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Les sociétés humaines sont au bord du précipice et la Terre proche d'une implosion environnementale et sociétale. L'apparition d'un mystérieux cube permettra-t-elle d'enrayer l'inéluctable ? Tout commence sur une petite île, située quelque part dans l'Atlantique. Un petit bout de terre sans prétention où vivent quelques pêcheurs. Roland est l'un d'entre eux. Il se retrouvera bientôt au centre d'un imbroglio incroyable. Ce roman où se côtoient la science-fiction, l'imaginaire et la poésie, est un appel à changer radicalement notre façon d'emprunter le plus extraordinaire des astres de notre système solaire.
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Seitenzahl: 235
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Tous mes remerciements à Fabienne Remeuf et Marie-Andrée Ducassé pour leurs corrections, ainsi qu'à Ghislaine Remeuf pour le graphisme de couverture
1
ère
partie
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
2
éme
partie
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
3
éme
partie
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
4
éme
partie
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
5
éme
partie
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Vu du ciel, cette petite île de quelques km2, n'avait rien de réjouissant. Escarpement rocheux et menaçant dressé comme une épine sur la peau grise et lisse de l'Atlantique. On savait, en y posant un pied, qu'elle avait tout à envier aux îles paradisiaques de carte postale. Le port y était minuscule, quelques barques de pêcheurs s'alignaient sur une plage aussi étroite qu'un chemin et une grappe de petites maisons grignotait le flan ouest de la montagne. Ça sentait la solitude et le désœuvrement. Il n'y avait pas beaucoup de jeunes ici. Aucun d'ailleurs. Avec ses trente-cinq ans, Roland Stingfall était le benjamin. Il constituait à lui seul toute la jeunesse des soixante-six habitants.
Par beau temps, le rivage essaimait ses minuscules chaloupes. Les hommes partaient au large sans jamais se presser et y pêchaient quelques cabillauds et sardines. En fin d'après-midi, lorsque la flottille revenait occuper la plage, un caboteur chargé des prises de la journée, partait vers le continent. Ce rythme était immuable presque millénaire.
Les habitants ne disposaient que de deux bâtiments publics. La pêcherie et le bar. Ce dernier faisait aussi office de magasin d'alimentation, d'outillage, de pharmacie et même de parfumerie !... Un vieux fou s'était mis en tête de vouloir concurrencer le célèbre "Chanel n°5" à partir d'une base faite de graisse de poisson et d'algues. Ses flacons bataillaient leur espace sur une étagère avec des boîtes de vis et de clous à tête plate.
Cette île dépeuplée fourmillait de "gentils illuminés". Chuck préparait la défense du territoire, car, disait-il "Ces coco d'Européens nous envahiront un jour, vous verrez !". Son projet était d'édifier une muraille de pierre autour de l'île. Sa tâche était colossale. En onze années, il n'avait construit qu'une dizaine de mètres d'un muret de deux mètres de haut sur un total estimé à quinze km. Diana, l’ancienne institutrice, voulait créer un centre universitaire. Elle avait commencé par la construction d'une bibliothèque. Un bâtiment de bric et de broc qui accueillerait selon elle des étudiants du monde entier.
Chaque insulaire laissait libre court à son imagination, sans se soucier du pragmatisme de leur entreprise. Liés par un sentiment partagé que leur petit bout de terre agonisait lentement et surement, ils palliaient le manque cruel de divertissements et rompaient ainsi la lassitude de leurs journées indiscernables.
Roland Stingfall était l'un d'entre eux. Sa maison se trouvait de l'autre côté de l'île - rien que cela en disait long sur lui - totalement isolée du village mais fièrement cramponnée en face de l'Europe. Il était le plus solitaire de tous. Il parlait peu mais était d'une extrême gentillesse. Râblé, visage rond, yeux d'un bleu très cristallin, des cheveux bruns toujours en bataille, il était né d'une famille nombreuse, seul à être resté dans la maison familiale et à y perpétuer le savoir-faire ancestral : la pêche. Roland n'avait jamais été à l'école mais ses parents lui avaient appris à lire, à écrire et à compter. Il allait de temps à autre au village, lorsqu'il avait pêché plus de poissons qu'il ne lui en fallait ou bien pour se ravitailler d'une boite de clous, de sucre candi ou de quelques autres denrées rares.
Ce matin-là, le soleil miroitait sur la surface d'une eau si lisse qu'elle en paraissait épaisse. Tout était étrangement calme. L'ilien appréciait particulièrement ces moments de quiétude. Mais ces derniers temps, il n'était pas tout à fait lui-même. Il restait des heures sur le pont de son bateau à scruter l'insondable profondeur de l'océan. Roland avait aperçu quelques jours auparavant une étrange lumière bleue au fond de l'eau, pareille aux énigmatiques créatures luminescentes des hauts fonds nées d'un livre illustré de son enfance. Le genre de fascinantes découvertes que l'on fait petit et que l’on n’oublie jamais. Parti inhabituellement tôt ce matin, Roland était plus excité que jamais. Il remonta son filet avec vivacité.
Ce jour-là, personne ne le vit au port.
Stéphanie était au bord de la dépression. Elle avait ressenti un besoin impérieux de se ressourcer dans un endroit désertique. Peu importe où.
Elle partit en baroudeur, duvet et sac à dos, en prenant soin, non sans appréhension, d'oublier son téléphone portable et débarqua sur l'île aux "gentils fous". Bien qu'elle se soit préparée à plonger dans un monde dépourvu d'artifice, elle fut tout de même décontenancée par la précarité des habitations et le manque de structures touristiques.
Stéphanie resta un moment sur le quai à observer les hommes décharger paisiblement le navire de ses caisses en bois. Sur le côté, un amoncellement de boites en polystyrène blanc - sans doute du poisson - attendait que la cale soit vide pour y être entreposé. Puis elle se dirigea vers ce qui semblait être un café.
Il n'y avait personne. L'intérieur ressemblait à un grenier où l'on entasse comme un fil d'Ariane, ses souvenirs jour après jour. Il ressemblait aussi aux petites épiceries de son enfance bretonne où le patron cumulait plusieurs métiers. C'était ahurissant, presque comique de voir des tubes d'aspirines côtoyer des paires de bottes en caoutchouc, des savons garnir un lot de casseroles. Elle dénicha un paquet de gâteaux secs et puisqu’il faisait beau et bon, s'installa à une petite table à l'extérieur.
Le petit caboteur rempli de morues prenait le large. Les hommes avaient terminé leur travail. Ils revenaient d'un pas lourd et défilèrent devant Stéphanie en lui jetant un coup d'œil méfiant, telle une procession silencieuse qui aurait fait la joie d'un moine cistercien. Un peu surprise et avant qu’ils ne se soient tous engouffrés à l'intérieur du café, Stéphanie les interpella :
- Bonjour messieurs !
- D'où venez-vous ? Votre accent est bizarre, répondit Chuck le bâtisseur.
- Je suis de Chicago mais native d'Europe.
Le sang de Chuck se mit à bouillir instantanément.
- J'en étais sûr ! Je le savais. Vous voyez les gars hein ? Qu'est-ce que j'vous avez dit hein ? C'est l'avant garde, les éclaireurs... Y'a pas une minute à perdre !
Chuck s'enfuit jambe au cou en direction de son mur. Stéphanie en resta bouche bée.
- Ne vous inquiétez pas m'dame. Il n'est pas méchant. Il n'aime pas les cocos mais il ne ferait pas d’mal à une mouche. Quoique... il n'aime pas les mouches non-plus, intervint un gros monsieur légèrement acerbe et après une petite hésitation.
Les hommes se mirent à rire copieusement.
- Que puis-je faire pour vous ? continua-t-il.
- Serait-il possible d'avoir un café ? J'ai pris également ce paquet de gâteaux.
- Pas de problème, je vous apporte ça.
Depuis son arrivée, les autochtones observaient Stéphanie discrètement. Les étrangers étaient rares et faisaient toujours l'objet d'une grande suspicion. Les hommes étaient entrés à l'intérieur. Quelques minutes après, le gros monsieur revint avec un bol et une cafetière.
- On ne voit pas souvent de nouvelle tête ici, que venez-vous donc faire sur notre île ? questionna- t-il.
- Me reposer surtout. Je fuis la foule de Chicago, le temps d'une petite semaine.
- Hum... il n'y a pas grand-chose à faire ici vous savez, dit-il dubitatif.
- C'est très exactement ce que je recherche. Mais dites-moi, est-ce qu'il y a un hôtel au moins ?
- Un hôtel ?! Ah ah... non !
- Une auberge, quelqu'un qui pourrait me loger, un camping ?
- Rien de tout cela m'dame, et je ne vois personne qui pourrait vous accueillir. Nos maisons sont trop petites.
Stéphanie commença à s'inquiéter un peu. Cette retraite s'avérait plus difficile qu'elle ne l'avait imaginé. Une voix s'échappa de l'intérieur du capharnaüm :
- Il y aurait p'être la maison du Rol.
- Ah oui tiens ! C'est p'être pas une mauvaise idée ça, s'exclama le serveur et de continuer :
- C'est la plus grande maison de l'île. Roland y vit seul, ce serait bien le diable qu'il n'ait pas de place pour vous. Bah... c'est un jeune loup solitaire mais il est brave. Hein James ? Tu devrais en prendre de la graine, hurla le serveur à l'intention de l'auditoire tapit à l'intérieur du café.
- Va te faire foutre Jean ! Et fou moi la paix ! Je me suis p'être un peu emporté hier mais c'était justifié.
- Pfft... à d'autre. Tu nous fais chier avec tes crises d'urticaire.
- Ouai, ouai, ben l’poisson faisait deux mètres j'te l'dis !
- Pourquoi pas cinq ou dix ? Bon, enfin bref, la dame n'en a que faire de ton poisson de vingt- deux mètres, on va pas remettre ça. Excusez-nous m'dame. Moi c'est Jean et vous ?
- Stéphanie Burn - elle se redressa légèrement pour serrer la main du pachyderme - Ou puis-je trouver cette maison ?
- C'est très simple mais il vous faudra marcher. Elle se trouve de l'autre côté de l'île. Vous voyez ce chemin, là ? Ici, là... derrière l'église vous voyez ?
- Heu... oui, j'aperçois l'église, dit Stéphanie en se levant.
- Bon, ben donc, vous le prenez et c'est toujours tout droit. Vous faites cinq km et hop. Si vous la loupez c'est que vous avez un sérieux problème. C'est la seule maison et elle est toute rouge.
- Rouge ?
- Ouai, rouge coquelicot. En arrivant, observez bien le rivage - il regarda sa montre - Si vous ne voyez pas son rafiot, il est aussi rouge que sa maison, c'est qu'il est à la pêche.
Une nouvelle voix s'exprima de l'intérieur :
- Faudrait pas qu'il s'mette à siphonner du gros rouge le Rol, il d'viendrait invisible sur son bateau !
Tous rirent aux éclats.
- Bon enfin, Chuck le surveille de près à cause de la couleur mais vous verrez, c'est un bon gars.
- Merci bien, dit Stéphanie ravie de cet échange exotique.
Elle termina son café, remercia le propriétaire des lieux et s'engagea sur le chemin côtier. Celui-ci était plat, aussi arriva-t-elle assez rapidement de l'autre côté de l'île. Ce n'est qu'après avoir dépassé le dernier virage que la maison de Roland jaillit dans le paysage. Un spectacle franchement stupéfiant. Le bâtiment était comme une gigantesque pivoine plantée au cœur de la forêt. Il était d'un rouge lumineux. En s'approchant on pouvait constater qu'absolument tout avait été peint, des escaliers à la cheminée, comme si l'on avait plongé la maison entière dans une citerne de peinture de telle sorte qu'elle semblait, n'être constituée que d'une seule pièce.
Comme il n'y avait personne à l'intérieur et qu'aucun bateau n'était amarré au ponton du bord de mer, Stéphanie s'installa sur un rocher en face de l'océan. Il faisait encore beau et chaud à cette heure. Elle laissa le soleil et la petite brise lui caresser le visage. En fermant les yeux, le murmure des vagues envahit tout son être. Quel contraste avec sa vie urbaine ! Elle somnola ainsi un long moment.
Une ombre masqua la lumière, Stéphanie ouvrit brusquement les yeux et sursauta. Un homme était planté devant elle. Il était de petite taille mais bien charpenté. Il recula.
- Excusez-moi, je ne voulais pas vous faire peur, dit-il timidement.
Sa voix douce rassura immédiatement Stéphanie.
- Ce n'est rien. Vous m'avez surprise dans ma somnolence. Êtes-vous M. Stingfall ? Roland Stingfall ?
- Oui, c'est moi.
- Je vous attendais. Ce sont les gens du village qui m'ont proposé de venir vous voir. Je viens passer une semaine sur votre île pour me ressourcer un peu. Je pensais trouver un hôtel mais il n'y en a pas. Auriez-vous la possibilité de me loger ?
L'homme ne réagissait pas. Il dévisageait Stéphanie.
- Jean, le patron du café m'a expliqué que leurs maisons étaient trop petites. Je n'ai besoin que d'un lit vous savez...
- ...
- ... mais un canapé fera l'affaire, j'ai un sac de couchage.
Roland semblait s'être perdu dans des méandres inextricables. Il parvint néanmoins à s'extirper de ses pensées. Il regarda sa maison orgueilleusement plantée sur le versant de la montagne.
- Pardon..., oui oui, il n'y a pas de problème, dit-il.
- Vraiment ?! Formidable ! Je m'appelle Stéphanie dit-elle soulagée en lui tendant la main.
Roland qui portait une lourde caisse se contenta de s'incliner légèrement.
- Suivez-moi, je vais vous montrer la maison.
Ils empruntèrent un petit sentier incliné qui serpentait au milieu des rochers jusqu'à l'étrange maison. L'intérieur était entièrement en bois et fort heureusement le rouge n'avait pas phagocyté cet espace. La maison était étanche. Stéphanie aurait peut-être eu du mal à supporter un rouge omniprésent, pensa-t-elle. Le tout était spartiate mais bien tenu. Une table massive entourée de quelques chaises trônait au centre de la pièce principale. Un vieux livre d'illustration marine y était posé. Une étagère adossée au mur abritait une collection de pierres et d'objet hétéroclites. Et mise à part un escalier qui desservait le premier étage, c'est tout ce qu'il y avait dans ce salon.
Ils s'avancèrent dans un couloir qui desservait plusieurs espaces. La première porte à gauche donnait accès à la cuisine, vue sur l'océan, la seconde à droite était pour la salle de bain.
- Voilà et ces trois autres portes donnent accès aux chambres, dit-il en les ouvrant les unes après les autres. Prenez celle que vous voudrez. La mienne est au-dessus.
- Super ! C'est plus qu'il m'en faut, dit Stéphanie en souriant.
Les gens du village ne lui avaient pas menti. Le jeune homme parlait peu. Il y avait quelque chose de mystérieux dans sa voix. Elle était douce et bienveillante certes mais il y avait autre chose d'indéfinissable. Une confusion difficile à saisir.
- Les trois lits sont faits. Vous voulez une serviette ?
- Non, non, ne vous inquiétez pas, j'ai tout ce qu'il me faut, dit Stéphanie en montrant son sac à dos.
- Bon... et ben voilà. Heu... il n'y a pas de clé hein. Donc, ben vous faites comme chez vous.
- C'est vraiment très aimable Roland. Je peux vous appeler par votre prénom ?
- Oui, si vous voulez.
Après un moment d'hésitation.
- Vous savez, je vis seul depuis longtemps, j'aime ma solitude alors il ne faut pas m'en vouloir si je suis souvent dehors dans les bois ou sur mon bateau. Nous nous verrons p'être pas souvent. Qu'est- ce que vous allez faire vous pendant une semaine ?
- Je vais marcher, me reposer, écouter la mer. Je vis dans le bruit toute l'année. Chicago est une ville épuisante ; mon travail aussi du reste, donc ne vous inquiétez pas, restez vous-même. Je recherche justement du silence, une pleine semaine de silence.
- Bon... ben… j’retourne à mon bateau.
- Allez-y, ne vous occupez pas de moi. Voulez- vous que l'on mange ensemble ce soir ? Je pourrais nous préparer quelque chose ?
- C'est d'accord. Je rapporterai des algues et nous ferons le poisson que je viens d'attraper. A vrai dire, je mange de moins en moins d'animaux mais bon... je n'ai pas souvent d'invité, rajouta Roland en souriant. A ce soir.
Il quitta la maison.
Stéphanie explora les chambres, choisit celle qui avait la plus belle vue sur la mer, inspecta la cuisine et décida de repartir au village pour acheter quelques provisions. Le soir venu, ils dînèrent ensemble et échangèrent sur leur vie respective. A la question « mais pourquoi ce rouge ? », Roland répondit qu'il n'en savait rien, qu'il en avait toujours était ainsi, ou presque. Aux origines, la maison était de couleur naturelle. Mais un beau matin, une tempête arracha une partie de son toit, son père décida alors qu'elle devait rougir. Roland perpétua la tradition familiale. Il alla même jusqu'à repeindre son bateau de la même couleur. Fils d'une famille nombreuse, une tragédie fit qu'il resta le seul à être encore en vie. Depuis il occupait la maison qui l'avait vu naître. Il n'y avait rien d'autre à ajouter.
Ainsi passa plusieurs jours. Roland devint ascétique comme s'il avait bien trop parlé et qu'il devait purger ses excès. Stéphanie quant à elle, partait la journée entière, un livre à la main, explorer la quiétude de cet îlot inhabité. Elle avait atteint son objectif, celui d'oublier la frénésie de Chicago. C'était sans compter sur une stupéfiante découverte qui allait bouleverser sa sérénité.
Alors qu'il pleuvait, Stéphanie s'était décidé à explorer la maison plus en profondeur. Roland était parti on ne sait où. Non sans avoir pris conscience qu'elle violait un espace privé, elle monta à pas de loup visiter le premier étage. Il y avait là deux portes desservant deux grandes chambres. Le silence était colossal, souligné par moments d’un craquement de bois. La maison vivait.
Elle pénétra dans la première pièce, qui de toute évidence était le lieu de repos de M. Stingfall. Une grande lucarne offrait une vue imprenable sur l'océan. D’ici, elle aperçut le bateau, petite coquille rouge sur fond gris, ballotté par une mer agitée. Stéphanie sourit. Cet homme était un ours, il parlait peu, n'avait aucune culture générale, ne savait peut- être pas que la terre était ronde mais il était d'une humanité exemplaire. Une exceptionnelle sincérité transpirait de tout son être. Quelques-uns de ses collègues de labo devraient s'en inspirer. Émue, elle parcourut la chambre du regard et s'arrêta sur un objet posé sur la petite table de chevet. Stéphanie s'en approcha pour le saisir mais celui-ci ne bougea pas d'un iota. Il devait être collé. Elle se pencha pour l'examiner de plus près. Il s'agissait d'un petit cube très régulier, d'un noir absolu. C'était sans doute cette couleur parfaite qui avait attiré son regard. Une sorte de transparence s'en dégageait, ou plutôt... non ce n'était pas cela : le noir était si pur qu'il donnait une impression de profondeur, d'immensité, un peu comme si tout l'univers y était confiné. Intriguée, Stéphanie toucha l'objet puis essaya de le déplacer avec plus de force. Celui-ci bougea un peu. Il n'était donc pas collé mais franchement très lourd. Elle banda ses muscles, l'empoigna fermement d'une main et réussit à le soulever. Cependant son poids était tel qu'elle dû le reposer. C'est incroyable pensa-t-elle, quelle est donc cette matière si dense ? Y avait-il un puissant système d'aimantation sous la table ? Elle vérifia le chevet mais ne trouva rien. Son cerveau fonctionna à toute vitesse, listant tous les matériaux et les alliages connus. Stéphanie s'assit au bord du lit et réfléchit un long moment. Le cube faisait environ trois cm de côté. Rien ne pouvait expliquer une telle masse. Cet objet défiait sa logique scientifique.
Elle quitta la chambre très soucieuse, perdue dans ses pensées et partit d'un pas rapide sur l'unique sentier de l'île. Elle en fit trois fois le tour sans même s'en apercevoir, retourna au village et rentra exténuée et dégoulinante d'eau de pluie. L'exercice physique avait eu raison de son esprit. Elle se coucha tôt et repartit le lendemain, comme prévu, pour le continent.
En rentrant de la pêche, Roland ne fut pas mécontent de se retrouver seul. Stéphanie avait rempli le frigo et laissé un petit mot sur la table :
« Merci Roland pour votre accueil chaleureux. Nous avons peut-être oublié de nous dire au revoir mais sachez que je repars avec de belles images de vous et de votre magnifique petit bout de terre. Merci. Stéphanie »
Roland se coucha comme d'habitude, éteignit la lumière et regarda longuement son trésor. Le cube était d'un bleu phosphorescent intense.
Les grandes lignes de l'histoire des Hommes avaient été toutes visitées, disséquées, archivées et parfois réécrites. Cependant, il restait une myriade de détails à exhumer. Ce travail était colossal, pourtant l'ordre des archéo-historiens avait décidé de réduire la voilure. Yo T Luss, faisait partie de ce dernier noyau de passionnés et continuait inlassablement son travail de fourmi. Avec ses cinquante années d'expérience il était devenu LE « Croque-mort », le plus grand fossoyeur de son ordre. Tel un antiquaire, il aimait dénicher des objets insolites, des trésors enfouis vieux de plusieurs siècles. La plupart du temps on faisait appel à ses compétences et lorsque personne ne le sollicitait, il choisissait un cimetière au hasard pour y assouvir sa curiosité.
C'est ce qu'il fit ce jour-là. Il jeta son dévolu sur un petit cimetière insignifiant. La nuit venue, sans oublier de prendre toutes les précautions d'usages, Yo commença son travail par une série de photos des tombes qu'il imagina visiter. Puis à l'aide de quelques ingénieuses et dispendieuses machines, il commença par soulever les lourdes dalles funéraires pour en extraire la terre et ouvrir les cercueils, lorsque ceux-ci n'étaient ni rongés ni dégradés. Ce travail était diablement long car il devait sans cesse vérifier que personne ne le surprenne, pas même les bêtes errantes. Il aurait été fâcheux que l'on aperçoive une tombe s'ouvrir par l'opération du saint esprit. Fort heureusement, les sentinelles électroniques qu'il avait placées judicieusement, l'aidaient dans cette tâche. Il devait ensuite remettre tout en place avec l'aide des photographies. C'était une phase essentielle et là encore, terriblement laborieuse. La moindre pierre ou bondieuserie, la plus petite inclinaison ou défaut dans l'ordre des choses : tout devait être rigoureusement vierge de son passage.
Yo travaillait depuis quatre jours sur ce chantier. Il avait inspecté une dizaine de tombeaux, ce qui somme toute, était une bonne moyenne. Le butin était chétif mais au cinquième jour, il fit une découverte surprenante. La sépulture était sommaire mais bien entretenue. Un cas de figure qui demandait encore plus de méticulosité car la tombe supposait la visite régulière de quelques lointaines descendances.
Le croque-mort augmenta d'un cran le degré de précision en prenant une nouvelle série de photographies et commença son job.
C'était idiot mais Yo n'était pas très à l'aise. Il s'arrêta soudain et se retourna. Une présence semblait l'observer. Inquiet, il vérifia les sentinelles, allant même jusqu'à en installer de nouvelles dans un large périmètre. Yo se ressaisit, aucun des détecteurs ne l'avait alerté, tout ceci n'était qu'une appréhension dénuée de fondement. Il était impossible et impensable d'ailleurs, que quelqu'un puisse le surprendre. Il reprit son travail mais son malaise persista. Néanmoins la présence sembla s'éloigner progressivement et son trouble se dissipa totalement.
Au fond de la fosse gisaient deux squelettes humains, les vestiges des deux cercueils et deux objets identiques posés au milieu des ossements. Il s'agissait de deux petits cubes d'un noir parfait. Curieux, Yo se pencha pour en saisir un mais celui-ci ne bougea pas. Il devait être vraiment très lourd. Yo s'employa des deux mains et réussit à le prendre. Il n'était pas scientifique mais tout de même, il y avait là de quoi se poser des questions. Les arrêtes du cube étaient parfaites, presque coupantes. Les siècles passés n'avaient en rien altéré la matière. La couleur était si profonde qu'on aurait pu y plonger pour s'y baigner. Son attention se porta sur le deuxième cube. Celui-ci était rigoureusement identique d'aspect et tout aussi lourd. M. T Luss avait peut-être déniché là des reliques exceptionnelles. Il réfléchit rapidement. Il devait faire vite. Il ressortit du trou avec l'un des cubes, l'enferma dans un sac d'aspect étrange et disparut en un éclair. Yo revint quelques instants après, vérifia ses capteurs de présence et plongea de nouveau dans la fosse. Il répéta l'opération pour le deuxième objet et les remplaça par deux fac-similés. Ils étaient nettement plus légers, d’une couleur ordinaire mais cela fera l'affaire. Il remit ensuite tout en place avec exactitude et vérifia son boulot à l'aide des photographies.
Yo s'attarda encore un petit moment, baigné dans la lumière blafarde de la lune. Tout était silencieux. Il porta son regard une dernière fois sur l'épitaphe de la pierre funéraire et s'évanouit sans laisser de trace.
« Ici gisent les époux Roland Stingfall né le 20 octobre 1992 et Lucie Berninger née le 5 août 1997, morts tous les deux le 4 août 2064 »
Stéphanie retrouva la cacophonie de sa ville, son travail et son mari. Celui-ci avait laissé tant de traces dans l'appartement qu'elles avaient donné lieu à une dispute :
- Mais regarde, regarde !! il y en a partout, partout, explosa Stéphanie.
- J'ai eu beaucoup de travail cette semaine.
- C'est une porcherie ici, l'évier déborde de vaisselle, ça pue de partout.
Stéphanie agitait ses bras comme pour chasser une mouche imaginaire.
- Tu aurais dû m'expliquer son fonctionnement, je l'aurais fait.
- Quoi !!! Il faut un bac+4 pour remplir un lave- vaisselle ? Crois-tu que j'ai suivi une formation spéciale ? Et dans la chambre c'est une horreur. Je ne peux pas y mettre un pied sans trébucher sur un vêtement sale.
Ne parlons surtout pas de la salle de bain, je serais capable de te tuer !
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise, le téléphone n'a jamais cessé de sonner, il fallait que je coure d'un rendez-vous à un autre.
- Tu te fous de moi ? Tu n'as pas de travail ! Hurla- t-elle.
- Évidement que je n'ai pas de boulot, pas la peine de remuer le couteau dans la plaie. Ne fais pas l'ignorante, tu sais que la recherche d'un job est un travail à temps plein. Je m'y emploie vois-tu. Et puis merde quoi, j'allais le faire, tout ranger. Pourquoi fallait-il que tu rentres trois heures plus tôt ?
- Oui bon... tu sais ce qu'il te reste à faire. Tu vas gentiment remettre de l'ordre dans tout ça et sans perdre une minute.
- Oh oh ! On se calme. Je suis tout de même pas un gamin de quinze ans !
- Malheureusement j'ai bien peur que si. Tu m'énerves, je pars chez ma copine. Je ne reviendrais que ce soir. Je te donne une journée. Si tu ne te bouges pas le cul, je te coupe les vivres, les couilles et le paillasson du pallier sera ta seule maison !
Elle claqua la porte d'entrée.
- Castratrice ! hurla l'homme aux gonades en sursit.
Celui-ci n'était toutefois pas idiot. Quelques heures plus tard, l'appartement avait retrouvé un ordre et une propreté martiale.
Au terme d'études brillantes, Stéphanie s'était vu attribué un poste important à l'université de Chicago dans le quartier de Hyde Park. Après une courte période de professorat, elle s'était entièrement consacrée à la refonte du département de physique fondamentale et était parvenue aujourd'hui à la tête d'un petit laboratoire dont les subventions étaient plus que confortables. Mais il fallait se battre pour conserver cette manne financière. A quarante-trois ans, c'était encore une femme pleine d'énergie et sa carrière pouvait la propulser sur le devant de la scène. Malheureusement ses recherches piétinaient. Elle se heurtait à de nombreuses difficultés. Sa motivation était pourtant intacte et la perspective, certes lointaine, de pouvoir un jour rejoindre Enrico Fermi, prix Nobel de cette même université en 1942, lui en donnait l'ultime dessein.
La retraite de Stéphanie l'avait rechargée en énergie même si la découverte de ce mystérieux cube noir, encombrant ses pensées jours et nuits, la perturbait dans son travail. Une idée germa peu à peu. Ce parallélépipède si étrange, lui donnerai peut-être ce qui manquait à sa carrière, un chemin vers la gloire.
Sa curiosité scientifique l'emporta et deux mois après son retour, Stéphanie décida de revenir sur l'île afin d'étudier rationnellement le petit objet. Elle partira deux jours, trajet comprit et emportera cette fois, un éventail d'appareil de mesure.
Son vol l'amena à Cape cod mall via la ville de Boston. De là, il n'y avait qu'une courte distance pour rejoindre la zone portuaire. Curieusement elle fut accueillie chaleureusement à son arrivée, même par Chuck qui lui adressa un sourire généreux. L'endroit n'était plus le même, quelque chose de subtil s'était produit. Stéphanie n'arrivait pas encore à saisir l'exactitude du changement mais elle en était certaine, l'atmosphère était différente. Les gens semblaient heureux. Il régnait ici une sorte de béatitude. Le paysage lui-même avait changé. La plage et les rues par exemple, étaient d'une propreté Suisse. Jean avait installé une éolienne sur le toit de son café-musée.
