

LE TRAIN DE VIE

À chaque démarrage, il nous faut une paroi stable à laquelle se tenir pour éviter toutes pertes d'équilibre ; et j'aime autant vous dire que pour éviter de se casser la gueule dans la vie, il faut une sacrée poigne. L'homme a plus de force que la femme, c'est peut-être pour ça qu'il s'en sort souvent plus facilement. Je dis « souvent » pour ne pas généraliser et dire « toujours ».

Quand le train s'arrête net en pleine voie, il faut pouvoir se raccrocher à quelque chose de solide, de dur, de ferme (et je ne parle du sexe de l'homme qui bombe fièrement le torse à côté de vous, mesdames) pour ne pas être projeté en avant dans sa vie, ou dans d'autres vies. Et quand le train s'arrête en gare, il faut s'éloigner des portes pour ne pas gêner les autres usagers qui montent et qui descendent, prêts à vivre les événements de leur vie, et respectivement chiante mais trépidante, trépidante mais chiante. Mais si tu descends à la prochaine gare, tu as le réflexe de te mettre en pôle position devant les portes, prêt à appuyer sur le bouton pour les ouvrir et sauter hors du train avec une soif de vie qui s'éteint dès que tu as posé le pied sur le quai. Quelquefois, tu bondis hors du train et tu cours pour aller te glisser dans un autre train, plein à craquer d'usagers qui partent pour le grand voyage de leur vie, destination : le travail.

En résumé, on ne se limite qu'à courir d'événement en événement sans jamais vraiment vivre ces événements qu'on poursuivait en toute hâte, haletant vivement. On se lève, on court prendre son train, on travaille toute la journée et on court pour prendre le train du retour : la petite vie dans les grandes villes, les petites villes loin des grandes villes.

2 Un débardeur fluo sur sa peau noire. Elle arbore un sourire pétillant assorti à son haut. Pour ne pas perdre pied lors des démarrages et des arrêts, elle appuie son dos contre les portes du train. C'est un peu le même concept dans la vie quotidienne : on arbore un sourire et on s'appuie contre les Hommes qui nous semblent plus robustes pour nous retenir quand on se cassera la gueule ; parce qu'il y a toujours un moment où le sol se dérobe sous nos pieds et on titube avant de s'étaler face contre terre, contre un mur, contre un poteau, contre une porte de placard, contre une porte d'entrée, contre une baie vitrée, contre un meuble, contre un lampadaire, contre une barrière, contre un miroir, contre un homme…

Revenons-en à cette jeune femme. Sur son ventre repose l'enfant qu'elle câline tout en riant avec son amie que personne ne voit. De prime abord, cette femme-là semble regarder dans le vide, mais je suis intimement convaincue qu'elle est subjuguée par un monde parallèle qu'elle épie d'un œil lointain contemplatif.

Le petit posé posément se repose, apaisé par l'amour de sa mère qui le porte en paix. Il porte un tee-shirt blanc. C'est un trio de blanc. Couleur du calme, de la paix, de la sérénité, de la pureté, de la virginité, de la lumière. Seule ombre au tableau familial : le manque du sourire blanc du père que la Belle comble elle-même d'éclats de rire, de pupilles qui pétillent d'amour synonyme de toujours. Sa force est aussi son talon d'Achille ; elle se façonne – à tort et de travers – un masque pour se donner un bon profil et ne pas perdre la face devant son enfant. Si on ne veut pas passer à côté de sa vie, il ne faut pas paraître. Il faut être. C'est le seul moyen de vivre intensément les choses. Qu'ils semblent bons ou mauvais, les aléas de la vie ne font que nous rendre plus humains. Mais cette femme porte un masque pour des raisons qui me semblent pleines de sens, à savoir la protection de son enfant. Donner un avis n'est pas juger. Peut-on échelonner les paraîtres ? Certains paraîtres sont-ils plus justifiables que d'autres ?

Je crois que oui, il est peut-être plus sain pour un jeune enfant de voir ses parents en bonne santé psychique et physique. Mais alors, qu'adviendra-t-il quand il se rendra compte de la tristesse de son parent ? Le paraître est définitivement la bête noire qui ternit toute relation. À utiliser avec parcimonie. Enfin, je crois.

3 Près de la fenêtre, ses converses basses imitation jeans révèlent des chaussettes serties d'un drapeau américain sur chaque malléole. Il a les traits tirés et fait glisser nerveusement son doigt sur l'écran de son smartphone. Il se lève, visage fermé, yeux clos, cœur chromé. Un homme prend sa place et s'assoit sans ôter son sac de son dos. (C'est un concept que je ne comprends pas, ce n'est pas confortable et ça rend le dossier inutile. Je me demande s'il fait la même chose avec les Hommes. A-t-il quelque chose pour se protéger du contact avec ce/ceux qui n'est/ne sont pas lui ?) Musique dans les oreilles, il est accoudé nonchalamment au fin rebord de la vitre, la tête en équilibre sur son poing fermé. Il regarde dehors, avec le même regard contemplatif que Rousseau1. Le monde extérieur défile par-delà les carreaux crasseux, cet homme à l'allure désinvolte observe d'un œil lointain le paysage qui défile comme un film en accéléré. Ce mélange de distance et de vitesse nous rappelle qu'il ne faut pas s'attarder dans les endroits où la nature est trop luxuriante en comparaison au décor urbain vers lequel le train se rend.

La voix de sa conscience s'adresse à lui dans un sarcasme flagrant : « Toi qui prends le train pour Paris, ne perds pas ton temps dans la petite couronne, la banlieue, la campagne parisienne ; il n'y a rien à acheter là-bas, rien qui ne soit assez luxueux, rien qui ne soit assez pourri et cher. » Société fermée de consommation ouverte qui déshumaniserait même la déshumanité par l'incommensurable consommation.

4

JEU VIDÉO

En écrivant cette strophe, j'ai longuement hésité à employer la forme impersonnelle « ça se + verbe ». Mais je me suis raisonnée à insérer une part de pseudo semblant humanisé dans mes mots et j'ai choisi le "Ils". Jouons comme de petits êtres avec de grandes responsabilités.

Level 1 : Le matin, on commence à le croiser dès qu'on sort de chez soi et qu'on file vers la gare. Il est toujours là, comme une présence insidieuse qu'on ne voit pas mais qui nous perce l'estomac : le stress. Il se lit dans les regards ahuris, les pas rapides et les cheveux décoiffés par la brise matinale. On a beau jouer du joystick et prendre des chemins de traverse, on n'y échappe pas.

Level 2 : Pour passer ce niveau, il faut se mettre en condition et se rendre sur le quai de la gare. Il y a les impatients qui font les cent pas sur le quai, ceux qui regardent fixement les aiguilles de leur montre détaillant chaque progression de l'aiguille des minutes qui tressaille à chaque seconde, et ceux qui soufflent en souffrant d'impatience. Félicitations, vous commencez à être de vrais esclaves de votre stress.

Level 3 : Dans le train, à chaque arrêt, Ils râlent, Ils se complaisent dans la plainte, Ils trépignent sur place, le regard hagard et déconcerté d'être des cons collés, encerclés et cernés par les autres.

Game over. Vous emmagasinez et absorbez un maximum de facteurs anxiogènes. Troubles du sommeil, douleurs articulaires, perte de mémoire, ulcère de l'estomac, gastrites, consommation de tabac et d'alcool, augmentation du risque d'infarctus, dérèglement du cycle hormonal chez les femmes, dépression, phobies, développement ou aggravement de l'herpès, du psoriasis et/ou de l'eczéma. Game over. Le stress vous gagne, et vous risquez de perdre la vie avec un peu d'avance.

5Conseil de jeu : Est-ce que le travail mérite qu'on devienne aigri et stressé tous les jours de 8h à 18h ? Non. On travaille pour vivre, c'est un fait, mais on ne devrait pas vivre pour travailler.

Digression. Je pense que le summum bonum (le souverain bien) – c'est-à-dire le but ultime recherché par tout être humain – est le bonheur. Je me joins à la théorie aristotélicienne : je ne crois pas au bien quotidien, je crois au bien ultime, celui « en vue duquel on fait tout le reste », Aristote, Éthique à Nicomaque, livre I. Le propre de l'homme étant la raison (ou la vertu) « le bonheur est, suivant nous, l'activité de l'âme dirigée par la vertu »,