Complètement folle... de lui - Alee Toad - E-Book

Complètement folle... de lui E-Book

Toad Alee

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Beschreibung

Un ascenseur en panne, un baiser volé, et Paris devient le théâtre d’une comédie romantique déjantée aux couleurs vives et aux répliques qui claquent. Une romance pleine de peps, où l’amour se dévoile sans filtre, page après page.

Paris, capitale de l’amour... et des surprises explosives ! Amber, Australienne au franc-parler et à l’humour ravageur, débarque dans la Ville Lumière avec ses baskets, ses punchlines et son regard acéré sur la vie parisienne. Entre les trottoirs piégés, les glaces qui fondent, et les licornes en pyjama, rien ne se passe jamais comme prévu. Un ascenseur bloqué, un inconnu au sourire désarmant, et voilà que les cœurs s’emballent aussi vite que les répliques fusent.

Chaque chapitre explose de vie : scènes expressives, rythme effréné, visages qui rougissent et regards qui pétillent. Les rues de Paris vibrent d’énergie, les moments intimes s’esquissent avec tendresse et humour. On ressent la chaleur de la capitale, la complicité d’une bande d’amis, la tension d’un premier rendez-vous, le tout porté par une plume vive, moderne, parfois tendre, souvent hilarante.

Pour celles et ceux qui aiment l’esprit piquant de la chicklit, les romances modernes pleines de rebondissements, ou les histoires à la Emily Henry, ce roman est un concentré de feel-good et de charme. Ici, l’amour n’a rien d’un conte de fées : il est fou, imprévisible, terriblement humain… et inoubliable.

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Seitenzahl: 321

Veröffentlichungsjahr: 2019

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À ma princesse S, dis ce que tu penses et pense ce que tu dis. Sois aussi libre et folle qu’Amber si cela te rend heureuse… C’est ton bonheur qui compte, pas le regard des autres.

Chapitre 1

Ah, Paris ! Cette ville magique ! On m’a toujours dit que c’était la capitale de l’amour, de la culture et de la mode. Cela m’a toujours fait rêver ! Mais j’ai vite déchanté quand j’y ai emménagé il y a six mois. Je crois que sur la brochure, on a oublié de me prévenir que c’est aussi, et surtout, la capitale de la pollution, de la mauvaise humeur et des merdes de chiens !

― Ce n’est pas possible, c’est un ours qui a chié ça, pas un chien ! je m’exclame en évitant la bouse devant moi.

Marie, la petite amie de mon meilleur ami, accessoirement devenue ma meilleure amie au fil du temps, se marre sans pour autant me contredire. Je continue d’avancer, faisant attention à tous les obus devant moi, je parle autant des merdes de chiens que des seins à moitié sortis de toutes les femmes qui se trimballent avec un décolleté plus long que la taille de leur short. Je me décale soudainement sur la droite, bousculant Marie au passage pour éviter une longue traînée de merde devant moi : quelqu’un n’a visiblement pas eu de chance en marchant dedans et en glissant ; j’éclate de rire en m’imaginant la scène. J’aurais tellement aimé assister à ça. Marie me fixe un instant, secouant la tête, un sourire aux lèvres, tandis que Trevor rit avec moi dans sa poussette sans savoir pourquoi. Ce morveux de deux ans est l’homme de ma vie, toujours à rire avec moi à n’importe quel moment, peu importe la raison, en se foutant totalement du regard des gens. Un homme de mon âge ne supporte pas ça, alors je suis fière de rester célibataire et de faire en sorte que mon filleul continue à se foutre des autres autour de lui. Quand il a terminé de rire, je finis par lui demander :

― Trevor, honey, comment dit-on merde en anglais ?

Il penche sa tête blonde en avant et me fixe : ce mot-là, il ne le connaît pas. Son père lui apprend pourtant l’anglais, mais comme je m’en doute, il évite le langage familier. C’est devenu mon objectif de le lui apprendre. Devoir d’une super marraine !

― Amber, non, s’interpose Marie qui ne peut pourtant pas s’empêcher de sourire.

Elle n’ose pas non plus lui apprendre ce genre de choses, mais ce n’est pas pour autant que ça la dérange réellement que sa petite tête blonde les apprenne. Du moment que je ne verse pas dans la vulgarité, il n’y a aucun souci.

― On dit shit, je lance finalement, avec un grand sourire. Et dès que tu vois un caca de chien par terre, tu le dis, d’accord ?

Trevor acquiesce en secouant ses boucles blondes et se marre à nouveau. Puis il commence à repérer d’autres excréments et s’amuse à répéter ce que je lui ai dit avec son super accent australien. Ce petit fera craquer toutes les nanas françaises quand il sera plus grand, c’est sûr.

― Shit ! hurle-t-il en pointant une nouvelle fois une crotte du doigt.

On est devant un glacier, attendant sagement notre tour pour acheter une glace à Trevor, quand une femme d’une trentaine d’années s’arrête, choquée, et regarde Marie comme si c’était elle-même qui venait de jurer à haute voix. Pendant ce temps, Trevor s’amuse à répéter shit plusieurs fois, attendant sûrement que je lui réponde. J’ébouriffe ses boucles de la main puis tape dans la sienne qu’il me tend en riant. Pendant ce temps, la femme est toujours là, devant nous, ne bougeant pas d’un poil. Elle fixe Marie qui ne prend pas la peine de lui dire quoi que ce soit. Mais moi, ça commence réellement à m’énerver, alors je finis par lui adresser la parole et demande, un sourire aux lèvres :

― Un problème ?

― Cet enfant est vulgaire, lance-t-elle finalement, surprise par mon ton avenant.

― Non, chérie, ce qui est vulgaire, c’est ton short qui a la taille d’un tanga et qui nous montre la moitié de ton cul.

Sa bouche s’ouvre puis se ferme plusieurs fois, elle ne trouve visiblement pas quoi répondre et finit par s’en aller. Alors que je me retourne pour lui souhaiter une bonne journée, je la vois tirer discrètement sur le bas de son short. Marie me regarde et se marre avant de finalement commander une glace et la tendre à Trevor. Nous reprenons notre chemin. Plus personne ne se préoccupe de nous maintenant, le petit blond est bien trop occupé à se mettre de la glace partout pour chercher de nouvelles déjections.

― Travis va encore t’en vouloir, me dit soudain Marie.

― Tu parles, il va me faire croire qu’il m’en veut, puis il se cachera pour rire.

Je connais mon meilleur ami : s’il y a bien une chose pour laquelle il ne m’en voudra pas, c’est ça. Il aime que son fils apprenne de nouvelles choses, peu importe quoi. Il laisse Trevor découvrir ce qui l’entoure, sauter, courir, s’énerver parfois, sans jamais devenir sévère, mais simplement en lui expliquant les choses avec des mots. Foutu écrivain, même avec un petit mioche, il trouve les mots justes. Et sa méthode d’éducation fonctionne plutôt bien quand on voit à quel point ce morveux est poli pour son âge, et qu’il écoute son père et Marie sans jamais contester leur autorité.

― Maman ! hurle soudain le petit, qui soulève sa minuscule main pour nous montrer les dégâts.

Sa glace fond rapidement sous cette chaleur et elle dégouline sur son bras. Marie s’arrête et cherche visiblement de quoi le nettoyer dans le sac du petit, mais avant qu’elle n’ait le temps de s’approcher de lui, je lui fais une suggestion :

― Lèche !

― Non, non, ne lèche pas ! répond Marie en se précipitant sur lui avec des lingettes.

Mais c’est trop tard, il m’écoute et sort sa langue pour lécher son bras, mais il en a tellement autour de la bouche qu’il s’en met plus qu’il n’en enlève. Je ne peux pas m’empêcher de me marrer, et Marie m’imite. Le petit tend son bras vers elle, et lui dit de goûter. Elle attrape alors son bras tout collant et fait semblant de le mordre. Trevor rit et se débat avant qu’elle ne recule. Puis il se tourne vers moi.

― Goûte ma’aine !

Ce petit ne réussit toujours pas à prononcer marraine correctement, et j’adore ça. C’est tellement gnangnan, mais je trouve ça adorable. Alors je goûte son bras, sous son regard ravi, avant de laisser Marie le nettoyer.

― C’est nouveau ça, non ? je l’interroge finalement quand elle termine.

Elle me regarde un levant un sourcil, ne comprenant visiblement pas de quoi je parle, alors j’insiste.

― Le « maman » ?

Elle rougit, et baisse la tête avant de me répondre.

― Il n’a pas arrêté de l’entendre hier au parc. Je lui ai expliqué le sens, et depuis, ça lui arrive de m’appeler comme ça. Travis ne l’a pas encore entendu, je ne sais pas si je dois le reprendre ou pas.

Elle a vraiment l’air mal à l’aise. J’essaie de me mettre à sa place, ça ne doit pas être simple d’être dans sa situation. Elle est avec Travis seulement depuis quelques mois, et j’ai beau connaître mon meilleur ami parfaitement, je ne peux pas me mettre à sa place et deviner ce qu’il pensera de la situation. Mais ces deux-là forment un couple dont plus d’un serait jaloux. Quand on les voit, tous les trois ensembles, on ne voit qu’une vraie famille, pas un enfant adopté par un homme, et une femme qui les a rejoints ensuite. Personne ne pourrait se douter que Trevor n’est pas leur fils biologique.

― Shit ! intervient la tête blonde pour sauver Marie d’une conversation qu’elle n’a visiblement pas envie d’avoir.

Elle regarde d’ailleurs sa montre et m’annonce qu’elle doit y aller, me demandant au passage si je dîne toujours avec eux ce soir. Je confirme et elle s’éloigne après que j’aie embrassé Trevor sur la joue. Je me dirige dans le sens opposé en vérifiant à mon tour l’heure : Travis doit sûrement m’attendre depuis un moment maintenant, mais il ne m’en voudra pas.

Amber :Je suis là dans cinq minutes.

Travis :Tu es au courant que je poireaute depuis trente minutes ?

Amber :Je t’aime aussi !

Je range mon téléphone dans ma poche et me dépêche de le rejoindre à l’adresse qu’il m’a envoyée ce matin. Je ne sais absolument pas pourquoi je suis là, mais ça ne me dérange pas : si mon meilleur ami a besoin de moi, je viens sans poser de questions. Après tout ce qu’il a fait pour moi, c’est la moindre des choses. Je me retrouve donc devant un immense immeuble, j’entre le code qu’il m’a envoyé avec l’adresse et me dirige vers l’ascenseur pour monter au dixième. Mais alors que je pénètre à l’intérieur, un homme arrive en courant.

― Retenez les portes, s’il vous plaît !

Je le regarde avec un grand sourire, mais ne fais rien tandis qu’il répète :

― Les portes !

― No hablo frances ! je m’amuse alors que les portes se ferment.

― The door, merde… puerta ?

Il arrive juste à temps pour retenir les portes alors que je n’ai pas fait un seul geste pour les arrêter. Je cache mon sourire en m’enfonçant au fond de la cabine alors qu’il me tourne finalement le dos. J’espère qu’il ne va pas essayer de me faire la conversation en espagnol, car je viens de lui dire la seule phrase complète que je connaisse dans cette langue. Avoir appris le français en même temps que Travis est suffisant pour moi. Alors que l’ascenseur entame sa montée, mon téléphone se met à sonner, je le sors de ma poche et découvre le nom de Travis qui s’affiche. Je me mords la lèvre avant de répondre.

― Holà !

― Tu te mets à l’espagnol maintenant ? m’interroge mon ami, curieux.

― Sí.

Travis soupire et rit avant de me demander où je suis. Mon regard remonte sur l’homme immobile devant moi — m’arrêtant un instant sur ses fesses mises en valeur dans son pantalon sombre. Si je réponds en français, il va forcément comprendre que j’ai fait exprès de ne pas retenir les portes. Tant pis, je m’en fiche, après tout, j’avais le droit de vouloir être seule dans cet ascenseur.

― Calme-toi, je suis dans l’ascenseur, j’arrive.

Comme je l’avais présagé, l’homme devant moi se retourne aussitôt, et je lui offre mon plus beau sourire. Travis, lui, raccroche en me maudissant de l’avoir fait attendre. Alors que l’inconnu va me parler, son téléphone sonne à son tour.

― Oui, je l’ai trouvé. J’arrive. Je suis avec une Espagnole à tomber par terre. Non, t’inquiète, elle ne pige pas le français. Je vais prendre une photo d’elle pour te prouver que les anges existent.

Il dit tout ça en gardant son regard planté sur moi. Je me marre, et le laisse raccrocher avant de lui parler.

― Prendre une photo pour te prouver que les anges existent ? Ça doit être la pire phrase de drague que j’ai entendue !

― Ce genre de phrase est seulement mon plan A, répond-il avec un clin d’œil.

― Alors quel est le plan B ?

― Vous prendre en otage.

À peine a-t-il terminé sa phrase que l’ascenseur s’arrête soudainement, les lumières s’éteignent et se rallument, et le bouton de l’alarme clignote. Je fronce les sourcils et regarde l’inconnu devant moi, prête à le battre à mort avec tout ce que je trouverai dans mon sac s’il essaie sérieusement de me faire quoi que ce soit. Mais quand je l’observe, je me rends compte qu’il a l’air tout aussi surpris que moi. Ma main part tout de même à l’intérieur de mon sac et cherche à tâtons une arme potentielle. Je tombe sur une brosse et l’empoigne : s’il s’approche, je l’assomme.

Du moins, j’essaierai.

Chapitre 2

L’homme qui partage avec moi les quelques mètres carrés de l’ascenseur se dépêche d’appuyer sur le bouton d’alarme, mais rien ne se passe. Il appuie, encore et encore jusqu’à s’énerver. Il reste planté devant pendant que je sors mon téléphone de mon sac et m’assois par terre contre l’une des parois. Mes jambes allongées devant moi, j’ignore l’homme qui jure, et j’appelle Travis. Il répond dès la première sonnerie, ce qui ne m’étonne pas, il devait avoir son téléphone à la main pendant qu’il faisait les cent pas à m’attendre. Je ne lui laisse pas le temps de dire quoi ce soit que je parle déjà :

― Tu me croirais si je te disais que j’allais être encore un peu plus en retard parce que je me suis fait kidnapper par un homme ?

Il soupire, et je suis certaine qu’il se passe la main dans les cheveux. L’inconnu, lui, me regarde en fronçant les sourcils, mais tente aussi de cacher un sourire.

― Je te croirais sans l’ombre d’un doute, répond Travis.

― D’accord, tant mieux, mais ce n’est pas ce qui m’est arrivé… enfin, je crois.

― Amber.

Je sens qu’il s’impatiente. Travis est gentil, mais il ne faut pas non plus abuser.

― L’ascenseur est en panne. Mais j’ai encore des doutes sur le fait que l’homme qui m’accompagne y soit pour quelque chose.

Ce dernier me scrute toujours, secoue la tête et finit par s’asseoir contre la paroi en face de moi. Ses jambes s’étalent près des miennes, ses Converse noires détonnent avec son pantalon à pince et je les fixe sans discrétion, puis remonte le long de ses jambes. Sa chemise blanche est rentrée dans son pantalon, ses manches sont relevées sur ses avant-bras et une cravate à moitié défaite pend sur son torse. Il ne manque que la veste assortie pour compléter la panoplie du businessman qui rentre du boulot. La réplique vestimentaire parfaite de mon ex, les muscles en plus, le bide en moins. Je croise finalement ses yeux marron, il me fixe déjà, et n’a pas loupé ma petite inspection.

― Tu m’écoutes ?

La voix de Travis, toujours au téléphone, me parvient alors que je ne pensais plus à lui.

― Non, je réponds sans lâcher l’homme du regard.

Travis soupire encore une fois, lance un rapide « quelqu’un s’en occupe » et raccroche. J’ai l’habitude de ça, autant qu’il a l’habitude de mon attitude et de ma franchise. Je relâche mon téléphone dans le foutoir de mon sac en baissant les yeux. Je soupire à mon tour et pose ma tête en arrière en fermant les yeux.

― Vos chaussures ne vont pas avec votre tenue.

Je ne bouge pas en disant cela, je ne prends même pas la peine d’ouvrir les yeux. Je l’entends rire, et perçois le mouvement de ses jambes quand il répond :

― J’étais pressé.

Avant que je ne puisse répondre quoi que ce soit, une voix grésillante sort des haut-parleurs de l’ascenseur :

― Un dépanneur est en route, ne paniquez pas, vous serez libres dans moins de trente minutes.

J’entends à nouveau l’homme bouger, je le sens se lever, puis de nouveau s’asseoir, je décide finalement d’ouvrir les yeux. Je le fixe, il regarde ses mains, il tord ses doigts dans tous les sens, s’arrache presque la peau autour de ses ongles. Je finis par l’interroger quand je sens son malaise :

― Vous n’êtes pas en train de paniquer, j’espère ?

― Je… je ne suis pas très fan des espaces clos et petits.

Un claustrophobe, génial, c’est bien ma veine. Moi qui pensais pouvoir rester silencieuse pendant ce moment, je me rends compte que je vais devoir le distraire si je ne veux pas me retrouver avec un homme qui fait une crise d’angoisse. Travis serait capable de penser que je l’ai mis moi-même dans cet état. J’en serais capable, remarque. Mais pas aujourd’hui. Je m’efforce donc de faire la conversation :

― Je suis restée coincée dans des toilettes, un jour.

Je l’observe et vois que j’ai toute son attention. Il me regarde en attendant que je continue, arrêtant au passage de se torturer les doigts.

― J’ai frappé pendant cinq minutes sur la porte en espérant que quelqu’un m’entende, mais il n’y avait personne.

― Qu’est-ce que vous avez fait ?

― Je me suis assise par terre et je me suis endormie.

Il se marre, lâchant complètement ses mains, cette fois-ci. Puis me il regarde à nouveau, je hausse les épaules l’air de dire que je n’avais rien d’autre à faire.

― Et ensuite ? Comment vous êtes sortie ?

Je me pince les lèvres avant de lui avouer :

― Je me suis réveillée, et j’ai réessayé. Je n’avais pas verrouillé la porte en entrant dans les toilettes, donc je l’ai verrouillée en voulant sortir en pensant la déverrouiller.

Il rit à nouveau, se fichant ouvertement de moi, mais ça ne me dérange pas. En attendant, je vois bien qu’il n’a plus l’air aussi mal en point que quelques minutes auparavant. Quand il se calme enfin, son regard accroche à nouveau le mien.

― Vous venez d’inventer cette histoire pour me distraire, affirme-t-il sans avoir l’air de douter de ses dires.

― J’aimerais bien ! J’ai eu mal au dos pendant trois jours.

Il secoue la tête, l’air de ne pas y croire, mais n’ajoute rien. Le silence revient, et si je ne veux pas qu’il recommence à paniquer, je vais devoir continuer à le distraire. À peine cinq minutes ont dû s’écouler depuis l’annonce de notre future libération. Je sors donc la première chose qui me passe par l’esprit à ce moment-là :

― Vous avez d’autres accroches bien pourries pour séduire les femmes ?

― Je n’utilise jamais ce genre de phrases d’habitude, se défend-il.

Je hausse les sourcils et le fixe, comme si j’allais le croire. Il mord sa lèvre inférieure, baisse les yeux un instant puis me regarde à nouveau. J’observe ses traits un peu plus longuement ; ses cheveux sont en désordre et je suis sûre que c’est fait exprès, le fameux effet coiffé-décoiffé. Je me perds dans son regard chocolat qui me fixe avec une étrange intensité.

― Où est votre endroit préféré dans le monde ? m’interroge-t-il soudain.

Je ne réponds pas, il ne m’en laisse pas le temps puisqu’il enchaîne :

― Parce que le mien est juste à côté de vous.

Je comprends alors qu’il me sort l’une de ses phrases, et je me mets à rire.

― Mais c’est d’une nullité ! Je ne vous croirais pas si vous me disiez avoir déjà réussi à séduire une femme avec ça. Ou alors, vous devez me dire que c’était une femme désespérée !

― Non ça ne fonctionne pas, m’avoue-t-il en souriant. Vous pouvez faire mieux peut-être ? L’égalité des sexes et tout ça, ça fonctionne aussi pour la drague.

Je réfléchis un instant, pensant aux genres de choses que j’ai déjà dites pour m’amuser, sans rien vraiment attendre en retour. Généralement il ne me faut pas vraiment draguer pendant des heures pour lever un mec dans un bar.

― J’aime bien votre nom de famille, je peux avoir le même ? Ou bien, est-ce que votre prénom est Charlie ? Parce que c’est dur de trouver quelqu’un comme vous.

Il me fixe en souriant, passant la main dans ses cheveux.

― Je ne vais même pas demander si ça a déjà fonctionné. Vous n’avez pas besoin de ce genre de phrase bateau pour qu’un homme s’intéresse à vous. Il suffit de vous regarder pour tomber sous le charme.

Je ne réponds pas à son compliment, je ne suis même pas sûre qu’il me parle réellement, peut-être qu’il continue à me sortir des phrases d’accroche. À la place, je lui fais un clin d’œil et pars à la recherche de mon téléphone pour vérifier l’heure. Un message de Travis attend d’être lu.

Travis :Je te déteste. Tu es punie pour être arrivée en retard, et m’avoir laissé stresser tout seul !

Je me marre avant de lui répondre. Si mon meilleur ami stresse, c’est que cela doit être vraiment important. La dernière fois que je l’ai vu comme ça, c’était il y a quelques mois, avant de réussir à récupérer Marie et à la sortir des griffes de son abruti de mari.

Amber :Je serais peut-être arrivée à l’heure si tu m’avais dit pourquoi je suis censée te rejoindre ici…

Sa réponse ne tarde pas.

Travis :Menteuse. Tu arriverais en retard à ton propre enterrement.

Pas faux. Je ne réponds pas, ça lui apprendra. Au lieu de ça, je me concentre à nouveau sur l’homme à qui je n’ai même pas pensé à demander le prénom. Il m’observe et ne cille pas quand mon regard croise le sien. Je baisse le mien et vois qu’il recommence à s’arracher la peau. Je ne sais plus quoi dire pour le distraire, ce n’est pourtant pas la conversation qui me manque d’habitude. Mais sous son regard, j’ai l’impression de perdre mes moyens.

― Évitez de faire une crise d’angoisse parce que je ne sais pas faire de bouche-à-bouche.

Ma réplique le surprend. Il arrête encore une fois tout mouvement avec ses mains.

― Je ne pense pas qu’on ait besoin de faire de bouche-à-bouche pour une crise d’angoisse, me fait-il remarquer derrière un sourire moqueur.

Il me croit stupide alors que j’essaie seulement de le divertir, cet enfoiré. J’ai bien envie de me fiche un peu de lui moi aussi. Et puis on a encore quelques minutes à tuer, autant s’amuser. Je me redresse alors, replie mes jambes et m’agenouille avant de me pencher vers lui. Il doit avoir une vue plongeante sur mon décolleté, et ne résiste pas longtemps avant d’y jeter un coup d’œil. Mais il remonte rapidement son regard vers mon visage.

― Dommage pour vous, vous venez de louper l’occasion de faire semblant d’en faire une ! je m’exclame.

Ses yeux passent des miens à mes lèvres plusieurs fois, sa langue passe sur sa lèvre supérieure et il s’approche à son tour. À ce moment je suis censée me reculer, et le laisser dans sa déception. Pourtant, je ne réagis pas immédiatement, et quand sa main passe sur ma nuque pour m’immobiliser, je ne m’éloigne pas. Je suis perdue dans son regard et le laisse faire quand sa bouche se pose sur la mienne. Mes mains se posent sur ses épaules pour garder l’équilibre alors que mes lèvres se meuvent en même temps que les siennes. Sa deuxième main se pose sur ma hanche, alors que la première reste plaquée sur ma nuque, me caressant de son pouce. Quand sa langue tente finalement de prendre possession de ma bouche, je me recule alors en réalisant ce que je viens de le laisser faire. Ce n’est pas vraiment la première fois que j’embrasse un inconnu, mais d’habitude, je garde les commandes.

Je me redresse donc, me repositionnant de la même façon qu’avant ce baiser. Ma tête contre la paroi, je ferme les yeux et ne dis rien, pourtant je sens son regard sur moi. Mais il reste silencieux, lui aussi. Je le sens recommencer à bouger, j’ai peur qu’il se mette à paniquer, et j’ai hâte que ce dépanneur fasse son boulot. Parce qu’à part me foutre à poil, je ne sais pas ce que je pourrais faire d’autre pour le distraire. Alors j’ouvre les yeux et le regarde pour m’assurer qu’il va bien. Ses mains sont sous ses cuisses, et je suis sûre qu’il fait ça pour ne pas s’arracher la peau davantage. Quand il se rend compte que je le regarde à nouveau, il brise le silence.

― Je peux vous inviter à boire un verre ce soir ?

Au même moment, l’ascenseur se secoue, et se remet en marche. On se relève tous les deux en même temps. Je refuse la main qu’il me tend pour m’aider à me mettre debout et attrape mon sac à la place, avant de répondre à sa proposition :

― Non merci.

Il a l’air surpris, me fixe toujours alors que je regarde les portes, attendant impatiemment qu’elles s’ouvrent enfin. Travis m’attend de l’autre côté, les mains dans les poches, il n’a pas l’air le moins du monde inquiet, juste impatient. Je le rejoins en ignorant l’inconnu, mais celui-ci se poste à côté de moi devant mon meilleur ami. Il sort quelque chose de sa poche et lui tend. J’aperçois le porte-monnaie de Travis et hausse un sourcil dans sa direction.

― Merci, Éric.

Mon meilleur ami remercie l’inconnu qui a maintenant un prénom avant d’ajouter à mon intention :

― Je l’avais oublié dans son bureau.

Son sourire est moqueur, je le reconnais sans problème après l’avoir vu des centaines de fois, alors je l’interroge dans notre langue maternelle en espérant que cet Éric ne comprenne pas l’anglais :

― You knew he was stuck in here with me, right ?1

― Je l’ai vite compris, se marre Travis. Et il parle parfaitement anglais.

Il se moque ouvertement de moi et je le maudis. Je me tourne alors vers Éric qui sourit puis se pince les lèvres quand il voit que je le regarde.

― Je vais y aller, lance ce dernier en se retournant non sans m’avoir jeté un dernier coup d’œil.

― Prenez les escaliers, on ne sait jamais. Vous n’aurez personne pour vous sauver si vous paniquez à nouveau !

― Qui vous dit que je ne faisais pas semblant, pour justement être secouru ? Parfois, on n’a pas besoin de draguer de manière traditionnelle.

Travis se marre et je lui jette un regard noir qui le calme rapidement. Éric commence à s’éloigner avant que mon ami ne l’arrête :

― Tu viens toujours dîner ce soir ?

Celui-ci acquiesce et finit par disparaître par une porte que je devine être celle des escaliers. Au moins ça confirme qu’il paniquait réellement dans cet ascenseur. Du moins, je l’espère. Je repense à ce baiser, et secoue la tête. Et merde, d’habitude, quand j’embrasse un inconnu, je ne le revois plus. Mais là, je sais que ça ne sera pas le cas.

1.  Tu savais qu’il était coincé ici avec moi, pas vrai ?

Chapitre 3

― Pourquoi je suis ici ? je demande à Travis quand il m’entraîne le long d’un couloir.

Je préfère poser ce genre de question plutôt que de lui demander qui était ce type. Je sais très bien que j’en saurais davantage ce soir sans en avoir vraiment envie. Et je sens surtout l’embrouille. Le genre de rencontre arrangée entre deux célibataires. Et si mes meilleurs amis osent me faire ça, ils vont le regretter.

Pour toute réponse, Travis ouvre une porte et me fait passer devant lui. Je me fige en voyant que j’entre dans une bijouterie. C’est la première fois que je mets les pieds dans ce genre de boutique cachée. Je ne savais même pas que cela existait réellement. Et j’ai l’impression qu’un mois de salaire ne me suffirait pas à me payer une seule boucle d’oreille. Je ne suis même pas sûre que je pourrais m’offrir le tailleur de l’une des conseillères. Je commence à avoir mes doutes sur notre présence ici, mais je redemande tout de même à Travis :

― Qu’est-ce qu’on fait ici ?

― On achète une bague de fiançailles.

Mon ami essaie de me montrer son courage dans cette simple affirmation, mais je vois bien que derrière son air « sûr de lui », il n’est pas vraiment rassuré. Il me regarde, attendant visiblement que je l’aide à se détendre, que je lui dise qu’il prend la bonne décision. Mais je sais que même en lui disant ce genre de phrases rassurantes, ça ne l’aidera pas. Je le connais, et il a d’abord besoin de rire avant de passer à la conversation sérieuse qu’on va immanquablement avoir.

― Oh, Travis ! je m’exclame en me pendant à son cou. Je savais que ce n’était qu’une question de temps avant que tu me demandes de t’épouser ! J’attends ça depuis tellement longtemps !

Je m’extasie en embrassant sa joue piquante. Il m’écarte de lui, rougissant en voyant les regards sur nous, et sourit en me regardant. Il murmure mon prénom sur un air de réprimande, mais je le sens tout de même plus détendu.

― C’est une mauvaise idée ? m’interroge-t-il alors.

― Son abruti d’ex refuse encore de signer les papiers, Travis.

Sa tête se tourne sur le côté, il évite mon regard, et je sais que je n’aurais pas dû lui parler de ça. Travis est fou amoureux de Marie, et je sais que penser qu’elle est toujours mariée à cet abruti est difficile pour lui, même si elle ne l’aime plus. C’est un sujet délicat pour eux, Nathan ayant décidé de rendre la vie impossible à Marie en remettant sans cesse à plus tard la signature des papiers du divorce, repoussant donc la comparution devant le juge pour officialiser leur séparation.

― Il le fera un jour. Mais ce n’est pas ce qui m’inquiète.

J’attrape sa main et la presse, le laissant prendre son temps pour me répondre.

― Je ne sais pas si elle voudra se marier à nouveau un jour. Cette relation avec Nathan l’a forcément dégoûtée. Mais j’en ai toujours rêvé, tu le sais.

― Elle est dingue de toi, Travis. Tu lui sortiras un discours tout droit sorti de ton cerveau d’écrivain et elle voudra t’épouser dans la minute !

J’essaie de le rassurer comme je peux. Mais en réalité, je ne sais pas ce que Marie en pensera. Je n’ai aucun doute sur ses sentiments envers Travis, mais elle n’a jamais évoqué la possibilité de se remarier un jour. La seule fois où l’on a abordé le sujet de Nathan, elle a terminé par : « J’ai fait la plus grosse connerie de ma vie en l’épousant. » Alors, j’espère sincèrement qu’elle pensait ça à cause du mec et pas du mariage en général. Travis n’a pas tort sur un point, ça l’a forcément dégoûtée, mais espérons que ce n’est pas au point qu’elle y renonce une seconde fois. Je garde mes pensées pour moi. Travis se contente de hocher la tête, un petit sourire aux lèvres.

― Allez ! Allons choisir la bague devant laquelle elle ne pourra pas dire non.

Je le pousse devant une vitrine, mais Travis a déjà fait son choix avant que j’arrive. Il voulait juste que je la voie pour avoir mon avis. Je suppose qu’il voulait surtout que je le rassure sur le fait de faire sa demande. Il finit par payer la bague hors de prix et surtout magnifique — Marie est vraiment chanceuse, pas moyen qu’elle dise non devant ce bijou. Alors que Travis sort sa carte de son porte-monnaie, je repense aussitôt à Éric. Mon ami récupère l’écrin et nous dirige vers la sortie. Il devrait être heureux d’avoir sauté le pas, d’envisager de demander la main de la femme qu’il aime. Pourtant, je le sens toujours aussi stressé.

― J’ai embrassé Éric dans l’ascenseur, j’avoue alors pour lui changer les idées.

Ça fonctionne plutôt bien. Travis se fige dans le couloir et me regarde, les sourcils relevés et les lèvres pincées. Je vois qu’il s’abstient de faire un commentaire, mais que ce n’est pas l’envie qui lui manque.

― Il allait faire une crise de panique, j’ai fait ce que j’ai pu pour le distraire.

J’avance de nouveau vers l’ascenseur, il me rejoint et appuie sur le bouton d’appel à ma place. J’ai attisé sa curiosité, je le sens. Il espère toujours que je me case enfin avec un mec et que je construise une parfaite petite vie de famille. Mais ce n’est pas dans mes plans.

― Tu n’aurais pas pu le distraire en parlant ?

― J’ai essayé, je réponds alors que les portes de l’ascenseur s’ouvrent devant nous.

J’ai un instant d’hésitation avant d’y entrer, puis je suis Travis. Au moins, s’il tombe à nouveau en panne, je ne serai pas seule. Et je suis sûre de ne pas embrasser Travis.

― Tu le connais bien ? je demande à mon ami qui reste silencieux.

― Il travaille pour ma maison d’édition. On est devenus amis rapidement. C’est lui qui m’a aidé pour Marie.

L’ascenseur entame sa descente sans problème et arrive rapidement au rez-de-chaussée sans faire d’arrêt. Le silence continue de régner entre Travis et moi. Je sens vraiment l’entourloupe de ce soir.

― Je vais devoir annuler pour le dîner de ce soir, j’annonce quand on sort dans la rue.

Il s’arrête, m’attrape le bras au passage pour me tourner vers lui. La rencontre arrangée se confirme ! Je vois vite à son air qu’il s’inquiète vraiment à l’idée que je ne vienne pas.

― Putain, je le savais ! C’est un coup monté, c’est ça ?!

― Il est super sympa, aussi déluré que toi… bon, non, un peu moins, se rétracte-t-il aussitôt. C’est tout à fait ton style, je te promets. Et puis, tu l’as embrassé, c’est qu’il te plaît physiquement.

― Tu me plais physiquement et on s’est déjà embrassés, ce n’est pas pour autant qu’on sort ensemble !

Je me dégage de son étreinte et commence à avancer sans attendre qu’il me réponde.

― On avait à peine sept ans !

― Et ce sera toujours le meilleur baiser de ma vie ! je crie sans me retourner.

Quelques regards se tournent vers moi, mais je les ignore. Je sens Travis me suivre, il me rattrape rapidement et marche à côté de moi. Je l’observe du coin de l’œil et vois qu’il sourit. Il sait très bien que ce bisou d’enfant était horrible. On s’est à peine touché les lèvres qu’il s’est reculé et s’est essuyé la bouche du revers de la main, annonçant haut et fort que les filles, c’était nul. Après ça, j’ai toujours eu en tête, en grandissant, qu’il était secrètement gay. Au moins, ça a eu le mérite de nous décourager d’essayer à nouveau, et c’est comme ça qu’on a su rester amis.

― Je viens à une condition.

Je m’arrête soudainement pour lui faire face. Travis s’arrête net, me rentrant presque dedans. Je sais qu’il ne lâchera pas l’affaire, et si je ne viens pas aujourd’hui, ils trouveront un autre jour pour me piéger. Alors, autant m’amuser un peu.

― Laquelle ? demande mon ami, soudain un peu plus inquiet.

Il se doute que je ne vais pas le laisser s’en tirer aussi facilement, je lui en ai fait voir de toutes les couleurs depuis notre enfance, et je n’ai pas l’intention de m’arrêter en si bon chemin.

― Tu porteras ça ce soir, j’annonce alors en tournant la tête et en pointant du doigt la boutique devant laquelle je me suis arrêtée.

Travis suit mon doigt et écarquille aussitôt les yeux de surprise.

― Pas question !

J’entre dans le magasin sans prêter attention à sa réponse. Je vois qu’il me suit, alors je m’enfonce dans le magasin à la recherche de la tenue qu’on a vue en vitrine. Je sais qu’il va craquer, autant écourter cette histoire. Je trouve finalement ce que je cherchais, attrape la bonne taille, un grand sourire aux lèvres, avant de me tourner vers Travis.

― Je ne vais pas porter ça, s’entête-t-il en secouant la tête.

― Alors, je ne viendrai pas ce soir ni aucun autre soir tant que je saurais que vous allez essayer de me caser avec ce mec.

Travis soupire, et je ne peux empêcher un sourire victorieux de s’afficher sur mon visage, je sais qu’il abdique.

― Tu vas me le payer.

Il grommelle en m’arrachant le cintre des mains et se dirige vers la caisse sans m’adresser un autre regard.

― Tu ne veux pas essayer avant ?

Je le taquine quand j’arrive à ses côtés, mais il ne répond pas, se contente de me lancer un regard meurtrier, et de prononcer un « fuck off » silencieux. Je me marre avant de sortir de la boutique pour l’attendre dehors. La chaleur m’envahit aussitôt et je ferme un instant les yeux, profitant des rayons de soleil sur mon visage. Alors que la plupart des riverains se plaignent des températures élevées, pour moi c’est parfait, en comparaison avec les températures australiennes. Travis sort à son tour de la boutique, sac en main, avec un regard toujours aussi noir.

― Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter une amie comme toi ? demande-t-il finalement en soupirant avant de passer son bras autour de mes épaules.

Il sourit enfin, secoue la tête et se met à marcher, m’entraînant avec lui.

― Tu m’as sauvé la vie.

Je lui réponds de manière la plus sérieuse du monde et cela a le don de le stopper, m’arrêtant au passage. Il tourne le visage vers moi, plante son regard dans le mien. Son sourire a disparu, son air est beaucoup trop sérieux, et je sais ce qu’il s’apprête à dire. Mais je l’en empêche aussitôt.

― Viens, il faut que je m’achète une robe pour ce soir.

Travis comprend facilement que je change de sujet, mais ne fait pas de commentaire dessus. Il sourit à nouveau, un peu moins sincèrement cette fois, avant de rentrer dans mon jeu.

― Pourquoi tu as besoin d’une nouvelle robe ?

― Pour faire saliver ton copain, avant qu’il ne comprenne qu’il ne m’aura pas.

J’entre dans la première boutique qui me plaît et il me suit encore une fois, reste près de moi alors que je recherche quelque chose qui me plaît, je sélectionne deux robes avant de me diriger en cabine. Mon ami ne dit pas un mot, pourtant je sais qu’il a quelque chose à dire. C’est après avoir tiré le rideau de la cabine derrière moi que je lance :

― Crache le morceau.

Je commence à me déshabiller en attendant qu’il ose me dire ce à quoi il pense. J’enfile la première robe quand il commence :

― Pourquoi tu ne veux pas tenter de te remettre en couple ?

― Tu sais très bien pourquoi, je réponds en sortant de la cabine pour lui montrer la première robe.

Travis fait une tête de dégoût, et j’ai un doute sur la raison : ma réponse ou bien ma robe ? Je parierais sur les deux. La robe noire est beaucoup trop décolletée, trop serrée et trop courte. Je veux le faire baver, pas me faire suer, je transpirerais comme une truie après quinze minutes sous cette chaleur tellement le tissu me colle à la peau. Je rentre alors à nouveau dans la cabine. Travis en profite pour continuer à parler.

― Tu as peur, c’est ça ?

Je me fige un instant, bien heureuse qu’il ne me voie pas, et m’extrais de la robe avant d’essayer la seconde sans lui répondre. Je n’ai pas envie d’avoir cette conversation.

― Tu ne te fais toujours pas confiance ? Tu as changé, maintenant, si quelque chose ne va pas, je sais que tu le diras. Tu ne referas pas la même erreur, Amber.