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Une chasse au trésor bien organisée vire au cauchemar...
Printemps 2016, dans la Marne, est organisée une chasse au trésor sur les sites historiques de l'Argonne.
Cependant, des joueurs décèdent dans d'étranges circonstances, accidents, suicides, sans parler des cambriolages qui se multiplient.
Et où est passé l'organisateur du jeu ?
Lorsque l'une de ses patientes disparaît, Iris, psychologue, doit résoudre une à une les énigmes du livre afin de retrouver sa trace.
Le temps est compté.
Elle mène l'enquête auprès de son ami d'enfance et gendarme, David Fisch et sous la direction du capitaine Chalons.
Découvrez sans plus attendre une enquête palpitante aux côtés d'Iris et de David Fish à la recherche de la vérité suite à une chasse au trésor qui tourne mal.
EXTRAIT
David Fisch et Chalons se concertaient dans leur bureau sur l’événement de la veille.
— Toute la nuit, ça m’a trotté dans la tête ce dessin sur le bras du type. Je viens de comprendre pourquoi. Regarde sur la photo, là.
— Lââ, reprit Chalons, réitérant l’accent appuyé de son collègue.
David ne releva pas, trop concentré qu’il était par sa démonstration.
— Le mois dernier, une jeune femme de vingt et un ans a fait le grand plongeon depuis le haut de la tour de Montfaucon. Regarde, elle a le même dessin sur son bras droit. On a fait venir la police scientifique de Reims, prélèvements et autopsie.
— Effectivement, réalisa Chalons en prenant connaissance du dossier, les examens sont décrits en détail..., mais on dirait que l’affaire a été vite classée.
— La famille a été interrogée, ainsi que son médecin, justifia David. Elle était traitée pour dépression avec risque suicidaire. Pas de témoin. Autant dire qu’on a vite clôturé l’affaire, surtout qu’avec les trafics de métaux des dernières semaines, ah ça, non, on n’a guère le temps de tergiverser.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Normande d'adoption, Aline Cannebotin est originaire de Ste-Ménehould dans la Marne. Après le succès rencontré par son premier roman régional, Les pommiers de l'orage (2016), elle publie à 49 ans son second ouvrage, un policier, intitulé Comme une bête aux abois dont l'action se déroule sur sa terre natale en Argonne.
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Seitenzahl: 257
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Table des matières
Résumé
Première partie la symbolique du triangle
Deuxième partie L’alliance
Troisième partie un témoin encombrant
Quatrième partie bas les masques !
Épilogue
Expressions argonnaises
Barjabulle Barjac
TRÉSOR D’ARGONNE
Remerciements
Printemps 2016, dans la Marne, est organisée une chasse au trésor sur les sites historiques de l'Argonne.
Cependant, des joueurs décèdent dans d'étranges circonstances, accidents, suicides, sans parler des cambriolages qui se multiplient.
Et où est passé l'organisateur du jeu ?
Lorsque l'une de ses patientes disparaît, Iris, psychologue, doit résoudre une à une les énigmes du livre afin de retrouver sa trace.
Le temps est compté.
Elle mène l'enquête auprès de son ami d'enfance et gendarme, David Fisch et sous la direction du capitaine Chalons.
Normande d'adoption, Aline Cannebotin est originaire de Ste-Ménehould dans la Marne.
Aline Cannebotin
Comme une bête aux abois
Roman policier
ISBN : 9782378735111
Collection Rouge
ISSN : 2108-6273
Dépôt légal : Novembre 2018
© couverture Ex Æquo
© 2017 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.
Toute modification interdite
Éditions Ex Æquo
6 rue des Sybilles
***
I
Saint-Thomas-en-Argonne, mercredi 23 mars 2016
Horrifiée, Myrtille Blanche détala à toutes jambes, grimpant quatre à quatre les marches qui l’amenaient vers le grand jour.
Sur la route, elle se sentirait plus en sécurité.
L’avait-il suivie ?
Surtout ne pas se retourner, courir, courir, de plus en plus vite.
Elle parvint à bout de souffle à sa voiture.
Mais, que diable ai-je fait des clés ?
Pas dans ses poches, celles-ci se cachaient sans doute dans le tréfonds de son sac à main qu’elle vida nerveusement sur le capot.
Les voilà.
Soulagée, elle put enfin se jeter sur le siège et verrouiller les portières, soulagée qu’on ne l’ait pas suivie.
Elle démarra en trombe et descendit à toute allure les virages.
Qui était donc ce détraqué et que faisait-il là ? À croire qu’il l’attendait.
Elle observait tranquillement la chapelle des poilus lorsqu’un bruit de pas sur des cailloux l’avait fait se retourner.
À peine l’avait-elle distingué parmi cette végétation luxuriante avec son costume de moine et cet étrange masque qui lui recouvrait le visage. Un dégénéré, un farceur, le fou du village ?
Pire que cela, avait-elle réalisé en découvrant l’éclat de l’arme blanche qui jaillissait de sa manche.
Il lui fallait oublier cet invraisemblable scénario pour se concentrer sur la route.
Léopold, son petit garçon, lui avait quémandé des croissants pour son petit déjeuner.
Se focaliser sur cette idée.
Sur l’autoradio, les ondes s’étaient brouillées, diffusant une musique classique aux notes inquiétantes.
À l’issue des virages, elle dépassa une voiture rouge, d’un modèle ancien, garée sur le bas-côté. Un autocollant en ornait la portière avant, quatre étoiles rouges sur fond blanc, bordées de deux bandes bleu pâle. Mais, au volant, horreur, l’hurluberlu attendait son passage pour démarrer et la suivre !
Épouvantée, Myrtille accéléra tout en jetant des regards affolés dans son rétroviseur, prenant à peine garde à la route qui défilait.
Soudain, un sanglier la surprit en déboulant devant sa voiture.
Elle fit un écart à droite pour l’éviter, trop vite !
Elle perdit le contrôle de son véhicule, heurta le bout de trottoir qui précédait le petit pont. La voiture l’entraîna dans une envolée sinistre par-dessus le fossé, vers le gué de la rivière, fit plusieurs tonneaux, brinquebalant la malheureuse de toute part avant d’atterrir sur ses quatre roues.
La dernière image qu’elle aperçut fut celle de la fumée qui s’échappait du capot.
***
Saint-Rouin
En fin de matinée, un appel avait retenti au poste de gendarmerie de Ste-Ménehould.
Un corps venait d’être découvert par un promeneur en forêt de St-Rouin.
David Fisch et Stéphane Chalons avaient été missionnés sur place.
Pour le capitaine Chalons, fraîchement muté dans la région afin de renforcer les équipes de gendarmerie, devoir se déplacer sur le lieu de cet accident était une pure formalité. Ils relèveraient les indices, écouteraient le témoin, prendraient note des conclusions du médecin et rempliraient les papiers nécessaires. Des heures perdues dans cette forêt au lieu de se pencher sur d’autres affaires plus importantes et bien plus passionnantes.
Les deux hommes se tenaient à côté du corps, celui d’un septuagénaire, René Colin, d’après les papiers trouvés dans son portefeuille.
Le promeneur qui avait fait cette macabre découverte se tenait à une dizaine de mètres des gendarmes, pas très enclin à écouter ce compte-rendu morbide.
— Vous n’avez touché à rien, lui demanda Chalons ?
— Non, j’ai juste tâté le pouls et regardé s’il respirait.
À quelques pas du cadavre se trouvait un aérosol que David saisit avec son mouchoir.
— C’est de la Ventoline, leur cria l’homme, je le sais, car ma femme est asthmatique et c’est ce qu’elle prend quand elle a des crises.
— Le flacon est vide, constata David.
— Je croyais que vous n’aviez rien touché, s’énerva Chalons.
— Non, juré, reprit l’homme sur la défensive, je l’ai seulement retourné avec ma chaussure. Maintenant, je dis ça, c’est juste pour aider. Si vous n’avez plus besoin de moi, je m’en vais.
— Pas si vite, fit Chalons, on va prendre vos coordonnées.
David déposa la Ventoline dans un sac puis nota les coordonnées du témoin afin de le libérer.
— Merci pour votre collaboration, on vous rappellera en cas de besoin.
René Colin, allongé sur le dos, face vers le ciel, ne présentait aucun signe d’agression ni sur le cou ni sur le visage. Il portait un jeans foncé et un pull écru torsadé recouvert d’une veste de cuir cognac.
Taille 1m75 environ, cheveux poivre et sel, nota David sur son rapport.
— Une crise d’asthme, plus assez de médoc pour regagner du souffle. Mort naturelle a priori, conclut Chalons.
David s’était penché au-dessus du corps et y prélevait des poils d’animaux qu’il glissa dans un sac. Des poils blancs et gris, lisses, à peine visibles sur la couleur du pull-over.
— Au cas où…
— Appelle la brigade, lui ordonna Chalons, on n’est pas là pour peigner la girafe, qu’ils nous trouvent un médecin et qu’une équipe vienne en renfort pour interdire l’accès au site. Il faudra aussi prévenir la famille.
La femme médecin arriva près d’une heure plus tard, furieuse et dépitée d’avoir dû quitter sa consultation.
Après avoir examiné le corps, elle rédigea le certificat de décès selon la procédure, y nota que la mort était réelle et constante et datait de la veille. L’absence d’ecchymoses et de plaies la fit pencher pour une mort naturelle, compte tenu des circonstances et de l’aérosol vide trouvé sur les lieux, même si elle ignorait tout du passé asthmatique de l’homme, n’étant pas son médecin traitant. Pas d’obstacle médico-légal. Cependant, une inscription dessinée au crayon sur le bras de l’homme retint son attention. Il s’agissait d’un triangle avec un cœur en son centre. David le photographia avec son téléphone. Rien d’inquiétant en soi, une simple bizarrerie, pas de quoi déclencher une procédure.
Elle data l’heure de la mort à la veille au soir sans pouvoir en préciser l’heure exacte.
Sans obstacle médico-légal, il n’y aurait pas d’autopsie.
— Allez, on se calte, fit Chalons. On a perdu assez de temps comme ça.
***
Des notes de jazz résonnaient dans la pièce, envoûtantes et librement inspirées, celles du saxophone de Steve Coleman.
Ce morceau, intitulé « Tao of mad phat », emportait Jimmy vers des sphères lyriques, possédé qu’il était par cette musique aux intonations rythmées. Debout, il se trémoussait, les doigts agités sur les clés d’un saxophone imaginaire, scandant la musique.
Le son Selmer perfectionnait l’acoustique, un équilibre maîtrisé entre les graves et les aigus qui répondait au moindre souffle du musicien et laissait exploser sa créativité.
Jimmy aussi savait jouer du saxophone. Ses amis disaient qu’il en possédait l’art et le maîtrisait comme personne, art qu’il avait exercé outre-Atlantique à une époque révolue, si lointaine déjà.
Jimmy leva ensuite son verre de whisky afin de trinquer avec le portrait d’un saxophoniste, une huile sur toile d’1m30 de hauteur qui le représentait, lui, auréolé de couleurs, au temps de sa gloire.
— À nous, vieux frère, à ces deux jours d’une efficacité redoutable, clama-t-il.
Puis il se mit à ricaner, au souvenir de cette matinée opportune à St-Thomas.
— Si tu avais vu la tête de cette pauvre gourde, quand elle m’a aperçu, capuchonné et masqué, et quand j’ai extrait le couteau de sous ma manche ! On aurait cru qu’elle avait vu un fantôme ! Elle a détalé comme un lapin. Ce sanglier, sorti de nulle part a été une fameuse aubaine ! A-t-elle eu le temps d’apercevoir le drapeau sur la voiture ? Après une envolée pareille au-dessus du pont, les tonneaux et la fumée qui sortait du capot, on ne le saura jamais. Une de moins sur notre piste ! Bientôt je récupérerai enfin ce qui nous revient de plein droit. Allez, en avant !
Le perroquet vert, un amazone à front bleu, posé sur son épaule se mit à roucouler et répéta :
— En avant ! Grrr grrr !
— C’est ça, Tipi, en avant, le compte à rebours est lancé.
Puis il se saisit de la liste de noms qui était à portée de sa main et raya ab irato le nom de Myrtille Blanche.
***
II
Jeudi 24 mars
David Fisch et Chalons se concertaient dans leur bureau sur l’événement de la veille.
— Toute la nuit, ça m’a trotté dans la tête ce dessin sur le bras du type. Je viens de comprendre pourquoi. Regarde sur la photo, là.
— Lââ, reprit Chalons, réitérant l’accent appuyé de son collègue.
David ne releva pas, trop concentré qu’il était par sa démonstration.
— Le mois dernier, une jeune femme de vingt et un ans a fait le grand plongeon depuis le haut de la tour de Montfaucon. Regarde, elle a le même dessin sur son bras droit. On a fait venir la police scientifique de Reims, prélèvements et autopsie.
— Effectivement, réalisa Chalons en prenant connaissance du dossier, les examens sont décrits en détail..., mais on dirait que l’affaire a été vite classée.
— La famille a été interrogée, ainsi que son médecin, justifia David. Elle était traitée pour dépression avec risque suicidaire. Pas de témoin. Autant dire qu’on a vite clôturé l’affaire, surtout qu’avec les trafics de métaux des dernières semaines, ah ça, non, on n’a guère le temps de tergiverser.
— Ah çâââ ! Tu as quand même un foutu accent ! ironisa Chalons.
— Que veux-tu, on ne se refait pas.
— Et tes expressions : alors le gros, comment qu’c’est le gros ? Et le Régis ? Et la Sophie ? Sûr que t’es un vrai Argonnais.
— Et toi, le Monsieur de la ville, tu ne t’es pas vu avec tes phrases vieilles comme le monde. Celle-là, elle n’est pas piquée des hannetons ! Trop point n’en faut !
— Ou pas piquée des gaufrettes, j’aime bien aussi. D’accord, c’est de bonne guerre. Je vois que quand on te chauffe, il y a du répondant.
— Ben oui, tu croyais quoi ? Tomber sur un chamallow ?
— En tout cas, sérieusement, il faut rouvrir l’enquête, dit Chalons.
— Pas suffisamment d’effectifs. Moi-même, je dois planquer toute la nuit pour des vols de matériel dans les champs à Courtémont.
Le capitaine se mura dans un silence contrarié. Arpentant le bureau, il fut soudain pris de tremblements nerveux. Une légère rougeur envahit son visage et fit gonfler la veine de sa tempe droite.
Il fulmina :
— Mais je suis venu spécialement en renfort depuis Châlons-en-Champagne. Il s’agit peut-être de deux meurtres.
Caractériel et lunatique, pensa David dont le stress monta d’un cran.
— T’as vu ce qu’a mis la toubib dans son rapport ? Mort naturelle. Je vais plaider auprès de mon père pour qu’il fasse ouvrir une enquête par le procureur, mais je ne te cache pas que ça risque d’être compliqué.
David sortit fumer pour calmer ses nerfs, qui seraient, semble-t-il, bien sollicités dans cette nouvelle affaire.
***
— Concentrez-vous sur la première scène, celle de la piscine, que ressentez-vous ?
— Je n’éprouve plus d’appréhension... presque une curiosité enfantine à l’idée de m’y rendre à nouveau.
— C’est parfait, fixez la baguette.
La baguette d’Iris Lepage, ornée d’un pommeau blanc, décrivait des mouvements réguliers de gauche à droite à la façon d’un métronome.
Claudine Roy ne la quittait pas des yeux, infligeant à son cerveau ce mouvement latéral, qui ré-encodait ses souvenirs, en les véhiculant du cerveau droit vers le gauche. Cette manœuvre lui permettait de digérer le traumatisme vécu.
Lorsqu’elle était arrivée la première fois au cabinet de psychologie EMDR, Claudine Roy, aquaphobique, était totalement traumatisée parce qu’on l’avait, enfant, obligée à sauter dans le grand bain, alors qu’elle ne savait pas nager. L’idée de mettre le moindre orteil dans l’eau lui procurait, depuis, des crises de panique invalidantes.
La désensibilisation avait été progressive, la ramenant vers des souvenirs d’enfance qu’elle avait complètement occultés.
Grâce à Iris Lepage, elle pouvait désormais revivre l’événement de manière sereine.
La psychologue était vêtue d’un jeans skinny foncé, d’un top argenté et d’une veste noire. Ses yeux se paraient d’un fard à paupières rose et de mascara. Des bracelets dansaient sur son poignet gauche ainsi qu’un Pandora, agrémenté des nombreuses perles offertes par ses amies. Des bagues ornaient ses doigts, argentées pour la plupart. Une seule était en or, il s’agissait d’un anneau lisse tout simple qui ne quittait jamais son annulaire droit.
— Vous avez fait d’immenses progrès. Que diriez-vous d’une séance de piscine en ma compagnie ?
— Je suis prête à tenter l’expérience.
Iris Lepage éprouvait de plus en plus d’empathie pour sa patiente et l’admirait pour le travail accompli, même si elle n’y était pas complètement étrangère. C’était la gratification de son métier et ce pourquoi elle l’avait choisi, aider les autres à s’accomplir.
La décoration de son cabinet, qui se voulait sobre, offrait au regard des lignes épurées. De longs doubles rideaux rayés habillaient les fenêtres, sans qu’on les remarquât réellement.
Au centre de la pièce, un bureau noir, moderne et lisse, reposait sur un tapis grège, animé de quelques arabesques.
Elle avait aménagé un espace salon avec deux fauteuils en tissu écru se faisant face. Pas de divan pour cette psychologue qui préférait proposer des thérapies brèves plutôt que de trop longues années de psychanalyse. À chacun son domaine.
Face au fauteuil du patient, un tableau représentait une fenêtre ouverte sur la mer, vers laquelle se perdaient souvent les regards. Face au sien était accrochée l’indispensable pendule qui rythmait les séances.
Iris s’assura du bien-être de sa patiente et lui apprit quelques techniques de respiration.
Quand celle-ci se sentit prête, elles prirent ensemble, à pied, la direction de la piscine.
Après avoir traversé la place d’Austerlitz, les deux femmes empruntèrent l’Allée des Couleurs.
Ce sentier qui traversait la ville n’avait jamais aussi bien porté son nom. Cette année, pour la première fois, un concours avait été créé pour élire le meilleur horticulteur parmi les élèves des lycées agricoles et d’espaces verts de la région.
Il s’agissait de leur attribuer à chacun un périmètre de plantation afin qu’ils révèlent leur créativité. Plusieurs communes s’étaient portées volontaires et, à la surprise générale, Ste-Ménehould avait recueilli tous les suffrages.
Depuis quelques semaines, l’Allée des Couleurs se paraît ainsi d’une palette de teintes, le rose des hoyas et des andromèdes à clochettes, le blanc des orangers du Mexique aux fleurs odorantes, le jaune vif des forsythias, le bleu des ceanothes, tandis que les clématites se déclinaient du rose au pourpre.
La température était agréable, douce, presque printanière.
Tout cadrait à merveille avec le cheminement de Claudine Roy vers sa métamorphose.
Était-ce la légèreté de l’air ?
Claudine se laissa aller aux confidences sur un sujet qu’elle n’avait jamais évoqué, sa rencontre idyllique avec un homme plus jeune qu’elle.
L’aventure avait débuté au début de l’automne et il était désormais question qu’ils vivent ensemble.
Iris la félicita, un bonheur n’arrivant jamais seule, elle comprenait l’épanouissement de sa patiente.
La jeune femme s’interrogea sur son propre rapport avec les hommes. Jusque-là, que des échecs. Elle était bien partie pour rester célibataire.
Le sentier avait fait place à une allée en lattes de bois, dressée sur pilotis au-dessus de la prairie sauvage.
Bientôt la piscine l’Aquarelle avec ses vitraux violets, blancs et bleus fut enfin à portée de regard.
Comme à son habitude, Iris choisit le casier numéro 321. Pourquoi le 321 ? Sans doute inconsciemment pour la dynamique qui y était associée, « 3 2 1, partez ! », car de l’énergie, Iris en avait à revendre. Claudine abrita ses vêtements dans le vestiaire contigu.
Les deux femmes se douchèrent sous une eau à peine tiède, puis Iris accompagna Claudine sur les marches qui descendaient dans le petit bassin.
Progressivement, cette dernière s’immergea jusqu’à mi-mollet, en prenant de grandes inspirations, puis les cuisses et enfin le corps. Le cours se déroula à merveille. Les deux femmes enfilèrent des lunettes et Iris montra à Claudine comment souffler doucement dans l’eau, les bras accrochés au rebord de la piscine. Ensuite, ce fut presque un miracle de la voir d’elle-même s’immerger la tête entière. Quel accomplissement pour Iris et quelle victoire pour sa patiente !
Quelques jeux encore, puis ce fut l’heure du départ.
Déjà ! dit Claudine qui réserva un cours de natation pour la semaine suivante.
***
Ces derniers jours, David n’avait pas perdu son temps.
Dès le vendredi, il avait rencontré la veuve de René Colin. Les obsèques étaient prévues pour le lendemain. L’épouse affirmait que son mari, plutôt prudent, ne partait jamais sans un aérosol de Ventoline sur lui, mais que ce jour-là il était fatigué, troublé, et qu’il en avait même oublié son portable. Mais que non, elle ne savait rien de l’inscription sur son bras, elle ne l’avait pas vue.
En revanche, fait troublant, la famille ne possédait ni chat ni chien. La victime en avait une sainte horreur et pour cause, elle était allergique aux poils d’animaux. Ceux-ci lui déclenchaient des crises d’asthme alors, pensez-vous, il ne s’y serait jamais frotté.
David se demanda alors ce que faisaient les poils d’animaux retrouvés sur son pull.
Il rappela le témoin qui promenait son chien, lequel aurait pu renifler la victime. L’homme assura que non, après cette macabre découverte, il avait aussitôt remis son beagle en laisse pour le maîtriser, puis l’avait enfermé dans la voiture en attendant leur arrivée.
David décida de s’intéresser de plus près au cas de la jeune femme et de son mystérieux suicide à Montfaucon, en se rendant au domicile de ses parents à Verrières.
La famille ne comprenait pas comment leur fille en était arrivée à cette extrémité.
Certes, elle avait fait plusieurs tentatives de suicide par le passé. Plutôt solitaire et de faible complexion, elle n’était cependant plus la jeune fille chétive, à l’œil languide qu’ils avaient connue ; elle avait repris goût à la vie, se pomponnait, s’achetait de nouveaux vêtements. Le matin même de sa mort elle s’était rendue chez le coiffeur.
Les sites touristiques de la région étaient devenus son passe-temps favori, elle les visitait tour à tour en prenant des photos des lieux.
À qui lui demandait pourquoi, elle répondait invariablement qu’on ne connaissait jamais suffisamment sa région et souriait d’un air malicieux. Et comme elle n’avait pas encore trouvé sa vocation, cela aurait pu lui donner des idées, allez savoir.
David s’étonnait que la jeune fille ait eu soudainement envie d’en finir, et violemment, du haut d’une tour. Mais bon, il n’était pas psy.
En revanche, il en connaissait une et ne tarderait pas à lui rendre visite.
— Alors David, où en sont tes investigations ?
Ainsi s’informait Gabin Fisch, le père du jeune homme, mais aussi son supérieur hiérarchique à la gendarmerie.
Ils déjeunaient ensemble au restaurant Le Cheval Rouge, le patron de celui-ci ayant offert de les inviter.
David lui fit part de ses récentes découvertes, de ses doutes à propos du pseudo suicide de Montfaucon et des poils retrouvés sur René Colin.
Sceptique, Gabin émit quelques hypothèses avant de proclamer :
— Tu ne sais pas à quel point il est difficile de faire ouvrir une enquête par le procureur, tes arguments sont convaincants, mais il en faudra davantage pour le décider.
Les deux hommes dégustaient un suprême de poulet au ratafia, savourant chaque bouchée, refusant pourtant le vin qu’on leur proposait, service oblige.
Sur la banquette voisine étaient assis deux hommes, élégamment vêtus, d’un costume Armani pour le plus âgé, tandis que le second, la trentaine naissante, était Hugo Bossé de la tête aux pieds. Visiblement, un déjeuner d’affaires.
David ne se décourageait pas, extirpant son iPhone de son jeans, il brandit la photo du singulier dessin sous les yeux de son père.
— Tu sais, j’ai la vue qui baisse et avec le reflet de lumière, je ne suis pas certain de ce que je vois.
— Agrandis l’image, s’impatienta le jeune homme, lui ôtant le téléphone des mains et opérant lui-même la manœuvre.
Dans sa frénésie, il sortit un stylo de sa poche pour reproduire sur un vieux ticket le triangle avec un cœur en son centre.
Leurs voisins de table, qui n’avaient rien perdu de leur échange, scrutaient attentivement le dessin que David avait fébrilement tracé sur le papier.
— S’agit-il d’une secte ? s’enquit soudain le plus âgé.
Les deux flics tressautèrent, agacés d’avoir été espionnés.
— Désolé, s’excusa l’homme, c’est juste que votre triangle, si vous mettez un œil au centre, c’est le symbole des Illuminati, vous savez, la secte des Illuminés, ces gens qui veulent dominer le monde... la théorie du complot.
Père et fils demeurèrent interloqués.
— Je m’excuse encore, reprit leur voisin qui s’empressa de régler l’addition en réclamant une note pour ses frais.
David le remercia, puis regarda les deux hommes s’éloigner vers la sortie, songeur.
— Attention à ne pas affoler l’opinion publique, reprit Gabin en chuchotant. Ce genre d’indiscrétion pourrait nous coûter cher. Si les gens apprennent qu’on a un tueur en liberté...
David acquiesça.
— Alors penses-tu qu’il puisse s’agir d’une organisation secrète ?
— Pourquoi pas ? Je sais que tu as du flair, tu l’as prouvé par le passé. Je tenterai ce que je peux auprès du procureur. Essaie encore d’étoffer le dossier.
— Il faudrait que je puisse voir Iris pour connaître son avis de psy sur le suicide.
— Bonne idée, reprit le père, mais, au fait, la petite Iris, qu’est-ce qu’elle devient ? Elle est bien mignonne, tu ne la draguerais pas un peu ?
— Papa, contesta David.
Les deux hommes terminaient leur dessert, une tartelette tiède aux pommes avec une boule de glace à la vanille, sauce caramel.
Ils boiraient leur café à la gendarmerie.
Tout l’après-midi, David Fisch poursuivit ses recherches sur la symbolique du triangle. Pouvait-on l’attribuer à une secte ?
Fébrilement, il sortit fumer en tentant de donner un sens à cet imbroglio.
Son collègue avait déserté les lieux sans fournir d’explication.
Outre les mercredis qu’il n’assurerait pas, avait-il prévenu, il disparaissait ainsi mystérieusement.
Bizarre, ce type !
Tant qu’il ne défoulait pas ses nerfs sur lui !
Il pompa nerveusement les dernières bouffées de nicotine.
Le triangle, utilisé dans les civilisations anciennes, avait été repris pour symboliser de grands courants de pensées, de religions.
Il évoquait la Sainte Trinité, mais le chiffre 3 relatif à ses 3 arêtes le rattachait aussi à la Franc-maçonnerie.
Enfin selon sa position, il symbolisait un des quatre éléments. Sur les bras des victimes, le triangle esquissé, droit et vertical, correspondait au feu.
Et Bla, et bla et bla, se dit-il.
Ce flux d’informations ne lui fournissait aucune aide.
Étudier la psychologie des victimes s’avérerait plus judicieux et pour ce faire, il devait absolument rendre visite à son amie.
***
Iris était sereine à l’idée de faire ses adieux à Claudine Roy, fière aussi aux souvenirs des obstacles qu’elles avaient levés ensemble. Elle lui manquerait cependant.
Toutefois, quand Claudine entra dans le cabinet, elle était métamorphosée, une tout autre femme, nerveuse, agitée, en proie à ses vieux démons persécuteurs.
— Que vous est-il arrivé ? s’enquit la psychologue.
— Rien que vous ne puissiez résoudre, répondit Claudine au bord des larmes.
— Un souci avec votre amoureux ?
— Oui et non, une légère dispute, rien de grave. Cela s’arrangera. À mon âge, on n’en fait plus autant cas. Mais je suis en danger, poursuivie et menacée, je ne peux pas vous en dire davantage. Je ne compte pas rester très longtemps. Espérons qu’on ne m’ait pas repérée.
— Qui ça, on ? s’exaspéra Iris.
— Je préfère ne pas en parler, cela vous mettrait en danger vous aussi. Non vraiment. Excusez-moi, je venais vous remercier pour tout ce que vous m’avez apporté et vous saluer. Seulement, avant de partir, puis-je vous confier ceci ?
Elle tendit à Iris un paquet, vraisemblablement un livre, emballé dans du papier kraft.
— Je vous le reprendrai quand ça ira mieux. Ne l’ouvrez pas, il ne vous attirerait que des ennuis.
Sans plus attendre, Claudine Roy serra la main d’Iris et quitta la pièce précipitamment, laissant la jeune femme médusée et pantoise.
***
III
Vendredi 25 mars
Iris, angoissée par le revirement soudain de sa patiente, avait peu dormi.
Pire que tout, elle se reprochait d’avoir failli dans son travail, elle qui ne supportait en aucun cas l’échec.
C’était une matinée pluvieuse, un peu triste, mais pourtant ordinaire pour un mois de mars.
La pluie, tombée en abondance durant la nuit, s’était transformée en une petite pluie fine, une sorte de crachin qui transformait les brushings en coiffures aléatoires. Il mouzinait d’après l’expression argonnaise.
Les trottoirs moirés restaient désespérément déserts. Les derniers passants empressés étaient rentrés au sec ou avaient gagné leur lieu de travail.
Ce temps maussade rappelait à Iris les longues matinées hivernales, confinée chez ses parents à attendre désespérément une embellie.
De surcroît, la première patiente de la matinée l’irritait au plus haut point.
Présomptueuse, abusant de manipulations sur les plus faibles pour asseoir son autorité, cette femme se plaignait ensuite de se retrouver seule.
Un physique atypique aussi, le menton en galoche, une véritable tête de sorcière qui cadrait avec son caractère et dont devaient se gargariser à souhait ses subordonnés.
Iris détestait les personnes irrespectueuses envers leurs semblables et se faisait violence pour ne pas la fustiger d’emblée, mais plutôt se contenter de l’écouter.
Néanmoins, cette femme se radoucissait souvent en fin de consultation, offrant un sourire et une sympathie qui laissaient entrevoir au mieux des possibilités d’amélioration ou tout au moins une lueur d’espoir.
Iris se la figurait alors telle « Nanny McPhee », cette nurse du film pour enfant au visage étrangement laid qui embellissait à chaque bonne action jusqu’à devenir une jolie femme. De la sorcière à la fée.
Les psychologues savent écouter longuement, faire preuve d’empathie, mais leur flegme connaît parfois ses limites.
Iris interrompit soudain sa patiente :
— Je dois vous révéler un fait important, une réalité de la vie, évidente pour la majorité d’entre nous, que vous ne semblez pourtant pas avoir intégrée. Le b.a.-ba de toute relation sociale est le respect. Sans cette règle de base, on récolte ce que l’on sème. Vos arguments présomptueux et tout le venin que vous déversez sur vos employés ne sont tout simplement pas admissibles. Ne vous étonnez pas ensuite de vous retrouver seule. Vous deviez l’entendre. Désolée pour ma franchise.
La patiente demeura un moment interdite, avant de se lever brusquement et de déposer un chèque sur le bureau.
Iris ne la reverrait pas de sitôt.
Bon débarras, admit-elle en soupirant.
En consultant son agenda, elle s’aperçut que Claudine Roy avait encore un rendez-vous à honorer ce jour.
Devait-elle le considérer comme annulé d’office ?
Ses appels téléphoniques demeurèrent vains, si bien qu’elle décida de se rendre au domicile de sa patiente en fin de journée.
Claudine Roy habitait à la Malassise, ce bras de l’avenue Bournizet sur la route de Florent-en-Argonne, une maison située aux confins de l’impasse, maison qui pour l’heur semblait inoccupée et devant laquelle n’était stationnée aucune voiture. Percevant l’insistance de ses sonneries, une voisine indiqua à Iris que la mère de Claudine habitait juste en face dans l’avenue Bournizet.
— Claudine ? Ah non, je ne l’ai pas vue depuis plusieurs jours, mais on reste parfois un bon moment sans se parler. Je ne m’occupe pas de ses allées et venues, vous comprenez, rétorqua la mère.
— Elle ne vous a pas paru étrange ces derniers temps, soucieuse, inquiète ?
— Non, elle se portait bien, surtout depuis qu’elle fréquente ce gars des Vertes Voyes. Nous n’avons pas encore été présentés, ceci dit.
— Vous ne connaissez donc pas son nom ?
— Non, je sais juste qu’il s’appelle Julien et qu’il habite aux Vertes Voyes. Julien comment ? Je n’en sais rien. Vous savez, je ne pose pas de questions. Chacun chez soi. Peut-être qu’elle sera partie vivre un temps chez lui.
— Oui, sans doute. Merci, madame, désolée de vous avoir importunée.
En chemin, Iris s’interrogea sur la véracité de cette hypothèse, surtout que Claudine Roy avait évoqué une dispute, mais rien de grave, selon ses dires. Affaire à suivre...
Lorsque l’on pénétrait dans l’appartement d’Iris aux arcades, ce qui frappait en premier lieu était la hauteur impressionnante des plafonds.
La clarté agréable, l’agencement des meubles et le plancher au sol rendaient le lieu cosy, exotique. Il exprimait l’attirance de la jeune femme pour les voyages.
Après des journées bien remplies à écouter s’épancher les autres, Iris aimait se retrouver seule le soir sur son canapé. Aucune source sonore, ni musique ni télévision, Iris profitait du silence pour lâcher prise.
Elle ne réfléchissait à rien de précis, se détendait plutôt, tout en laissant les idées vagabonder dans son esprit. Pourtant, ce soir, quoi qu’elle y fasse, ses pensées la ramenaient invariablement vers Claudine Roy, comme une antienne.
Pourquoi, comment ? Quelle menace évoquait-elle ?
Elle en avait presque oublié le livre recouvert de kraft qui ne quittait pas son sac à main.
Ne l’ouvrez pas, il ne vous attirerait que des ennuis.
Une assertion inquiétante.
Elle s’en saisit, l’examina, le retourna, caressant la surface lisse comme celle d’une page de cahier. Des découpes de scotch, soigneusement agencées, consolidaient les extrémités de ce paquet, de sorte qu’on ne pouvait l’ouvrir sans arracher une portion du papier.
