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Yasmin, entrepreneur à succès d'origine nigériane, se rend à Dakar pour un forum économique qui met à l'honneur les entrepreneurs à succès de la diaspora africaine. Il y fait la rencontre de 4 confrères, connus pour leur réussite dans leur business, et leur envie de s'investir pour le développement de leur continent d'origine : Victoria, Thalia, Ali et Boris. Yasmin décide de les réunir pour proposer à l'Afrique une démarche alternative pour s'affranchir de l'influence néfaste de certains politiques. Sous l'impulsion de Yasmin, ils vont lancer un appel à la jeunesse africaine. Boris, le gabonais de la bande va entraîner ses 4 acolytes dans une cérémonie rituelle pour selon lui et ses croyances : permettre aux 5 d'obtenir la "bénédiction des esprits protecteurs de l'Afrique". Un moment particulier qui va changer leur destin. Une rencontre nocturne en pleine forêt avec 5 sorciers, une épaisse fumée blanche, une histoire, des informations sur "l'esprit protecteur africain", des incantations... un rite mystique et une transe profonde : les « 5 » s'évanouissent puis se réveillent, propulsés dans une autre époque, dans une autre Afrique, divisée en 5 empires.
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Seitenzahl: 223
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Chapitre 1er
"Dakar"
« Les passagers Classe Affaires pour le Vol Air Sénégal à destination de DAKAR à 7 h 15 sont priés de rejoindre la zone d’embarquement immédiatement. »
Il est temps pour Yasmin de prendre son vol. Un énième avion à prendre dans sa vie d’homme d’affaires à succès. Destination Dakar et un forum économique financé en grande partie par une grande entreprise de communication et d’influence de la place parisienne. Le Président sénégalais sera présent, tout comme certains de ses homologues de la sous-région. La veille, Yasmin était à l’Élysée ; les dorures de la République, mais aussi les honneurs. Il s’agissait alors de recevoir une médaille pour ses accomplissements.
Yasmin est en effet à la tête d’une entreprise de cosmétique bio qu’il a lui-même créée 10 ans auparavant. Aujourd’hui, c’est le géant LVMH qui recommande sa marque dans ses enseignes du monde entier. Tant pis si Yasmin refuse de vendre. Le grand patron de Louis Vuitton pense pouvoir l’avoir à l’usure.
En aparté de cet évènement mondain, Yasmin a eu l’occasion de s’entretenir avec le Président Macron et quelques-uns de ses conseillers. Le ministre de l’Économie s’est lui aussi incrusté dans la conversation. Éloges, discours sur la richesse de la diversité et autres longs monologues assaisonnés de miel et de bons sentiments s’enchainent. Yasmin a bien compris qu’il était un symbole, mais il n’est pas dupe de la potentielle récupération politique qui pourrait suivre derrière.
Il s’installe difficilement dans l’avion : « Décidément, la première classe, ce n’est plus ce que c’était ! » s’exclame Yasmin. Au même moment, une jeune femme se retourne et lui rétorque avec le sourire :
— Le vol est complet, il n’y a qu’en classe affaires qu’il restait des places. Je me serai bien contentée de la classe économique ; on y mange très bien et les gens y font moins de chichi ! » Réplique-t-elle en feignant de ne pas s’adresser à Yasmin et avec un ton sarcastique.
Cette jolie femme élancée, pleine d’assurance et au sourire ravageur, Yasmin la connait, ou plutôt la reconnait. Ils se sont déjà rencontrés à maintes reprises, à New York, Paris, Munich, mais aussi à Johannesburg. À chaque fois, il s’agissait d’évènements qui mettaient à l’honneur les géants d’industrie africains et de la diaspora africaine à travers le monde. Cette femme c’est Alia Bethar.
D’origine libyenne, elle est considérée comme étant un génie du business. Elle a une intelligence au-dessus de la moyenne qui va de pair avec son ambition. Elle est la créatrice d’un nouveau système bancaire facilitant les échanges commerciaux en Afrique pour mettre un frein à la « culture de l’informel ». Elle concurrence aussi les géants du transfert d’argent en créant une nouvelle plateforme incluant la possibilité de valoriser la cryptomonnaie pour les transactions commerciales.
« Alors ? C’était comment avec Macron, tu es prêt à devenir le symbole de la diversité à la Française. » Dit-elle avec toujours le même ton sarcastique.
Déjà, je ne fais pas de chichi, c’est juste que je suis très grand et j’ai besoin d’espace pour mes longues jambes, j’arrivais à les ranger avant en classe affaires, ce qui n’est plus le cas maintenant. Si tu me prends pour un riche, superficiel, tu te trompes ! C’est tout le contraire, je suis un traditionnel moi, Madame la génie… Et surtout, je sais d’où je viens, c’est même ce que j’ai pu dire au Président Macron, mais aussi à ses conseillers et son ministre de l’Économie, tous blancs, de bonne famille même, semble-t-il. C’est toujours la même chose, les noirs et les Arabes en représentation, en symbole, en faire-valoir d’une supposée politique en faveur de la diversité, un alibi, un moyen de se donner bonne conscience… Tu remarqueras, chère Alia Bethar, que partout où les décisions importantes sont prises : pas un seul basané, et très peu ont des origines sociales modestes. Enfin bref, on est voisin de voyage, j’imagine que tu vas au forum économique ? Félicitations d’ailleurs pour Cryptia, c’est juste énorme !
Du calme, monsieur le président, je te charrie, je sais très bien que tu es trop malin pour accepter d’être un « faire valoir ». Laissons la France où elle est, dans 5 h nous serons sur nos terres, notre Afrique. J’appréhende quand même ce forum. Tu sais ce qui serait top ? Ce serait qu’on partage la tribune ! Pour ce qui est de Cryptia… Tu te doutes bien que certains dirigeants font les hypocrites quand ils prétendent soutenir mon projet. Dieu merci, je n’ai pas besoin d’eux, mais ils savent très bien que cette plateforme va à l’encontre de l’informel, et que l’informel est aussi un outil de corruption. Ils préfèrent la bonne valise de billets au virement qui alertera tracfin. »
Yasmin profite de ce voyage pour mieux connaitre Alia, ils n’ont eu que trop peu d’opportunités d’échanger ensemble dans leur carrière.
Yasmin West a 35 ans, il est d’origine nigériane et vit en France depuis 30 ans. Leader né, il est ambitieux et érudit. Il a lancé une ligne de cosmétique fabriquée avec des produits bios venus d’Afrique. Son entreprise fait des profits à travers le monde. Bien que le siège de cette dernière se situe à Paris. Il a ouvert un bureau à Dakar où il se rend régulièrement. Ce bel homme indépendant est aussi très attaché à ses origines. Il milite pour le développement de l’Afrique et défend ses positons partout où il est sollicité, notamment aux États-Unis où ses produits sont plébiscités par les stars afro-américaines. Il est souriant, doux et avenant, sauf quand il est en plein business ou en plein acte militant contre les injustices et la misère qui frappe son Afrique natale. Il veut se rapprocher de ses traditions, et connaitre tous les secrets de sa famille.
Le forum de Dakar sera l’opportunité pour lui d’avoir une tribune, surtout après avoir été honoré à Paris par le Président. Yasmin voudrait produire davantage en Afrique. Il voudrait que le siège de son groupe soit en Afrique, à Lagos ou à Dakar et que Paris ne soit qu’une vitrine. Il veut résister au forcing que fait Bernard Arnault, le PDG de LVMH pour racheter son groupe, en grandissant et en proposant au monde une entité concurrente de la multinationale française. Il souhaite que le groupe West Corp. puisse devenir un géant. Pour cela, il veut s’appuyer sur l’Afrique. Mais à chaque fois qu’il a voulu concrétiser son idée, il a été confronté aux affres de corruption. Au Gabon, notamment lors d’un précédent forum économique. Il voulait s’associer à Boris Evono, un autre jeune premier d’origine gabonaise, mais Ali Bongo, le dictateur de ce pays lui demandait un droit d’entrée officieux… ah la corruption… Et ils font ensuite semblant de s’étonner de la fuite des talents !
Arrivés à Dakar, Yasmin et Alia, décident de prendre le même taxi qui fera le parcours de près d’une heure depuis l’aéroport Blaise Diagne vers l’hôtel Terrou-bi. Un établissement grand luxe qui va accueillir les grands noms du monde politicoéconomique qui doivent participer à ce grand forum économique. Le courant passe très bien entre les deux jeunes gens. Ils ont de nombreux points communs, au-delà du succès entrepreneurial et de l’ambition, ils ont des convictions chevillées au corps et la même vision de l’Afrique. Pour eux, le monde ne sait pas tout ce qu’il doit à leur continent natal. Pour eux, il est important qu’aux quatre coins du monde, chacun puisse connaitre l’ampleur et l’importance de l’héritage que l’Afrique a laissé, laisse et laissera encore au Monde au fil des décennies, des siècles. Cela passe par un vrai développement. De par leur statut aujourd’hui, ils sont persuadés de pouvoir y contribuer.
Bien installés dans leur suite à la veille du Forum, ils se donnent rendez-vous le soir pour aller manger quelques spécialités locales dans les quartiers de la capitale, au quartier Sacré-Cœur, pour sa proximité avec le monument de la Renaissance, cette immense statue qui veille sur la capitale et qui tellement immense qu’elle aurait pu, au regard de la direction que pointe le doigt de la statue et si elle avait été construite quelques centaines d’années plus tôt, guider les esclaves affranchis de Gorée vers la liberté.
«Tierno, emmène-nous là où on peut manger les meilleurs Dibi et les meilleurs pastels du côté de Sacré-Cœur s’il te plait!» C’est ce que demande Alia à Tierno, leur chauffeur du taxi. Alia raffole des pastels, ces beignets farcis en forme de chausson sénégalais, qui portent aussi d’autres noms dans d’autres pays en Afrique appelés Bourek au Maghreb notamment. Elle préfère la recette sénégalaise et surtout la très bonne sauce qui l’accompagne dans laquelle elle adore les tremper avant chaque bouchée. Pour le Dibi, c’est plutôt le choix de Yasmin. Il adore la viande, il organise souvent des barbecues dans son jardin à Rueil-Malmaison en région parisienne. Il ne peut donc pas passer à Dakar sans déguster un dibi, ce fameux plat typique du Sénégal qui est composé de viande d’agneau qui subit une double cuisson accompagné d’oignons et de piment et de moutarde. Il est souvent servi sur des pics de bois, sous forme de brochette ou dans du papier kraft.
C’est en parlant de son envie de dibi que Yasmin pense immédiatement à Boris Ovono, son ami originaire du Gabon. Quand ils avaient séjourné à Libreville, la capitale gabonaise, Boris avait emmené Yasmin manger un plat qui ressemble au dibi, ce plat est appelé « coupé coupé » ou « soya » au Gabon. Yasmin se demande d’ailleurs si Boris a prévu de venir au Forum, si c’est le cas, il doit déjà être sur Dakar. Il lance alors un appel Visio via l’application Whatsapp depuis l’arrière du taxi qui les transporte.
Boris décroche depuis, semble-t-il, une belle suite, si on se fie au décor autour de lui.
« Bobo ! Mon frangin, comment ça va ?! S’exclame Yasmin.
Boris Ovono est un homme grand et élégant de 35 ans d’origine gabonaise. Son père était un industriel qui a fait fortune dans le trading pétrolier, sa mère est une ancienne ambassadrice. Il a passé son enfance au Gabon avant d’aller vivre en France, puis en Belgique.
C’est un homme malin, opportuniste qui a su faire les bons investissements, notamment dans les médias. Les hommes politiques français et africains le fréquentent, c’est un homme de réseau, un homme d’influence. Un pragmatique. C’est aussi un épicurien. Il dépense son argent sans trop compter et se crée toujours des nouveaux défis, tant personnels que professionnels. Après un coup d’État qui a plongé son pays dans une crise économique et sociale profonde, en 2016. Il décide de s’impliquer pour prendre part à la libération de son pays, mais il se heurte aux réticences du régime en place et fait face à des menaces sur sa personne et sur sa fortune. Il cherche alors d’autres moyens de s’impliquer. Il garde en tête ce besoin spirituel d’aller au Gabon pour y accomplir son rite initiatique auquel il croit beaucoup. Mais difficile d’entrer dans le pays au regard de ses positions ouvertement antiBongo.
Arrivés au restaurant, Yasmin et Alia sont installés sur une jolie table ronde dans l’angle de la salle principale près d’une fenêtre. La nuit est chaude à Dakar ce soir-là et Yasmin, qui use et abuse de piment, aura besoin d’air après avoir dégusté son dibi, assorti d’un piment assez fort pour transformer son teint noir ébène en teint violet. Le restaurant ne paye pas de mine vu de l’extérieur, mais c’est une adresse incontournable de la place ou les quidams se mélangent aux personnalités locales et autres stars internationales de passage dans la capitale sénégalaise. On y joue aussi de la bonne musique. l’afrobeat est à la mode et sur le mur on peut voir des photos d’icône de la chanson, de ce style de musique qui a su conquérir le monde. Burna Boy avec le chef du restaurant, Wizkid avec son propriétaire libanais, Yemi Alade, mais aussi, dans un autre style, l’incontournable Youssou Ndour. Tous sont passés par ici.
« Regarde Yasmin, ce ne serait pas Oxlade là dans le coin en face, à côté de la dame et du monsieur de dos là ? Tu sais Oxlade ? Ne me dis pas que tu ne connais pas, toi le Naija ? La chanson a cartonné, « Ku Lo Sa » elle s’appelle !
Le repas est très convivial, l’échange entre Alia et Yasmin est fluide, ils discutent, business, famille, mais aussi Afrique. Son passé, son présent, son devenir. La place de la femme au sein des sociétés africaines, et son importance pour son développement. Ils partagent le même constat : l’Afrique n’a pas la place qu’elle mérite dans le monde.
Yasmin se souvient alors d’une polémique lancée sur Twitter à cause d’un des clips de la chanteuse américaine à succès Taylor Swift pour la chanson « Wildest Dreams ». Qui contenait tous les clichés habituellement associés à une Afrique idyllique et idéalisée : animaux sauvages, couchés de soleil et vêtements de brousse, mais pas le moindre autochtone dans le paysage. C’était à se demander si cet immense continent, sous-évalué, ne serait-ce que dans sa représentation sur les cartes, les globes dans les livres, encyclopédies et autres cartes murales qui ornent les salles de classe du monde entier n’étaient bon qu’à cela. L’Afrique et les Africains n’auraient donc rien apporté au monde ? À la suite de cette polémique, Eliza Anyangwe qui écrivait pour The Guardian s’était alors amusé à lister certaines choses que l’Afrique a apportées au monde. Si c’était plutôt drôle à lire, grâce au style de rédaction, il y a fort à parier que nombreux sont ceux qui ne savent pas que ces choses qui alimentent leur quotidien de 7 à 77 ans, font partie de cet héritage africain.
Le café :
Les Italiens le servent fort et serré, les Américains l’ont filtré puis y ont ajouté une tonne de calories sous forme de sirops, crème fouettée et autres extraits de citrouille, mais notre stimulant favori est originaire d’Éthiopie, où il pousse à l’état sauvage. On pense que sa consommation remonte au Xème siècle, mais à l’époque les peuplades nomades croquaient tout simplement ses baies rouges au lieu d’en faire une boisson.
L’art moderne :
Certains artistes africains contemporains sont à la mode en ce moment, mais la plupart des gens ignorent le rôle majeur que l’Afrique a joué dans l’inspiration de grands artistes tels que Picasso, Matisse ou Kirchner. Au début du XXème siècle, l’esthétique des sculptures africaines traditionnelles est devenue, selon le Metropolitan Museum de New York, “une influence puissante parmi les artistes qui formaient l’avant-garde dans le développement de l’art moderne.
Les mathématiques :
L’histoire des mathématiques, telle qu’elle est écrite par les Européens, ne remonte pas plus loin que l’ancienne Egypte lorsqu’elle recense les premiers systèmes mathématiques. Mais l’os de Lebombo, découvert au Swaziland, et l’os d’Ishango, découvert à la frontière entre l’Ouganda et le Zaïre, sont deux des plus vieux objets mathématiques du monde, le premier remontant à plus de 35 000 ans. Tous deux sont taillés dans des péronés de babouin, et il se pourrait que l’os d’Ishango soit la plus vieille table de nombres premiers en existence.
Le téléphone portable :
Pas le portable lui-même, évidemment, mais un élément essentiel pour la fabrication des batteries rechargeables, indispensable à ce qui est devenu notre bien le plus précieux, se trouve en République Démocratique du Congo : le cobalt. Selon l’ITIE (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives), la RDC possède presque la moitié des réserves mondiales de minerai de cobalt. De plus, la RDC compte parmi les plus grands producteurs mondiaux de cobalt, de cuivre, de diamants, de tantales et d’étain.
Les restaurants Nando :
Nando, l’inventeur du fameux poulet grillé portugais au péri-péri. Depuis ses humbles origines à Johannesburg en 1987, le mélange de poulet, sauce épicée et musique africaine proposé par Nando s’est répandu à travers le monde. Aux dernières nouvelles, la chaine sud-africaine avait des restaurants sur tous les continents, sauf l’Amérique du Sud, soit plus de 1000 établissements dans 30 pays.
Aucun pays où l’on aime le poulet n’est à l’abri !
Le jazz :
Le jazz, c’est la polyrythmie : deux rythmes ou plus qui se superposent ; elle est aussi présente dans la musique européenne traditionnelle, mais c’est la musique africaine qui l’a répandue. L’auteur-compositeur Gunther Schuller, gagnant du prix Pulitzer, a écrit que ‘chaque élément musical (le rythme, l’harmonie, le timbre et les formes de bases du jazz) est essentiellement africain, dans son origine et ses dérivations’.
Mais l’Afrique ne nous a peut-être pas apporté que des notes bleues, elle pourrait aussi nous avoir donné Beethoven. Un groupe de musiciens a remis sur le tapis la question de l’origine ethnique de Beethoven, et ils ont avancé que sa musique devrait être jouée de manière polyrythmique, contrairement à la plupart des pianistes classiques, dont le jeu de la main gauche n’a aucun rythme, aucune âme. Cassé !
Le beurre de karité :
Il y a de grandes chances que vous ayez déjà acheté du savon, du baume pour les lèvres, de la lotion pour le corps ou même de la mousse à raser contenant du beurre de karité. Le karité pousse dans 19 pays du continent africain, du Sénégal à l’ouest au Soudan à l’est. La marque de produits de beauté l’Occitane l’appelle « un ingrédient de beauté naturel et miraculeux, qui peut régler rapidement tous les problèmes de peau ».
On dit que Cléopâtre, qui avait du nez pour trouver les bons plans, utilisait le beurre de karité, ce qui en faisait un produit très recherché durant son règne.
Le riz jollof :
Maintenant que Jamie Oliver (un chef en vogue dans les pays anglo-saxons) a écrit une recette pour le riz jollof, ce plat pourrait atteindre des sommets de popularité, au point d’en oublier qu’il est originaire d’Afrique de l’Ouest. Mais ne vous avisez pas de demander de quel pays il vient au juste : le Cameroun, le Ghana, le Nigéria et le Sénégal — tous revendiquent âprement en être le vrai créateur.
Les greffes de pénis :
Après avoir effectué la première greffe de cœur en 1967, les chirurgiens sudafricains ont battu un nouveau record en effectuant la première greffe d’un membre masculin. L’opération, qui a duré 9 heures et a eu lieu en mars 2015, devait permettre au patient de 21 ans d’avoir des relations sexuelles, et ce dernier n’a pas tardé à en prouver l’efficacité : en juin, le chirurgien en chef André van der Merwe a annoncé que la compagne du jeune homme était enceinte.
Ubuntu :
Alors que nous sommes confrontés à la crise des réfugiés, le mot « ubuntu » n’a jamais été aussi important. Il a été popularisé par Nelson Mandela et l’archevêque Desmond Tutu comme un outil de réconciliation en Afrique du Sud après la disparition de l’Apartheid. En bantou, ce mot très ancien exprime l’idée d’une humanité partagée : « Je suis, parce que nous sommes tous ». Voici comment la Nouvelle Encyclopédie mondiale définit ce mot, qui est également utilisé en Ouganda, en Tanzanie, au Burundi et au Zimbabwé : « Il implique une appréciation des croyances traditionnelles, et la prise de conscience que les actions qu’un individu accomplit aujourd’hui ont leur racines dans le passé et auront des conséquences importantes sur l’avenir. Une personne qui fait preuve d’ubuntu comprend où est sa place dans l’univers et, par conséquent, elle est capable d’interagir avec d’autres individus de manière harmonieuse. »
Terminer cette liste, bien sûr non exhaustive, par Ubuntu est important. L’héritage immatériel que l’Afrique a laissé, laisse et laissera au monde a son importance. Yasmin et Alia en sont conscients. L’immatériel, la culture, et les valeurs, pourtant bien ancrées dans le sociétés traditionnelles africaines. La cupidité, la soif de pouvoir, l’individualisme ne sont que des caractéristiques et propres à la nature humaine qui ont façonné les femmes et les hommes qui ont, à des moments clés de l’Histoire, eu à agir soit pour leur peuple, soit pour leur clan, soit pour euxmêmes, suscitant parfois la colère, parfois la révolte.
Mais l’Histoire récente nous interroge. Un peu comme si le sentiment de révolte était finalement limité, et qu’il laisse finalement que trop rapidement la place à une forme de fatalisme à une époque pourtant où le réel développement n’a jamais été aussi proche !
Coups d’État à répétition, spoliation des terres, des richesses, massacres qui restent impunis grâce à l’habilité corruptrice de certains dirigeants qui troquent quelques richesses qui ne leur appartiennent pas, contre le silence, comme si le capital humain africain et les aspirations légitimes des peuples pouvaient être simplement réduits à peau de chagrin.
Les colères n’ont que trop peu souvent été dirigées vers les bonnes personnes ou les bonnes causes. Le colonisateur a d’ailleurs toujours su appuyer là où il le fallait pour alimenter et instrumentaliser les conflits, souvent ethniques, à son profit à l’instar de ce qui s’est passé au Rwanda à la fin des années 90’ et le rôle trouble de la France.
L’utopie Wakandaise du film à succès de chez Marvel Studio, Black Panther, a su quelque part donner une petite perspective. Mais l’afrofuturisme a ses limites et Yasmin et Alia semblent sur la même longueur d’onde : pour eux l’Afrique c’est un passé et un présent qui doivent être compris, magnifié et mis en perspective pour aborder le futur de la meilleure des manières. Ils sont en quelque sorte aujourd’hui des symboles de cette nécessaire fenêtre de dialogue avec le monde, mais aussi du besoin de dialogue et de compréhension à l’intérieur de ses terres, dans sa diversité. Mais a-t-elle la volonté et les instruments pour cela ?
Après ce diner, il est temps de rentrer dormir à l’hôtel, en sortant du Restaurant, Ali reconnait l’homme qui était de dos à côté de la star nigérienne Oxlade. Ils sortent de l’établissement au même moment. Il s’agit de Victor Balogun, le grand producteur à succès. Yasmin est connu au Nigéria, Oxlade s’arrête pour le saluer chaleureusement, comme on salue un compatriote dont on est fier. Yasmin est aussi très content de prendre dans ses bras un artiste qu’il apprécie beaucoup. Victor a reconnu Alia, il la prend chaleureusement dans ses bras. Il lui confirme que son artiste est prévu pour performer à la soirée de clôture du forum. Ils prévoient de déjeuner ensemble le lendemain.
Après cette longue journée, qui a commencé à Paris et qui se termine à Dakar. Yasmin et Alia s’endorment chacun dans sa chambre, avec la satisfaction d’avoir découvert un et une alter ego.
Le lendemain matin, réveil à 6 h, petite douche et Yasmin enfile une jolie tenue deux pièces, style casual avec quelques rappels traditionnels à travers au niveau du col et des manches de sa chemise. Il doit retrouver Alia et Boris au restaurant de l’hôtel pour le petit déjeuner comme prévu la veille. Il est rapidement rejoint par ces deux derniers. La ponctualité est de mise, la journée s’annonce longue.
Alia et Boris se présentent l’un à l’autre. En effet, au-delà de ce qu’on peut trouver sur Google, ils veulent pouvoir savoir à qui ils ont à faire. Ils se découvrent rapidement des points communs. Boris se perd dans les yeux marron d’Alia. Il lui coupe la parole :
« Tes yeux… Ils sont magnifiques ! »
Alia se contente d’un sourire en guise de merci. Le forum commence le jour même à 10 h.
