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Je m'appelle Simon Dauger et j'ai vécu une aventure extraordinaire grâce à l'hypnose quantique. Accompagné par la praticienne Virginie Lafon, je me découvre être Dragonnier, arpentant des lieux magiques à dos de Dragons et missionné pour propager leurs messages. A la manière d'une épopée, nous avons rencontré sur notre chemin de magnifiques Êtres de lumière. Ceux-ci nous ont fait part de leurs enseignements qui allaient amener de curieuses répercussions sur nos vies quotidiennes... Tout part d'un cadeau d'anniversaire que Simon reçoit pour ses 29 ans : une séance d'hypnose avec Virginie Lafon. Après ce premier rendez-vous se révélant spectaculaire pour eux, grâce à la manifestation des Dragons et à l'intensité de la séance, Virginie propose à Simon de renouveler l'expérience pour retrouver ces créatures et échanger avec elles autour d'un projet de recherche. Au fil des séances, les enseignements qu'ils ont reçus leur ont apporté une nouvelle vision du monde et de drôle de surprises dans leurs vies personnelles. Parce que beaucoup de monde s'interroge sur l'état d'hypnose, Simon a voulu, de manière imagée et humoristique, décrire ce qu'il se passait dans sa tête durant ce processus en personnifiant son mental et ses émotions comme étant des diablotins sympathiques... mais parfois envahissants !
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Seitenzahl: 623
Veröffentlichungsjahr: 2021
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À mon fils, qui s’incarne au même moment que ce livre. Et à tous ceux que ce récit pourra éclairer et nourrir, je souhaite qu’il contribue à l’émergence d’une nouvelle conscience plus sage et respectueuse du vivant.Virginie
À ma famille, à mes deux Dragonnières et à celles et ceux qui se (re)découvriront à travers ces lignes.Simon
« On dit qu’une fois que l’esprit a été agrandi par une nouvelle idée ou un nouveau concept, il ne peut plus jamais retourner à sa façon de penser précédente. »
Dolores Cannon (1931-2014)
Introduction
Chapitre 1 – Rencontre avec mon Dragon
Chapitre 2 – Le Sanctuaire des Dragons
Chapitre 3 – L’éclosion
Chapitre 4 – Le chalet du Dragonnier
Chapitre 5 – La Mère des Dragons
Chapitre 6 – La quête du savoir
Chapitre 7 – Message de la nature
Chapitre 8 – Tiamat
Chapitre 9 – L’Atlantide
Chapitre 10 – L’Oracle Divin des Dragons
Chapitre 11 – La fin d’une aventure
Chapitre 12 – Le début d’une autre
Postface par Virginie Lafon
Mon nom est Simon Dauger. Entre 2018 et 2019, j’ai vécu une aventure extraordinaire à travers l’hypnose. Accompagné par la praticienne dans ce domaine, Virginie Lafon, me voilà Dragonnier, arpentant des lieux magiques à la recherche de messages délivrés par ces créatures mystiques, que l’on dit imaginaires. Cette aventure m’a tellement dépassé que je me devais de la partager sous un pseudonyme pour bien séparer ce livre de mes activités artistiques principales. Enfin, les prénoms de mes proches ont également été modifiés pour préserver leur identité.
Avant que vous ne commenciez à lire ce récit, sachez que je me qualifie de cartésien. J’aime la logique et comprendre le déroulement des évènements. Cela ne va pas à l’encontre de mon côté sensible et de mes fibres artistiques. Dans mon quotidien, j’exploite couramment, et ce depuis mon plus jeune âge, ce que l’on appelle l’intuition. Cette petite voix dans la tête qui nous guide. Celle qui nous incite à prendre un chemin plutôt qu’un autre sans raison logique apparente. Depuis mes 15 ans, je possède un jeu de tarot sur lequel je me suis exercé à plusieurs reprises avant de bien me familiariser avec les cartes et de recevoir des informations qui me semblaient justes. Comme beaucoup de personnes, je me savais capable de sentir des présences hostiles dans certains lieux. Cela se traduisait comme un sentiment de mal-être ou de gêne sans explication rationnelle. Cependant, ma perception de cette intuition restait sommaire. Elle n’était rien d’autre que quelque chose de bénin et commun, comme un sixième sens, apparenté à l’instinct animal.
Mais quand, lors de ma première expérience avec l’hypnose, cette perception s’est transformée en une manifestation physique faisant appel à mes cinq sens, cela est devenu un bouleversement pour moi. Tant dans mes repères intérieurs que dans ma vie quotidienne. J’étais loin de penser que, derrière cette petite lucarne de l’intuition, se cachait un monde extraordinaire qui renferme des secrets et des vérités sur l’Univers et sur l’Amour. J’étais loin d’imaginer que ces aventures à travers l’hypnose allaient avoir des répercussions sur ma vie d’Être humain. La porte vers un Nouveau Monde était ouverte et il pouvait se passer des choses incroyables.
On pourrait me prouver, à travers des théories scientifiques, que le cerveau a des capacités incommensurables, qu’il est capable de nous faire croire à des dimensions infinies et qu’il peut nous faire sentir, grâce à des autopersuasions illusoires, des choses qui n’existent pas. On pourrait me dire que ce qui est prouvé par la science n’est pas du domaine spirituel, que tout ce qui n’a pas été découvert n’existe pas et que ce qui existe a une raison, une consistance et une fonction. Cela reviendrait à dire que, dans tout l’univers, nous sommes les seuls Êtres vivants. Parce que nous n’avons pas encore prouvé que, parmi les milliards de galaxies – comportant elles-mêmes des milliards d’étoiles et de planètes – d’autres formes de vie existent, il faudrait dire, par défaut, que nous sommes seuls dans l’univers. Mais pourquoi ne pas changer de point de vue et reconnaître qu’il est possible que d’autres planètes puissent également abriter la Vie ? Cela peut aussi être valable pour le cerveau : à défaut de pouvoir l’étudier complètement, compte tenu de nos limites scientifiques, on pourrait dire qu’il est un organe pouvant, grâce à des molécules et des assimilations de composants chimiques, créer des illusions infinies, en plus de son fonctionnement vital pour notre organisme. Mais pourquoi ne pas supposer qu’il est un réceptacle, une sorte d’antenne, pour les nuages d’informations que l’on peut recevoir d’une source extérieure ? Comment expliquer que dans les récits qui vont suivre, à travers l’hypnose, je découvre des vérités ou des courants de pensée qui ont déjà été exposés sous une autre forme et par d’autres personnes avant moi, alors que je n’avais, de mon vivant, jamais eu accès à ces informations ?
Si vous acceptez la possibilité de ces suppositions, si votre esprit est ouvert à de nouvelles hypothèses, alors ce qui va suivre va fortement vous intéresser. Peut-être vous êtes-vous senti happé par le mot Dragonnier dans le titre ou les termes témoignage et hypnose. Quoi qu’il en soit, même s’il m’a été conseillé de partager ces aventures, j’en ai réellement éprouvé le besoin. Cela peut sembler fou pour certains, cela peut être du déjàvu pour d’autres, plus pointus dans le domaine spirituel. Je me suis voulu plus authentique que jamais afin de retranscrire les messages reçus le plus fidèlement possible. Et parce que beaucoup de monde s’interroge sur l’état d’hypnose, j’ai voulu, de manière imagée et humoristique, décrire ce qu’il se passait dans mon esprit durant ces séances en personnifiant mon mental et mes émotions comme étant des diablotins attachants qui pourraient être ces voix que l’on entend sans cesse dans notre tête.
Il y a des créatures que j’ai adorées dès mon plus jeune âge : les Dragons. En regardant le film de 1977, Peter et Elliot le Dragon, je rêvais, moi aussi, d’avoir mon Dragon à moi. Lors de l’arrivée fracassante des Pokémon dans les cours de récréation, je ne voyais aucun intérêt à cet univers jusqu’à ce qu’on me parle et qu’on me montre le dénommé Dracaufeu. En achetant le jeu vidéo, j’avais la possibilité de capturer des Dragons dans ma console pour voyager avec, les faire évoluer et combattre les méchants. Mon Amour pour eux s’exprimait à travers des dessins que je faisais sur de grandes feuilles aux crayons de couleur ou sur mon sac d’école au feutre indélébile. Ils étaient, pour moi, des Êtres imaginaires, des mythes et des légendes. Je les aimais, mais je ne connaissais rien d’eux sinon la beauté, la puissance et la magie qu’ils m’inspiraient. Est-ce possible d’aimer quelqu’un ou quelques créatures imaginaires, alors même que l’on ne sait rien de cette personne ou de ces Êtres ? Non. Sauf si l’on a un lien déjà existant avec eux. Un lien qui va au-delà de notre existence actuelle. Un lien qui s’est tissé avant même que nous ne nous incarnions ici, en ce corps, en cette identité. Un lien d’Amour.
Séance du 8 août 2018
RENCONTRE AVEC MON DRAGON
« L’Amour est comme une graine.
On en récolte plus que ce que l’on sème. »
D’UN COUP DE VÉLO, j’ai filé en direction du cabinet dans lequel Virginie possédait une petite salle pour ses séances. Pour mes 29 ans, ma meilleure amie Nina m’avait offert un cadeau dont je me souviendrai toute ma vie : une séance d’hypnose régressive. Elle savait que l’idée trottait gaiement dans ma tête depuis un bon moment, non sans une appréhension particulière. L’idée de ne pas contrôler mon corps ou mes paroles, comme on peut le voir à la télévision, m’horrifiait et me ramenait aux images de possession, comme on peut le voir dans le film l’Exorciste. Heureusement, Nina avait déjà expérimenté cet exercice et m’avait beaucoup rassuré sur cet état de « demi-sommeil » dans lequel j’allais me trouver. Elle avait reçu les coordonnées de Virginie, fraîchement arrivée dans la région, grâce à un contact commun.
S’il avait grandement diminué, mon sentiment d’appréhension ne s’était toutefois pas envolé. En revanche, mon excitation a grandi lorsque j’ai poussé la porte du cabinet et que Virginie m’a accueilli.
« Ce matin, j’ai pensé à toi, m’a-t-elle dit en souriant. Nous sommes le 08/08/18. C’est une très bonne date, c’est le portail du Lion. Il n’y a pas de hasard ! »
Je n’avais pas beaucoup de notions en astrologie alors il m’était impossible de savoir ce que pouvait être ce portail du Lion. Mon esprit cartésien luttait déjà contre l’idée que le fait d’avoir trois fois le chiffre 8 dans la date avait une importance capitale dans la qualité de ce qui était prévu durant cette journée. D’un autre côté, ce côté symbolique m’a plu.
Au fur et à mesure de notre discussion, j’avais l’impression que l’hypnopraticienne me passait au scanner, mais cela sans aucune mauvaise intention. À la fin de la séance, elle m’avouera qu’à cet instant, elle avait déjà perçu une présence au-dessus de moi et avait compris, après l’hypnose, que cela devait être mon Dragon.
Nous avons donc parlé de moi, de ma vie, de ma famille, de mes amis et de mes relations avec eux. Je lui ai bien évidemment parlé de mon métier d’artiste et lui ai expliqué sans pudeur que je rêvais parfois de reconnaissance, de notoriété et de richesse, mais que j’avais très peur du revers de cette médaille. J’avais l’impression que je pouvais me perdre dans ces attraits superficiels, et face à ça, je ne savais ni quoi faire ni comment me présenter face aux professionnels et au public.
Comme il en avait été convenu, j’étais arrivé avec ma petite liste de questions et j’ai alors commencé à les lui énoncer. Au bas de ma feuille, j’avais noté futilement :
Quels sont mes guides ? Mes anges gardiens ?
Mon côté terre-à-terre en a pris un coup en relisant ces lignes, mais j’ai tout de même décidé de les lire à haute voix. Je lui ai expliqué, comme pour me défendre, que c’était juste de la curiosité. En écrivant ma question sur son carnet, Virginie a souri et m'a répondu que c’était tout à fait normal. Sur la dernière ligne de ma liste, il y avait marqué :
Ai-je un Dragon ?
J’avais auparavant lu quelques témoignages qui expliquaient que ces créatures existaient dans d’autres dimensions. « Un peu comme les fantômes », me disait ma Logique. Dubitatif et honteux, j’ai décidé de ne pas lire cette dernière question. Ça me semblait fou. Ça me semblait stupide. J’ai senti mon cœur qui m’en voulait un peu de ne pas lui avoir posé cette question, car elle semblait importante pour lui. Mais Mental avait décidé qu’il ne fallait pas « abuser, non plus ! », de peur de rentrer dans quelque chose de futile et puéril. Déjà, celui-ci commençait à faire des siennes…
Nous avons ensuite parlé de Dolores Cannon, pionnière de l’hypnose régressive quantique. Virginie m’a exposé sa propre méthode et la manière dont cela allait se dérouler. Elle m’a expliqué qu’il fallait vraiment que je lâche prise lors de la séance et que, si je lui faisais confiance, tout se passerait bien. J’avais également une inquiétude concernant mon handicap et le frein que cela pouvait causer durant l’hypnose : je suis malentendant et je possède des appareils auditifs. Virginie n’avait encore jamais eu l’occasion de travailler avec quelqu’un ayant ce problème, mais elle n'était pas inquiète et m'a grandement rassuré sur le déroulement de la séance. À tel point que j’ai clamé « Merde » à Mental qui m’avançait d’autres appréhensions et je me suis dit : « Allons-y ! Nous verrons bien ! »
Nous avons discuté des questions que j’avais amenées et qu’elle avait notées sur son carnet (certaines un peu « cul-cul », comme dirait Jugement, et d’autres un peu « bateau »).
Virginie m’a proposé de faire une petite pause avant de commencer. Je suis donc allé aux toilettes pour compenser les litres d’eau que je buvais à cause de la chaleur, tandis qu’elle remplissait ma gourde au robinet. Ensuite, rassuré de ne pas être dérangé par ma vessie lors de la séance, j’ai commencé à me déchausser avant de m’assoir. Virginie est revenue et m’a invité à m’allonger sur la table de massage en me mettant à l’aise, ce que j’ai fait sans attendre. Une fois bien installé, j’ai fermé les yeux. Elle a pris place sur son fauteuil près de moi en compagnie de son carnet avec ma liste de questions sous les yeux. Elle a un peu ajusté le microphone et a commencé à me mettre en condition. Grâce à ses mots, elle m’a préparé au voyage sous hypnose.
Je me suis retrouvé devant l’escalier que j’avais matérialisé dans ma tête. Virginie m’a demandé de descendre les marches tout en faisant un décompte à partir de dix. En bas, il faisait noir, mais je voyais vaguement une forme floue, plutôt bleue. En toute franchise, je n’avais pas vraiment envie de descendre, ce qui m’attendait ne semblait pas très joyeux au premier abord. Peur voulait me retenir, comme un enfant empêchant sa mère de le laisser à l’école, mais j’ai décidé de prendre mon courage à deux mains et de jouer le jeu.
« 10… 9… », je descends les premières marches de l’escalier, à mon rythme. D’abord prudemment.
« 8… 7… », mon excitation ne me quitte pas, je suis pourtant bien détendu, prêt pour l’hypnose. J’accélère un peu le rythme de ma descente, car l’escalier me semble quand même long.
« 6… 5… 4… », l’impatience est présente. Je commence presque à courir pour dévaler les marches en me disant que je ne serai jamais arrivé en bas au moment où elle aura fini le décompte. Il me semble déjà apercevoir de l’herbe, de l’autre côté de cet orifice flou. Virginie m’avait dit que c’était un endroit dans lequel je me sentirai bien. Je décide donc de mettre un coup de pied dans le postérieur de Peur.
« 3… 2… », je veux qu’elle aille plus vite dans son décompte ! « Quand est-ce qu’on arrive ? » Et pourtant, le flou prédomine derrière cette brume.
« 1… tu es arrivé, me dit-elle avec douceur. C’est un endroit dans lequel tu te sens bien. Laisse-le se dessiner. C’est la première chose qui te vient à l’esprit. »
La montagne. C’était magnifique. Petit à petit, le paysage s’est dévoilé. C’était l’été, il faisait chaud, le soleil brillait. Un petit torrent sur ma gauche coulait doucement, aspergeant un peu de son tumulte l’herbe fraîchement coupée. Il y avait quelques parties rocailleuses çà et là. Le reste du paysage était encore dans la brume noire, mais cela m’importait peu. J’étais tellement relaxé que je parlais bas. Virginie m’enjoindra plus tard à hausser un peu le volume de ma voix pour bien m’entendre.
Elle m’a guidé dans cet endroit et m’a encouragé à utiliser mes sens. Je me suis allongé dans l’herbe, ça sentait bon. J’ai ressenti la chaleur du soleil sur ma peau et j’ai mis ma main dans l’eau fraîche. J’entendais le torrent couler. Mais déjà, j’ai senti que je n’étais pas seul, que quelque chose voulait venir à moi. Allongé sur le dos, j’ai vu, dans le ciel, une ombre qui s’imposait au moment même où Virginie a demandé à mon inconscient de créer ce qu’il voulait en partant de ce beau paysage. Il ne l’avait pas attendue, comme s’il savait comment ça allait se passer. Virginie m’a expliqué qu’il devait m’aider à aller ailleurs, dans un autre endroit.
« Ça peut être une porte ou un pont qui t’amènera quelque part. »
Je l’entendais, mais je ne l’écoutais plus, je savais que je commençais à me laisser dépasser par ce que mon inconscient créait. Mental m’a dit « STOP ! On ne respecte pas les règles, elle te demande de partir de là ! ». Alors la vision de cette ombre s’est mise en pause, puis s’est effacée. J’ai gardé la tête levée vers le ciel. Mon cœur ne voulait pas partir de cet endroit, il savait qu’il fallait attendre. Mon excitation était à son comble. Mental m’embêtait, j’ai donc décidé de le débrancher volontairement, car je voulais être sûr de ce que j’avais vu. Je voulais que l’image revienne. Pourquoi l’avais-je mise en pause ? Ça l’avait effacée… mais finalement, non. Cette image voulait s’imposer à moi.
« J’ai vu un Dra… », ai-je dit le souffle coupé.
Pris de panique et d’énervement, Mental s’était rebranché de lui-même quand j’ai prononcé ces mots.
« Mais ça ne va pas ?! m’a-t-il lancé, agacé. Ça n’existe pas ! Écoute ce qu’elle te dit et allons ailleurs, bordel ! On s’en fout de ça, tu ne respectes pas les règles ! »
Virginie a laissé un petit blanc avant de reprendre :
« Un Dra… ? »
Dans ma tête, c’était un vrai capharnaüm. Mental s’imposait alors que j’avais essayé de l’écarter et Jugement, est apparu, comme si sa présence était attendue.
« Un Dragon ? m’a-t-il dit d’un air moqueur. Mais c’est simplement parce que tu en as envie que tu en vois un. »
Je ne savais pas quoi faire. Je ne parvenais plus à parler parce que je ne savais plus ce qu’il fallait dire. Pour mettre tout le monde d’accord, j’ai essayé de trouver les bons mots dans ce souk.
« J’ai tr… vé un Dra… non… un truc tr… vé un truc po… vo… lé, ai-je marmonné.
— Un truc pour voler ? » m’a demandé Virginie.
Je ne sais par quel miracle elle m’a compris puisque moi-même, en écoutant l’enregistrement, je ne captais rien de ce que je pouvais dire. C’était mou, comme si j’étais sous sédatif.
« Mmm… oui… mais… j… je ne sais pas », ai-je baragouiné.
C’est clairement devenu l’anarchie dans ma tête. Comme si un vent de folie soufflait avec force dans un bureau cartésien bien rangé. Je me trouvais dans ce magnifique paysage à regarder un Dragon voler vers moi. Mental, qui avait pris la télécommande de mon cerveau pour faire PAUSE, m’a dit « c’est abusé » et Jugement a marmonné « Arrête, c’est débile, c’est nul, ça n’existe pas ! Tu es naïf, mon pauvre ! ». À côté d’eux, mon cœur, tout timoré face à cette agitation, a pourtant voulu continuer de regarder ce qui allait se passer, mais n’a rien osé dire. Les secondes ont semblé de longues minutes. L’image en pause a tenté de repartir de plus belle, mais semblait faiblir. Je ne savais plus quoi faire. C’était un combat en moi, duquel j’étais spectateur.
Après un court temps, j’ai décidé de suivre mon intuition en arrachant la télécommande des mains de Mental. Celui-ci m’a regardé, outré, en haussant les sourcils, puis est parti bouder dans un coin alors que Jugement a filé dans un coin opposé. Mon cœur était dans l’attente et ses yeux ronds et humides faisaient des vaet-vient entre la faible image en pause et ma main sur la télécommande. Pour mettre tout le monde d’accord, je n’ai pas tout de suite appuyé sur LECTURE bien que l’image s’effaçait de plus en plus. J’ai expliqué à Virginie ce que j’avais vu :
« Dans le ciel…
— Quelque chose est dans le ciel ?
— Oui… »
Je n’osais pas prononcer les mots, car m’entendre les dire me semblait ridicule.
« J… je crois que c’est un Dragon… », ai-je murmuré timidement.
En disant ça, j’ai appuyé sur LECTURE, mais l’image était faible et peinait à reprendre. Virginie s’est saisi de ce que je venais de dire et m’a encouragé à aller plus loin :
« Peut-être un Dragon ? Est-ce qu’il avait une couleur ?
— V...let
— Violet, a-t-elle affirmé à ma place. OK.
— I… v... haut… »
Je gémissais plus que je ne parlais. Et pourtant, Virginie m’encourageait en reprenant ma phrase à haute voix :
« D’accord, il volait haut. Tu ne le voyais pas bien, peut-être ?
— Mmm… Oui… »
À cet instant, j’ai su que j’étais attendu. Le Dragon faisait des cercles dans le ciel, autour de moi, comme pour annoncer qu’il allait atterrir. J’avais l’impression qu’il y avait quelqu’un sur son dos, mais Mental, qui avait décidé de ne plus bouder, voulait donner à nouveau son avis. Il s’est installé sur mon épaule pour me dire à l’oreille : « Non, je n’ai pas envie qu’il y ait quelqu’un ! ». Son pouvoir de persuasion a entraîné une impression étrange et, brusquement, cette personne a disparu, ou bien se cachait-elle derrière le cou du Dragon... Mon cœur battait la chamade en regardant la scène et se demandait : « Est-ce lui ? »
« Je veux que ça soit mon Dragon, s'est renfrogné Mental. Il n’est à personne d’autre, je ne veux personne sur lui ! »
Comme je voyais que son attitude n’incitait pas le Dragon à se poser, j’ai décidé de reprendre le contrôle en l’envoyant à nouveau dans son coin et en lâchant prise. Ainsi, le Dragon semblait plus en confiance pour amorcer son atterrissage près de moi. Enfin, pour bien clarifier la situation et contrer Mental, j’ai murmuré à Virginie :
« Je crois qu’il y avait quelqu’un dessus.
— OK. Est-ce qu’il est toujours là ou pas ?
— Oui… là, il vole, mais il ne part pas.
— D’accord. Alors, va lui demander de se rapprocher si elle le veut bien… pour voir ce qu’il se passe. »
Je n’ai pas compris pourquoi Virginie avait dit « elle ». Car en effet, il me semblait qu’il s’agissait d’une Dragonne. Le temps passait et je n’osais pas demander, par crainte de paraître impoli envers cette créature impressionnante. J’ai tout de même tenté de le faire en lui posant la question mentalement.
Je savais qu’elle voulait se rapprocher, mais elle semblait ressentir ma Peur. Je patientais, tout en me demandant comment je pouvais accueillir un Dragon devant moi.
« Il est posé, ai-je annoncé. Il est violet et il a des yeux rouges. »
En effet, un magnifique Dragon se tenait devant moi et me regardait majestueusement.
« Il est gros… mais il n’a pas l’air méchant. »
Virginie reprenait à voix haute mes informations pour savoir si elle comprenait bien, tellement je marmonnais mollement. Elle m’a demandé si c’était un mâle, une femelle, ou plutôt neutre. À cette question, ne pouvant se retenir, Jugement m’a un peu poussé pour donner son avis. On s’est alors exprimé ensemble pour dire :
« J’ai l’impression que c’est une femelle.
— D’accord, dit Virginie. Est-ce qu’il y a toujours quelqu’un dessus ? »
Avant de répondre, j’ai fait les gros yeux à Mental comme pour le faire taire. Il s’est fait petit et a décidé de regarder la scène en silence, en me regardant craintivement, comme pour me demander l’autorisation de rester pour regarder.
J’étais aux aguets alors que mon cœur, Mental et moi-même voulions revoir la personne qui était sur son dos. Une silhouette sombre s’est alors dessinée petit à petit, en se détachant du cou de la Dragonne. Celle-ci me regardait toujours avec son air puissant et avait imposé une distance de plusieurs mètres entre nous.
« C’est quelqu’un… avec une capuche, mais je ne vois pas son visage. Des habits noirs… Elle est sur le Dragon, accrochée à son cou. Elle se cache… de moi. Je ne sais pas si elle a peur ou quoi… je ne sais pas.
— Alors par la pensée, demande-lui qui elle est », m’a suggéré Virginie.
C’était difficile à faire car elle semblait méfiante.
« J’ai l’impression que c’est une fille.
— Est-ce qu’elle est toujours cachée derrière le cou ?
— Un peu moins, elle a enlevé sa capuche, elle est blonde avec des tresses. Elle est jeune.
— Est-ce que tu arrives à voir son visage ?
— Un peu… c’est flou.
— Comment est-ce qu’elle est habillée ?
— Foncé, marron-noir. Je ne sais pas trop. Un peu comme au Moyen Âge. Des habits marron. Je ne sais pas si c’est de la peau de bête ou… »
Virginie attendait la suite qui ne venait pas. Pour me venir en aide, elle a repris le fil de ses questions :
« D’accord, elle porte des chaussures ?
— Des bottes.
— Elle a des affaires avec elle ? Un sac ?
— Une ceinture avec une arme accrochée. Un poignard. Elle n’a pas de sac, mais je crois qu’elle a des poches dans son costume, ai-je décrit en la dévisageant.
— Est-ce que tu pourrais te rapprocher d’elle pour la voir un peu mieux ?
— Je n’ai pas l’impression… je suis désolé, je n’y arrive pas…
— Ce n’est pas grave, reste où tu es.
— En fait, je vois son corps, mais pas son visage, c’est flou.
— Alors, juste par la pensée, comme par télépathie, connecte-toi à elle pour savoir si elle a quelque chose à te dire. La première chose qui te vient à l’esprit. »
« La peur », ai-je dit aussitôt. En effet, la fille semblait me craindre. Virginie m’a encouragé à aller plus loin.
« Elle sort quelque chose de sa poche… elle me le tend », ai-je expliqué.
Mental s’est tapé le front avec sa main d’un air dépité. Jugement et lui commençaient à donner leurs avis sans même être invités à le faire, sur la chose que la fille m’a tendu.
« Pff ! N’importe quoi ! C’est d’une débilité sans nom, là, a lancé Jugement en levant les yeux au ciel.
— Ça ne veut rien dire, on touche le fond ! », a piaillé Mental.
J’en avais assez. J’avais le sentiment que c’était à cause de leur présence trop forte dans ma tête que la fille était mal à l’aise. Elle voulait me tendre ce qu’elle avait sorti de sa poche, mais se retenait. J’ai donc saisi Mental et Jugement par le cou en leur disant d’aller se faire voir et de me laisser tranquille, puis je les ai jetés en l’air. Seul mon cœur restait avec moi. Il ne comprenait pas tout non plus, mais lui ne jugeait pas et laissait faire et venir les choses. En revanche, il regardait tout avec des yeux ronds comme des soucoupes et toujours sans prononcer le moindre mot. J’ai donc repris les choses en main en lâchant complètement prise. Encore plus qu’avant. J’avais construit une barrière entre Mental et Jugement d’un côté, et mon cœur et moi-même de l’autre. Nous étions peut-être obligés de continuer tous les quatre ensemble, mais au moins, à partir de maintenant, ils ne m’embêteraient plus. Je l’ai décidé ainsi et j’ai imposé le respect sur ce qu’il se passait. Pour concrétiser ce que la fille voulait me donner, je l’ai dit à voix haute :
« Un croissant.
— Est-ce que tu peux le prendre ? m’a demandé Virginie qui ne semblait pas surprise par le fait que ce cadeau soit une pâtisserie.
— C’est un gros croissant.
— Tu le lui as pris ? Qu’est-ce que tu fais avec ?
— Oui, je l’ai. J’ai l’impression qu’il est déjà entamé.
— Si tu lui demandes ce que c’est, est-ce qu’elle aura quelque chose à te répondre ? »
La fille a entendu Virginie et n’a pas attendu que je lui pose la question moi-même :
« Un cadeau. Oui.
— D’accord. Est-ce que tu sais ce que c’est ? Ce que ça veut dire ?
— C’est pour me remercier.
— Pour te remercier de quoi ? »
La fille m’a souri et son visage est devenu de plus en plus clair. Elle était très jolie. Presque enfantine. Elle m’a remercié en répondant à ma question. Alors, une forte émotion m’a soudainement envahi, comme touché en plein cœur.
« D’être moi… ai-je retranscrit en un sanglot.
— Oui… ça fait une émotion ? m’a demandé Virginie.
— Je ne sais pas pourquoi… ai-je murmuré, ému.
— Ce n’est pas grave, laisse sortir. »
Des larmes ont coulé un court moment et j’ai repris ce qu’elle me disait, un peu confus :
« C’est pour me remercier d’être pur ou j’sais pas quoi, un truc comme ça ! »
Alors que Jugement trouvait cela pitoyable, Mental était accroché à ses barreaux et pleurait aussi en me soufflant les mots « j’sais pas quoi » et « un truc comme ça ». Il était dans un état proche du « on s’en fout, mais c’est beau ».
« Elle me montre son cœur, ai-je repris. Elle semble parler de ce que j’ai dans le mien. Elle a eu peur. Elle s’est méfiée de moi.
— Elle a eu peur, tout à l’heure ?
— Oui quand elle s’est cachée.
— Finalement, elle n’est plus méfiante ?
— C’est ça, je ne sais pas pourquoi elle m’a dit ça. »
Mais j’ai regardé d’un œil sombre Mental qui était toujours accroché aux barreaux, les larmes aux yeux, et Jugement qui boudait en me tournant le dos. Tous deux ont rougi, car je les soupçonnais d’être la cause de la méfiance et de la peur de la jeune fille.
« Merci à elle, alors, pour ce message-là », a dit Virginie.
La fille semblait ravie, elle était tout sourire, et vraiment très belle.
« Demande-lui qui elle est, pour voir ce qui te vient », a repris Virginie.
La jeune fille est alors partie dans un discours qu’il m’était compliqué de comprendre, mais j’ai tenté de le transmettre à Virginie :
« Beaucoup de choses… J’avais l’impression que c’était une amie, mais… »
En effet, j’ai senti que l’on se connaissait déjà. Que l’on s’était déjà rencontré. Où et quand ? Je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, elle a terminé son discours incompréhensible, comme dans une autre langue, par quelque chose qui signifiait « Je suis (en) toi » en me montrant mon cœur et le sien. Elle était heureuse et visiblement enchantée, et se préparait à partir en remontant sur sa Dragonne. J’ai remarqué qu’elle tenait quelque chose sous son bras.
« Elle a une part du croissant… C’est pour ça que le mien semblait entamé. Elle a l’autre partie et la serre contre elle. Elle sourit, elle est contente. »
Sur le dos de sa Dragonne, la jeune fille s’est alors envolée vers le ciel et a disparu.
« Et la Dragonne, est-ce qu’elle t’a paru familière, à toi, ou pas ?
— C’est comme si elle me connaissait, mais… je ne sais pas comment expliquer. Elle aussi était méfiante… Je ne sais pas pourquoi…
— D’accord, a dit Virginie. Très bien. »
Alors que je scrutais l’endroit dans le ciel où elles s’étaient envolées, j’ai senti d’autres présences qui voulaient se manifester… Mental a voulu calmer les choses en me disant « Attends que Virginie te dise un truc avant de faire venir d’autres présences ». Étrangement, j’ai décidé de l’écouter pour cette fois.
« Comment ça se présente pour toi, maintenant qu’ils sont partis ? m’a demandé Virginie. Est-ce qu’il y a quelque chose qui apparaît ? »
Au loin, je voyais la vallée, des collines anguleuses, plutôt pointues à bouts ronds, sous des nuages. Mais j’avais le sentiment que ce n’était pas ce sur quoi je devais m’attarder, que ce n’était pas le plus important. Toutefois, je ne voyais rien de plus. Virginie m’a demandé de regarder mes pieds et le reste de mon corps. C’était un peu difficile, mais j’ai remarqué que j’étais de sexe mélangé… un peu des deux, avec le côté féminin prédominant. J’étais vêtu d’un short marron déchiré, pieds nus, avec un haut un peu comme Les Pierrafeu. La matière semblait être la même que celle des vêtements de la jeune fille. J’étais brun avec des reflets bleu foncé, courts. J’avais des traits fins, un visage rond, un grand front et des yeux bleus. Je n’avais pas de barbe. Je crois que j’étais plutôt joli·e. Mon visage donnait l’impression d’être comme un personnage de manga. Ma peau était claire et mon nez tout petit. Je ne portais ni bijou ni affaire. D’ailleurs, je ne savais pas où j’avais bien pu mettre la moitié de mon croissant, mais ça ne me semblait pas important.
« Regarde autour de toi, est-ce toujours pareil ?
— Toujours pareil, oui. Je suis sur un flanc de montagne. Je n’ai pas bougé. »
Pourtant, j’avais toujours cette impression qu’on voulait entrer en contact avec moi et, en même temps, j’avais envie et besoin que Virginie me guide encore. Je souhaitais que cela se passe du mieux possible sans me laisser trop vite embarquer.
« Est-ce que tu penses qu’il y a d’autres présences avec toi ? »
Je me suis concentré pour comprendre mon ressenti. Je n’ai rien osé faire, mais ai partagé mon impression à Virginie :
« Je me demande s’il n’y a pas d’autres Dragons dans la montagne.
— Il y aurait peut-être d’autres Dragons ?
— Oui.
— Juste comme ça, par télépathie, on va appeler un de ces Dragons, a-t-elle suggéré. Celui qui souhaite venir… »
Sa phrase n’était même pas terminée qu’une immense présence s’était présentée à moi, comme apparue sous l’effet d’une tornade soudaine ébouriffant mes cheveux. Avec grâce, la silhouette sombre s’est redressée de toute sa hauteur, me scrutant de ses deux gros yeux jaunes. Elle semblait dire « enfin ».
« … t’aider aujourd’hui, un qui aurait des informations pour toi », a terminé Virginie.
J’étais totalement déboussolé car un gigantesque Dragon noir venait de se poser devant moi avec un effet spectaculaire. Visiblement, il avait attendu que nous lui donnions l’autorisation, que nous l’appelions, pour se matérialiser. Je ne devais pas être plus grand que son museau.
« Il y en a un gros… très gros, ai-je marmonné. Il est venu très vite. Il est noir. Il fait un peu peur, mais il n’est pas méchant, je crois. »
C’est sûr qu’il était impressionnant, ce Dragon ! Je me sentais vraiment minuscule à ses côtés. Sa peau était noire et un peu rocailleuse, comme un mélange d’écailles et de roches. Cela paraissait très rugueux. Il déployait ses grandes ailes et j’ai pu voir qu’il avait quatre pattes.
« Qu’est-ce qu’il t’inspire ? m’a demandé Virginie.
— De la force, ai-je répondu. De la quiétude, de la tranquillité. De la sagesse aussi. Et de la beauté.
— Il est beau ?
— Oui, il est très beau.
— Connecte-toi à lui pour voir s’il a un message. »
J’ai reçu une vague d’énergie émanant de la créature, m’apportant des éléments de réponse. Ce Dragon m’attendait et il était à moi. J’ai alors compris qu’il a toujours été là. Il semblait tellement heureux de me voir et a voulu que je le caresse.
« Super, m’a dit Virginie. Vas-y alors. Profites-en. »
Mon cœur a bondi en poussant un petit cri de joie et m’a accompagné lorsque je me suis approché du Dragon. Mental a tendu sa petite main à travers les barreaux, voulant nous suivre. Je ne me suis pas fait prier… et le Dragon non plus. Il s’est avancé brusquement et a collé sa tête contre mon corps en fermant les yeux. Je l’ai touché et ai été surpris de constater que sa peau n’était pas aussi rugueuse que je l’avais pensé. Mon cœur était aux anges. Les deux autres, derrière leurs barrières, ne disaient mot et regardaient la scène, hébétés. J’ai senti le bonheur que mon Dragon éprouvait et j’ai commencé à ressentir une certaine familiarité dans notre lien. Comme des retrouvailles de longue date. Il a semblé apaisé.
« Et toi, comment tu te sens avec lui ?
— Je me sens très bien… je ne sais pas trop comment…
— Est-ce que tu dirais que c’est comme un coéquipier ? a suggéré Virginie.
— Plus que ça ! ai-je clamé sous le coup de l’émerveillement. C’est mon ami en plus d’être mon coéquipier.
— D’accord. Comme je sais qu’il m’entend, je vais lui demander de t’aider aujourd’hui en te montrant ou en t’expliquant quelque chose que tu dois savoir. »
Le Dragon m’a fait comprendre que c’était justement la raison de sa présence. Je n’ai même pas eu le temps de réfléchir, machinalement, je me suis vu monter sur lui. Il était prêt à « tout me montrer » !
Alors que je grimpais sur son dos, m’agrippant à son cou, j’ai prévenu Virginie.
« On part, je ne sais pas où », ai-je baragouiné, très surpris de ma propre initiative de chevaucher un Dragon comme si je faisais ça tous les matins.
D’un coup d’aile, nous nous sommes élevés dans le ciel. J’ai senti le vent vrombir en m’aplatissant les cheveux, suivi d’une grande bouffée d’air et d’une étrange sensation de légèreté. Malgré tout, cela me semblait être quelque chose de très familier. Je retrouvais des perceptions connues, mais oubliées.
« Ça fait quelle sensation, de voler sur son dos ?
— Ça fait du bien, ai-je murmuré comme si je venais de m’installer dans un bain chaud après un sprint sous une pluie glaciale.
— Profites-en, alors », m’a dit Virginie avec bienveillance.
Que c’était bon ! Je ne saurais le décrire. Il faut le « vivre ». Justement, mon corps était en train de me traduire tout ce que mon inconscient vivait. Virginie a compris qu’il fallait accorder un peu de silence pour me laisser savourer ce bonheur. Elle voyait que j’étais heureux.
« On descend », ai-je annoncé.
En flèche, en plus ! Mais ça m’était égal, j’avais l’habitude. On a traversé les nuages et je voyais au loin un endroit étrange. Des sortes de tours noires pointues se détachaient du ciel. Cela aurait pu être des stalactites, mais j’ai compris, en m’approchant, que c’était des habitations. Il n’y avait personne. C’était vide, sombre et noir. Comme brûlé. À ma gauche, le soleil se couchait et il y avait une petite mare dans laquelle deux oiseaux s’amusaient. Virginie m’a demandé :
« Quel est cet endroit ?
— Chez moi, je crois.
— Qu’est-ce que ça t’inspire ?
— Rien de bien sympa, ai-je répondu, dubitatif. Je crois que j’ai dû partir de là. J’ai l’impression que c’est abandonné, brûlé. C’est pour ça que c’est noir. C’est grand et pointu.
— Y a-t-il d’autres présences ? »
Je lui parlais des oiseaux. Mais à part eux, personne ne semblait vouloir se manifester. Virginie a alors demandé à mon Dragon ce qu’il voulait me montrer à cet endroit-là.
« Mon passé. Pour me rappeler qu’il fallait partir… je crois. Et que j’ai fait le bon choix. Il est content. J’ai l’impression que c’est grâce à ça que je l’ai rencontré. C’est pour ça qu’il est content que je sois parti, car ça nous a permis de nous connaître. »
Après quelques secondes à contempler ces anciennes demeures, nous sommes repartis vers les cieux.
« Qu’est-ce que ça fait, de voler sur un Dragon ?
— Sur mon Dragon, ai-je rectifié gentiment sans même m’en rendre compte. C’est la liberté, ça fait du bien. On est très proche. »
Alors que nous planions au-dessus des nuages, nous avons perdu un peu d’altitude et j’ai pu apercevoir la mer. Le vent ébouriffait continuellement mes cheveux, mais je n’avais pas froid. Nous survolions les eaux que le soleil couchant colorait de violet. J’ai aperçu quelques bateaux en bois et, au loin, j’ai découvert la côte. Quelques secondes plus tard, nous avons atterri sur une plage.
« Que se passe-t-il, à cet endroit-là ?
— Il n’y a rien du tout. Il y a du sable et des espèces de falaises qui s’élèvent avec de l’herbe en haut. Il n’y a personne d’autre que nous deux.
— Comme tu as fait tout à l’heure, demande à ton Dragon quel est cet endroit. »
J’ai tenté de lui poser la question, mais je sentais qu’il voulait s’adresser directement à Virginie. À moi, il ne souhaitait faire que des câlins.
« Tu peux le lui demander directement, s’il te plait ? ai-je murmuré alors que je le câlinais. J’ai l’impression que ça marche mieux quand c’est toi qui t’adresses à lui. »
Elle lui a alors posé directement la question. La réponse ne s’est pas fait attendre :
« Il y a eu une bataille ici, ai-je retranscrit. Cela a un rapport avec les bateaux qu’on a survolés, je crois. J’étais dans cette bataille, mais je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Apparemment, j’ai gagné puisque je suis vivant. Et le Dragon, il est content… il est toujours content, lui ! »
Virginie s’est mise à rire. Pourtant, je ne pouvais être plus sincère : le Dragon semblait tellement heureux qu’il sautillait de joie. À ma grande surprise, il semblait avoir un peu rétréci.
« Il est content de te retrouver, a remarqué Virginie.
— Oui, il voulait me rappeler que j’avais gagné la bataille, ai-je compris. Je ne sais pas contre qui c’était. Des pirates ou un truc comme ça… des mecs pas sympas.
— Ton Dragon aussi était là pour cette bataille ?
— J’ai l’impression que non. C’était avant que l’on se rencontre.
— Pourquoi est-ce qu’il t’a montré le lieu de cette bataille que tu as gagnée ?
— Pour que je retrouve confiance en moi et pour me dire que maintenant il est là, avec moi, ai-je expliqué avec une évidence certaine.
— Qu’est-ce qui fait que vous avez été séparés ?
— On ne se connaissait pas encore à ce moment… je suis parti de chez moi, j’ai mené une bataille et je l’ai rencontré après. Je crois que c’était nécessaire que je passe par toutes ces épreuves pour le trouver… il me dit qu’il se mérite. »
Cette dernière phrase m’a fait rire et pourtant, elle m’a semblé aussi vraie qu’évidente. Virginie lui a demandé pourquoi il était là.
« C’est pour m’aider », ai-je répondu.
Mais mon Dragon commençait à prendre plus de place dans le déroulement de la séance, comme un maître de cérémonie, car je me suis surpris à dire :
« Apparemment, la question qu’il faut poser est : comment nous sommes-nous rencontrés ? »
Virginie ne semblait pas du tout perturbée et a joué le jeu en reprenant cette question.
« Dans la montagne, ai-je aussitôt répondu tel un élève modèle, soulagé qu’on l’interroge. Quand il m’a vu m’approcher, il était méfiant, comme la fille de tout à l’heure.
— Pourquoi est-ce qu’il était méfiant ?
— Il était méfiant envers tous les humains. Je n’arrive pas à l’expliquer. Ce n’est pas qu’il ne nous aime pas, mais c'est parce qu’il a peur. Je n’arrive pas à trouver les bons mots.
— Il se méfiait… a répété Virginie.
— Oui, mais c’est pour une raison particulière, ai-je dit. Je crois qu’on n’avait pas la foi, la croyance. On ne croyait pas en eux. On les a tués, chassés. Notre peur envers eux s’est transformée en haine. Du coup, maintenant ce sont eux qui ont peur. C’est pour ça qu’il a dit qu’il se méritait. Il fallait que je montre que je n’étais pas comme les autres. Il avait l’espoir que je ne sois pas pareil. »
En complément de réponse, il m’a offert une sorte de flashback de notre première rencontre. Cela se déroulait dans cette même vie, celle que j’étais en train d’explorer avec l’hypnose, sous la même apparence. Je grimpais un flanc de montagne, à pas de loup, avec un objectif précis : celui de le rencontrer et de m’en faire un ami. Un partenaire. J’ignore comment, je connaissais son existence et sa cachette. Je l’ai vu dans sa grotte et nos regards se sont croisés. Même si le Dragon ne m’attaquait pas, je sentais qu’il n’était pas très sympathique pour autant. Je tentais de le rassurer en lui tendant la main. Je gardais tout de même mes distances, de peur de me faire attaquer ou brûler.
« Il pouvait le faire, s’il l’avait voulu ? a demandé Virginie.
— Il n’en avait pas envie. Il ne voulait pas se rabaisser à ça. Il préférait m’effrayer plutôt que de me tuer. »
Après un peu de temps, le Dragon s’est calmé, comprenant que je me différenciais des autres humains. Je me rapprochais de lui petit à petit avec ma main tendue et l’entendais grogner du fond de la gorge, comme un volcan qui entre en éruption. Mais, à chacun de mes pas, cela semblait s’apaiser. Il avait dû remarquer que je n’étais pas armé.
« C’était ça, notre première rencontre, ai-je conclu.
— Qu’est-ce qui a fait que vous êtes devenus si proche ?
— Il était malade et je me suis occupé de lui. »
Lorsque je me suis approché du Dragon, j’avais remarqué que quelque chose n’allait pas à sa patte. Aussitôt, j’avais compris pourquoi il ne s’était pas enfui de sa grotte quand je me suis approché. Je m’étais quelque peu imposé à lui pour le forcer à m’accepter. Je n’avais pas l’impression d’être vraiment utile ou indispensable pour la guérison de sa patte, mais je tenais à lui tenir compagnie. Visiblement, je me chargeais de le nourrir et de rester auprès de lui. Les jours passaient durant lesquels je me forçais à vivre avec lui pour que nous apprenions à nous connaître. J’en avais vraiment envie.
« Et il était d’accord ?
— Oui, il était content parce qu’avant mon arrivée, il était tout seul. À cause de sa patte blessée. Il a deux pattes arrière et deux pattes devant.
— Que s’est-il passé après ? a voulu savoir Virginie.
— C’est tout. Il souhaitait juste me montrer notre rencontre… pour me rappeler de rester la même personne qui tend sa main et qui arrive à… Ah ! J’ai compris ! »
J’ai essayé de transmettre à Virginie le message de révélation qui se déversait sur moi. Mon cœur était au mieux de sa forme alors que Mental et Jugement s’étaient eux-mêmes muselés pour ne plus interférer.
« Il me dit que je suis arrivé à abattre sa peur des humains et que ça fait écho à la fille de tout à l’heure. Que j’avais ce pouvoir-là : de rassurer, d’abattre les peurs, de les chasser. Je crois que c’est ça. Comme si c’était… l’Amour. L’Amour peut chasser les peurs avec du temps. Il me dit que j’ai beaucoup d’Amour en moi. Durant la bataille de la plage, je ne voulais pas tuer, mais je voulais faire fuir. Je n’avais pas à l’esprit de tuer ou de détruire. Je voulais calmer les esprits, mais j’étais obligé de combattre. Il me rappelle de rester comme je suis et de garder cet Amour-là. C’est pour ça qu’il m’aime.
— Est-ce qu’il a un message pour toi, par rapport à ta vie actuelle, de Simon ? a repris Virginie après avoir acquiescé.
— Il me répète qu’il m’aime, ai-je dit, ému. Tant que je conserverai cet Amour, il sera là. Ce qu’il m’a montré, ça fait écho à ma vie actuelle.
— De quelle manière ?
— Quand je suis parti de chez moi avant qu’il n’y ait plus personne… Quand il y a des batailles à mener, il faut que je continue à réagir comme ça : sans essayer de faire du mal. Son message est vraiment de ne pas changer et de compter sur lui. Il y a toujours cet Amour, il m’aime énormément…
— De quelle manière est-il présent dans ta vie actuelle ? »
Une sensation étrange s’est présentée à moi.
« Je… J’ai l’impression qu’il faut que ça soit toi qui lui poses cette question… c’est bizarre, ai-je dit avec des tremblements dans la voix.
— Alors, ce qu’on va faire, si tu veux, c’est que je vais lui poser la question directement à lui et tu vas faire comme si c’était lui qui parlait.
— D’accord », ai-je approuvé avec une petite voix.
Petit à petit, mon Dragon a pris place en moi. Je devenais une sorte de canal qui s’éclaircissait au fur et à mesure de la discussion. À cet instant, nous avions fait une heure d’hypnose. Lorsque mon Dragon a commencé à être plus présent en moi, ma respiration s’est trouvée brusquement changée. Elle était plus profonde et je devais quelquefois chercher mon air. Cela pouvait paraître, au premier abord, impressionnant, mais j’avais confiance. Il y avait ce lien d’Amour entre nous.
Je ne savais ni où j’étais ni ce que je faisais. Sans doute dans un autre espace-temps. Mais j’avais quand même l’impression d’être toujours sur la plage avec lui. J’assistais à ce qui se déroulait, baigné dans son énergie et sa puissance qui m’enveloppaient petit à petit. Je laissais faire les choses, mais cela était surprenant et spectaculaire.
« Alors, Cher Dragon, a dit Virginie en souriant. De quelle manière êtes-vous présent avec Simon, dans sa vie actuelle ? Comment est-ce que vous vous manifestez à lui ? »
Toutes les réponses arrivaient très rapidement et je continuais à être submergé par une énergie puissante que mon corps avait un peu de mal à accueillir. Il me restait assez de conscience pour l’aider à retranscrire cette énergie en mots :
« À travers sa force, a prononcé le Dragon avec ma voix. Sa persévérance. Je le guide. Quand il a besoin, il m’appelle. Il sait déjà que je suis là.
— Pourquoi est-ce que c’était important pour vous de vous montrer à Simon aujourd’hui ?
— Il en a besoin. Il a besoin d’Amour, de moi, de croire en lui et aux batailles. »
J’étais de plus en plus bouleversé et, du néant dans lequel je me situais, je reprenais un peu de conscience pour dire : « C’est toujours ce message d’Amour, je ne comprends pas… ». Mais Virginie continuait à s’adresser à mon Dragon tout en m’écoutant.
« Oui, nous, les humains, nous ne comprenons pas trop l’Amour, a répété Virginie en riant.
— Ça vous dépasse, a repris le Dragon. Je crois que Simon l’a compris. »
C’était particulier ce sentiment de parler de soi à la troisième personne, car j’avais l’impression d’avoir toujours le contrôle de mon corps.
À ce moment-là, il n’était pas encore totalement en moi, mais j’ai décidé de continuer à jouer le jeu en le laissant s’exprimer à travers moi.
« Simon a compris que l’Amour était comme un univers, a continué le Dragon. Il ne faut pas qu’il oublie que c’est la plus grande force et que c’est la raison pour laquelle il est parti de chez lui. C’est l’Amour qui lui a fait gagner des batailles. Et c’est grâce à l’Amour qu’il m’a adopté. Et je l’admire. J’admire la personne... l’âme. Son âme. Juste l’âme.
— Pour Simon : ça fait plusieurs vies que vous vous connaissez, alors ? m’a interrogé Virginie.
— Je crois que oui. En fait, je crois que c’est toujours les mêmes choses… ça fait plusieurs fois que mon moteur est l’Amour. Plusieurs vies. Je suis là pour apaiser.
— Plusieurs vies où le rôle de Simon est là pour apaiser les choses ? » a demandé Virginie à mon Dragon.
Ce va-et-vient de conscience n’était finalement pas si compliqué que ça à maîtriser.
« Oui, a répondu le Dragon. Des messages, il faut que ça soit des messages d’Amour… »
Tout à coup, sans comprendre, je me suis mis à pleurer.
« Ça fait de l’émotion, tout cet Amour ? a demandé Virginie.
— Oui, ai-je répondu en même temps que mon Dragon au milieu de mes sanglots. Parce qu’on ne se permet pas de recevoir tout cet Amour, ai-je expliqué. On en manque cruellement. Je ne sais pas pourquoi on ne s’autorise pas…
— Prends le temps de profiter de ça, laisse sortir tes émotions », m’a conseillé Virginie.
Elle m’a accordé un peu de temps afin que je déverse quelques larmes. Je me sentais baigner dans ce trop-plein d’Amour auquel je n’étais pas habitué, du moins pas dans cette quantité. J’étais persuadé qu’aucun Être humain ne pouvait connaître dans son existence autant d’Amour que je recevais de la part du Dragon à cet instant.
« On se fait trop de mal ! ai-je dit en même temps que mon Dragon. Ça serait plus simple…
— Ton rôle à toi, c’est de faire passer ce message d’amour, c’est ça ? m’a demandé Virginie.
— C’est toujours ça, ai-je répondu en sanglotant. Ç’a toujours été ça… mais ça fait mal.
— Ça fait mal de faire ça chez les humains ?
— Ça pourrait être plus simple. Je ne comprends pas… Il faut que j’en parle et mon Dragon sera là avec moi.
— Il faut te focaliser sur lui, alors, a dit Virginie.
— C’est normal que j’aie mal. Je ne suis pas habitué… je ne sais pas pourquoi.
— Les humains ne sont pas habitués à recevoir autant d’Amour, a noté Virginie.
— Non, pourtant on pourrait ! Mais on n’aime pas ça, je crois.
— Ça fait peur ?
— Ça fait peur ! Nous ne sommes pas habitués. »
Mon Dragon continuait à prendre un peu plus de place dans mon corps et dans mes paroles. Elles devenaient plus fluides et plus rapides. Souvent, elles étaient accompagnées – et noyées – dans mes sanglots :
« Mais nous sommes prêts à recevoir des messages. Pas tout le monde, mais en grande partie. L’Amour c’est… ça n’est pas qu’envers une personne ou une âme, c’est envers toutes les âmes, envers la Terre, envers les choses que l’on fait, les gestes que l’on a. C’est universel. Il faut que j’aille le dire et que je continue à le dire, à le montrer et il y en a qui vont m’écouter, car ils sont prêts à recevoir ce message. Mais d’autres ne seront pas trop contents, ils ne veulent pas. Ils ont peur… je ne comprends pas pourquoi. »
C’était étrange de dévoiler ça, comme si j’avais accès à une vérité qui me dépassait. J’avais l’impression de partager les émotions que mon Dragon ressentait à travers les choses qu’il me dévoilait.
« D’accord, a simplement dit Virginie tandis que je pleurais à chaudes larmes. Ça va ?
— Oui, ai-je répondu au milieu d’un hoquet. Je suis triste, là. Je ne comprends pas…
— Tu ne comprends pas pourquoi ils ne veulent pas cet Amour-là, c’est ça ?
— Oui, ils ne veulent pas évoluer !
— Je peux poser la question à ton Dragon pour voir s’il veut me répondre. Je vais le lui demander. »
J’ai acquiescé en devinant qu’il voulait, de toute façon, s’adresser à elle.
« Pourquoi y a-t-il des humains qui refusent cet Amour ? Pourquoi ça se passe comme ça ? Pourquoi est-ce difficile ?
— Ils ont peur. Il faut qu’on leur tende la main. Ils sont aveuglés. Vous avez le pouvoir de l’argent. Vous avez donné une importance trop grande à l’argent en oubliant l’Amour et l’entraide. Pas seulement entre Êtres humains, mais aussi entre les Êtres vivants. Entre tous. Mais il y en a qui sont là pour le rappeler.
— Comme Simon, alors, en a déduit Virginie.
— Oui ! »
Je sentais l’énergie s’imposer de plus en plus à moi et je commençais à parler plus fort, avec ma voix vacillante. L’énergie de mon Dragon dans mon corps se traduisait par un fort fourmillement qui me parcourait de la tête aux pieds.
« Mais il y en a qui sont nombreux à attendre ces messageslà, a-t-il repris. Même s’ils les connaissent déjà, il faut qu’ils les entendent à nouveau pour réagir, pour les répandre et pour tendre la main à ceux qui ont peur. Il faut avoir pitié d’eux. »
Un énorme sanglot m’est venu, comme une vague déversant avec fracas son amas d’eau sur les rochers.
« Est-ce qu’un jour ça va changer ? l’a interrogé Virginie. Y aura-t-il de moins en moins de gens qui auront peur et de plus en plus d’Amour, sur Terre ?
— Si l’on y croit, oui ! Il faut y croire, il faut s’aimer. Il faut toujours enclencher ce processus d’entraide. Il ne faut pas avoir peur de s’aimer et de s’entraider. Il faut vraiment livrer ce message. On est prêt (et près) à le leur transmettre et il faut leur tendre la main. Même s’ils la refusent. Il faut leur montrer que c’est beau. C’est comme dans ces batailles : il ne faut pas les tuer, il faut les aider. »
Je me suis effondré davantage. Virginie m’a soutenu par sa présence et par ses mots.
« Parce qu’il faut garder l’espoir et le courage, ai-je continué sous l’impulsion de mon Dragon. Il y a trop de mauvaises choses qu’on a faites. »
Virginie voyait clairement que j’étais submergé par toute cette énergie.
« Je vais demander à ton Dragon : est-ce que vous pouvez aider Simon à soulager ses émotions ou, du moins, apaiser tout ça ? »
C’est ce qu’il s’est passé. Je me suis calmé assez rapidement.
« Est-ce que vous avez un nom que Simon peut utiliser pour vous appeler ? »
Cette question lui paraissait vraisemblablement peu importante. En guise de réponse, j’ai vu l’image et le mot ciel apparaître. Virginie a donc utilisé ce nom pour s’adresser à lui.
« Il faut que je garde ça dans ma mémoire, ai-je expliqué. Ce mal dont il m’a soulagé, il faut que je me souvienne. Parce qu’il ne faut pas que j’oublie de transmettre ce message et toi aussi tu dois l’entendre, ai-je ajouté à l’adresse de Virginie.
— D’accord, a-t-elle dit simplement.
— Il faut que tu le dises. Tout le monde doit le savoir que vous êtes prêts à recevoir cet Amour.
— Merci beaucoup pour ce message. »
Elle m’a laissé un temps de repos pour que, moi et mon Dragon, nous nous remettions de nos émotions. À vrai dire, je ne savais pas vraiment différencier la source même de ces sentiments.
« Vous savez que Simon est venu avec quelques questions, a repris Virginie avec douceur. Est-ce que je peux vous les poser à vous ? Vous pouvez y répondre ? »
Le Dragon a acquiescé. Elle l’a remercié et l’a interrogé sur un aspect que je n’avais pas noté sur ma feuille, mais qui me paraissait, à présent, très intéressant :
« Ce message, dont on a parlé jusqu’à maintenant, est-ce qu’il doit continuer à le propager à travers son métier ?
— Il le faut, a-t-il affirmé. On lui donne déjà des pistes à travers l’inspiration. Il faut qu’il y aille. Il le sait et là, il fallait le lui rappeler. Qu’il ait confiance. Même en dehors de ses œuvres, en dehors de son métier, c’est sa personne qui brille. Quand il est avec des gens qui ne vont pas bien, il est là pour ça. C’est son but de briller, par sa présence et par ses œuvres. Mais surtout par sa présence, ça fait du bien aux gens. Simplement qu’il soit là.
— Ça rejoint la question qu’il se posait, a poursuivi Virginie : comment trouver un équilibre entre l’épanouissement professionnel et l’envie d’avoir une notoriété ?
— C’est justement ça, l’équilibre, a-t-il affirmé. Il faut que ces messages soient propagés. Il faut qu’il ait une certaine notoriété parce qu’il doit être entendu. À travers ses œuvres. Elles sont un message. Mais quand il va les présenter, il faut qu’il soit là, qu’il les défende avec ardeur et passion pour qu’il soit entendu et que ça soit propagé. »
Virginie a acquiescé avant de rebondir sur cette réponse :
« Mais, en même temps, cette notoriété, ça lui fait un peu peur. Il n’a pas envie de…
— Il ne faut pas qu’il ait peur ! l’a coupée mon Dragon. Parce que je serai là. Il n’est pas tout seul. Il est assez fort pour comprendre quelle est la limite et l’équilibre. Il faut qu’il y aille et qu’il continue là-dedans. Il ne faut pas qu’il ait peur des attaques et de la notoriété, car, justement, ça permettra aussi à propager ce message. Il y a aussi des gens autour, pour lui. En propageant de l’Amour, il comprendra qu’on en reçoit aussi et il le dira. Il le montrera. Et les gens qui le suivront ou l’accompagneront, que ça soit des admirateurs ou des proches, ils le savent déjà et… »
À la suite de ce monologue, mon corps cherchait son souffle. Comme si j’étais plongé dans un bain glacé, je prenais des respirations profondes, rapides et saccadées. L’énergie était réellement puissante, j’avais l’impression que mon corps contenait une quantité d’énergie telle qu’il n’en avait jamais connue auparavant. Je prenais une ou deux secondes pour respirer et pleurer.
« Et c’est ce dont on a besoin, a repris mon Dragon. De personnes comme ça. Il sera canalisé dans tous les cas, il ne faut pas qu’il ait peur ! »
Cette dernière phrase a été prononcée en un seul souffle. Je poussais un profond soupir, car c’était durant ces messages que l’énergie était la plus forte.
« D’accord, a dit calmement Virginie qui n’avait pas prononcé un mot depuis un petit moment… Ça va ? »
Dans une grande respiration, je repris le contrôle de mes mots pour lui répondre :
« Ça va, mais j’ai des fourmis dans les bras, là ! C’est du plomb ! Ça vibre fort.
— C’est l’énergie de Dragon, c’est normal, m’a-t-elle expliqué.
— C’est fort ! » ai-je dit en respirant bruyamment.
Je devinais que mon Dragon avait conscience que mon corps était mis à rude épreuve, mais pas en danger. Je crois que c’était pour m’aider à me soulager au plus vite qu’il délivrait ses messages rapidement.
« Ça vibre ! ai-je murmuré, surpris de cette sensation puissante.
— Comment ça se fait qu’il y ait autant d’énergie dans son corps ? a demandé Virginie à mon Dragon. Dans les bras, partout ?
— Je parle à travers lui, a-t-il répondu en un souffle alors que je venais de lui redonner le contrôle de la parole. C’est trop fort pour lui. Mais il ne faut pas qu’il ait peur.
— Vous allez faire en sorte que tout se passe bien pour lui ? s’est assurée Virginie.
— Oui, a-t-il murmuré. Je suis là. Il peut m’appeler.
— À voix haute ou dans sa tête ?
— Comme il veut. »
Des élans de puissance indescriptibles vrombissaient en moi, comme un ballon de baudruche qu’on ne cesse de remplir d’air. Je savais que je ressentais plus de peur que de mal, mais ces fortes sensations inconnues m’inquiétaient, car mon esprit cartésien ne trouvait aucune logique fondée à leurs origines.
« Ça vibre ! C’est horrible, je ne peux plus bouger !
— C’est très fort pour Simon, a annoncé Virginie avec un peu plus d’aplomb. Est-ce que vous pouvez essayer de soulager un petit peu ses sensations, si possible ? Tout en restant avec nous… Est-ce que vous pouvez faire ça, s’il vous plait ?
