Clair Obscur - Robert Onteniente - E-Book

Clair Obscur E-Book

Robert Onteniente

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Beschreibung

C'est le récit d'un homme, récit de celui qui refuse d'être hospitalisé, s'évertue à vouloir être ce qu'il a déjà vécu. il s'épanche vers l'ami, le confident, profitant ce temps précieux de sa mémoire, avant qu'elle ne s'enfuie. Enfin, dire comment il ressent chaque moment présent, chaque jour qui suit, dans le miroir de ses envies, ses désirs, ses soucis, son être, sa santé et l'espoir de la vie.

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Seitenzahl: 87

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Sommaire

Mardi

Vendredi

Lundi

Mardi

Mercredi

Jeudi

Vendredi

Lundi

Mardi/Mercredi

Samedi

Mardi

Vendredi

Lundi

Un jour

Autre jour

Passe le temps

Hier

Surlendemain

Demain

Toujours et tout jour

Clair obscur

Mardi

Mon cher Ami,

Tu vas être étonné de recevoir une lettre par la poste, venant de moi, alors que nous avons l’habitude de converser au téléphone. En ce moment je n’ai pas envie de parler, ayant des difficultés respiratoires et des douleurs fatigantes dans la poitrine. Donc je t’écris, en regardant par la fenêtre de ma chambre, d’où j’aperçois quelques immeubles, et leurs nombreuses ouvertures opaques, heureusement masquées par de grands arbres feuillus.

Non, je ne suis pas chez moi, mais dans un centre hospitalier, où j’ai été admis hier, afin d’effectuer différents examens et autres analyses. Cela me permet de faire un retour en arrière, alors que je n’ai jamais été malade, toujours été sportif, jamais pratiqué d’excès, voulant toujours être au mieux de ma forme. Ce qui fait que je n’accepte pas très bien cette situation, urgente ou pas, préconisée par mon médecin traitant. Par contre j’écoute ces personnes, qui ont fait des études et à priori, désirent mon bien, ce qui m’importe le plus.

Cela change ma vie, d’être pratiquement immobile et enfermé volontaire, avec l’attente des résultats et mon retour à la maison. J’ai pris un peu de temps pour me souvenir de mon arrivée dans ce village, il y a déjà plusieurs années, avec lequel j’ai eu une belle histoire d’amour, qui continue. Nous n’avions pas un goût particulier pour les vignes et le vin, mais le style et la tranquillité, l’amabilité de ses habitants, nous ont séduit. Nous avons toujours aimé le bon vin, et nous trouver dans ces vignobles, fut une grande joie. J’ai pu devenir ami avec certains vignerons et vivre leurs préoccupations de récoltes et de la vente, qui sont toujours une incertitude d’une année sur l’autre.

Les gens de la campagne, sont assez économes, pour la seule et bonne raison, qu’il faut tenir après une grêle dévastatrice ou une gelée de printemps, celles de mai étant la plus meurtrière, tu le sais. Comme leur patrimoine vient des différents héritages, ceux qui restent s’emploient à le faire durer, même avec les ennuis familiaux que causent souvent les partages.

Bien entendu quand on est salarié d’une entreprise ou fonctionnaire, on ne se pose pas les mêmes questions de vie. On pense que l’état, le reste éternellement, en bon état. L’entreprise, on y pense, on aime la savoir en bon état, ainsi nous permettre d’y rester, donc d’y gagner de quoi vivre, et pourquoi pas mieux chaque année. La retraite, nous considérons cela comme une fin et non pas un but, même si les employeurs, quels qu’ils soient, nous font sentir notre prochain départ, comme une délivrance.

Il y a trente six organismes qui nous conseillent de bien la préparer et veulent que nous restions en bonne santé. Sauf, peut-être la sécurité sociale, les ministères de la santé et les ministères de l’économie et de l’agriculture. Pour le ministère des sports, nous sommes de bons bénévoles en puissance, avec un peu d’entrainement on y arrive.

C’est vrai un retraité coûte cher quand il vieilli sainement ou a des maladies bénignes, il est économique quand il disparaît… Les caisses de retraite et leurs mutuelles affidées nous montrent tous les dangers de l’inactivité, mais tempèrent le fait que nous puissions être trop actifs. J’ai toujours considéré que nous devions rester actifs et impliqués dans la vie de nos concitoyens, même si cela se traduit par une ingérence du domaine privé.

Encore que cette ingérence, si elle existe réellement, ou ressentie comme telle, se fait souvent contre notre volonté, le modernisme et ses moyens de communication en sont la cause.

Il n’y a pas d’agressivité en quelque sorte, sur la vie d’autrui, plutôt la volonté de faire le bien, ce qui n’est pas forcément partagé, par chacun d’entre nous. Comme moi tu aimes apporter du mieux et faire que chacun puisse profiter, à égalité en toute fraternité, de ce qui peut être produit au niveau collectif, pour l’ensemble de la communauté.

Ce qui manque le plus, à tous, c’est la bonne information, dans tous les domaines. Qu’elles soient diffusées, expliquées et comprises, les informations de droit, de civisme, de gestion communale, de priorité et de capacité financière, reçoivent souvent un accueil mitigé. Trop souvent entachées d’intérêts politiques trop idéologiques, ou encore d’intérêts personnels et financiers, le but est rarement atteint.

Nous acceptons donc de vivre dans un compromis, qui malheureusement profite plus à certains qu’à d’autres. Les cloches de l’église sonnent-elles trop fort à chaque heure, le coq a-t-il le droit de vivre en plein air, les vaches de dégazer à proximité des habitations, bien d’autres tracasseries de voisinage, inhérentes à la vie au village.

Par contre, quand par un beau matin, de temps clair et ensoleillé, tu décides d’ouvrir ta fenêtre et profiter de l’air frais, il vaut mieux prendre quelques précautions. En effet ton voisin, homme de la terre et des vignes, arrive sur son tracteur avec une belle machine à l’arrière, qui envoie en l’air un nuage de pesticides et autres insecticides. Il est habillé comme un scaphandrier, un véritable zombie des temps moderne, c’est pour se protéger, en cause son métier. C’est vrai que de conduire cet engin, avec un casque sur la tête, pour écouter la radio ou de la musique, est vraiment pénible. Les insectes et tous les parasites se sont ligués contre ces gens vignerons, de père en fils, mais libres, sur leurs terres, patrimoine ancestral, qui doit durer, contre vents et marées, disait celui qui vivait de la mer.

Alors là, tu fermes ta fenêtre et te calfeutres à l’intérieur de ton chez toi, tu coupes la climatisation, qui ramasse les miasmes extérieurs et te les restitue amplifiés, faciles à inspirer. Inutile de vouloir déguster ton café dans le jardin, le vent t’apporte un parfum indésirable, il n’y est pour rien. Le mieux ce jour là, aurait été de partir en voiture, dans une forêt éloignée de toute activité, humainement agricole. Mais bon, tu attends, cela va s’arrêter. En effet une heure après tu sors, mais reste dans l’air cette odeur caractéristique, genre DDT.

Je me suis toujours dit que c’était un cas d’ingérence néfaste voire même assassine. Mon voisin n’est pas un assassin conscient, son député non plus, le sénateur est souvent issu lui-même de cette belle agriculture, le ministre de l’agriculture n’a pas pensé qu’un jour il prendrait une décision assassine. Non, tous ces gens n’ont aucune responsabilité individuelle, sauf celle de lever la main pour adopter une loi, celui qui fabrique le produit a payé un tas de conseillers politiques pour vendre sa sauce, l’élu est donc dans un droit acquis, d’irresponsabilité collective assassine.

Moi, j’ai subi et cela continue, ils m’ont empoisonné et je vais être obligé de prendre des traitements abominablement chers, pour essayer de sauver un peu de ma vie. Eux qui ont la volonté de la raccourcir, ne se soucient pas de tuer des hommes encore moins des abeilles, par contre ils ont des vétérinaires pour leurs bestiaux, très affutés.

Enfin, si j’en réchappe, crois-tu que je devrais combattre ce voisin, ou celui qui le représente, ou ceux qui vendent et fabriquent ces poisons trop largement diffusés.

Si je n’en réchappe pas, tu leur diras que tu ne les remercies pas de nous avoir séparés ainsi, définitivement, aussi prématurément. A une prochaine…

Vendredi

Cela fait quelques heures que j’ai eu la confirmation de ma maladie. Tu sais le genre de nouvelle indispensable à ta survie. Ben ça y est, les poumons sont touchés, et aussi le cerveau, du fait d’une métastase qui aurait pris la tangente, préférant voyager. Les voyages ont parait-il toujours été bénéfiques, disait Montaigne, pourtant ce brave homme souffrait le martyr sur son bourrin, mais il adorait se déplacer. Comme à son époque les chemins n’étaient pas tous carrossables, il valait mieux emprunter le quatre cylindres crottin. Lui avait la chance de respirer un air frais et clair, d’admirer son environnement, d’en ressentir les odeurs et les parfums, même que le fumier avait une présence rassurante, puisqu’il rapprochait du cheval et du maître.

Je pense à lui et sa chute de cheval, il faillit y laisser sa peau, surtout avec l’équipe de bras cassés qui l’accompagnait. Heureusement il avait une bonne « couscouille » comme on disait à son époque en occitan, et la volonté de la résistance à la mort, il en conviendra par la suite. Le plus marrant, dans sa philosophie bienveillante (il paraît qu’elle devrait toujours être ainsi), était qu’il entendait tout ce qui se disait autour de lui. Déjà chacun, y compris le curé, y allait de son de profundis, pleurant ou non ce grand homme. C’est fou ce qu’on grandit dans ces cas là, on nous allonge plutôt que de nous l’allonger, la vie. Mais le Diafoirus du coin et quelques tisanes et autres compresses, lui permirent de survivre, après un temps qu’il trouva très long.

Je ne veux pas te charger avec ces considérations antiphilosophiques, n’ayant pas eu le bonheur d’être un philosophe reconnu, n’y ayant jamais prétendu. Le gars qui peut te prédire un avenir, sur des exemples du passé, n’est pas prétentieux, mais souvent très naïf ou intéressé. Je verrais bien le mec pratiquant le Yoga, perché en équilibre, les pieds au ciel et la tête en bas. Ainsi ils disposeraient d’un regard très terre à terre, mesurant l’épaisseur de la semelle de tes sandales, de leur usure et du temps qu’il te resterait avant d’aller nu-pieds.

D’autres soulèveraient des cailloux, petits ou plus gros, déterminant l’humidité croissante qui avait permis au coléoptère surpris, de se tenir à l’abri des intempéries, sauf celles des hommes. Pour eux, on pourrait dire, un temps péris, mais encore faudrait-il qu’ils en aient le style, ce qui leur promet une entrée, faute de sortie.