Conscience tardive - Kristoffer Berger - E-Book

Conscience tardive E-Book

Kristoffer Berger

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Beschreibung

« Bien que vous puissiez n'y voir que transparence, ce roman a bel et bien une odeur de cigare, de bourbon, de tristesse et de passion. Chacun de ses mots est le souffle d'un vent nocturne paisiblement déchiré. Chacune de ses idées provient de l'opacité d'une nuit contre laquelle lutte fermement la timide et fougueuse lumière tamisée d'une bougie intrépide. » K. B.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Kristoffer Berger est né en 1984 à Namur. À dix-sept ans, marqué par la perte prématurée de son père et un échec amoureux, il se lance dans l'écriture de Conscience tardive, qui trouve aujourd'hui son aboutissement à travers la publication du roman que vous tenez entre vos mains. On ne peut être que bouleversé par ces lignes sensibles, parfois effrayantes, par les questions et les actes que ces personnages posent face aux relations humaines et à leurs passions en général.

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Seitenzahl: 75

Veröffentlichungsjahr: 2021

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CONSCIENCE TARDIVE

Kristoffer Berger

Conscience tardive

Roman

Catalogue sur simple demande.

www.lecri.be [email protected]

(La version originale papier de cet ouvrage a été publiée avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles)

La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL

(Centre National du Livre - FR)

ISBN 978-2-8710-6737-5

© Le Cri édition,

Av Leopold Wiener, 18

B-1170 Bruxelles

En couverture : © Photo de l'auteur.

Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.

C’est le marin qui navigue,

mais sans lesétoiles,

il n’a plus qu’à rêver d’Océan.

Mes étoiles se reconnaîtront.

I

Le temps me paraît long, infiniment long. Je le passe à ressasser de vieux souvenirs. Il ne me reste plus que cela à faire de toute façon. Je ne peux continuer à vivre, à bouger. Je suis très bien installé dans mes habitudes. Je radote, essaye de me convaincre que je ne regrette rien ; mais je me mens àmoi-même, ma vie a réellement été inutile. J’aimerais tant faire partie de ces gens qui n’ont rien à se reprocher ou rien de grave du moins. Si seulement j’avais été moins égoïste, moins repliésur moi-même. Je serais totalement incapable de citer la moindre action accomplie uniquement dans l’intérêt de quelqu’un d’autre. Mais si je suis égoïste c’est parce que le monde l’est et que j’en suis un produit. Finalement, ce n’est pas ma faute, je ne suis que le maillon d’une chaîne qui ne s’arrêtera jamais de tourner. Je suis victime d’une société qui n’a pas le temps de se remettre en question et qui tente, par-dessus tout, de cacher àceux qui en font partie qu’elle ne tourne pas rond, mais qu’elle fonce tout droit dans un mur. Nous ne cherchons pas à créer ensemble un monde où nous serions heureux et dans lequel chacun aurait sa place. Nous ne vivons plus à une époque où l’Homme est généreux, altruiste et bon avec son prochain comme avec lui-même. Le Dieu des chrétiens est réellement mort, il a été remplacé par le sexe, l’argent et la gloire. Chacun pour soi et que le meilleur gagne. Nous y passons tous, sans exception, surtout moi. J’ai construit ma vie autour de ces nouveaux dieux. J’ai derrière moi une aisance enviée, je suis instruit et sais discuter d’énormément de choses, sauf de la raison de ma misérable existence. Parce que je ne me suis jamais arrêté pour me demander pourquoi moi, pourquoi ici, pourquoi maintenant. Mais là, je le fais, car j’y suis contraint. Personne ne pourrait me comprendre sans savoir pourquoi et dans quelles circonstances je le fais. C’est pourquoi je tiens à ce que ça se sache, mais surtout à ce que ça ne se reproduise plus.

Avant de commencer mon récit, il me faut situer la ville dans laquelle il se déroule ; car elle n’a pas une histoire des plus banales. Cette ville n’a pas toujours eu autant d’allure qu’àprésent. Dans l’Antiquité, c’était une étendue de champs fertiles dont les agriculteurs étaient réputés pour leur bon grain. Cependant, elle fut rapidement colonisée par l’Empire parce qu’elle constituait une embûche àsa progression vers les terres du Nord. Et malgré qu’elle n’était composée que d’une centaine de laboureurs en âge de se battre, la lutte fut sanglante. Elle eut lieu en hiver et dura près d’une semaine. D’après les textes antiques, la peuplade était des plus redoutées par sa bravoure. On reconnaissait également àces barbares des rites particulièrement cruels, tel que le sacrifice humain d’un quelconque explorateur qui aurait eu le malheur de s’aventurer dans les parages et dont le cœur aurait, assurément, fini dans l’estomac du chef de la tribu. Le général chargé d’assiéger la ville écrivit dans l’un de ses rapports qu’il n’avait jamais vu en seize années de métier une pareille opposition. Il ajouta que le chef de cette peuplade était sans nul doute un très grand stratège et que s’il se ralliait à lui, il serait loin d’être inutile à la progression de l’Empire. Celui-ci connut toutefois une mort atrocement longue puisqu’il dut payer par la torture une telle résistance à cette légion romaine. Longtemps, les descendants du pragmatisme romain crurent que l’âme de cette tribu flottait toujours au-dessus de ces champs et que quiconque mourrait dans ses parages serait confronté àla rancune inépuisable des hommes victimes de leur cupidité. Jamais personne n’est revenu de l’au-delà pour en témoigner et la religion catholique s’empressa d’étouffer cette fable qui allait à l’encontre de ses principes et de ses croyances fondamentales.

En ce qui me concerne, tout commença le vendredi 23 mars 1951 vers onze heures du soir à la maternité de la capitale. Mes parents étaient issus de familles aisées et s’aimaient énormément. Ils vivaient ensemble depuis une vingtaine d’années et n’attendaient plus du tout la venue d’un enfant. C’est pourquoi j’étais un miracle pour eux. Ils étaient ravis à l’idée de ma naissance. Mon père, ébéniste de vocation, m’avait aménagé une chambre et ma mère écrivait des poèmes sur la joie de porter un enfant. Malheureusement, c’était une femme fragile et elle ne supporta pas la douleur d’enfanter ; par chance, j’en sortis indemne. Elle donna donc sa vie pour la mienne. Ce fut un drame. La ville entière porta le deuil de cette femme dont la bontéet la douceur n’avaient pas d’égales. Quant à mon père, ma naissance ne combla pas le vide qu’avait créé le décès de sa compagne. Il devint alcoolique. Au début, il ne faisait que passer de café en café. Mais, pour lui, l’alcool se fit vite indispensable. Il perdit tous ses amis. Qui aurait pu supporter bien longtemps cet ivrogne ?Il but et but, jusqu’à ce que mort s’ensuive. J’héritai de sa beauté, de l’intelligence de ma mère et d’une fortune inépuisable. Je suis devenu orphelin à deux ans et déjà depuis bien longtemps pris en charge par une famille d’accueil. Celle-ci se lassa cependant rapidement de l’enfant insupportable que j’étais.

Je me retrouvai donc dans un orphelinat àcinq ans, sans famille, sans tuteur, mais avec beaucoup d’argent. Je n’avais jamais reçu d’affection, jamais eu de guide, ni de stabilité. L’orphelinat m’apporta beaucoup de rigueur et me montra le chemin à suivre. Mes professeurs étaient comme ils l’ont toujours été et le seront de tout temps dans toutes les régions du monde, c’est-à-dire, inlassablement énergiques et passionnés, bien à leur place et érudits ; comme amorphes, irritables, méprisants, incultes et stupides. L’un d’entre eux me marqua cependant du fer de la haine et de la passion à la fois, celui des lettres classiques. Il m’apprit à développer mon esprit critique, car c’était le seul enseignant qui autorisait le dialogue pourvu qu’il soit doté d’énormément de politesse, de délicatesse et de finesse. Il aimait à rendre son cours vivant lorsqu’il enseignait les situations politiques des périodes et des lieux étudiés, en faisant des parallélismes avec la société actuelle et en divulguant le caractère des auteurs et des grands hommes de l’antiquité. Malheureusement, il n’hésitait sous aucun prétexte à nous traiter, mes amis et moi, de « génération de petits pots » lorsqu’il fallait nous mâcher la matière à assimiler ; d’incapables ou de béotiens, tout en nous rappelant la supériorité des êtres d’antan.

Mes copains, eux, étaient tout sauf des exemples. Ils m’apprirent l’art de tricher, celui de voler et de fumer. Ils m’enseignèrent également le concept de bande et développèrent mon sens de la répartie. J’eus donc du mal à suivre la bonne voie et à me considérer comme un individu avant tout. J’y arrivai néanmoins, parce que j’ai réussi à penser à moi. Ou plutôt à ne penser qu’à moi.

II

Septembre 1969

Lorsque j’atteignis la majorité et que je pus enfin quitter l’orphelinat pour entrer dans le monde réel, les choses ne furent pas simples. Je dus m’habituer à un entourage qui était loin d’être celui dans lequel j’avais passétoute ma jeunesse. Comme tous mes copains d’enfance, mon esprit avait été formaté, j’étais rentré dans un moule. Je n’avais donc pas été confronté à de larges divergences d’opinions, ce qui induit que nos conversations manquaient légèrement de sel et de raffinement. À l’opposé, tous ceux que je côtoyais à l’université avaient leur propre façon de voir les choses. C’est pourquoi il me fut très agréable et divertissant de converser avec les gens que j’eus l’occasion de rencontrer à cette époque. Au fil du temps, je m’accoutumai à mon environnement et je développai ma propre perception du monde de telle manière que mes copains d’autrefois auraient presque pu dire que j’étais devenu quelqu’un d’original.

Je m’étais installé dans l’avenue du Carnifex, une des avenues principales de la capitale. C’était dans cette même avenue qu’étaient exécutés, au Moyen Âge, les hérétiques et les hors-la-loi des environs. D’où le nom d’avenue du « bourreau public ». J’avais un luxueux appartement meublé à la mode du seizième siè