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Il y a plusieurs siècles, une guerre opposant les humains au monde de la magie éclata, n'épargnant aucun clan. Une jeune fille du nom de Cytéa demanda alors aux Hauts-Mages d'intervenir, afin de restaurer la paix dans le monde. Le but était clair : séparer le monde des humains de celui de la magie. Mais pour cela, elle devait donner sa vie en contrepartie. C'est ainsi que Cytéa scella le destin des sacrificia, car, afin de garder la barrière qui séparait les deux mondes intacte, tous les cent ans, un jeune ou une jeune non-initié devait se donner en sacrifice. Les siècles ont passé, et c'est au tour de Claeys de donner sa vie afin de sauver l'humanité : mais souhaitant être maître de son destin, la jeune fille décide de quitter son village et de partir à l'aventure. Ce qu'elle ignore, c'est qu'une organisation de sorciers s'est donné pour mission de réunir les deux mondes. Sera-t-elle en mesure de répondre à son destin ? Ou mettra-t-elle en danger l'humanité tout entière ?
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Seitenzahl: 306
Veröffentlichungsjahr: 2021
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
— Claeys, tu es ravissante. Cette robe te va à ravir. Je suis si excitée et j’ai hâte de revoir toute la famille.
— Oui, moi aussi, maman, j’ai hâte de revoir tout le monde.
Je m’appelle Claeys Valmer, et ce jour-là était un jour spécial puisque je fêtais mes 16 ans. Tout cela devait me rendre heureuse.
Ma mère m’avait organisé une très belle fête d’anniversaire, et toute ma famille y avait été conviée. Et pourtant, plus les années passaient, et plus elles me rapprochaient de mon destin.
Le destin, ce mot de six lettres, génère beaucoup de débats, il est vrai. Certains vous diront que notre destin est tout tracé : vous ne faites que suivre un livre déjà écrit. D’autres vous affirmeront le contraire : que celui-ci se dessine à chaque pas que vous faites, à chaque décision que vous prenez ou à chaque parole que vous prononcez.
Pour ma part, mon destin fut scellé le jour de ma naissance, et toute mon éducation tournait autour de cela. Ma mère me répétait sans cesse que j’étais un miracle, son héroïne.
Dans les films de super héros, il est rare que celui-ci meure à la fin. C’est un fait. Le bien finit toujours par le remporter face au mal. Toutefois, dans mon histoire, le héros meurt, donne sa vie. Se pose alors la question : le sacrifice d’une vie vaut-il vraiment la peine ? Pourquoi le héros devrait-il mourir ? N’y a-t-il pas d’alternative ? C’est le dilemme de ma triste vie.
Depuis ma naissance, je n’avais jamais quitté la maison. Mes seules sorties étaient dans le jardin. Je n’allais ni à l’école ni faire les magasins. Maman avait toujours pris la peine de bien m’expliquer pourquoi elle réagissait comme cela avec moi.
— Tu es une personne exceptionnelle, ma chérie, et je ne veux pas qu’il t’arrive quoi que ce soit. Si quelque chose t’arrivait, nous serions incapables de nous en remettre, ton père et moi.
Ce n’était qu’à l’âge de quatorze ans que j’avais enfin compris ce qu’elle voulait dire. Le jour de mon anniversaire, maman m’avait expliqué le devoir que je devrais accomplir à mes vingt ans. Elle avait pris soin de choisir chaque mot pour ne pas m’effrayer ; mais dire à une fille de quatorze ans qu’elle allait devoir mourir six ans plus tard, c’était quelque chose de traumatisant. Après cette annonce, j’avais fait beaucoup de cauchemars, et je m’étais renfermée sur moi-même. Maman n’avait pas pris au sérieux mon changement de comportement ; elle mettait cela sur la crise de l’adolescence, et même si cela signifiait que je me retrouvais plus seule qu’avant, au moins je n’avais plus autant ma mère sur le dos.
Ce jour-là, je fêtais mes seize ans, et pour l’occasion, ma mère m’avait fait faire une robe magnifique – bleu turquoise, avec de petites bretelles et quelques motifs cousus dessus. Elle m’arrivait jusqu’aux genoux. Et pour l’accompagner, maman avait choisi pour moi une paire de sandalettes à talons ainsi qu’une parure de bijoux.
Elle aussi s’était mise sur son trente et un. Elle était très belle au naturel ; grande et fine, avec de magnifiques cheveux châtains, de beaux yeux bleus, et un sourire à faire chavirer les cœurs. Durant ses années au lycée, tous les garçons lui couraient après, mais elle n’avait d’yeux que pour papa. C’est un homme très grand – il fait une tête de plus que maman. Il a les yeux verts et de beaux cheveux roux. Maman me disait souvent que c’était ce qui l’avait séduite chez lui. Papa n’était pas trop du genre à suivre le protocole vestimentaire. Ce jour-là, il avait mis un jean et une vieille chemise qu’il avait sortis du placard.
J’étais restée un moment dans ma chambre avant qu’on me demande de descendre au salon. Je me regardais dans le miroir, les mains le long du corps, et examinais tous les détails de ma robe. J’avais hérité de la finesse et du sourire de ma mère, et je tenais mes yeux verts et mes cheveux roux de mon père.
Je me trouvais plutôt jolie – mais à quoi cela sert-il d’être belle si l’on ne peut pas vivre sa vie comme on l’entend ? Je m’étais soudain sentie prise d’une grande tristesse.
Je ne connaîtrais aucun plaisir simple de la vie. Je n’avais pas d’amie, je n’irais jamais au lycée. Pas de fête entre copines, pas de petit-ami, pas de voyage, ni même de mariage, et je ne saurais jamais ce qu’est le plaisir d’être mère. J’étais enfermée dans ma propre maison à attendre le jour de ma mort. Depuis que maman m’avait annoncé le funeste destin qui m’attendait, je pensais régulièrement à m’enfuir de la maison, mais aussitôt ces pensées me faisaient culpabiliser, et je me sentais égoïste de savoir que cela m’avait traversé l’esprit.
— Chérie, descends ! Les invités sont arrivés !
Je me rendis dans le salon. Il y avait toute la famille : des oncles, des tantes, des cousins, des cousines que je ne côtoyais pas, la plupart du temps. Maman me prit par la main et m’emmena à la table qui se trouvait au fond de la pièce. Elle y avait mis tout son cœur ; elle avait déplacé les canapés pour que l’on ait plus de place, et mis une table au fond, où elle avait disposé les verres, les boissons et les amuse-bouches, sans oublier de prévoir une place libre pour déposer les cadeaux. À côté de la table se trouvait une chaise pour que je puisse m’asseoir. Elle m’invita à m’y installer, puis m’embrassa sur le front, avant de partir s’occuper des invités. Je me retrouvai alors seule face à moi-même.
De temps en temps, quelqu’un venait dans ma direction déposer un cadeau sur la table, me souhaitait un bon anniversaire et repartait. Dans ces moments-là, je me sentais encore plus seule que je ne l’étais déjà, et la pensée de quitter cette maison revenait au galop. J’avais hâte que la journée se termine. Un anniversaire devrait être un moment de joie et de partage, mais ça ne l’était pas pour moi.
Une fois tous les invités partis, je pris la direction de ma chambre. Je voulais être seule – à quoi bon être entourée de personnes qui vous regardent avec pitié ?! À peine étais-je sur mon lit que, déjà, quelqu’un frappa à la porte.
— Oui.
— Déjà prête à aller te coucher ? Je t’apporte tes cadeaux. Comment te sens-tu, ma puce ?
— Je vais bien, papa, merci, lui répondis-je avec un grand sourire.
J’avais appris à refouler mes vrais sentiments, et je savais très bien mentir à ce sujet.
— Bien. Je te souhaite une bonne nuit, ma grande.
Il m’embrassa sur le front et partit. Une fois papa sorti de la chambre, je me laissai tomber sur le lit, à côté des cadeaux ; puis je fis l’inventaire, et je ne fus pas surprise des présents que l’on m’avait offerts, car aucun membre de ma famille ne me connaissait réellement : maquillage, boucles d’oreilles, parfum, vernis à ongles, foulard et accessoires pour cheveux. Rien qui me plaisait vraiment. Je n’étais pas ce genre de filles superficielles. Je rêvais plutôt de pouvoir vivre des aventures exaltantes comme dans les livres. J’adorais lire ; cela me permettait, ne serait-ce qu’un court instant, de m’évader de cette maison et de vivre ma vie comme je l’entendais.
Je mis tous les cadeaux sur le bureau et, en me retournant, je vis mon reflet dans le miroir.
Je restai un moment à me regarder, essayant de trouver un sens à ma vie. Quatre ans plus tard, il me faudrait me sacrifier pour le bien du monde entier. Maman m’avait donné des manuscrits à étudier pour que je comprenne le but de ce rituel et pourquoi il fallait que j’aille jusqu’au bout du sortilège ; et aussi pour que je sache les conséquences que cela aurait si celui-ci ne devait pas se réaliser comme il se devait.
Mais même si je devais mourir à vingt ans, j’aurais dû être en train de profiter des dernières années qu’il me restait, au lieu de rester ici, enfermée entre ces quatre murs. L’idée de partir devenait de plus en plus forte en moi.
Quand mes yeux se posèrent sur un sac de sport qui se trouvait en-dessous de mon lit, ma décision fut prise. Quelqu’un me l’avait offert à mon anniversaire précédent, et cela allait me servir ce jour-là.
Il me restait quatre années à vivre jusqu’à ce sacrifice, et il était hors de question que je reste ici. Je décidai de prendre mon courage à deux mains et de quitter cette maison.
Je pris soin de ne prendre que le strict nécessaire – il n’aurait servi à rien que je m’embarrasse de choses inutiles qui ne feraient qu’augmenter le poids du sac : pull, T-shirt, jean, chaussettes, culottes et veste. J’ouvris le tiroir de mon bureau et pris également une carte du pays, sans oublier l’argent que j’avais pu économiser. Il n’y avait pas grand-chose, mais cela me suffirait à survivre quelque temps. Il me faudrait ensuite trouver des petits boulots pour me faire un peu d’argent de poche.
Je descendis discrètement dans la cuisine et pris quelques gâteaux secs, de quoi boire, puis, avant de remonter dans ma chambre, je m’assurai que tout le monde dormait à poings fermés.
J’ouvris la fenêtre de la chambre et jetai mon sac. Doucement, je passai une jambe puis l’autre et refermai au maximum la fenêtre. Puis, une fois dans le jardin, j’enjambai la clôture.
Je regardai une dernière fois la maison, puis m’enfonçai dans la forêt. Je ne savais pas trop où j’allais, mais peu importait, car je devais avancer coûte que coûte. Je sortis une lampe de mon sac et continuai d’un pas décidé.
Cela faisait plusieurs heures que je marchais sans m’arrêter. Je voulais prendre le plus de distance possible. Quand ils s’apercevraient de mon absence, ils se mettraient immédiatement à ma poursuite. J’avais laissé mon portable dans ma chambre afin qu’ils ne puissent pas utiliser le traceur GPS. De ce fait, ils ne savaient pas quelle direction j’avais prise, et même si la fatigue commençait à se faire sentir, je devais continuer d’avancer.
Le soleil commençait à se lever quand je vis une grange. Je décidai d’y faire une halte pour me reposer un peu et grignoter quelques biscuits. Je m’installai dans un coin loin de la porte et à l’abri des regards, au cas où quelqu’un arriverait.
Au bout de quelques minutes, mes yeux me semblèrent lourds, et je fus prise d’une grande fatigue. Depuis mon départ, je n’avais pas pris le temps de dormir, ne serait-ce qu’un peu. Me sentant en sécurité dans cet endroit, je fermai les yeux quelques minutes.
Je me réveillai en sursaut et mis quelques secondes à reprendre mes esprits. Je jetai un œil à ma montre : j’avais dormi environ deux heures, et cela me semblait suffisant pour reprendre la route.
Il était 9 h. Dans peu de temps, mes parents se rendraient compte de ma disparition et se lanceraient à ma recherche. Je devais éviter de me faire remarquer, mais ma couleur de cheveux ne m’aidait pas. Il fallait donc penser à changer d’apparence.
Je continuai de marcher et arrivai en ville. Je me rendis dans un premier lieu, une grande surface. Comme c’était la première fois que j’y entrais, mes yeux se posaient partout. Je ne savais pas par où commencer. Les clients me regardaient avec étonnement, mais je ne leur prêtai aucune attention. Je m’aidai donc des panneaux accrochés au plafond pour me guider.
Je devais faire attention de ne pas dépenser trop d’argent. Je me dirigeai vers le rayon des gâteaux secs – cela se conserve bien et prend peu de place. Cela serait suffisant pour le moment. Puis je me rendis dans le rayon soins du corps et des cheveux. Ma couleur de cheveux ne passant pas inaperçue, j’optai donc pour le noir.
Une fois sortie du magasin, je me dirigeai vers un hôtel. Même si c’était hors de prix, je n’avais pas le choix. Je devais me reposer et m’occuper de mon changement d’apparence.
— Bonjour, que puis-je faire pour vous ?
Je n’avais que seize ans, mais j’espérais que le réceptionniste ne s’opposerait pas à me louer une chambre malgré mon jeune âge.
— Bonjour ! Euh… je souhaiterais prendre une chambre, s’il vous plaît.
— Bien sûr ! Combien de temps souhaitez-vous rester dans notre hôtel ?
— Je resterai jusqu’à demain matin, je partirai à la première heure.
— Très bien. Je vous attribue la chambre numéro 8, vous y serez très bien. Il y a un téléphone pour appeler le standard, si vous avez besoin de quoi que ce soit.
Je lui tendis de l’argent en liquide. Il prit les billets, puis me rendit la monnaie et m’accompagna jusqu’à ma chambre. Il ouvrit la porte, me donna la clé, puis repartit à l’accueil.
Une fois seule, je décompressai. Je n’avais rien à craindre ici ; j’allais me reposer, et je reprendrais la route le matin suivant. Je pris la teinture dans mon sac et me dirigeai vers la salle de bain. C’était la première fois que je faisais ce genre de chose. Je pris donc le temps de lire les instructions, et dès que j’eus terminé, je m’allongeai sur le lit et tombai aussitôt dans un profond sommeil.
Le lendemain matin, je quittai la chambre à l’aube. J’avais désormais les cheveux noirs. J’avais également coupé quelques centimètres et mis une paire de lunettes que j’avais trouvée au magasin.
Avant de partir, j’avais jeté un œil à la carte que j’avais prise. Il me semblait reconnaître le trajet que j’avais emprunté, mais peu importait où j’allais, je devais m’éloigner le plus possible de la maison et laisser le moins d’indices possible sur mon passage. Je décidai de continuer à pied, car prendre un moyen de locomotion coûterait trop cher.
J’avançai dans les rues, profitant de faire du lèche-vitrines. C’était une journée agréable, le soleil brillait, sans aucun nuage à l’horizon, et le vent nous rafraîchissait de temps en temps. Les gens buvaient un café sur les terrasses, entre amis ou en famille. Je les voyais sourire en se racontant des anecdotes. J’aurais aimé passer des moments comme cela en famille. Mais j’avais pris la bonne décision ; quitter la maison était pour moi un acte de rébellion en tant que sacrificium. Mes parents n’auraient jamais compris si je leur avais expliqué que je voulais vivre les dernières années de ma vie comme je l’entendais.
Devais-je profiter de cet instant et aller m’asseoir sur cette terrasse ? Je n’aurais peut-être plus l’occasion de le faire. Je tirai la chaise et m’installai à une table vide, qui donnait sur la place du centre-ville. Elle grouillait de monde : des couples se tenant la main, des enfants en compagnie de leurs parents ou encore des adolescents qui profitaient de cette belle journée pour étudier sur le gazon.
— Bonjour, que puis-je vous servir, Mademoiselle ?
Le serveur attendait, un petit calepin à la main. Il était habillé d’un pantalon noir et d’une chemise blanche.
— Bonjour, je vais prendre un thé noir sans sucre, s’il vous plaît.
Je ne buvais que cela à la maison ; c’était donc la première boisson à laquelle j’avais pensé.
Je basculai légèrement la tête sur le côté et lui fis un joli sourire en guise de remerciement pour sa gentillesse. Ma réaction dut le mettre mal à l’aise, car ses joues se colorèrent légèrement de rouge. Il toussota avant de me répondre.
— Merci, je vous apporte votre commande.
Je me sentis gênée à mon tour de l’avoir mis dans une telle situation. Je n’étais pas habituée à ce genre d’endroit, je ne savais donc pas trop comment me comporter. Quelques minutes plus tard, le serveur revint avec ma commande. Il la posa sur la table et me sourit gentiment, ce qui me mit mal à l’aise à mon tour, puis il repartit.
Comme dans les livres, une fois mon thé terminé, je mis l’argent sur la table et repris la route. Prendre un thé dans un bar était pour moi une petite victoire personnelle. Je repartis, le sourire aux lèvres.
Je continuai à marcher et à déambuler dans les rues, heureuse d’être là et profitant de l’instant présent.
J’avais pris la décision de profiter des auberges de jeunesse ou des chambres d’hôtes pour dormir, bien moins chères que les hôtels dans les alentours. La plupart du temps, ils proposaient le petit-déjeuner inclus dans le tarif. J’en profitai donc pour me rassasier au maximum ou pour prendre quelques restes dans mon sac, sans que les propriétaires s’en aperçoivent.
Cela faisait maintenant plusieurs jours que je marchais, passant de ville en ville et essayant le plus possible de ne pas me faire remarquer. Mais l’argent commençait à manquer, et je devais trouver un petit boulot si je ne voulais pas devoir dormir dehors.
Je visai donc les petits magasins de fruits et légumes ; je pourrais les aider quelques heures en échange de quelques billets.
Mais la tâche s’avéra plus dure que je ne l’avais imaginé. La plupart du temps, on m’envoyait balader. Je ne perdis pas espoir et continuai mes recherches, comptant le peu de sous qu’il me restait au fur et à mesure que je les dépensais.
J’arrivai alors dans un petit village, et mon regard se posa sur un petit marchand de fruits et légumes qui se trouvait dans le coin. J’inspirai lentement et m’avançai vers lui.
— Bonjour, Monsieur ! Excusez-moi de vous déranger ; je me demandais si vous ne cherchiez pas quelqu’un pour vous aider dans votre magasin.
L’homme se redressa et me dévisagea de la tête au pied.
— Peut-être bien.
Sa réponse me donna un peu d’espoir, mais c’était un homme imposant : il avait une carrure de rugbyman, était chauve et barbu, et son regard était perçant. Je fus très intimidée et n’osai plus ouvrir la bouche.
— Pipa, que fais-tu ? Tu vas lui faire peur.
Un jeune homme arriva et posa sa main sur l’épaule du gérant. Tout en souriant, il s’excusa.
— Désolé, il n’est pas très sociable avec les inconnus, mais dès que l’on apprend à le connaître, c’est un vrai nounours.
Je balançai ma main devant mon visage, gênée par la situation.
— Tu cherches un petit boulot, c’est bien ça ?
— Oui, il me faut un peu d’argent si je veux continuer mon voyage.
— On ne pourra pas te donner grand-chose, mais si tu es d’accord, tu peux venir nous aider le matin. Il nous faudrait quelqu’un au moment de la livraison et de l’installation de la marchandise. Si tu n’as pas peur de te lever de bonne heure et de porter de lourdes charges, tu es la bienvenue.
— C’est d’accord, je veux bien vous aider.
Je lui souris, contente d’avoir enfin pu trouver un petit boulot.
— Bien, nous te disons à demain, alors. Viens à l’aube, ici même.
Il me sourit puis repartit au fond de la boutique, tandis que le gérant grogna et fit demi-tour pour le suivre.
C’était une rencontre des plus étonnantes, et j’avais hâte de commencer. Mais j’étais loin de me douter de la vraie nature de ces personnes.
J’étais arrivée devant le magasin un peu avant que le soleil se lève. Il faisait frais et le silence était de mise sur la place ; mais quelques heures plus tard, le monde serait là, et ce serait l’effervescence.
— Bonjour, je suis désolé, je ne me suis pas présenté hier.
Le jeune homme qui m’avait offert l’emploi se trouvait devant moi. Il était grand, et malgré sa taille fine, il avait les épaules carrées – peut-être le fait de soulever autant de poids chaque jour. Il avait de longs cheveux bruns attachés à l’arrière par un nœud, des yeux marron et un très joli sourire. N’importe qui pouvait tomber sous son charme. Il semblait très gentil, et digne de confiance.
Il me tendit la main afin de se présenter.
— Je suis Valérien ; enchanté, me dit-il avec un sourire séducteur.
— Bonjour, je m’appelle Claeys, merci de m’avoir donné cet emploi.
— Je le fais avec plaisir, nous sommes toujours prêts à aider nos semblables.
— Nous… dis-je en regardant par-dessus l’épaule de Valérien, tandis que le gérant restait à l’arrière de la boutique, posant de temps à autre un regard menaçant sur moi.
Valérien se mit à rire.
— Ne t’inquiète pas pour lui, cela fait des années que je le connais ; il parait très froid et distant, mais dès que l’on apprend à le connaître, on s’aperçoit que c’est un homme serviable et digne de confiance. Si tu restes un moment avec nous, tu le verras par toi-même.
— Hum…
Je restai sur mes gardes. Je ne voulais surtout pas m’attirer d’ennuis et alerter n’importe qui de ma présence ici. J’imaginais déjà les titres des journaux : « Une étrangère fait parler d’elle », ou encore « Une étrangère parmi nous ». Mes parents feraient aussitôt le rapprochement. Au même moment, ils devaient être en train de me chercher et d’éplucher tous les journaux à la recherche du moindre indice qui permettrait de me localiser.
— Tu es prête à commencer ?
Je lui répondis par un signe de tête.
— Tu parais être une personne très renfermée, je me trompe ?
— Non, tu as raison, je ne suis pas habituée à ce genre de situation ; désolée si je ne donne pas l’impression d’être sociable.
— Tu n’as pas à t’excuser. Tu penses pouvoir porter ces cagettes pleines ?
— Oui, je pense pouvoir le faire.
Je me dirigeai vers ces dernières, tout en jetant de temps en temps un coup d’œil timide au gérant. J’avais l’impression qu’il me guettait et qu’à la moindre erreur je me ferais mettre dehors. Valérien semblait plus décontracté en ma présence. Il côtoyait beaucoup de monde durant la journée, c’était donc plus naturel pour lui. J’espérais un jour lui ressembler et être aussi sociable.
Après quelques heures à faire des allers-retours entre la cour et l’intérieur du magasin, Valérien m’autorisa à faire une petite pause afin que je reprenne mon souffle. Il m’apporta même une bouteille d’eau.
— Tu finiras par t’habituer.
— Ces caisses sont lourdes, mais pas impossibles à soulever ; c’est une première pour moi.
Valérien me sourit.
— Je parlais de Pipa, je t’ai vue le regarder à plusieurs reprises. Ne t’inquiète pas, il ne te fera aucun mal.
— Merci, lui répondis-je, gênée.
— Bien, continuons. Maintenant que les caisses sont toutes rentrées, il faut les mettre sur les étals et retirer, par la même occasion, les fruits et les légumes abîmés que tu trouveras.
— D’accord, on jette ceux qui sont abîmés.
— Non, tu les mets dans une cagette à part, quelqu’un viendra les chercher dans la matinée.
— Tu continues de les vendre malgré leur état ?
— Non, nous les offrons aux gens dans le besoin ; chaque matin, une assistante sociale vient les récupérer, et les personnes qui n’ont pas de quoi se nourrir correctement viennent chercher auprès d’elle quelques fruits et légumes. Cela fait des années que nous faisons ça, c’est notre bonne action, et cela nous permet aussi d’avoir bonne conscience. Nous vivons dans un monde où les inégalités sont partout.
— C’est génial, ce que vous faites !
Je m’occupai d’une partie du magasin tandis que Valérien s’occupa de l’autre. Pipa me surveillait toujours autant, et même si Valérien avait essayé de me rassurer, je ne me sentais pas du tout à l’aise en sa présence. J’espérais qu’avec le temps il serait moins méfiant.
La matinée touchait à sa fin, et malgré ma lenteur, j’avais réussi à terminer ce que Valérien m’avait demandé.
— Bien ! C’est fini pour aujourd’hui, merci de ton aide. Voilà ta paie, mais si tu veux revenir demain matin, tu seras la bienvenue.
— Vous pouvez compter sur moi demain matin, lui dis-je en souriant.
— Content de l’entendre. Passe une bonne journée.
À ces mots, je lui fis signe et repartis en direction de l’auberge de jeunesse que j’avais réussi à trouver la veille.
De retour dans la chambre, je me laissai tomber sur le lit. Je n’avais travaillé que quelques heures, et pourtant j’étais épuisée. Je sentais des douleurs dans mes bras. Après m’être enveloppée dans la couette, je tombai dans un profond sommeil.
— Claeys… Claeys, réveille-toi, le déjeuner est servi.
Je bondis de mon lit, agitant mes bras devant moi. Aussitôt, la dame qui s’occupait de l’auberge de jeunesse m’attrapa par les épaules.
— Tout va bien, Claeys, tout va bien ; c’est moi, Karen.
Je restai à la fixer un instant, le temps de reprendre mes esprits et de faire le lien entre l’auberge de jeunesse et le petit boulot que j’avais réalisé ce matin.
— Désolé, Karen, je ne voulais pas vous faire peur.
— Ne t’inquiète pas, j’ai préparé le déjeuner et je suis venue te réveiller pour que tu viennes manger. Tu dois être épuisée, pour dormir autant.
Karen était adorable avec moi depuis que j’étais arrivée. Elle m’avait pris sous son aile. Elle gérait toute seule l’auberge de jeunesse. C’était une femme assez petite et forte, avec des cheveux frisés attachés en chignon. Elle avait toujours un tablier sur elle et prenait soin de chaque jeune qui passait par son auberge. Je n’étais là que depuis hier à midi, mais, déjà, tout le monde ne m’avait dit que du bien de cette femme ; elle était très appréciée.
Elle m’invita à la rejoindre dans la cuisine afin que nous déjeunions tous ensemble.
— Tu comptes rester quelque temps avec nous ? me demanda Karen.
— Oui, si cela ne vous dérange pas, j’aimerais rester quelques jours, le temps de me faire assez d’argent de poche pour pouvoir repartir sur les routes.
— Reste le temps qu’il te faudra. Il n’y a pas tout le confort dont rêveraient les jeunes, mais nous t’accueillons avec joie.
Je lui souris et commençai à manger. Loger dans une auberge de jeunesse comme celle-ci a ses avantages : il n’y a pas de repas à préparer et nous rentrons et sortons comme bon nous semble. Mais, à l’inverse, nous partageons la chambre.
Nous étions donc quatre filles à dormir dans la même pièce. Il y avait Stéphanie et Linda, avec qui je n’avais pas de grande affinité – nous avions très peu échangé depuis mon arrivée – et il y avait Vegas, avec qui j’avais discuté une bonne partie de la nuit. C’était une jeune fille comme moi : elle avait 17 ans, et elle aussi était partie de chez ses parents. Son père la frappait régulièrement, et sa mère, trop peureuse, laissait faire son mari. Elle avait erré plusieurs semaines avant d’atterrir ici, et depuis, elle n’était pas repartie. Elle se faisait un peu d’argent grâce à ses peintures qu’elle réalisait pour des particuliers ; elle était bourrée de talent, et sous ses airs de dure à cuire, c’était une fille très gentille et affectueuse. Elle était un peu plus grande que moi, avait des cheveux blonds et des yeux marron, et elle avait un style bien à elle : jean troué, T-shirt de garçon, veste en cuir et chaussures noires jusqu’aux chevilles.
Cette après-midi-là, Vegas me proposa de faire le tour de la ville. Je ne refusai pas. C’était la première fois que je traînais avec quelqu’un, comme le font les adolescents de nos jours. Cela me remplissait de joie.
Nous avions laissé nos affaires à l’auberge de jeunesse, aux soins de Karen.
— J’adore cette ville, déclara-t-elle. Elle est simple et paisible, et on n’est pas assommé par les bruits des klaxons ou de gens qui hurlent, car on n’avance pas assez vite pour eux.
Je ne me lassais pas de l’écouter. Elle avait toujours quelque chose à dire, sur la ville ou sur les personnes qui y habitaient, et de temps en temps, quand elle était nostalgique, elle me racontait des passages de sa vie où elle était heureuse avec ses parents. Vegas se confiait beaucoup à moi, et j’appréciais énormément ce qu’elle faisait, car cela me montrait qu’elle m’accordait sa confiance.
Mais quand la discussion se focalisait sur moi, je paniquais et demandais à changer de sujet. Vegas n’insistait pas, et j’appréciais grandement son geste. Un jour, qui sait, je lui expliquerais peut-être qui je suis réellement, mais pour le moment, je devais rester discrète.
De retour à l’auberge, Karen nous attendait pour passer à table. Trois nouveaux jeunes étaient arrivés alors que deux autres venaient de partir. C’est aussi cela, les auberges de jeunesse : certains partent et d’autres arrivent. À la fin du repas, Vegas et moi donnâmes un coup de main à Karen pour débarrasser et faire la vaisselle.
Avant d’aller au lit, je restai un moment dehors, assise sur un banc, à regarder les étoiles. Je fermai les yeux, laissant le vent passer dans mes cheveux, et caressai ma peau. Je n’entendais que le bruit du vent dans les arbres et les hululements des chouettes au clair de lune.
— C’est une belle soirée, n’est-ce pas ?
J’ouvris les yeux et aperçus Valérien.
— Il se fait tard, tu n’es pas encore couchée ?
— J’ai beaucoup de mal à trouver le sommeil, alors j’ai préféré sortir de la chambre. Je ne voulais pas réveiller les autres en bougeant dans mon lit.
— Je t’ai vue te balader aujourd’hui en compagnie d’une amie.
— Oui, Vegas m’a fait visiter la ville. C’est un endroit très agréable ; j’aurais aimé rester ici, si je le pouvais.
— Et pourquoi ne le pourrais-tu pas ?
Je regardai Valérien, le regard triste, et prise de nostalgie. Ce serait dangereux pour moi de m’installer ici.
— C’est compliqué, je ne dois pas rester ici trop longtemps.
Valérien se mit à côté de moi et regarda les étoiles. Nous sommes restés ainsi durant quelques minutes, avant de rentrer chacun de notre côté.
Quand j’arrivai au magasin le lendemain matin, Valérien me salua, tandis que Pipa me fit simplement un signe de tête, accompagné d’un grognement, ce qui fit sourire Valérien.
— Il y a un peu d’amélioration, dit-il.
On se mit aussitôt au travail. J’avais encore les bras qui me faisaient mal de la veille, mais je ne me plaignais pas ; je ne voulais pas perdre cet emploi. Dans une dizaine de jours, j’aurais récupéré assez d’argent pour repartir.
Les jours passaient et ne se ressemblaient pas. J’avais tissé des liens avec les gens de cette ville, j’aidais Karen aux fourneaux et passais la plupart de mes après-midis avec Vegas. Et quand cela n’était pas le cas, je m’installais à une terrasse et buvais un thé. Les matinées étaient, quant à elle, bien remplies. Valérien était toujours aussi beau et souriant, et Pipa, à ma grande surprise, avait fini par m’adopter.
Je me rapprochais de plus en plus de Valérien. Je n’avais jamais ressenti cela pour personne. Je sentais son doux parfum dès qu’il s’approchait de moi, et quand ses doigts effleuraient mon corps, je sentais un frisson me parcourir. Il était très avenant avec moi, mais je ne savais pas dire si cela était par pure amitié ou si les sentiments que j’avais étaient réciproques. Je m’avançais peut-être un peu trop, mais j’avais l’impression d’être tombée amoureuse de lui. Il me manquait quand il n’était pas à mes côtés.
Et puis, le soir, quand je rentrais à l’auberge de jeunesse, la réalité reprenait le dessus. Je ne devrais pas m’accrocher à quelqu’un de cette manière, c’était beaucoup trop dangereux ; et il en était de même avec Vegas. On s’était liées d’une forte amitié. J’avais affaire à un dilemme auquel je n’avais jamais dû faire face.
J’espérais que la nuit me porterait conseil.
Au petit matin, je me pressai d’arriver au magasin pour retrouver Valérien. Je devais lui annoncer mon départ. Rester dans cette ville était dangereux. Je m’attachais aux gens – c’était égoïste de ma part. Ma décision était donc prise. J’avais économisé assez d’argent pour reprendre la route.
— Bonjour, Valérien !
— Bonjour, Claeys ! Comment tu vas ?
— Bien, merci, euh… je…
— On se met au boulot, il y aura plus de commandes ce matin. On a refait le plein du magasin.
Je n’avais pas réussi à lui parler. Pas un mot n’était sorti de ma bouche. J’avais été comme paralysée ; peur de lui annoncer mon départ… mais j’avais surtout peur de sa réaction. Allait-il essayer de me faire changer d’avis ou simplement me souhaiter bonne chance pour la suite ?
Valérien me considérait peut-être comme une simple amie. Peut-être étais-je la seule à avoir des sentiments, à vouloir qu’il y ait bien plus qu’une simple amitié entre nous. Je désirais tellement qu’il m’enlace, qu’il pose ses lèvres sur les miennes ; j’avais envie de sentir son souffle chaud sur mon cou et ses doigts effleurer chaque partie de mon corps.
— Claeys, tout va bien ? Tu as l’air dans les nuages.
Au son de sa voix, je repris aussitôt mes esprits et me mis au travail.
La matinée passa très vite, et nous n’eûmes pas le temps de discuter ensemble comme nous le faisions d’habitude. Il me souhaita simplement une bonne journée.
— Merci, Claeys, à demain.
Sur ces mots, il fit demi-tour et rejoignit Pipa, qui l’attendait au fond du magasin.
Je me sentais mal à l’aise d’avoir pu penser un instant qu’il se passait quelque chose entre lui et moi.
De retour à l’auberge de jeunesse, je cherchai Vegas. Il était temps de le lui dire, à elle aussi, et j’espérais réellement avoir le courage de le lui annoncer.
— Karen, tu as vu Vegas ? Je ne la trouve pas.
— Non, maintenant que tu le dis, je ne l’ai pas vue depuis le repas d’hier soir ; elle est peut-être repartie sur les routes.
Je m’inquiétais. Vegas ne serait pas partie sans nous dire au revoir. Je me mis à sa recherche. Plusieurs heures après, je fus de retour à l’auberge de jeunesse. Karen était assise sur le banc, elle épluchait des pommes de terre.
— Tu veux un coup de main ?
— Merci de ton aide, Claeys.
Je m’installai à côté d’elle et commençai à éplucher.
— As-tu retrouvé Vegas ?
— Non, j’ai cherché partout, mais aucun signe de vie. Tu penses qu’elle serait partie sans nous dire au revoir, Karen ?
— Vegas est une fille plutôt solitaire. Elle est arrivée toute seule ici, et je pense qu’elle voulait simplement repartir comme elle était arrivée.
— Je pensais que nous étions devenues des amies, elle et moi.
— Et je suis sure que c’est le cas. Il y a peut-être une explication à son départ si soudain. Sois confiante, je suis sure que tu la reverras.
J’avais confiance en Karen, elle était de bon conseil.
— J’espère qu’elle va bien, dis-je.
Le lendemain matin, je devais annoncer mon départ à Valérien et partirais de la ville dans l’après-midi. Plus rien ne me retenait ; j’avais économisé assez d’argent. Vegas était partie et Valérien ne partageait pas les mêmes sentiments que moi. Je devais reprendre la route au plus vite. Je n’avais aucune idée d’où mes parents étaient à l’heure qu’il était ; ils étaient peut-être plus près que je ne le croyais.
J’avais fait mes valises afin de gagner du temps pour le lendemain et j’avais prévenu Karen de mon départ. Elle fut attristée par la nouvelle, mais comprenait tout à fait ma décision de vouloir voyager.
J’étais dans mon lit et avais énormément de mal à trouver le sommeil. Après quelques heures à tourner dans celui-ci, je finis par tomber de fatigue.
— Réveille-toi, Claeys, réveille-toi !
Je me retournai dans le lit, et quand j’ouvris les yeux, je vis Valérien. Il se tenait debout devant moi.
— Que fais-tu là ? On est en plein milieu de la nuit.
Il mit l’index devant sa bouche.
— Chut, je ne voudrais pas réveiller tes colocataires.
Je levai la couverture que j’avais sur moi pour me lever, mais Valérien en profita pour s’immiscer dans mon lit.
— Valérien, qu’est-ce que tu fais ?
— J’ai croisé Karen tout à l’heure, elle m’a dit que tu comptais partir demain. J’étais rentré chez moi, mais je n’arrivais pas à trouver le sommeil, je suis donc venu jusqu’ici pour te parler.
— Nous aurions pu discuter demain au magasin. De plus, Karen m’avait promis de ne rien te dire à propos de mon départ.
— Tu oublies que Karen ne sait pas tenir sa langue.
Il me fit un clin d’œil et s’enfonça dans mon lit, m’obligeant à m’allonger à côté de lui.
