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"Parfois je me demande combien d'aubes à attendre. Combien de nuits me faudra-t-il encore traverser pour consoler les abîmes de tristesse ancrés en mon âme blessée?" Comment se consoler d'une enfance manquée et meurtrie ? Après "S'éveiller dans le noir", Alexandra Gerbaut clôt ici une partie de son travail d'introspection en donnant voix à la petite fille qu'elle était. Avec poésie, elle pose des mots sur les blessures affectives et les violences subies pour se réapproprier son histoire. Ce recueil est un exercice d'apaisement et de reconnexion où chaque poème dévoile une force libératrice sur le chemin de la résilience.
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Veröffentlichungsjahr: 2024
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A tous les inconsolés.
« Les enfants ont tout, sauf ce qu’on leur enlève. »
Jacques Prévert, Spectacle.
« Chacun de nous a son histoire Et dans notre cœur à l’affût Le va-et-vient de la mémoire Ouvre et déchire ce qu’il fût »
Jean Ferrat, Nul ne guérit de son enfance.
1. Fissures
2. Consolations
3. Résilience
J’écris des poèmes.
J’écris des poèmes contre mes sales pensées,
contre cette voix qui n’est pas mienne
mais qui m’envahit l’esprit,
cette voix qui ne m’appartient pas
mais qui m’assiège l’âme
et la dévore
morceau par morceau.
Aussi,
j’écris des poèmes contre l’effroi
et tous les autres voleurs de larmes.
J’écris contre les secrets et les silences,
contre la honte qui les unie.
J’écris des poèmes pour libérer les cris
qui se noient au fond de moi,
et pour exhumer de mon enfance
la vérité.
Mon innocence.
Surtout,
j’écris des poèmes parce que c’est mon
histoire
et qu’elle en a sans cesse après moi
la garce.
Comment pourrais-je lui échapper
quand elle me tourne toujours autour,
en prédatrice,
bien décidée à m’engloutir ?
Bien décidée à me détruire ?
C’est pourquoi j’écris des poèmes comme je
me bats.
J’ai besoin de clamer à coups de mots
mon aversion des injustices
et d’écrire combien j’abhorre
les violences de ce monde.
C’est ma manière
de lui rendre des comptes.
Qu’elle soit belle ou mauvaise,
juste ou malhabile,
au fond qu’importe.
J’écris de la poésie
puisque je dois me sauver.
Je n’écris pas des poèmes juste pour faire de l’art.
Si j’écris des poèmes,
c’est avant tout pour reprendre le pouvoir.
Pourquoi l’hiver toujours revient ?
Je pensais mon été à peine commencé.
Les graines d’un temps nouveau
venaient tout juste d’être semées
et voilà que ressurgit déjà
avec force
la nuit glacée
et enlaidie
avec ses étoiles muettes,
ses courants d’air sifflant d’injures,
ses vents qui se jouent de mes plaintes.
Pourquoi la nuit toujours revient ?
Elle secoue ma mémoire,
elle est là qui me menace
tel le loup qui grogne
babines retroussées,
bave écumante,
crocs acérés.
Pourquoi la nuit toujours est là
qui me menace ?
Je la vois prête à bondir,
à me sauter au cou,
faire de moi son repas,
la nuit…
Dis moi,
Nuit,
à quoi bon te résister
puisque tu finiras bien
par me dévorer
vivante ?
Nuit,
peut-être me laisseras-tu
un beau matin
pour morte ?
Alors il ne restera de moi
qu’un corps broyé,
une âme déchiquetée,
mais je pourrais te remercier
ô Nuit,
car de mes peurs,
mes douleurs
et de mon passé,
tu m’auras délivrée.
Elle pense qu’elle est une enfant
mais qu’elle connaît trop la peur
et la violence
pour vivre pleinement dans l’insouciance.
Elle pense qu’elle est une enfant
et qu’il y a des choses
essentielles
qu’on ne lui a pas apprises,
qu’on ne lui a pas montrées,
qu’on ne lui a pas dites.
Si seulement pouvait-elle savoir
ce qui lui manque,
ce qui lui fait défaut,
elle craindrait moins de ne pas avoir
assez d’armes
pour s’en sortir
vivante.
Elle pense qu’elle est une enfant
alors elle se demande pourquoi elle a
un jour
simplement cessé de pleurer.
Son âme est-elle à ce point mauvaise ?
Son cœur est-il fait de pierre ?
Il lui est impossible d’imaginer
que les cris et humiliations subis,
qui se sont imprimés en elle,
aient pu emporter ses larmes
pour ne lui laisser
en échange
qu’effroi et sidération
pour punition.
Il lui est impossible d’imaginer
qu’elle pourrait à la fois
se défendre
des agressions
tout en même temps
laisser aller son émotion.
Elle pense qu’elle est une enfant
et qu’elle n’est pas normale
puisqu’elle porte en elle
quelque chose qui lui fait si mal.
Elle n’en connaît pas le nom,
mais sa présence est bien là,
partout,
palpable,
bien qu’insaisissable.
Si elle se tait,
c’est qu’elle est persuadée
que cette chose
doit rester cachée.
Sans bruit,
elle laisse alors éclater des silences
que personne ne veut entendre.
Elle pense qu’elle est une enfant
et qu’elle déteste ça
puisqu’elle ne vit pas
en accord avec son âge.
On grandit trop vite
quand on est une cible
dans un monde d’adultes.
Aujourd’hui ce que je retiens,
c’est qu’on peut être une enfant
et savoir déjà beaucoup de la vie
tout en ne connaissant rien,
absolument rien
de l’amour.
Il est de tradition,
chaque année,
de célébrer les mères.
Certes, elles nous portent en elles
près de neuf mois durant,
mais n’oublions pas que chaque enfant,
malgré le cordon coupé,
portera cette trace maternelle
en lui
toute sa vie.
C’est une empreinte indélébile.
Pour le meilleur
comme pour le pire.
Parce que mon cœur se gèle
instantanément
lorsque je suis près d’elle.
C’est un lien qui restera brisé,
irréparable,
à jamais.
On a beau tout tenter,
on ne guérit jamais
vraiment
des blessures maternelles.
Elle n’est pas un soldat.
Elle n’a pas fait la guerre le fusil à l’épaule
pourtant sa vie est déjà
jalonnée de combats.
De ces luttes quotidiennes,
son corps et sa mémoire
en ont imprimé les traces.
Elle n’en ressort pas indemne.
Une blessure grave et innommable
la tiraille.
Il ne s’agit pas d’un membre amputé
mais elle sent bien
qu’il lui manque quelque chose.
Elle souffre d’une douleur fantôme.
Son enfance était un champ de mines.
Chaque pas avait un coût,
chaque respiration était calculée.
Elle s’est beaucoup entraîné
à éviter les bombes qui,
sur son passage,
voulaient lui exploser au visage.
Son adolescence était un champ de batailles.
Les couchers de soleil signalaient une victoire
dont elle revenait entière,
vivante,
bien qu’elle taisait le mal
plus profond et invisible
qui la torturait.
Elle ne savait pas la nommer.
Elle ne savait la décrire,
cette douleur fantôme.
Comment dire le manque d’un sentiment
que l’on ne connaît pas ?
Comment traduire dans un langage d’enfant,
l’arrachement ?
Sans doute lui a-t-on enlevé un morceau ?
sans doute un obus a-t-il éclaté en elle,
à son insu ?
Car il y a bien un trou,
une béance
logée là,
quelque part dans sa poitrine,
à la périphérie du cœur,
comme une douleur fantôme
lancinante
qui la hante
et ne s’endort jamais.
Elle ne savait pas.
Elle était trop petite pour comprendre
que l’enfer qu’elle traversait
c’est l’absence.
Elle a grandi sans savoir
avec son fantôme cloué à l’âme
et son manteau d’absence
sur les épaules.
Elle a grandi
sentant combien les années
alourdissaient son poids.
Aujourd’hui,
elle a du mal à croire que l’absence
se réduit au vide
quand ce rien,
que l’on appelle aussi néant,
dévore toujours plus son espace.
S’obstine à prendre toute la place.
Aujourd’hui elle se demande
combien peuvent peser les mots d’amour,
d’un père et d’une mère,
que l’on n’a pas reçus.
Combien pour les gestes d’affection ?
Combien pour les paroles rassurantes ?
Combien pour les instants complices ?
Pour les rires et les sourires ?
Pour les regards de fierté ?
Combien de kilos
pour le respect et la considération ?
Elle ne saura jamais le poids exact de tout ce
qu’on lui a refusé.
