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Immersion dans la Chine de la fin de Temps Modernes et de l'époque pré-industrielle.
17ème et 18ème siècle, l'Europe découvre la Chine. Avec les écrits de John Barrow (VOYAGE EN CHINE, 1792) et d'Athanase Kirchere (LA CHINE, 1670).
Deux récits de voyages d'occidentaux à la découverte de la Chine dans une époque en pleine mutation.
EXTRAIT
Puisque nos aïeuls ont toujours fait tant d'estime de la science astrologique, elle mérite bien que nous en fassions le même à leur exemple, & que nous l'élevions encore par dessus les astres, d'autant qu'ayant été presque mise en oubli sous le règne des autres empereurs, elle a été rétablie à présent dans sa première perfection, particulièrement du temps de Suen empereur tartare, qui possédait cet empire chinois avant l'année 400, sous le règne duquel elle fut rendue plus exacte par Coxeu Kim ; comme elle fut néanmoins remplie de si grandes erreurs sur la fin de la vie de notre prédécesseur qu'on nommait Mim, qu'il était impossible de s'en pouvoir servir, le bonheur a voulu que nous avons trouvé Jean Adam Schal, qui est venu des extrémités de l'Occident dans la Chine, & qui sait non seulement l'art de calculer, mais encore possède parfaitement la théorie des planètes, & tout ce qui appartient à l'astrologie, lequel a mis cette science en lumière, & a mérité que notre prédécesseur, en ayant eu connaissance, l'ait envoyé chercher, pour l'établir maître de l'académie des Mathématiques, & lui ait donné la charge de perfectionner la science astrologique.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Sir John Barrow, né le 19 juin 1764 dans le hameau de Dragley Beck, dans la paroisse d’Ulverston dans le Lancashire et mort le 23 novembre 1848, est un explorateur et administrateur britannique.
Athanasius Kircher (en français : Athanase Kircher) (2 mai 1602, Geisa, en Thuringe, près de Fulda, en Allemagne – 27 novembre 1680, Rome, Italie) est un jésuite allemand, graphologue, orientaliste, esprit encyclopédique et un des scientifiques les plus importants de l'époque baroque.
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Seitenzahl: 549
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Publication: 2018
Par John Barrowformant le complément du voyage de Lord Macartney
Bibliothèque portative des voyages. Lepetit, Paris, 1817. Six tomes (XXXVI à XLII), + un atlas de planches
Préface du traducteur : "La Relation du voyage de lord Macartney, en Chine et en Tartarie, par sir George Staunton, qui, en sa qualité de ministre plénipotentiaire, était le second personnage de l'ambassade, a obtenu un succès prodigieux dans toute l'Europe. Déjà cet ouvrage, traduit en notre langue, avait eu deux éditions, et la troisième était sur le point de paraître, lorsque je publiai une traduction nouvelle destinée à faire suite à la Bibliothèque portative des Voyages.""L'accueil que fit le public à mon ouvrage me donna l'idée de le compléter en publiant, dans le même format, la Relation que M. Barrow a mise au jour à Londres, dans le courant de l'année dernière. Cette Relation, faite par le secrétaire particulier de lord Macartney, était attendue avec une vive impatience. M. Barrow, ayant à décrire les mêmes pays, les mêmes mœurs que sir George Staunton, a cependant eu l'art d'éviter de répéter les observations de celui-ci, et en présentant les choses sous un point de vue qui lui est propre, il a fait un ouvrage absolument neuf."Tchien-Long, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, se ressentait si peu des infirmités de la vieillesse, qu'il avait toute l'activité d'un homme de soixante ans, plein de force ; son œil était brun, vif et perçant ; son nez aquilin et son teint coloré, même à cet âge. Je présume que sa taille était de cinq pieds dix pouces anglais, et il se tenait parfaitement droit. Quoiqu'il eût perdu son embonpoint et sa force musculaire, il était aisé de voir qu'autrefois il avait joui d'une grande vigueur. Toujours il avait eu une constitution robuste, que la régularité de sa vie n'avait fait que fortifier. Semblable à tous les Tartares-Mantcheoux, il aimait passionnément la chasse et n'oubliait jamais d'y employer les mois d'été. Il avait la réputation d'être un excellent archer, et ne le cédait, dans le maniement de cette arme, qu'à son grand-père Caung-schi, qui dans son testament, assure qu'il pouvait tendre un arc d'une force équivalente à un poids de cent soixante livres.Les facultés de son esprit n'étaient ni moins actives, ni moins énergiques que celles de son corps. Aussi prompt dans ses plans d'attaque que ferme dans leur exécution, il semblait commander à la victoire. Bienfaisant envers ses sujets, toujours prêt à soulager les impôts, ou à les secourir dans des temps de détresse, il se piquait contre ses ennemis d'un ressentiment implacable. Impatient des contrariétés et des revers, il lui arriva quelquefois d'agir avec injustice, ou de punir avec trop de sévérité.Son caractère irascible lui occasionna une vive et cuisante douleur. L'impression qu'il en reçut, répandit, assure-t-on, sur son esprit, une teinte sombre et mélancolique, qui ne s'effaça jamais entièrement. Vers le milieu de son règne il visitait les provinces centrales de son empire : a Sau-tchou-fou, ville célèbre par la beauté de ses femmes, où l'on achète les jeunes filles encore enfants pour les vendre ensuite aux gens riches, il devint épris d'une fille d'une beauté ravissante et douée des plus aimables talents ; il se proposait de l'emmener avec lui dans sa capitale.L'impératrice fut instruite par un eunuque de la nouvelle passion de son époux : craignant qu'elle n'eût perdu tous ses droits sur le cœur du monarque, dans la violence de son désespoir, elle s'étrangla peu de jours après avoir reçu cette fatale nouvelle.L'empereur ayant appris la mort de son épouse, en fut vivement affligé, et se hâta de retourner à Pékin. Un de ses fils, jeune homme fort aimable, craignant d'encourir la disgrâce de son père, hésita longtemps s'il devait se présenter devant lui en deuil à cause de la mort de sa mère ; ce qui eût été une insulte pour l'empereur, unique cause de sa fin malheureuse ; ou en robe de cérémonie, ce qui était un manque de respect pour la mémoire de sa mère infortunée. Dans cette incertitude, il consulta son gouverneur, qui en vrai Chinois, lui conseilla de revêtir l'un et l'autre costume. Le jeune prince suivit ce conseil et malheureusement pour lui, il recouvrit d'un habit de cérémonie ses vêtements de deuil. Tchien-Long, dont l'amour pour la princesse s'était réveillé et qui déplorait son sort funeste, voyant paraître à ses pieds son fils sans habits de deuil, en conçut tant d'indignation, et regarda cet oubli prétendu comme une offense si grave à la piété filiale, que dans un accès de rage, il porta à l'infortuné jeune homme un coup si malheureusement dirigé, qu'il en perdit la vie après avoir langui quelques jours.Aucun de ses quatre fils qui ont survécu aux autres, n'ont jamais eu dans sa confiance ou dans l'autorité une part aussi considérable que celle que, dans ses dernières années, il accorda à son premier ministre Ho-Choung-tong. Il était très pieux, et tous les matins, régulièrement, il remplissait les devoirs de sa religion. Dans les premiers temps de son règne, il avait pris l'engagement solennel, s'il plaisait à Dieu de lui accorder la faveur de gouverner ses États pendant un cycle complet de soixante ans, de se retirer et de résigner le trône à un successeur de son choix. Il remplit scrupuleusement ce vœu à l'époque fixée. On peut juger en partie de la sincérité de sa foi, par les nombreux et superbes temples qu'il bâtit et dota richement dans les différentes parties de la Tartarie Orientale. Le Pou-ta-la de Gé-hol est le plus magnifique de tous. On assure que dans les derniers jours de sa vie, la longueur et la prospérité extraordinaire de son règne, lui avaient fait croire que le lama Buddha ou Fô, car c'est la même divinité sous différents noms, avait daigné s'incarner en sa personne.Jusqu'à sa dernière maladie, il continua en été comme en hiver, de se lever à trois heures du matin. Il prenait habituellement quelques cordiaux pour se fortifier l'estomac, et allait faire ses prières dans un de ses temples. Ensuite il lisait les dépêches de ses grands officiers civils et militaires, obligés de correspondre directement avec lui, et non avec les tribunaux, comme ils le pratiquaient autrefois.À sept heures il déjeunait avec du thé, du vin et des confitures, s'occupait d'affaires avec son premier ministre, et discutait avec lui les différentes matières avant qu'on eût envoyé des expéditions régulières aux départements respectifs qu'elles concernaient. Il avait une sorte de lever auquel assistaient les colaos ou ministres, et les principaux chefs de l'administration.À onze heures il prenait de nouveaux rafraîchissements ; et quand les affaires étaient finies, il allait se délasser dans les appartements des femmes ou bien se promenait dans son palais et dans les jardins. Il dînait entre trois ou quatre heures ; après quoi il se retirait dans son cabinet et s'occupait à lire et écrire jusqu'à l'heure de son coucher, qui était régulièrement fixée, et dépassait rarement celui du soleil. Il était bien persuadé que sa santé florissante était principalement due à ce qu'il se couchait et se levait de bonne heure.Tchien-Long résigna l'empire à son quinzième fils Kia-kin, au mois de février 1796, après avoir complété un règne de soixante ans ; il mourut en février 1799.
Il y a peu de chose à dire sur les progrès des beaux-arts en Chine. J'ai déjà parlé de leur poésie ancienne et moderne ; mais je crois devoir encore une fois observer que les Européens ne peuvent porter un jugement exact des productions des Asiatiques, et surtout de celles des Chinois, qui réunissent à la profusion des métaphores le désavantage d'une langue qui s'adresse peu à l'oreille : une phrase entière ou une combinaison d'idées se trouve quelquefois renfermée dans un monosyllabe, dont les beautés rassemblées avec art ne parlent qu'au sens de la vue.On peut juger plus sainement des deux sœurs de la poésie, savoir la peinture et la musique. Je m'étendrai fort peu sur le dernier de ces arts ; il ne paraît pas qu'on le cultive en Chine comme une science. La musique n'est étudiée comme un talent agréable, ou pratiquée comme un amusement délicat, que par ces femmes qu'on élève pour les vendre ; ou par celles qui trafiquent de leurs talents et de leurs faveurs.Comme les Chinois diffèrent dans leurs idées de toutes les autres nations, ces femmes jouent ordinairement des instruments à vent, tels que la flûte et le flageolet, tandis que l'amusement des hommes est la guitare ou un instrument semblable, monté de deux, quatre et sept cordes.On loue des eunuques et d'autres hommes de la dernière classe pour faire de la musique. Le mérite de l'exécution paraît consister dans le grand bruit que font les instruments. Le gong, ou, comme l'appellent les Chinois, le lou, convient admirablement à cet objet.
Cet instrument est une sorte de chaudron peu profond, ou plutôt le couvercle d'un chaudron que l'on frappe avec un maillet de bois couvert de peau. On dit que ce métal est un alliage de cuivre, d'étain et de bismuth. Ils ont aussi une sorte de clarinette, trois ou quatre sortes de trompettes, et un instrument à cordes peu différent du violoncelle. Leur sing est un assemblage de tuyaux de bambou d'inégale longueur, assez semblable à la flûte de Pan. Les intonations n'en sont point désagréables, mais la structure en est si bizarre et si irrégulière qu'il semblerait qu'elle ne pût convenir à aucune gamme ou échelle musicale. Leurs tambours d'airain ont la forme de tonneaux, et font, ainsi que des cloches de différentes grandeurs, suspendues à des châssis, une partie constituante de leur musique sacrée.Ils ont aussi un instrument qui consiste en pierres coupées carrément, et suspendues par un angle à un châssis de bois. Il me parut que c'étaient des cailloux de l'espèce de ceux qu'on appelle gneiss, sorte de granit schisteux. On voit dans le musée de Keswick, à Londres, des pierres sonores de la même espèce, qui ont été ramassées dans un ruisseau au pied du mont Skiddaw ; mais elles paraissent contenir des fragments de schorl noir ou tourmaline.Les historiens chinois s'enorgueillissent de ce que tous les règnes de la nature ont été mis à contribution pour compléter leurs orchestres, de ce que l'on tire des sons de la peau des animaux, des fibres des plantes, enfin des métaux des pierres et de la terre cuite.
Il est vrai que leurs instruments sont très variés par leur figure et leurs matériaux ; mais je n'en connais pas un seul qu'une oreille européenne puisse trouver passable. Un Anglais résidant à Canton a pris la peine de dessiner les divers instruments de ce pays ; je les ai joints, mais ce catalogue n'est pas complet.Les orchestres chinois jouent d'ordinaire ou cherchent à jouer à l'unisson ; quelquefois un des instruments prend l'octave, mais jamais ils ne cherchent à exécuter de parties séparées ; ils se bornent à la mélodie, si toutefois je puis donner ce nom harmonieux à la réunion de sons très durs. Ils n'ont point la moindre notion des contre-points ; invention à laquelle les Grecs eux-mêmes n'étaient point parvenus, et qui fut inconnue en Europe comme en Asie, jusqu'au siècle des moines.Je n'ai entendu qu'un seul Chinois qui mît dans son chant du sentiment ou un accent plaintif. Il s'accompagnait de la guitare, en chantant une des ariettes les plus courues du pays, en l'honneur de la fleur de mou-lie. M. Hüttner en a noté les sons extrêmement simples, et j'ai appris que cet air a été publié à Londres avec des accompagnements et tous les raffinements de la musique européenne, en sorte que ce n'est plus un échantillon de la simple mélodie des Chinois.Le seul procédé de notation musicale que connaissent les Chinois est de tracer les caractères qui expriment le nom de chaque note dans la gamme ; encore tiennent-ils du jésuite Pereira cette méthode imparfaite.
Ils affectaient de mépriser la musique de l'ambassadeur, disant que ce n'était plus de la musique, mais un bruit confus de sons. Cependant le premier musicien de l'empereur se donna beaucoup de peine pour dessiner sur de larges feuilles de papier, la grandeur exacte de chaque instrument, en marquant la place des trous, des chevilles, des cordes et autres objets, afin qu'on en put faire exécuter de pareils.Il serait difficile de connaître le motif qui a fait dire au père Amiot, que« les Chinois, pour rendre leur gamme parfaite, n'ont pas craint de la soumettre aux opérations laborieuses de la géométrie, et aux calculs les plus longs et les plus fastidieux de la science des nombres. »Cependant il devait savoir que les Chinois ignorent absolument la géométrie ; que leurs calculs ne s'étendent point au-delà du souan-pan.Un autre jésuite a fait une assertion non moins fausse, que c'est des Chinois que les Égyptiens et les Grecs ont emprunté leur système musical, avant le temps d'Hermès et d'Orphée.
Sous le rapport de la peinture, les Chinois ne peuvent être considérés que comme de misérables barbouilleurs. Il est beaucoup de choses qu'ils sont incapables de dessiner correctement. Ils ne savent point donner de corps à leurs images par le jeu régulier des jours et des ombres, ni manier les couleurs de façon à imiter la nature.Mais ils imitent les couleurs éclatantes de certaines fleurs, des oiseaux et des insectes, avec une fidélité et une vivacité que les Européens n'ont encore pu acquérir. Ils ne conçoivent aucunement l'art de fixer les objets sur la toile chacun à leur place, par leur diminution, la dégradation des teintes et par la perspective.J'ai vu à Yuen-Min-Yuen deux grands tableaux de paysage, qui étaient passablement dessinés, mais finis avec une délicatesse minutieuse, et sans ce contraste de lumière et ces masses d'ombres qui donnent de l'effet à la peinture. Aucune des règles de la perspective n'y était observée ; on n'avait pas même cherché à indiquer la distance des objets : cependant je ne pouvais m'empêcher d'y reconnaître la touche d'un Européen. Le vieil eunuque qui portait les clefs de l'appartement me demandait souvent lorsque je regardais ces tableaux si je ne trouvais pas que ses compatriotes fussent d'excellents peintres.
Un jour que je lui montrais une haute admiration pour les talents de l'artiste, il me conduisit dans un angle de la salle, et ouvrant une armoire supportée par un piédestal, il me dit, en jetant un coup d'œil significatif, qu'il allait me faire voir quelque chose dont je serais surpris. Il tira plusieurs gros volumes remplis de figures qui étaient supérieurement dessinées et coloriées avec des couleurs à l'eau.Ces figures représentaient les diverses occupations des artisans de la Chine ; mais on eût dit qu'elles étaient collées contre le papier ; il n'y avait ni ombres, ni avancement, ni distance qui leur donnât du relief. Derrière chaque estampe était sa description en langues tartare, mantcheou et chinoise. En feuilletant un de ces volumes, je vis à la dernière page le nom de Castaglione ; cela m'expliqua le mot de l'énigme. En examinant de nouveau les grands tableaux du salon, je remarquai dans un coin le nom du même peintre.Tandis que je parcourais le volume, l'eunuque me demandait souvent si l'on savait peindre ainsi en Europe. Mais quand je lui eus fait voir le nom, et que je lui eus répété le mot de Castaglione, il ferma aussitôt le livre, et les remit tous dans l'armoire ; et depuis ce temps je ne pus l'engager à me les faire voir.
J'appris bientôt que Castaglione était un missionnaire en grande vogue à la cour, où on lui avait commandé plusieurs tableaux, mais que l'empereur lui avait expressément enjoint d'exécuter tous ses sujets à la manière chinoise, et non comme en le fait en Europe, en répandant de grands traits d'ombre, et en peignant des objets éloignés, à peine visibles. On lui disait que les imperfections de l'organe de la vue n'étaient point une raison pour que l'on copiât avec la même imperfection les ouvrages de la nature.Cette idée de l'empereur s'accorde avec ce que m'a dit un de ses ministres, qui était venu voir le portrait de sa majesté britannique : « qu'il était fâcheux qu'il eût une tache sur la figure ». Il voulait parler de l'ombre du nez.Gherardini, peintre européen, a publié une relation de son voyage en Chine. Il paraît qu'il fut si dégoûté de ce pays après qu'il eut reconnu combien peu l'on y estime les beaux arts, qu'il s'écria avec plus de mauvaise humeur que de vérité :— Ces Chinois ne sont bons qu'à peser de l'argent et à manger du riz.Gherardini avait peint une immense colonnade enfoncée dans la perspective. Ce tableau fit une telle impression sur les Chinois, qu'ils s'imaginèrent qu'il avait à coup sûr des intelligences avec le diable; mais quand ils se furent approchés de la toile, et qu'ils l'eurent palpée avec les mains pour s'assurer pleinement que ce qu'ils voyaient était une surface plate, ils persistèrent à soutenir qu'il n'y avait rien de plus contraire à la nature, que de représenter des distances et de la profondeur là où il n'y en avait pas et ne pouvait y en avoir.
Il y aurait peu de choses à ajouter sur l'état de la peinture en Chine : j'observerai seulement que le dessinateur favori de l'empereur, qui par conséquent doit être un des premiers de son état dans la capitale, fut chargé de dessiner quelques-uns des principaux présents, afin de donner à son maître, qui était alors à Gé-hol, l'explication du catalogue descriptif. Cet homme, après beaucoup d'efforts infructueux, pour dessiner la superbe pendule à secondes, de Vulliamy, soutenue par de belles figures de marbre blanc, me pria de l'aider dans une chose qu'il regardait comme de la plus haute importance pour lui.Ce fut en vain que je l'assurai que je n'entendais pas le dessin ; il voulut absolument en avoir la preuve, et il partit extrêmement content lorsque je lui eus fait une mauvaise esquisse au crayon, qu'il dût ensuite copier ou tracer à l'encre de la Chine. Il dessina avec infiniment de goût et de correction toutes les parties des instruments, excepté les figures nues qui supportaient la pendule et un baromètre ; mais il ne put réussir à copier les figures. Je laisse aux artistes de notre pays à décider si ce qui fit échouer le Chinois serait une difficulté réelle d'imiter les contours délicats du corps humain, ou si, étant plus familiers avec ses formes, nous apercevons plus aisément les défauts des imitations qu'on en fait, ou si c'est parce que chez les Chinois les formes du corps sont toujours cachées sous d'amples vêtements.
Quant à ces beaux échantillons de fleurs, d'oiseaux et d'insectes que l'on apporte quelquefois en Europe, ils sont l'ouvrage des artistes de Canton. L'habitude de faire des tableaux ou des dessins, soit pour les transporter sur la porcelaine, soit comme objet de commerce, leur a donné plus de goût qu'aux artistes de l'intérieur du pays. Les diverses manufactures envoient à Canton de grandes quantités de porcelaines blanches, afin que l'acquéreur puisse les faire peindre à sa guise ; et leur travail fait voir que ce ne sont pas de mauvais copistes.On a cependant observé que les objets d'histoire naturelle, tels qu'ils les peignent, sont fréquemment incorrects ; qu'il n'est pas rare qu'ils placent la fleur d'une plante sur la tige d'une autre avec les feuilles d'une troisième.Cela peut avoir été ainsi autrefois, lorsqu'ils suivaient de mauvais modèles ou qu'ils s'imaginaient perfectionner la nature. Mais lorsqu'ils eurent reconnu que les étrangers préféraient l'exacte présentation des objets, ils y firent plus d'attention.
Ce sont en vérité des copistes scrupuleux ; il dessinent non seulement le nombre exact des pétales, des étamines et des pistils d'une fleur, mais encore celui des feuilles avec les épines ou les taches sur la tige qui les supporte. Ils comptent avec la même fidélité les écailles d'un poisson et il est impossible d'approcher davantage des brillantes couleurs de la nature. J'ai rapporté en Angleterre plusieurs dessins de plantes d'oiseaux et d'insectes, qui ont été admirés pour leur fidélité et la beauté de couleurs ; mais ils manquent de cet effet qu'une distribution convenable du clair-obscur ne peut manquer de produire.Les estampes coloriées d'Europe qu'on apporte à Canton y sont copiées avec une fidélité merveilleuse. Mais en les retraçant ils n'exercent point leur jugement. Vous êtes sûrs qu'ils copieront toutes les fautes, toutes les taches qui se trouvent dans l'original ou qui sont accidentelles ; ce sont des imitateurs serviles, et ils ne sont point à portée de sentir la beauté des productions de l'art qu'on leur présente. La même personne qui aujourd'hui aura travaillé à copier une superbe estampe d'Europe, exécutera le lendemain un dessin chinois rempli d'absurdités.Quelque progrès que les arts aient faits à Canton, il n'y a guère d'apparence qu'ils se perfectionnent dans l'intérieur ou dans la capitale. Lorsque l'empereur et ses ministres rejetèrent la proposition faite par Castiglione, d'établir une école de beaux-arts, ce fut plutôt par la crainte que supposent les missionnaires, que la manie de peindre ne devînt générale, et ne fît tort aux travaux utiles.Dans un pays où la peinture est si médiocre, il ne faut pas attendre que le ciseau produise de beaux ouvrages. On voit quelquefois sur les balustrades des ponts, de grossières images d'êtres chimériques ou difformes. On en voit de pareilles dans leurs temples ; il y a dans des niches des idoles gigantesques de terre cuite, quelquefois peintes de couleurs brillantes, d'autres fois recouvertes d'une feuille d'or ou d'une couche de vernis.Les Chinois ne savent point modeler avec exactitude les proportions du corps humain. Il n'y a pas dans tout l'empire une statue ni une colonne qui mérite qu'on en fasse mention. On voit souvent près des portes des villes, de gros massifs carrés de pierre ou de bois, sur lesquels on perpétue par des inscriptions, la mémoire des personnages distingués ; mais ce ne sont des objets ni de magnificence ni d'ornement. Ces monuments ressemblent plutôt à des gibets qu'à des arcs de triomphe ; et je ne sais pourquoi les missionnaires se sont plu à leur donner ces derniers noms.
Lorsque tout fut prêt pour le départ, on ordonna aux porte-faix d'arranger sous chaque fardeau des bâtons avec lesquels ils devaient les transporter. Dans cette opération ainsi que dans le déchargement des bateaux, ces hommes montrèrent une force, une vigueur et une activité qui, je crois, n'ont pas d'exemple dans les autres pays. Tout se fait dès que le gouvernement l'ordonne ; les tâches les plus laborieuses sont entreprises avec une ardeur, et même une gaieté qu'on ne s'attendrait guère à rencontrer sous un gouvernement aussi despotique.
Brouette allant à la voile. Lorsque le vent est favorable et que la surface du terrain est assez unie pour le permettre, les Chinois se contentent quelquefois de hisser cette simple voile pour faciliter les efforts du tireur.
Le 21 août, à trois heures du matin, nous nous tînmes prêts à partir ; mais nous ne nous mîmes en marche qu'à cinq heures, et il en était plus de six avant que nous fussions sortis de la ville. J'ose dire que la route qui mène de Tong-tchou à la capitale n'offrit jamais un cortège aussi singulier. La marche s'ouvrait par trois mille porteurs chargés de six cents ballots dont quelques-uns étaient si lourds ou si embarrassants qu'il fallait trente-deux hommes pour les porter. Un nombre proportionné d'officiers maintenaient l'ordre et dirigeaient les porte-faix. Venaient ensuite vingt-cinq chariots et trente-neuf brouettes, chargés de vin, de bière et autres denrées d'Europe, de munitions de guerre et autres objets non fragiles. Huit pièces d'artillerie de campagne terminaient cette partie du cortège. On voyait après cela s'avancer le légat tartare et divers officiers de la cour, avec leur suite nombreuse, les uns à cheval, d'autres en chaises à porteurs, et le reste à pied.Les gardes de l'ambassadeur, les domestiques, les musiciens et les ouvriers étaient transportés sur chariots. Les personnes de sa suite venaient à cheval ; après eux marchaient l'ambassadeur, le ministre plénipotentiaire, son fils et l'interprète, dans quatre chaises bien décorées. Le reste de la suite voyageait dans de petits chariots couverts à deux roues, peu différents de nos corbillards quoique moins longs de moitié. Les mandarins Van et Chou fermaient la marche.Quoiqu'il n'y eut que douze milles à faire, nos conducteurs crurent devoir s'arrêter pour déjeuner à la moitié du chemin. En effet, les embarras de la marche, la difficulté de se mettre en ordre, les haltes fréquentes qu'on fut obligé de faire, furent cause qu'il était déjà huit heures du matin avant que l'on fût arrivé à la moitié de l'espace. On nous servit un déjeuner copieux de porc rôti, de venaison, de riz, de ragoûts, d'œufs de thé, de lait et de toutes sortes de fruits que l'on nous apportait sur des morceaux de glace.Les portefaix et nos gros bagages continuèrent leur chemin sans s'arrêter ; nous les suivîmes après déjeuner. À peine étions-nous avancés de trois milles, que nous vîmes les deux côtés de la route remplis de spectateurs à cheval, à pied ou dans de petites voitures semblables à celles où nous voyagions, sur des charrettes, des fourgons ou dans des chaises à porteurs. Dans ces dernières étaient des dames chinoises ; mais comme elles se cachaient derrière des rideaux de gaze, nous ne pûmes les voir. Quelques femmes de mauvaise mine, affublées de longues robes de soie, et accompagnées de beaucoup d'enfants, étaient dans les petites voitures. On nous dit que c'étaient des femmes tartares.Une double file de soldats nous escortait des deux côtés de la route : ils étaient armés de fouets, et s'en servaient pour repousser la foule. Quoiqu'ils maniassent leurs fouets avec beaucoup de bruit et de rapidité, ils frappaient toujours à terre, et ne touchaient point les spectateurs. Il est vrai que la populace chinoise n'est ni aussi tumultueuse, ni aussi désordonnée qu'on la voit partout ailleurs.L'excès de la chaleur, la poussière qui obscurcissait la route, l'incommodité de nos voitures étroites, auraient rendu ce court trajet insupportable, si nous n'eussions été récréés par la nouveauté de la scène, les sourires, les grimaces, les gestes comiques de la multitude, et par-dessus tout, l'idée que dans un instant nous verrions la plus grande ville qui soit sur la surface du globe. Ceux qui avaient eu le malheur de choisir de petits chariots couverts s'y trouvèrent mal à leur aise, quoiqu'ils fussent les mieux partagés ; car ils voyageaient dans les voitures les plus douces et les plus élégantes du pays. Elles sont fixées sur des roues sans ressorts et n'ont point de siège dans l'intérieur ; on est obligé de s'asseoir sur le fond, les jambes croisées, et c'est pour un Européen le chariot le plus détestable qu'on puisse imaginer.
Cimetière près de Han-tcheou-fou.
Lorsque nous eûmes dépassé les faubourgs, nous vîmes sur la gauche de l'Eu-ho, une vaste plaine qui s'étendait à perte de vue. On y découvrait des milliers de petites éminences de sable de forme conique, et semblables à ces myriades de monticules qu'élèvent, en Afrique, les termites ou fourmis blanches. Dans, quelques parties de cette plaine étaient de petits bâtiments semblables à des maisons, mais qui n'avaient pas plus de quatre à cinq pieds de haut. On y voyait des enclos de maçonnerie circulaires, en demi-lune ou carrés, entremêlés çà et là de petites colonnes de pierre ou de brique, et d'autres monuments de diverses formes.C'était le premier cimetière public que nous eussions encore vu, si ce n'est le très petit cimetière de Tong-tchou. Les éminences et les différentes constructions étaient autant de séjours des morts. Nous rencontrâmes en plusieurs endroits de ce vaste lieu de sépulture d'énormes cercueils rangés sur la surface de la terre, les uns neufs, d'autres fraîchement peints, mais dont aucun ne paraissait pourri. Notre interprète nous fit entendre que quelques-unes de ces bières étaient ainsi déposées jusqu'à ce que les prêtres ou les oracles eussent indiqué le lieu et le jour les plus favorables pour les obsèques du défunt. Les autres y restaient jusqu'à ce que les héritiers du mort eussent amassé une somme assez forte pour lui rendre les honneurs convenables. Enfin, il y en avait où on laissait les corps se dessécher et subir un certain degré de putréfaction, pour les brûler ensuite et recueillir leurs cendres dans de grandes jarres de terre. Jamais les Chinois n'enterrent leurs morts dans l'enceinte d'une ville, encore moins dans l'intérieur des temples. Ils les éloignent toujours des habitations des vivants et se montrent en cela plus sages que les Européens : non seulement ces derniers ont des cimetières au milieu des villes les plus populeuses, mais ils enterrent encore les morts dans des églises, où la foule qui se rassemble est sans cesse exposée aux exhalaisons nuisibles et peut-être pestilentielles qui émanent des cadavres. Cependant le peuple est si attaché, dans quelques pays de l'Europe, à cette coutume d'enterrer les morts dans l'enceinte de l'église, qu'il serait dangereux de la détruire par la force.
Le bord de la rivière qui bornait un des côtés du cimetière, était orné de superbes saules pleureurs ; quelques cyprès solitaires étaient épars au milieu des tombeaux : c'étaient les seuls arbres que l'on vit dans cette partie du pays.
illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes
et de quantité de recherches de la nature & de l'art
par A. KIRCHER (1602-1680)
traduit du latin par François-Savinien Dalquié
À Amsterdam, chez Jean Jansson à Waesberge, 1670. Première édition en latin, Amsterdam, 1667 : China monumentis, qua sacris quà profanis.
Je te donne enfin mon cher lecteur l'ouvrage que je t'avais promis dans le catalogue de mes livres, & je t'en fais le présent conformément à la promesse que je t'en avais donnée, animé de cette pensée que je ne saurais que te plaire dans ce rencontre ; puisqu'il y a dix ans que je n'ai fait que ramasser tout ce qu'il y a de plus curieux & de plus remarquable non seulement dans la Chine, mais encore dans les royaumes voisins, touchant les antiquités & les superstitions dans lesquelles toutes ces nations étaient misérablement ensevelies.
Je puis dire que le premier de tous ceux qui m'ont fourni de belles matières sur ce sujet, est le père Martin Martini de Trente qui a écrit l'AtlasChinois, lequel a été autrefois mon disciple privé pour les mathématiques, & dont l'esprit actif & perçant l'a rendu un prodige de science en tout ce que je lui ai appris, & de qui je puis dire enfin qu'il s'est acquis cette belle réputation parmi les auteurs (surtout chez les écrivains géographes & astronomes) d'être un si exact observateur de tout ce qui regarde les curiosités, les mœurs des peuples, & la nature des choses des pays dont nous parlons, qu'il n'a rien omis du tout. Voilà pourquoi il a cru être obligé de rendre ce service au monde savant & à la république des lettres, de mettre au jour son Atlas, après avoir tâché pendant un long temps de devenir témoin oculaire de tout ce dont il s'était informé auparavant.
Le deuxième qui a contribué beaucoup à faire mon ouvrage, est le père Michel Boym Polonais, lequel a été envoyé par le roi & l'empereur de la Chine nommé Constantin, & par sa mère Hélène nouvellement convertie à la foi chrétienne (par le moyen du père André Xavier Koffler natif du pays d'Autriche) au souverain pontife & au Vicaire de Jesus Christ Innocent X. Ce grand homme dis-je, n'a pas peu de part à ce livre comme vous le verrez dans la suite par les admirables & recommandables choses qu'il a laissées à la postérité.
Le père Philippe Marin Génois, & procureur du Japon, tient le troisième rang, non seulement parce qu'il m'a dit quantité de choses de sa propre bouche, mais encore parce que je me suis fort servi du livre qu'il a fait touchant ce qui regarde les missions des Pères de la Société de Jesus dans le Japon, la Chine, la Tonchine, & les autres États nouvellement découverts qui ont reçu les mêmes missions.
Autres deux Pères allemands, dont l'un s'appelle le père Jean Grubere natif du pays d'Autriche, & l'autre le père Henri Roth, tous deux illustres pour leur expérience & leur savoir, ont suivi celui que je vous ai déjà nommé, lequel est encore à Rome, & m'ont fourni tant & de si belles matières, que je puis dire justement ces paroles, inopem me copia fecit. Le père Jean Grubere insigne mathématicien étant sur le point de s'en aller dans la Chine l'an 1656, me promit, en suite de la prière que je lui avais faite, d'être soigneux d'observer tout ce qu'il verrait, jusques aux moindres choses qui pouvaient servir à la géographie ; ce qu'il a fait avec tant de fidélité, qu'il n'est pas possible de le croire. Le dit Père partit la même année que je vous ai déjà dit de Rome, & parcourut en continuant sa route toute la Natolie, l'Arménie, la Perse, les royaumes d'Ormuz, de Cambaye, les Indes, & enfin tous les États qui sont arrosés de l'océan, jusques à ce qu'il vint heureusement à Macao, qui est le premier port de la Chine, d'où il sortit quelque temps après avoir remis ses forces perdues pour continuer son chemin vers Pekin ville capitale du vaste empire chinois, où il n'arriva qu'après avoir vu tout ce grand État d'un bout jusques à l'autre, & qu'en suite de l'avantage qu'il eut de visiter toutes les principales villes qui y sont. Étant donc heureusement entré dans Pekin, qui est le séjour ordinaire du monarque des Tartares & des Chinois, il y resta deux ans pendant lesquels il ne perdit jamais pas une occasion de voir ce qu'il y avait de plus remarquable. Ce temps expiré, les supérieurs de la province de la Chine lui firent commandement de s'en venir à Rome avec le père Albert Dorville ; voilà pourquoi s'étant mis tous deux en chemin, ils entreprirent de tenir une route que jamais pas un Européen n'avait tenue, & qui en traversant toute l'Asie, d'un bout jusques à l'autre, découvrirent des merveilles, dont on n'avait jamais entendu parler. Mais il arriva que Dieu voulût que le père Albert Dorville fatigué d'un si long voyage, vint à mourir à Agra, qui est la ville capitale du royaume de Mogor, ce qui obligea le père Jean Grubere de prendre pour compagnon de ses travaux le père Henri Roth, homme sage & prudent résident à Agra, pour le bien de la religion chrétienne, lequel possédait très parfaitement les trois langues qui suivent, savoir la persienne, celle d'Indostan, & la brachmanique. Ces deux personnes, dis-je, qui demeurent avec moi tandis que j'écris ceci, ne manquent point de me communiquer tout ce qu'ils savent de plus avantageux pour la gloire du saint nom de Dieu, & le bien public : ainsi, comme ils ont vu beaucoup de choses très rares & très curieuses à savoir dans la suite de leurs grands voyages, qu'ils ne peuvent pas mettre au jour (leur zèle ne leur permettant pas de s'occuper à d'autres emplois qu'à sauver les âmes) ils m'ont prié de ne souffrir pas que les teignes & les vers rongeassent leurs écrits dans le recoin d'une bibliothèque, & de les donner au public par un beau volume comme je fais, afin de servir à tous les savants & aux curieux.
M'étant donc acquitté de la promesse que je leur avais faite, j'ai cru que je devais me servir d'une belle méthode pour donner plus d'éclat à mon livre ; c'est pourquoi j'ai divisé mon ouvrage en six parties.
La première desquelles traite de l'auguste monument de marbre dont on parle si fort dans tout le monde, qu'on a découvert il y a plus de quarante-cinq ans dans une certaine métairie de la Chine, qui est près de Siganfu, ville capitale de ce célèbre empire, & qui est le principal sujet de ce livre, à raison de la doctrine orthodoxe qu'il contient, & que des prêtres chaldéens ont annoncé dans ce même pays il y a environ mille ans ou d'avantage ; cette première partie, dis-je, donne une claire & parfaite intelligence de tous les caractères syro-chinois qui sont écrits sur cet auguste & riche authentique de notre foi.
La seconde partie fait une naïve relation de tous les chemins que les prédicateurs de la foi ont tenu pour aller dans la Chine depuis le glorieux apôtre saint Thomas jusques à notre temps.
La troisième partie montre évidemment quelle est l'origine de tant d'idolâtries qu'il y a dans ces royaumes éloignés, & traite enfin des abominables coutumes & des détestables cérémonies qu'ils observent pour le culte de leurs faux dieux qui ont beaucoup de rapport aux coutumes des Égyptiens.
La quatrième partie traite des miracles extraordinaires de la nature & de l'art qui se rencontrent dans le vaste empire de la Chine, tant par rapport à la situation, & de la façon de gouverner qu'ont ces peuples, qu'à raison de ce qui se trouve dans les trois états différents de la nature, savoir des minéraux, des plantes & des animaux, que nos Pères y ont vu. Enfin on y voit une défense des histoires, que nos mêmes Pères ont faites contre les cavillations de plusieurs personnes.
La cinquième partie met admirablement bien au jour les beaux ouvrages de l'architecture chinoise, & fait un fidèle tableau des fabriques des maisons, des ponts, des aqueducs, des murs, & de plusieurs autres sortes de bâtiments inconnus à l'Europe.
La sixième partie décrit enfin la façon d'écrire des Chinois, & donne fidèlement la figure de leurs lettres.
De sorte que me voyant appuyé de l'assistance de ces Pères, j'ai entrepris de faire voir les antiquités & l'origine des royaumes orientaux de l'Asie. Que si tu y découvres quelque avantage pour la république chrétienne, digne de voir le jour, je te prie de leur en attribuer entièrement la gloire, comme étant ceux qui m'ont fourni tout ce que je te présente maintenant.
Je te dirai au reste que mes soins ont tant fait, que nos Pères m'ont mis en main deux choses très considérables pour ce livre : la première ce sont des questions que le sérénissime Grand duc de Toscane a fait au révérend père Jean Grubere, dont l'importance est si grande, qu'on peut dire qu'elles donnent une très grande facilité pour comprendre ce que c'est que la Chine ; ainsi, comme j'ai cru que je ne devais pas oublier de mettre ici une chose si importante pour mon ouvrage, je me suis résolu de les mettre à la fin de ce volume. Tu n'en trouveras que dix, mais elles sont faites si à propos, & les réponses sont si justes, qu'elles épuisent tous les doutes qu'on pourrait avoir touchant ce grand empire.
La seconde chose que je t'offre, c'est un dictionnaire chinois traduit en français, qui mérite d'être reçu avec applaudissement, à raison de sa nouveauté, & parce que non seulement tous les missionnaires évangéliques pourront convertir plus facilement les âmes à Jesus Christ, & les ramener dans le sein de son Église (ce qu'ils n'ont pu faire jusques à présent qu'avec beaucoup de peine), mais encore à tous les doctes, aux curieux, & même aux marchands, que le trafic, ou que l'envie de voir les États les plus éloignés amèneront en ce pays, lesquels pourront s'instruire avec plus de facilité dans un idiome qui jusques à présent a été inconnu à l'Europe, & que nous avons cru être même en quelque façon impossible d'apprendre, à raison des grandes difficultés qu'il y a à surmonter.
Voilà mon cher lecteur ce que j'avais à te dire pour ce qui concerne mon livre, te priant humblement de le recevoir avec le même esprit que je te le donne, c'est-à-dire comme un présent de mon affection, un témoignage de mon zèle à servir le public, & comme une assurance du désir que j'ai de te plaire.
À Dieu.
EXPLICATION DU MONUMENT
(extraits)
p.001 Il y a trente ans ou environ que je donnai au public (à la faveur d'un livre intitulé Prodromus Coptus) l'explication du monument d'un Syro-Chinois, découvert dans la Chine l'an 1625. Mais à peine ce volume eût-il vu le jour, que d'abord (quoique très favorablement accueilli, à cause de la nouveauté du sujet dont il traitait, & reçu même avec applaudissement, & avec louange des personnes les mieux sensées qui avoient pris foin de le lire) il s'éleva contre lui des malicieux censeurs, & des passionnés Aristarques, lesquels avec des subtilités, des brocards, des railleries, & par des annotations sottes & ridicules, ont fait leur possible par toute sorte de voies de lui ôter son lustre, & de lui dérober son éclat, & se sont enfin efforcés de persuader aux autres, après se l'être persuadés eux-mêmes, que ce sépulcre (dont il est question) n'avait jamais été vu dans la nature, & qu'il n'a jamais eu d'autre existence, si ce n'est celle que l'imagination des jésuites lui a forgée.
À la vérité ces personnes sont du nombre de celles, qui rejetant toute sorte de foi humaine & divine, ne croient que ce dont ils ont été les témoins oculaires, & ne veulent pas souffrir qu'on ajoute foi qu'à ce qui tombe sous leurs sens, & qui plaît à leurs esprits d'estimer digne de croyance. Cette sorte de gens sont comme des mouches importunes, qui volent sur tout ce qui est gras, tâchant d'obscurcir l'éclat des choses les plus parfaites & les plus sincères, & de noircir incessamment par des discours insolents & des médisances tout à fait noires ce qui est en soi très pur & très beau.
Entre tous ces auteurs modernes, il s'en est trouvé un, lequel à sa honte & à sa confusion, a bandé toutes les forces de son esprit pour étouffer la vérité naissante de cet illustre monument dans son berceau ; se servant pour cet effet de mille lardons que son humeur cynique lui a fourni, p.002 protestant encore que ce sépulcre n'était qu'une pure rêverie des jésuites, & qu'une subtile invention de leurs génies, pour tromper plus facilement les Chinois, pour avoir une voie plus sûre, & un moyen plus efficace d'enlever tous leurs biens, & pour se saisir de leurs trésors. Je tais le nom de cet imposteur, parce que d'un côté la charité chrétienne m'impose cette loi, & parce qu'il est indigne de la censure des hommes doctes, & du blâme que les personnes prudentes & sages auraient pu lui donner, & enfin pour le dire en un mot, parce qu'il ne mérite pas qu'on prenne le soin de lui répondre.
Il importe fort peu qu'un malheureux Thrason, qui est confiné dans une extrémité du monde, aboie contre la vérité de ce monument, puisqu'elle est reçue par tout où on fait profession du christianisme ; puisqu'elle est soutenue par les Chinois mêmes, & par les colaos qui sont leurs plus graves auteurs, lesquels sont profession de la doctrine de Jesus Christ ; puisqu'elle est confirmée α̉υτοψία de tant d'illustres personnages ; puisqu'elle est approuvée dans tout le monde par Léon & Paul ; & puisqu'on montre à toute heure aux étrangers un manuscrit en original de ce sépulcre dans la bibliothèque du Collège de Rome.
Cet écrivain aurait agi sans doute plus prudemment, s'il se fût abstenu de toutes les médisances, de toutes les calomnies, & de toutes les bouffonneries dont il a chargé son livre, & il aurait été plus à propos pour son honneur, & pour celui de son ouvrage, de laisser l'affaire comme il était, ou du moins de laisser la chose indécise & douteuse. Mais par un juste jugement de Dieu, il arrive ordinairement que ceux qui sont si téméraires que de vouloir amoindrir (tout autant qu'il leur est possible) la gloire du nom de Dieu par leurs moqueries & leurs insultes, font enfin un triste naufrage de leur honneur, & perdent la gloire qu'ils avaient pu acquérir par le travail de plusieurs années.
Ému donc par toutes ces considérations, je ferai mon possible pour établir la vérité de ce monument, assisté de la grâce divine, à la faveur de laquelle j'espère de faire voir l'existence de ce superbe mausolée plus claire que le jour, & d'établir si fort la croyance qu'on en doit avoir, que personne n'aura occasion d'en douter dans la suite du temps. Pour pouvoir donc réussir, conformément à mes desseins, je prendrai la chose dans sa source, & montrerai la réalité de son existence par les véritables & fidèles rapports, & les attestations authentiques, non seulement de nos deux Pères qui l'ont vu, mais même des Chinois ; afin que la postérité n'ait plus aucun lieu d'en douter, & qu'ainsi nos adversaires soient contraints par l'exposition convaincante de cette épitaphe syro-chinoise, de donner les mains à la vérité, & de confesser que depuis plus de mille ans, les prédicateurs de l'Évangile n'ont rien enseigné, qui ne soit conforme & ne s'accorde merveilleusement bien, ou pour mieux dire ne soit une même chose, avec la doctrine orthodoxe de notre siècle, & par conséquent que la doctrine évangélique, qui fut autrefois annoncée dans la Chine, est la même que celle que l'Église catholique romaine nous propose de croire encore aujourd'hui, comme nous prouverons amplement dans la suite.
Mais afin que nous traitions cette matière avec méthode & que nous y procédions avec ordre, j'ai jugé qu'il était à propos avant toutes choses de mettre au commencement de ce volume une double interprétation de ce mausolée, accompagnée des deux gloses parfaites, sans qu'il y ait rien d'ajouté ou de diminué, & que j'exposerai ensuite comme on me l'a mise p.003 en main, & de la même façon que les plus savants des Chinois les ont expliquées, dans un volume particulier, composé en leur langue, & fidèlement traduit par le père Michel Boymus, savant en langue chinoise.
La première donc est traduite mot à mot, & conformément à la vraie prononciation & à l'expression naïve des Chinois. La deuxième plus propre à nous faire concevoir le sens de la table, se donne un peu plus de carrière, abandonnant la phrase chinoise à laquelle nous ne sommes pas accoutumés, pour s'habiller à la langue latine, & s'ajuster ensuite à la galanterie française. De sorte que j'ai donné ces deux interprétations, crainte qu'on ne m'accusât & qu'on ne me donnât ce blâme, d'avoir manqué à la moindre chose, qui pût rendre ce monument plus illustre & plus glorieux. Mais parce que quelqu'un pourrait douter avec justice, comment, & par quel moyen ces grands apôtres de l'Évangile syro-chaldéens de naissance, ont pénétré jusques aux extrémités de ce pays, il m'a semblé non seulement convenable, mais aussi absolument nécessaire pour mettre cette vérité dans son jour, & l'établir comme il faut, de donner au lecteur, embarrassé dans ce ténébreux labyrinthe de tant de divers chemins, quelque éclaircissement par des raisonnements géographiques, avec lesquels (si je ne me trompe) le lecteur comprendra parfaitement que la doctrine chrétienne aussi bien que toutes les sottes superstitions des Chinois (auparavant la venue de notre Sauveur) n'ont pris naissance & ne sont originaires que du même pays, c'est-à-dire d'Égypte, de Grèce, de Syrie & de Chaldée.
Il reste maintenant à savoir dans qu'elle partie du monde & en quelle situation du globe terrestre, est ce vaste & ce grand royaume de la Chine, que notre illustre monument assure avoir été éclairé de la lumière de la foi, & imbu des vérités évangéliques ; c'est pourquoi je vous dirai en peu de mots & comme en passant : En quel endroit du monde cet État est situé, & quelle est sa place dans l'univers. Que si le lecteur désire d'en avoir une plus ample connaissance, je le renvoie aux histoires qu'en ont écrit les pères Nicolas Trigaut, & Jean Samedi, & à l'Atlas de Martin Martini & de beaucoup d'autres, où il verra dans la perfection la situation de la Chine, & du pays dont nous parlons, comme aussi la description des merveilles de la nature, des propriétés, & de la grande fertilité de ces contrées ; où il trouvera le nombre des grandes villes & des habitants qu'elles contiennent ; & où il pourra lire quelle est leur politique, & combien est admirable & parfaite la discipline dont ils se servent pour le règlement de leur État, puisqu'on peut dire qu'il n'y a point de monarchie sur la Terre si bien ordonnée que celle-ci.
Comme je ne m'attache donc qu'à effleurer ces particularités, comme mon dessein n'est (en quelque façon) que d'enseigner les auteurs qui ont traité de ces matières, avant que d'en faire moi-même la description, aussi ne m'attaché-je maintenant qu'à renvoyer le lecteur curieux à tous ces écrivains, & à lui donner une explication nette, & fidèle de tout ce qui pourrait lui faire de la peine touchant ce qui est controversé sur ce sujet, & pour l'éclaircir sur tous les doutes qu'il pourrait avoir, touchant l'équivoque des noms. Enfin mon dessein est de lui offrir un ouvrage qui traite de tout ce qu'il y a de plus rare, de plus caché, & de moins connu à toute l'Europe, & de mettre au jour un livre qui découvre toutes les merveilles de la nature & de l'art qui se rencontrent dans ce pays & que je mettrai chacune en son lieu, selon la commodité des curieux.
La Chine est un des plus grands, & des plus vastes royaumes du monde. Il ne faut pas s'étonner si on n'en a pas p.004 fait la découverte plus tôt qu'en l'an 1220, & s'il a demeuré inconnu jusques à ce temps que M. Paul Vénitien le découvrît, & nous en donna la connaissance, sous le titre de Catai (comme nous dirons ensuite), puisqu'il semble que l'auteur de la nature, & le créateur de toutes choses, l'a comme confiné au bout du monde, & à l'extrémité de la Terre. L'océan lui sert de bornes, & de limites du côté de l'Orient, la Tartarie est à son Septentrion, séparée de cet empire par une haute & longue muraille, dont les extrémités (jusqu'à présent inconnues) se terminent à la mer Glaciale & viennent aboutir par conséquent à l'Anian, ou pour mieux dire au pays d'entre deux mers, qui regarde l'Amérique Septentrionale. Voilà les bornes de ce grand empire, & de tous les autres royaumes qui sont de sa dépendance, lesquelles ont été ignorées jusques à notre siècle, que nos Pères en ont donné la relation avec une fidélité merveilleuse & une exactitude admirable. Son Occident est borné en partie par des inaccessibles montagnes, en partie par des déserts affreux & sablonneux, & par les autres royaumes dont nous parlerons ensuite. Enfin son Midi est arrosé de l'océan Méridional, & entouré par les États des rois de Tonchine, de Cocinchine, de Lao, & de plusieurs autres. Sa latitude est depuis le 18edegré jusques au 43e, de sorte qu'il a 1.440 milles d'Italie, depuis l'extrémité de son Midi jusques à son Septentrion. L'espace qui est depuis son Orient jusques à son Occident est presque de la même étendue ; comme on le peut voir évidemment par les cartes géographiques des Chinois, qui ne représentent jamais leur pays, que sous une forme carrée, quoique les plus savants & les plus habiles de tous nos géographes ne nous en donnent le tableau que sous la figure d'une lune tachée & montagneuse.
Pour le regard des divers noms qu'on a donné à cet empire, ils sont en si grand nombre, & si différents, qu'il y a de nations qui les avoisinent. Les Portugais & les Espagnols l'appellent Chine ; les anciens (selon Ptolémée) Sin, &Serica, les Arabes Sin, & les Sarrasins Catauim. Mais pas une de toutes ces dénominations n'est reçue, ni même connue parmi les Chinois, ni chez les peuples de toutes ces contrées, comme vous le pouvez juger, en ce que cette nation a eu cette coutume de tout temps, & cette maxime en usage depuis la fondation de leur monarchie, de changer tout autant de fois de nom, & de donner autant de dénominations à leurs États, que le droit de régner sortait d'une famille pour entrer dans l'autre, & qu'il y avait de nouveaux rois élevés sur le trône, & à qui on donnait le gouvernement de l'empire ; parce que chaque nouveau roi impose un nom à ces États dès qu'il a le sceptre en main, conformément à son humeur, à son inclination & à son caprice. Ainsi ce royaume a été appelé Tan, qui veut dire sans bornes, après il a été nommé Hin du nom d'un grand capitaine ; ensuite Sciam, c'est-à-dire un très beau royaume ; tantôt Cheu qui signifie le plus parfait de tous les États du monde. Maintenant Han, qui marque un chemin de lait. Enfin on lui a baillé celui de Ciumquo qui signifie un jardin délicieux & abondant en toutes choses ou bien Chium hoa qui veut dire le milieu, parce que les habitants de ce pays croient que leur royaume est au milieu de la Terre, & que sa situation carrée semble occuper le centre de tout le monde terrestre.
Ce grand & vaste État est divisé en quinze royaumes, dont les provinces sont arrosées de quantité de fleuves considérables, & diversifiées de plusieurs hautes montagnes. La carte de cet empire nous apprend que la disposition de tous ces royaumes, dont nous p.005 avons parlé, est telle : savoir qu'il y en a six du côté du Septentrion, & neuf du côté du Midi. Il semble que la nature a voulu rendre tout ce petit monde inconnu aux hommes, en rendant son accès tout à fait inaccessible à toute sorte de personnes. Car à le prendre du côté du Levant & du Midi, il est presque impossible d'en approcher, à raison de l'extrême & de la continuelle agitation de la mer, des horribles montagnes, & des affreux rochers qui sont du côté du Couchant lesquels en défendent l'entrée, & les déserts épouvantables qui sont vers le Septentrion, avec cette Grande muraille qui achève de clore & d'enfermer ce grand pays, le rend enfin imprenable à toute sorte de nations. Cette même muraille (dont je viens de parler), fut bâtie deux cents ans auparavant la venue de Jesus Christ, par l'ordre, & par le commandement de Kio, roi des Chinois, lequel employa pendant cinq ans plusieurs millions d'hommes, pour élever un rempart contre l'irruption & la violence des Tartares, & le fournit de tout ce qui était nécessaire pour sa défense, comme on le voit encore. Je ne fais pas difficulté de dire, que si les anciens avaient eu connaissance de cet ouvrage & de cette muraille, dont la longueur a pour le moins neuf cent milles d'Italie, ils ne l'eussent mise au rang des merveilles du monde, puisqu'il ne se peut rien voir de plus admirable, ni de plus beau dans la nature.
Je laisse cela pour marquer les noms des royaumes qui composent cet État, & qui sont les membres, & les dépendances de cet empire.
Les septentrionaux sont : 1. HONAM. — 2. XEMSI. — 3. XANSI. — 4. XANTUM. — 5. PECHIN. — б. LEAUTUM.
Les méridionaux sont : 1. CANTON, ou QUANTUNG. — 2. QUAMSI. — 3. YUNNAN. — 4. FUKIEN. — 5. KIAMSI. — 6. SUCHUEM. — 7. UTQUANG. — 8. CHEKIAM. — 9. NANKIM.
Quoique nous ayons déjà marqué tous ces divers royaumes, si est-ce néanmoins que pour en donner une plus parfaite connaissance, j'ai bien voulu tracer une carte générale de tout le monde qui comprend ces 15 petits dans son enceinte avec leurs situations, leurs bornes, & leurs limites ; & parce que peut-être on n'aurait pas pu venir à une parfaite intelligence de toutes les choses mémorables des villes, des montagnes, des fleuves, des lacs, & des autres raretés, dont je prétends instruire les curieux, si je n'avais pas donné cette carte géographique, aussi ai-je voulu exposer en premier lieu le tableau de cet empire, pour donner occasion au lecteur de comprendre ce que nous dirons, & de savoir en abrégé tout ce qu'il y a de digne d'admiration dans cet État.
[Détail de la carte de la Chine]
que les propagateurs évangéliques de la loi chrétienne ont élevé il y a environ mille ans ou davantage, dans un certain royaume de la Chine nommé Xemsi, & lequel a été découvert pour le bien de la chrétienté depuis l'an 1625.
...Il arriva qu'en l'an 1625, comme on voulait creuser les fondements d'une maison, dans un petit village qui est près de la ville de Siganfu, laquelle est la métropolitaine du royaume de Xensi & la capitale de cet État, on découvrit une pierre chargée de caractères chinois, qu'on sortit à même temps de la fosse, pour la considérer à loisir, & pour en mesurer en repos les dimensions & la figure. On la sort du lieu où elle était & après l'avoir mesurée, on trouva qu'elle avait neuf paumes & demi de longueur, deux de largeur, & une d'épaisseur ; après quoi on remarqua qu'elle portait une croix sur le haut, qui se termine en pyramide, laquelle était merveilleusement bien faite, & artificieusement travaillée. Ceux qui ont pris soin & se sont attachés à la considérer attentivement, assurent qu'elle est recourbée à ses extrémités en forme de lis, de manière qu'elle ressemble à celle du sépulcre de saint Thomas l'apôtre, qui est en Meliapor, & qu'elle n'est pas beaucoup différente de celle des chevaliers de saint Jean de Jérusalem que ces défenseurs de la foi & ces boulevards de la chrétienté ont accoutumé de porter en partie pendue au col, & en partie cousue sur leurs habits & leurs manteaux. Au-dessous de cette croix il y a un titre, & une épitaphe en caractère chinois, laquelle couvre entièrement le dessus de cette pierre, comme le marque la figure qui suit, & ne laisse presque point de vide sur cette même pierre, qui ne soit rempli de lettres & de figures.
Vous pouvez juger qu'un semblable spectacle attira un nombre infini de toute sorte de personnes pour voir une chose si curieuse, & que tout ce qu'il y eut de savant, & de docte parmi les Chinois (qui sont naturellement curieux) s'en vint dans ce lieu pour y considérer cette merveille, & pour y admirer ce prodige ; La découverte de cet auguste monument fut si précieuse à tout ce peuple, &. parut si extraordinaire à cette nation qu'on venait de toutes parts pour en avoir vue ; jusques là même qui le gouverneur du lieu apprenant une telle nouveauté y accourut avec empressement pour satisfaire sa curiosité, & pour contenter son désir. Mais il n'eut pas si tôt regardé ce précieux monument de l'antiquité, qu'à même temps il prit la résolution de le faire mettre dans un espace de retable qui le couvrait entièrement & comme dans une niche richement travaillée pour le porter ensuite dans le Temple de bonzioriens, afin que la ville fût plus visitée, que le temps eût moins de prise sur cet authentique de christianisme, & afin que les curieux qui prétendraient en avoir une parfaite connaissance fussent mieux en commodité, & à leur aise d'en faire l'examen, la lecture, & la description dans ce lieu, quand ils voudraient.
Il arriva néanmoins que ce peuple, & tous ses docteurs ne purent jamais p.009 parvenir à la parfaite connaissance de tous ces caractères qui sont au marge de ce monument, & lesquels sont comme entrelacés avec les Chinois, de sorte que leurs esprits ont été comme embarrassés de ne pouvoir pas comprendre la signification de ces lettres ; jusques à ce que nos Pères leur ont donné l'explication & l'intelligence de ces mystères, & qu'ils les ont tirés de la peine où ils étaient de ne les pouvoir pas comprendre, comme vous le verrez ensuite.
