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Voyages magiques, initiation et retrouvailles inattendues... Après avoir découvert leur véritable destinée, Stan et Ava, pourchassés par le Grand Elfe Sillas, quittent précipitamment leur royaume. Accompagnés par Joakim, leur guide, ils découvrent de nouvelles contrées magiques et affrontent de nombreux dangers. Stan acceptera-t-il de rester caché, en sécurité, ou préfèrera-t-il tout tenter pour retrouver ses parents ? Ava sera-t-elle assez forte pour le protéger de toutes les menaces ? Au fil des voyages et des rencontres, les deux adolescents prennent toute la mesure de leur destin, et de l'intrigue qui se noue autour d'eux et de leurs familles. Ce deuxième tome vous entraine à la découverte de nouveaux royaumes. Sous terre, ou sous la mer, partez à la rencontre des peuples magiques qui se cachent sur notre planète.
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Seitenzahl: 350
Veröffentlichungsjahr: 2023
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A Roland, grand voyageur, qui aurait fait
un merveilleux Grand Elfe du Royaume du Grand Nord.
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Epilogue
Prologue
Le train filait à travers d’époustouflants paysages glacés, mais Harald Sven, lui, était perdu dans ses pensées, des pensées sombres et douloureuses. Il avait traversé tant d’épreuves déjà, il s’était toujours montré fort et résistant mais aujourd’hui, il se sentait terriblement seul et abattu. Il avait d’abord dû regarder partir Ava, sa petite-fille, qu’il venait à peine de retrouver, et à présent, il était en route pour Länksberg, afin de rendre ses derniers hommages à une très vieille et très chère amie, tuée par deux espions envoyés par Sillas. Cet affreux imposteur avait donc découvert la véritable identité de Stan, seul et unique héritier du trône, et d’Ava, Protectrice de ce même héritier. Il devait à présent se sentir terriblement menacé et cela le rendait d’autant plus dangereux. Heureusement que les deux adolescents avaient pu fuir vers le Royaume Enseveli. Les nains n’étaient pas très accueillants, mais Stan et Ava y seraient plus en sécurité qu’ici. Harald ne savait pas si la présence, à leurs côtés, du petit-neveu de Mirelda, Joakim, le rassurait ou l’angoissait encore plus. Le jeune homme était un aventurier accompli mais il était aussi connu pour être une véritable « tête brûlée ».
Dès qu’il avait su que Léonora était morte, Harald s’était précipité à la gare et avait réussi à attraper le TransNord Express du soir. Malheureusement, Mirelda n’avait pas pu l’accompagner. Elle avait dû rester à Julesund pour suivre et organiser la fuite de leurs petits-enfants. L’un d’entre eux devait rester sur place au cas où ils essaieraient de les contacter. Bien sûr, Harald n’avait rien pu avaler et n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Comment les choses avaient-elles pu si mal tourner... encore une fois. Il faisait décidément un bien piètre Protecteur.
Harald fut soudain tiré de ses pensées, le train avait commencé à ralentir. Il approchait de la gare, enfin. Ce voyage lui avait paru interminable et il avait mal partout. Jusque-là, malgré le temps qui passait, il n’avait jamais vraiment ressenti physiquement le poids de son âge, mais aujourd’hui, c’était comme si toutes ces années le rattrapaient. Il se sentait plus vieux, plus fragile... Lorsque le train s’arrêta, il attrapa son bagage et descendit sur le quai. Au téléphone, M. Sandsen lui avait indiqué comment trouver la maison de Léonora. Alors qu’il rejoignait la rue principale, il réalisa soudain qu’il était sur le point de faire la connaissance des parents adoptifs de sa petite-fille, de ceux qui avaient veillé sur elle toutes ces années... Il n’y avait même pas pensé jusque-là. Une intense émotion l’envahit, un mélange de tristesse immense, de solitude, de lassitude... et de curiosité. Il allait découvrir l’endroit où elle avait grandi... discuter avec ceux qui la connaissaient le mieux au monde... Il se mit à pleurer, là, seul, dans les rues de Länksberg.
Un homme s’approcha doucement de lui, un Gardien, qui lui demanda ce qui n’allait pas et s’il pouvait l’aider. Harald se ressaisit et réussit à lui expliquer qui il était, et où il devait se rendre. Par chance, l’homme connaissait bien les Sandsen... Il s’agissait de Loki. Il expliqua au vieil homme qu’il était le parrain de leur fille et qu’il avait, lui aussi, été très touché par la mort de Léonora, qu’il connaissait bien et qu’il aimait beaucoup. Il l’accompagna jusqu’à destination et sa compagnie, sa gentillesse, réconfortèrent un peu Harald. Lorsqu’ils approchèrent des deux petits chalets blottis au cœur de la neige, un peu à l’extérieur de la ville, le vieil homme se figea et passa quelques minutes à détailler l’endroit où Léonora et Ava avaient passé tant d’années à vivre et à se cacher. Loki attendit patiemment. Il avait perçu toute la détresse d’Harald et préférait ne pas le brusquer. Quand celui-ci reprit enfin ses esprits, le Gardien remonta la petite allée des Sandsen et frappa à la porte qui s’ouvrit presque aussitôt, laissant apparaitre une petite femme au regard doux, vêtue d’un tablier coloré. Loki expliqua à Pia Sandsen qu’il avait trouvé Harald un peu perdu sur la rue principale. Il s’excusa de ne pouvoir rester et promit de repasser un peu plus tard dans la soirée. Il salua le vieil homme et s’éclipsa.
Depuis que la porte s’était ouverte, Harald n’avait pas quitté la jeune femme des yeux. Il savait que ce n’était pas très poli mais il ne pouvait s’en empêcher. Pendant toutes ces années, il n’avait pu qu’imaginer la vie de sa petite-fille... Imaginer l’endroit où elle vivait, son école, ses parents... Il avait espéré qu’ils étaient doux, tendres, généreux, attentifs... Et dès qu’il avait posé les yeux sur Pia, il avait su qu’elle était exactement comme il l’avait rêvée...
Elle le rejoignit sur le pas de la porte et, sans un mot, le serra dans ses bras. Harald ressentit aussitôt une immense chaleur l’envahir. Il réalisa alors à quel point il avait froid. Les larmes roulèrent sur leurs joues respectives, là, sur le pas de la porte. Celles d’Harald étaient un mélange de soulagement, de réconfort et de tristesse ; celles de Pia étaient pleines d’inquiétude, de compassion et de chagrin. Ils restèrent quelques minutes, l’un contre l’autre, dans le froid, puis, chacun reprit ses esprits et la jeune femme le fit entrer au chaud. Ils avaient tellement de choses à se dire...
La nuit venait de tomber et les deux traineaux filaient silencieusement sur la neige. Ils avaient franchi la frontière du Royaume Enseveli une demi-heure auparavant, d’après les estimations de Joakim. À présent, ils devaient se faire les plus discrets possibles... Le peuple des nains n’aimait pas beaucoup les visiteurs... et encore moins ceux qui n’étaient pas annoncés. Mais le jeune homme ne les avait pas entrainés en milieu hostile sans avoir tout prévu. Durant l’une de ses expéditions, quelques années auparavant, il avait fait la connaissance d’un nain un peu particulier. Milos vivait depuis longtemps à l’écart des siens, dans une espèce de grand terrier, au pied des Montagnes Chauves. Joakim savait qu’ils seraient bien accueillis et que son ami serait content de le revoir et d’avoir un peu de compagnie. Bien sûr, ils devraient composer avec l’étrange odeur de terre qui régnait dans les logis des nains et avec leur étonnante nourriture, mais ils pourraient se poser dans un endroit sûr en attendant les prochaines instructions. Mais encore fallait-il atteindre le refuge de Milos, sans se faire remarquer.
Tant qu’ils avançaient dans la forêt, dense et inquiétante, Joakim n’était pas inquiet. Il savait d’expérience que les nains ne l’aimaient pas du tout et ne s’y aventuraient jamais. Alors, même si leur progression était chaotique et ralentie par la présence des arbres qui se densifiaient, le jeune explorateur avait choisi le chemin qui leur permettrait de rester le plus longtemps possible à l’abri de leurs branches. Ava avait été soulagée d’apercevoir l’orée de la forêt. Ils allaient enfin pouvoir progresser plus facilement. Mais son soulagement avait été de courte durée et c’était avec angoisse et découragement qu’elle avait vu Joakim bifurquer vers la droite et s’enfoncer de nouveau parmi les sapins. Face aux vives protestations de Stan, que cette trajectoire n’enchantait pas non plus, il leur avait expliqué l’aversion des nains pour cette forêt qu’ils considéraient comme hantée et malfaisante. Si cette explication avait eu le mérite de faire cesser les plaintes de Stan, elle avait également attisé l’angoisse d’Ava.
Depuis qu’ils avaient quitté le Royaume du Grand Nord, la peur ne l’avait plus quittée. Jamais, jusque-là, elle n’avait eu à affronter autant d’inconnu, autant d’incertitude, autant de menaces. Elle ressentait, à présent, tout le poids de son rôle de Protectrice. Et si elle n’était pas à la hauteur ? L’échec était possible, Harald n’avait rien pu faire pour sauver Niklas et son propre père était mort en voulant protéger Léonard. Comment une jeune adolescente comme elle, pourrait faire mieux, pourrait réussir là où ses aînés avaient échoué ? Elle ne savait pas grand-chose de l’étendue de ses pouvoirs et elle savait encore moins comment les utiliser ou les canaliser. Elle sentit le froid s’engouffrer dans sa parka et resserra son écharpe. Elle entendait le souffle des chiens et les commandes de Joakim. Se faufiler au milieu de cette forêt de plus en plus dense avec deux traineaux relevait de l’exploit et elle pouvait ressentir la fatigue du jeune homme dans sa voix. Les ordres qu’il donnait à la meute étaient moins énergiques et percutants. Ava se retourna vers Stan. Il était, lui aussi, très concentré sur ses chiens et son visage était toujours aussi fermé. Elle se demanda ce qu’il ressentait, s’il avait pris toute la mesure de ce que Léonora lui avait appris sur sa véritable identité et son véritable destin. Se sentait-il, lui aussi, écrasé par ses nouvelles responsabilités ?
Soudain, Joakim fit stopper ses chiens. Il s’était éloigné, volontairement, de l’orée de la forêt pour trouver un endroit abrité afin de faire une pause. Bien sûr, Stan protesta : ce n’était pas le bon moment, pas le bon endroit... Ava ne reconnaissait plus son ami, d’habitude si doux, à l’écoute et conciliant. Était-ce la douleur qui le faisait réagir ainsi, ou le poids de son nouveau statut ? A quoi Léonora avait-elle pensé en lui confiant la lourde tâche de retrouver la trace de ses parents ? A seize ans à peine, elle lui demandait de parcourir le monde à leur recherche, sans même un début de piste, sans le moindre indice. Ava espérait que son ami serait raisonnable et accepterait de suivre le plan initial et de rester caché quelques temps, mais il n’en prenait pas le chemin. Joakim ne s’émut pas une seconde des plaintes de Stan. Il en avait vu d’autres et s’attendait à cette réaction. Il savait qu’il serait difficile de le convaincre de se cacher après la promesse qu’il avait faite à sa grand-mère. Il allait devoir faire preuve de patience et de persuasion.
Malgré les tensions, les trois jeunes gens furent soulagés de faire une pause. Joakim s’occupa d’abord des chiens qui avaient produit des efforts considérables et qui avaient besoin de nourriture et de repos. Pendant ce temps, Stan et Ava s’employèrent à déployer leur petit abri de fortune, ce qui s’avéra compliqué sans échanger le moindre mot. Joakim dut finalement leur prêter main forte et ils purent enfin s’installer dans une espèce de petite tente capitonnée. Mais malgré les nombreuses couvertures et leurs vêtements, Ava ne cessait de frissonner... la fatigue, sûrement... Stan, vexé de ne pas avoir réussi à monter l’abri, se leva et sortit brusquement de la tente.
— Où vas-tu ? lui cria Joakim en le rejoignant dehors.
— Je vais chercher du bois ! s’énerva-t-il. Tu vois bien qu’elle est morte de froid. Il faut faire du feu !
— Trop compliqué et trop dangereux !
— Quoi, Monsieur le grand aventurier a peur de se brûler avec une allumette !
— Non, mais réfléchis un peu ! Dès que la fumée montera dans le ciel, les nains sauront que nous sommes là. C’est trop dangereux je te dis... et j’ai beaucoup mieux qu’un feu.
Joakim s’était approché de son traineau et sortit de son paquetage une petite lanterne multicolore en métal noir.
— Une lanterne décorative, magnifique ! ironisa Stan. Le but est de nous réchauffer, pas de redécorer la tente !
— Ne sois pas bête Stan et reviens t’abriter ! protesta Ava. Fais-lui un peu confiance.
Vexé, le jeune homme lâcha les quelques brindilles qu’il avait déjà ramassées et se résigna à regagner la tente. Joakim les rejoignit et déposa la lanterne au centre. Il ferma les yeux et prononça, à mi-voix, une étrange incantation, dans une langue qu’Ava n’avait jamais entendue. Soudain, la lanterne s’éclaira d’une faible lueur colorée et en quelques secondes, une douce chaleur envahit le petit abri. Les deux amis étaient sans voix... Ils n’avaient jamais vu un tel objet. Joakim, était plutôt satisfait de son petit effet.
— D’où vient cette lampe ? lui demanda Ava. Je n’ai jamais rien vu de tel dans notre Royaume.
— Elle ne vient pas de chez nous, elle provient d’un autre Royaume magique que j’ai visité il y a longtemps... Est-ce que vous devinez lequel ?
— Crois-tu que ce soit vraiment le moment de jouer aux devinettes ? répondit Stan avec mauvaise humeur.
— Est-ce qu’elle vient du Royaume des sorcières ? interrogea Ava, fascinée par l’objet magique. Elle se sentait réchauffée de l’intérieur et même ses pensées étaient bien plus réconfortantes depuis que la lanterne était allumée. Elle avait chassé de son corps, en même temps, le froid et la peur.
— Exact ! Je n’ai exploré qu’une seule fois le mystérieux Royaume Wiccan. Ce voyage m’a laissé un souvenir à la fois fabuleux et terrifiant. Les sorcières commandent à des forces incroyables et leur pouvoir est aussi grand que leur susceptibilité ! Leur reine, Griselda l’Éternelle, n’a pas vraiment apprécié mon humour, ce qui m’a valu quelques complications.
— Tu m’étonnes ! s’exclama Stan, moqueur.
— Est-ce que c’est elle qui t’a donné cette lanterne ? demanda Ava.
— Non, Griselda ne m’a fait aucun cadeau... dit Joakim en souriant. Elle m’a plutôt fait emprisonner dans les geôles de son horrible château. C’est là que j’ai fait la connaissance de Whilelmina, une vieille, très vieille sorcière chargée de s’occuper des prisonniers. Elle avait été affectée à ce poste car elle avait été frappée, il y a des siècles de ça, par un sortilège d’oubli lors d’un duel. Elle avait donc régulièrement des absences. Comme elle oubliait souvent de nourrir les prisonniers, il n’était pas rare de mourir de faim dans les geôles de Golgoth. Comme je n’avais pas très envie de mourir, j’ai attendu que Whilelmina perde la mémoire et je lui ai fait croire qu’elle m’avait enfermé par erreur. Vous connaissez mon bagou ! Elle m’a fait sortir de ma cellule et s’est même excusée ! Elle m’a proposé de me faire à manger avant de partir et j’ai accepté. Elle m’a ouvert sa modeste chambre, sombre, délabrée, insalubre... J’ai découvert que la pauvre vivait depuis des siècles dans les mêmes conditions déplorables que ses prisonniers. Elle souffrait tellement de solitude que je n’ai pas eu le cœur de la quitter si vite. Et c’est ainsi que j’ai passé quatre journées très étranges dans les cachots de Golgoth, à discuter avec une vieille sorcière. Même si elle perdait régulièrement sa mémoire récente, Whilelmina connaissait encore beaucoup d’histoires très anciennes et j’ai beaucoup appris avec elle. Au moment de partir, elle m’a offert cette lanterne et la formule qui l’accompagne « pour guider mon cœur et mes pas à travers la nuit » m’a-t-elle dit. J’ai voulu refuser car c’était le seul objet « précieux » que la pauvre possédait, mais elle a insisté. Depuis, j’ai une petite pensée pour elle à chaque fois que je l’allume.
— Très touchant ! fit Stan, ironique.
— Les voyages sont faits de rencontres... répondit Joakim. Et d’ailleurs, en parlant de rencontre, nous allons bientôt devoir quitter cette forêt qui nous sert de refuge pour rejoindre le pied des Montagnes Chauves. C’est là que vit un ami à moi, Milos. Je suis sûr qu’il sera ravi de nous accueillir quelques temps en attendant les prochaines consignes de la Ligue.
— C’est un elfe ce Milos ? demanda Stan.
— Non, non, on ne peut pas vraiment dire ça... c’est un nain, enfin, un nain un peu particulier...
— Un nain ! Je croyais qu’il fallait les éviter à tout prix !
— Pas celui-là, c’est un ami. Il vit seul, loin de ses congénères qu’il n’apprécie pas du tout. Nous serons en sécurité chez lui. Je vous le promets. Mais avant ça, nous allons devoir voyager à découvert. Nous devrons être très prudents et discrets. Impossible de poursuivre avec les chiens.
— Mais nous n’allons pas les abandonner ici ! s’inquiéta Ava.
— Non, rassure-toi. Le musher à qui j’ai loué les deux meutes m’a indiqué comment leur ordonner de rentrer seuls chez eux. Il m’a assuré qu’ils retrouveront le chemin de notre Royaume et de leur foyer. Maintenant, reprenons des forces, reposons-nous. Il nous reste encore un long chemin à parcourir.
Joakim sortit de son sac de la viande séchée, du fromage et trois pommes. Ils se restaurèrent puis s’allongèrent et essayèrent de trouver le sommeil.
Lorsque Joakim les réveilla, il sembla à Ava qu’elle venait tout juste de fermer les yeux. Son corps était perclus de courbatures, et ses pieds refusaient d’avancer. Elle dut puiser, au plus profond d’elle-même, la force de repartir. Le jeune baroudeur avait estimé la durée de leur trajet à trois jours de marche et il voulait privilégier la nuit et la pénombre pour avancer le plus discrètement possible. Ils rassemblèrent rapidement leurs quelques affaires. La jeune fille sentit son cœur se serrer en voyant Joakim relâcher les chiens. Elle les regarda s’élancer silencieusement dans la forêt. Ils rentraient chez elle, à Länksberg et cette idée lui serra le cœur. Après un petit moment d’abattement, elle serra les dents, releva la tête et se ressaisit. Stan avait besoin d’elle, elle ne pouvait pas abandonner maintenant, ce n’était que le début de l’aventure. Elle alla aider les garçons à finir de ranger.
Sans les traineaux, ils allaient devoir marcher et porter leurs paquetages. Joakim essaya de répartir au mieux le poids dans les sacs et, une fois bien harnachés, ils reprirent la route. Il leur expliqua qu’ils n’allaient pas tarder à quitter l’abri rassurant des arbres de la forêt. Il n’avait pas choisi le chemin le plus court mais le plus sûr, car plus éloigné des grandes entrées du Royaume Enseveli. Il avait même pris le temps de leur montrer le parcours sur une carte. En son for intérieur, Stan avait bien dû reconnaitre que, malgré sa désinvolture permanente, Joakim savait se montrer plutôt prudent et prévoyant. On voyait bien qu’il avait l’habitude de vivre ce genre d’aventures. Cette pensée l’irritait au plus haut point mais le rassurait aussi beaucoup. Il devait bien admettre que sans lui, il n’aurait jamais su quoi faire et où aller. Comme prévu, ils sortirent des bois sombres et s’élancèrent sur un petit sentier caillouteux qui serpentait au milieu d’un paysage lunaire. Le contraste avec la forêt était saisissant. Soudain, toute trace de vie, animale ou végétale, semblait avoir disparu.
Voyager à découvert donnait quelques frissons à Ava. Elle se demanda si cette sensation annonçait une menace ou si c’était seulement sa fatigue et son angoisse qui s’exprimaient. Elle avait encore du mal à interpréter tous ces signes et à appréhender ses pouvoirs. Le silence était bien sûr de rigueur. Chacun restait donc concentré sur ses pas, et sur le flot de ses pensées. De temps en temps, Joakim, qui menait la marche, s’arrêtait pour examiner des traces laissées dans la neige, pour écouter un bruit inquiétant ou observer les branches cassées d’un buisson. À chaque fois, Ava retenait son souffle jusqu’à ce que le jeune homme leur fasse signe d’avancer. Ils tombèrent sur un petit ruisseau et purent s’arrêter, se restaurer et boire un peu mais ils ne s’attardèrent pas. Ils marchèrent, marchèrent longtemps... La jeune fille n’en pouvait plus mais n’osait rien dire. Elle était la Protectrice, elle n’avait pas le droit de se plaindre, elle devait se montrer courageuse.
Au fur et à mesure qu’ils avançaient, la couche de neige diminuait. Ici et là, le sol commençait à apparaitre sur le chemin. Ava et Stan avaient un peu chaud. Ils n’avaient pas l’habitude d’évoluer dans un paysage où le blanc ne dominait pas. Ils avaient grandi dans un froid très rude et devaient soudain s’habituer à des températures un peu plus élevées. Joakim s’amusait de les voir transpirer à grosses gouttes et retirer peu à peu leur bonnet, leur écharpe. Ils découvraient, avec méfiance, ce nouvel environnement. Après avoir contourné une petite colline, ils aperçurent enfin d’immenses montagnes au loin. Stan se demanda comment ils avaient pu ne pas les voir jusque-là. Joakim leur expliqua qu’il s’agissait des Montagnes Chauves, leur objectif.
Un peu plus loin, ils trouvèrent une petite cavité rocheuse, bien abritée du vent et un peu en retrait du chemin. Le guide proposa de s’y arrêter pour se reposer quelques heures. Ava ressentit un grand soulagement. Ils prirent le temps de s’installer confortablement. Joakim savait que ses compagnons de voyage étaient fatigués. Ils n’avaient pas son endurance et s’il voulait qu’ils tiennent le coup, il devait les ménager. Ils partagèrent un peu de nourriture et s’installèrent autour de la lanterne magique. Afin de détendre l’atmosphère, l’aventurier commença à leur parler du Royaume Englouti des néréides, et du grand Roi Triton... mais il se tut brusquement. Il leur fit signe de ne pas faire de bruit et éteignit rapidement la lanterne. Ava sentit son cœur battre à tout rompre. Elle tendit l’oreille et entendit des voix au loin, de grosses voix graves et des rires tonitruants. Son sang se glaça et elle sentit son corps se raidir sous l’effet de la peur. Tu parles d’une Protectrice ! Elle n’avait même pas senti la menace approcher et voilà qu’elle était, à présent, pétrifiée. Ses pseudos pouvoirs n’étaient décidément pas à la hauteur. Dans la pénombre, elle chercha à capter le regard de Joakim, elle avait besoin d’être rassurée, mais celui-ci était concentré, il écoutait...
Les voix se rapprochaient, cela ne faisait aucun doute. Le jeune homme en compta au moins cinq, des nains, évidemment. Il n’y avait qu’eux pour être aussi bruyants et pour rire de cette façon. Stan se saisit d’une grosse pierre qui trainait près de lui mais Joakim lui fit signe de la reposer doucement. S’ils ne faisaient pas de bruit, les nains passeraient sans les voir et continueraient tranquillement leur chemin. Heureusement qu’ils avaient eu le temps de se mettre à l’abri dans cette petite grotte. Il leur suffisait de rester calmes et d’être patients. Ava tremblait de tous ses membres et n’arrivait pas à se calmer. Soudain, elle sentit une main se poser sur la sienne ; une main chaude et rassurante. C’était celle de Stan. Il avait senti sa détresse. Elle prit une grande inspiration et réussit enfin à se calmer. Cette attente leur parut interminable.
Au moment où les nains passèrent devant leur cachette, ils purent enfin les apercevoir. Ava et Stan avaient beaucoup entendu parler des autres royaumes magiques et de leurs habitants, ils en avaient vu des illustrations dans leurs livres d’école, mais c’était la première fois qu’ils en voyaient en vrai. Ils étaient assez petits et trapus, avec des cheveux épais et ébouriffés qui retombaient sur leurs épaules. Contrairement à leur coiffure, leurs tenues étaient plutôt soignées. Ils portaient de drôles de pantalons à rayures colorés, des chemises blanches sans col et des gilets sans manche avec de gros boutons. Certains transportaient des outils, d’autres de grands rouleaux de papier, des plans sans doute. Ils étaient six et cheminaient joyeusement en chahutant et en riant à gorge déployée. Ils semblaient rentrer du travail. Ava fut étonnée de les comprendre et trouva qu’ils avaient un langage assez grossier. Elle fut soulagée de les voir passer devant leur caverne sans rien remarquer. Ils s’éloignèrent tranquillement et les trois jeunes gens purent se détendre. Quand ils disparurent enfin à l’horizon, Joakim ralluma la lanterne.
— Pourquoi m’as-tu fait lâcher cette pierre, demanda Stan. S’ils nous avaient trouvés, j’aurais pu me défendre.
— Nous n’en avons pas eu besoin, tu vois bien, répondit le guide en haussant les épaules. Il y avait peu de chance qu’ils nous trouvent. Les nains sont dotés d’un fabuleux sens de l’orientation et de grands talents de bâtisseurs mais leur odorat est quasi inexistant et ils ont une assez mauvaise vue. Seule leur ouïe est redoutable. Si tu avais fait tomber cette pierre, ils l’auraient entendue, crois-moi, même au milieu de leur assourdissante conversation.
— Tu aurais pu nous expliquer tout ça avant.
— C’est vrai, tu as raison, j’aurais pu, reconnut Joakim. J’essaierai d’y penser la prochaine fois.
— Que faisaient-ils ici, demanda Ava. Tu nous as montré, sur la carte, les entrées de leurs villes souterraines et il n’y en avait aucune à proximité.
— Honnêtement, je ne sais pas. Nous sommes loin des entrées principales, c’est vrai, mais peut-être qu’un tunnel secondaire débouche par ici. Les nains sont de grands bâtisseurs et n’arrêtent pas d’agrandir leurs villes. Il se peut que ma carte ne soit pas à jour. Nous devrons être très prudents quand nous reprendrons la route, mais maintenant, il faut essayer de nous reposer. Le chemin est encore long et nous ne sommes pas certains de retrouver un abri aussi sûr sur notre route. Alors profitons-en.
Il éteignit la lanterne et chacun s’installa du mieux qu’il put. Joakim s’endormit aussitôt et un léger ronflement monta de son sac de couchage. Ava, épuisée, sombra également dans le sommeil... un sommeil agité, plein de nains et de rires effrayants. Stan, lui, n’arrivait pas à se calmer... un million de questions l’assaillait et il ne pouvait s’empêcher de penser à sa grand-mère. Il essayait de calculer depuis combien de temps ils étaient partis... un jour... peut-être deux... il se sentait tellement perdu. Tous ses repères avaient disparu avec elle. Qu’allait-il devenir ? Il ne pouvait pas revenir dans son propre royaume, où il était traqué et il n’avait aucune idée de l’endroit où ses parents pouvaient se trouver. Le monde était si vaste. Il en avait le tournis. Il regarda Ava, endormie, et cela l’apaisa un peu... il n’était pas seul, son amie de toujours, sa Protectrice, était avec lui. Il ferma les yeux et essaya de chasser de son esprit les plus sombres de ses pensées. Soudain, du plus profond de lui-même, monta une douce mélodie, un air qu’il connaissait bien... c’était la petite berceuse que lui chantait sa grand-mère, quand il était petit. Dès lors, il en fut convaincu, elle aussi était là, à ses côtés. Il se laissa bercer et réussit enfin à lâcher prise et à s’endormir.
Pendant ce temps-là, à Länksberg, Harald Sven était assis sur le lit, dans la petite chambre d’Ava, sous les toits. Il observait chaque objet avec attention, espérant en apprendre un peu plus sur l’enfance ou la personnalité de sa petite-fille. Il avait revêtu son vieux, mais toujours élégant, costume blanc, mais il n’arrivait toujours pas à croire que, dans une heure tout au plus, il assisterait aux obsèques de sa très chère amie Léonora. Il était toujours tragique de voir s’éteindre une si belle âme : douce, érudite, intègre, élégante... Il venait de contacter Mirelda qui n’avait toujours pas de nouvelles de Joakim. Il avait beau se dire que c’était encore trop tôt, que c’était normal, l’inquiétude le rongeait. Il était trop vieux, désormais, pour supporter tout ça. La voix de Janog Sandsen le tira de ses sombres pensées. Il était l’heure d’y aller. Harald prit sa veste et faillit oublier l’éloge funèbre qu’il avait passé la nuit à rédiger. Il descendit les escaliers et rejoignit les Sandsen. Pia lui donna le bras et ils marchèrent ensemble, dans un silence religieux, jusqu’au temple de la ville.
Les trois jeunes elfes cheminaient déjà depuis de longues heures. Ava n’avait jamais eu aussi chaud et les bretelles de son sac à dos lui sciaient les épaules, malgré l’épaisseur de ses vêtements. Cela faisait presque trois jours qu’ils avaient quitté la forêt mais la jeune fille ne voyait toujours pas les montagnes chauves se rapprocher. Elles lui semblaient toujours aussi éloignées et inaccessibles. Il faut dire qu’ils avaient dû faire de nombreux détours afin d’éviter d’être repérés. Visiblement, le Royaume Enseveli s’était considérablement étendu depuis le dernier voyage de Joakim et ce territoire, autrefois plutôt calme et sûr, grouillait à présent de nains. Ils avaient donc redoublé de vigilance, ce qui les avait énormément retardés. Le jeune guide avait perçu la lassitude d’Ava, il ralentit et vint la soutenir en lui prenant la main. Comme à chaque fois qu’il faisait preuve de gentillesse et d’attention envers elle, Stan se renfrogna et devint désagréable. Épuisée, la jeune fille tolérait de moins en moins ce combat de coqs auquel ses deux compagnons se livraient régulièrement. Ils avaient bien assez de soucis comme ça !
Joakim repéra un coin tranquille, à l’abri des regards. Ils décidèrent de faire une halte, ils avaient tous besoin de repos. Pendant que Stan et Ava installaient la petite tente, activité à laquelle ils étaient désormais rompus, le jeune baroudeur explorait les alentours, afin de s’assurer qu’ils étaient bien en sécurité. Il était inquiet... il sentait l’épuisement qui gagnait ses deux compagnons de voyage. Il fit un grand tour et s’assura que personne ne rodait aux alentours... Il ne détecta aucune trace suspecte, aucun bruit inquiétant, pas d’éclat de voix ou de rire tonitruant. Heureusement pour eux, les nains étaient loin d’être des créatures très discrètes ! À chaque fois qu’ils avaient croisé leur route ; ils les avaient entendus arriver de loin et avaient eu le temps de se cacher. Ce paysage aride et caillouteux, avec ses gros buissons épineux et ses énormes rochers parsemés par grappes, ici et là, offrait de nombreux refuges. Rassuré, Joakim rejoignit le campement improvisé. Il avait une petite idée derrière la tête afin de regonfler un peu le moral des troupes.
Il entra sous la petite tente et trouva Stan et Ava silencieux, allongés chacun de leur côté. Sans un mot, il se pencha au-dessus de son sac et en retira une grosse bourse en cuir marron. Il défit les liens avec précaution et en sortit une sorte de cristal rose, de la taille d’un œuf d’autruche, fixé sur un petit socle en bois sculpté. Il le déposa au centre de la tente, ferma les yeux et se mit à chanter doucement une sorte de mantra... Intrigués, Ava et Stan se relevèrent et s’assirent en tailleur, sur leur paillasse, juste à temps pour assister à un bien étrange spectacle... Le cristal s’était mis à rayonner faiblement, et, au fur et à mesure que le chant mystique de Joakim montait en intensité, la lueur s’accentuait. À présent, de petites étincelles s’échappaient de l’objet... et soudain, une voix retentit dans la tente... une voix qu’ils connaissaient... la voix forte et énergique de Mirelda Boe.
— Joakim... mon petit Joakim... c’est toi ?
— Oui, Grand-tante, murmura le jeune homme, essaie de parler plus doucement s’il-te-plait...
— Doucement ? Pourquoi doucement ? demanda-t-elle sans baisser le ton. Où êtes-vous ? Êtes-vous en danger ? Parle voyons ! Nous attendions de vos nouvelles avec fébrilité, Harald m’appelle au moins six fois par jour !
— Nous avons pris du retard, mais rien de grave, rassure-toi. Nous n’avons toujours pas atteint le terrier de Milos mais nous devrions y arriver demain, en milieu de journée.
— Avez-vous fait de mauvaises rencontres ?
— Non, pas vraiment, mais le Royaume Enseveli a bien changé depuis ma dernière visite et le chemin que j’avais choisi d’emprunter est bien plus fréquenté qu’avant. Nous avons juste dû nous montrer plus prudents et faire quelques détours que je n’avais pas prévus... mais rien de grave. Tu peux rassurer Harald.
— Très bien, il sera soulagé d’avoir de vos nouvelles. Il est dans le TransNord Express, il rentre de Länksberg où il a assisté aux derniers hommages rendus à Léonora. Il m’a dit qu’il n’avait jamais assisté à une cérémonie d’adieux aussi belle et émouvante.
La gorge de Stan se serra... et dire qu’il n’avait pas été là, qu’il n’avait pas pu lui faire ses adieux. Il sentit les larmes envahir ses yeux et la main d’Ava se poser sur son épaule.
— Où en sont les négociations ? demanda le jeune explorateur, sentant qu’il devait changer de sujet. Savez-vous où nous pourrons nous cacher ?
— Pas encore mon chéri, nous attendons le retour d’Harald pour finaliser notre stratégie. Nous voulons éviter à tout prix de vous obliger à vous déplacer encore et encore. Nous voulons vous trouver un endroit sûr, où vous pourrez vous poser en toute sérénité. La Ligue ne veut rien laisser au hasard.
— Je comprends... je vais devoir te laisser Mirelda, il n’est pas très prudent de faire autant de bruit là où nous sommes. Je te recontacterai dès que nous serons chez Milos, Harald sera sûrement rentré.
— Oui mon petit, prenez soin de vous... Je vous embrasse bien fort tous les trois. Sachez que toutes nos pensées vous accompagnent.
— À très vite... conclut Joakim, avant de faire tourner le cristal sur son socle dans le sens des aiguilles d’une montre. La lumière chaude et réconfortante disparut en même temps que les étincelles, les plongeant soudainement dans la pénombre et le silence.
Le jeune aventurier rangea précieusement le cristal dans sa bourse de cuir et fourra le tout dans son paquetage. En se relevant, il perçut les regards interrogateurs de ses compagnons de voyage.
— Vous vous demandez peut-être quel est cet objet ? leur dit-il, un sourire malicieux au coin des lèvres.
— Tu nous caches beaucoup d’autres surprises de ce genre ? lui demanda Stan, passablement énervé. Tu aurais pu nous dire que tu avais un moyen de contacter nos proches ! Peut-être qu’Ava aurait aimé rassurer ses parents !
— Ça ne fonctionne pas comme ça... Il n’existe que deux cristaux de ce genre dans le monde. On les appelle les Cristaux de Mottang. Ils ont été découverts dans un temple très ancien, creusé dans la roche, au fin fond des montagnes du Royaume Om’Shanti. Ce sont des cristaux de sel rose de l’Himalaya qui ont subi un très vieil enchantement. Les Grands Yogis en ont fait cadeau à la Ligue des Justes pour leur permettre de communiquer en toute discrétion et les aider dans leur lutte contre Sillas. Je ne peux parler qu’avec la personne qui détient le second cristal. Ma Grand-tante et Harald ont prévu de se relayer, ainsi, il y aura toujours quelqu’un de confiance à l’écoute, si nous avons besoin d’aide.
— Pourquoi ne pas l’avoir utilisé avant ?
— Tu as vu le bruit que ça fait ! Il n’y a pas de bouton pour régler le volume. Je devais attendre que nous soyons dans un endroit vraiment calme et à l’abri... Tu sais à quel point l’ouïe des nains est affutée. J’ai pris le risque ce soir, car j’ai senti que vous aviez besoin d’un peu de réconfort.
— C’est vrai que ça m’a fait du bien d’entendre une voix amie, reconnut Ava.
Stan ne trouva rien à répondre et préféra de nouveau s’isoler dans son petit coin de tente. Malgré les efforts de leur guide, l’ambiance était toujours aussi morose. Il était temps qu’ils atteignent le terrier de Milos. Ils seraient enfin à l’abri et pourraient se reposer sereinement. Ils grignotèrent un peu, sans grand enthousiasme, et se couchèrent, perclus de courbatures.
Malgré une immense fatigue, Ava n’arrivait pas à trouver le sommeil. Elle repensait aux paroles de Mirelda et essayait d’imaginer quels lieux étaient susceptibles de les accueillir. Le Royaume Wiccan ne l’attirait pas vraiment après la description que Joakim leur en avait faite. Celui des néréides l’intriguait beaucoup, mais elle ne voyait pas trop comment des elfes pourraient vivre sous l’eau. Restait le Royaume Om’Shanti, le territoire des yogis, vieux gardiens de la sagesse du monde, mais il lui semblait se rappeler que son professeur lui avait expliqué qu’il était interdit d’y séjourner plus de quelques jours, à moins d’avoir suivi l’enseignement sacré et d’être devenu moine. Peut-être feraient-ils une exception... Épuisée, la jeune fille n’arrivait toujours pas à s’endormir. Elle avait beau essayer de calmer le flot intense de ses pensées, son esprit restait en alerte et ses yeux ne semblaient pas vouloir se fermer. Elle percevait le moindre son à l’extérieur de la tente : le vol d’un insecte, le cri d’un oiseau, le vent dans les buissons... puis ce furent les odeurs qui l’assaillirent : odeurs de pieds, d’herbe, de terre, d’humidité... Elle réalisa soudain que tout cela n’était pas normal, que son corps, son instinct de Protectrice peut-être, cherchaient à lui dire quelque chose... Est-ce qu’un danger approchait ? Elle se concentra un peu plus sur tout ce qu’elle percevait... cherchant un son inhabituel, une odeur suspecte... elle se redressa, inquiète et attentive au moindre détail... et elle l’entendit, le craquement d’une brindille, signe que quelqu’un approchait de leur refuge... la panique l’envahit. C’était bien d’avoir réussi à percevoir le danger en approche mais que faire à présent ? Elle n’avait jamais appris à se battre.
Ava entendait maintenant distinctement des pas se rapprocher... Elle sentait son cœur battre à tout rompre. Elle se glissa le plus silencieusement possible hors de son sac de couchage et resta accroupie, prête à bondir hors de la tente. Elle tentait de se calmer et de rassembler ses idées... par quel moyen pouvait-elle se défendre, quel objet pouvait-elle utiliser ? Ses bottes, son sac à dos... La panique l’envahissait de plus en plus... elle se saisit d’une de ses chaussures et s’apprêtait à jaillir de la tente en hurlant quand la main de Joakim la stoppa. Elle se rassit, soulagée de ne pas avoir eu à agir mais toujours aussi effrayée par cette présence qu’elle percevait au-dehors. Dans la pénombre, elle vit le jeune homme lui faire signe de ne pas faire de bruit. Il renifla l’air, écouta... et soudain, il ouvrit la tente en grand et sortit précipitamment, sans même attraper une « arme » quelconque... Ils étaient fichus... Ava ferma les yeux, terrifiée, s’attendant à être saisie et emmenée dans l’instant. Elle se voyait déjà croupir dans les oubliettes des nains, au dixième sous-sol d’une de leurs ténébreuses villes souterraines, dans l’obscurité et la pourriture.
— Milos ?
La voix de Joakim raisonna dans la pénombre. Ava ne sentit personne l’attraper pour l’emmener. Elle se risqua donc à rouvrir les yeux et elle distingua, à l’extérieur, deux silhouettes qui s’étreignaient.
— Milos, mon ami, chuchota le jeune guide. Que fais-tu ici ? Tu nous as fait une de ces peurs !
La jeune fille, à moitié rassurée, entendit une voix grave et profonde lui répondre.
— Désolé mon ami, je ne voulais pas t’effrayer.
— Mais comment nous as-tu trouvés ? Je ne t’avais même pas prévenu que je venais te voir...
— Le vent a tourné hier soir... et alors que j’étais sorti pour ramasser du bois, en plus de cette immonde odeur de nain, j’ai perçu un effluve plus délicat, plus sucré, et je me suis dit qu’il n’y avait qu’un seul elfe capable de venir se perdre dans ce trou ! Comme ces routes sont de plus en plus fréquentées par ces ignobles créatures, j’ai préféré venir à ta rencontre.
— On peut dire que tu as eu du nez ! plaisanta Joakim.
Stan s’était levé et était en train de sortir de la tente avec Ava... Dans la pénombre, ils n’avaient qu’une vision sommaire de la silhouette de Milos mais malgré cela, ils virent immédiatement qu’il n’avait rien d’un nain. Il était plus grand et élancé, moins chevelu. Sa façon de parler montrait qu’il était aussi plus raffiné et cultivé. La créature fut surprise de les voir...
— Tu ne voyages pas seul ? demanda-t-il, méfiant.
— Je te présente Ava et Stan, mes deux compagnons de route. Tu peux leur faire confiance, ce sont des amis, expliqua le jeune homme.
— Les amis de mon ami sont aussi mes amis, dit Milos qui s’était détendu. Mais si vous le voulez bien, nous poursuivrons les présentations plus tard. Rassemblez vos affaires. Plus vite nous serons chez moi et plus vite vous serez en sécurité. Parce que j’imagine que Gédéon n’est pas au courant de votre présence dans son Royaume... Tu as encore dû oublier de demander la permission.
— C’est pas faux, répondit Joakim en souriant de toutes ses dents.
Milos éclata d’un rire tonitruant, un vrai rire de nain pour le coup, qui fit sursauter la pauvre Ava. Ils démontèrent la tente et ramassèrent leurs affaires en hâte, puis, ils se mirent en route. Leur nouveau compagnon leur fit emprunter des chemins détournés, des tunnels secrets... Ils marchèrent ainsi d’un bon pas pendant trois bonnes heures jusqu’à ce que Joakim reconnaisse enfin les alentours du terrier.
— Nous y voilà, annonça-t-il à Ava qui peinait à avancer.
Soulagée, la jeune fille lui sourit.
À environ une centaine de kilomètres de là, en pleine forêt, Lars Haug et Enok Abrahamsen étaient avachis au pied d’un immense sapin. Les deux agents, envoyés à la poursuite de Stan et Ava par le Grand Conseiller Wallessen, avaient l’air complètement épuisés.
— Je t’avais dit qu’il valait mieux suivre le sentier de gauche, ronchonna Enok.
— Et moi, je t’avais dit qu’il fallait emporter une carte de cette forêt ! répliqua Lars.
— Et je te répète pour la vingt-quatrième fois qu’il n’existe AUCUNE carte de cette fichue forêt !
— Mais ça fait trois jours que nous tournons en rond ! Si le chef savait ça... on aurait droit à une sacrée ramonée !
Enok secoua la tête, préférant ne pas y penser. Cela faisait déjà trois jours que les deux adolescents qu’ils étaient censés arrêter, avaient quitté Länksberg. Ils pouvaient être n’importe où. La seule chose qu’il pouvait espérer c’est qu’ils se soient faits prendre par les nains et qu’ils croupissent dans les geôles du Roi Gédéon. Si seulement ils arrivaient à sortir de cette forêt ! Perdu dans ses pensées, Enok n’écoutait plus la pluie de reproches en tous genres que Lars faisait tomber sur lui. Il avait pris l’habitude
