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Extrait
| La fille de la Roussalka
Dans le domaine de Matow, propriété des Sarounine, existait un étang aux belles eaux vertes, qu’entourait la sombre verdure des bois de pins. Il était la demeure de roussalkas, vives et légères, qui venaient danser sur les berges, aux soirs de lune. Si quelque promeneur, imprudent ou trop curieux, s’aventurait alors de ce côté, il était saisi, emporté dans la danse, puis entraîné par les fées des eaux dans leur aquatique demeure, d’où il ne revenait jamais.
Un soir, Ivan Petrovitch Sarounine, jeune et audacieux, vint jusqu’à l’étang et y surprit les roussalkas au milieu de leurs ébats. Il n’essaya pas de résister, quand elles l’entourèrent, et se laissa complaisamment emporter dans le tourbillon de leur danse. Comme il était beau et très charmeur, voilà que les fées, semblables en cela aux simples mortelles, se mirent à se disputer à son sujet, chacune prétendant qu’il la trouvait plus belle que toutes les autres... Et tandis qu’elles discutaient ainsi, Ivan Petrovitch, saisissant l’instant favorable, leur échappa, entraînant la plus jolie d’entre elles, la plus timide aussi, car elle n’avait rien dit... mais ses beaux yeux couleur d’émeraude parlaient pour elle. Quant à Ivan du premier coup d’œil, il en était tombé amoureux. Aussi l’emmena-t-il aussitôt dans sa demeure. Et là, non sans peine, il obtint de sa mère l’autorisation d’épouser la jolie roussalka aux cheveux argentés, aux yeux couleur de l’onde...|
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Veröffentlichungsjahr: 2020
La fille de la Roussalka
La petite
Le Chant de la Paix
La Ronde sous les eaux
CONTES
DELLY
CONTES
Raanan Editeur
Livre 661 | édition 1
Dans le domaine de Matow, propriété des Sarounine, existait un étang aux belles eaux vertes, qu’entourait la sombre verdure des bois de pins. Il était la demeure de roussalkas, vives et légères, qui venaient danser sur les berges, aux soirs de lune. Si quelque promeneur, imprudent ou trop curieux, s’aventurait alors de ce côté, il était saisi, emporté dans la danse, puis entraîné par les fées des eaux dans leur aquatique demeure, d’où il ne revenait jamais.
Un soir, Ivan Petrovitch Sarounine, jeune et audacieux, vint jusqu’à l’étang et y surprit les roussalkas au milieu de leurs ébats. Il n’essaya pas de résister, quand elles l’entourèrent, et se laissa complaisamment emporter dans le tourbillon de leur danse. Comme il était beau et très charmeur, voilà que les fées, semblables en cela aux simples mortelles, se mirent à se disputer à son sujet, chacune prétendant qu’il la trouvait plus belle que toutes les autres... Et tandis qu’elles discutaient ainsi, Ivan Petrovitch, saisissant l’instant favorable, leur échappa, entraînant la plus jolie d’entre elles, la plus timide aussi, car elle n’avait rien dit... mais ses beaux yeux couleur d’émeraude parlaient pour elle. Quant à Ivan du premier coup d’œil, il en était tombé amoureux. Aussi l’emmena-t-il aussitôt dans sa demeure. Et là, non sans peine, il obtint de sa mère l’autorisation d’épouser la jolie roussalka aux cheveux argentés, aux yeux couleur de l’onde.
Tout d’abord, ce fut un enchantement. Les deux époux s’aimaient tendrement et ne se quittaient pas... Mais au bout d’un mois, la roussalka commença de dépérir, devint d’humeur inégale et mélancolique. En vain son mari essayait-il de la distraire, et la comblait-il de cadeaux. Pâle et songeuse, elle faisait glisser entre ses doigts les pierreries, les joyaux de toutes sortes, et ne semblait avoir aucun désir de s’en parer.
Un matin, Ivan, rentrant d’une courte absence de vingt-quatre heures, ne trouva plus sa femme au logis. Personne ne put lui dire ce qu’elle était devenue... Mais il le devina aussitôt. La roussalka, saisie par la nostalgie du séjour aquatique, était retournée au milieu de ses sœurs.
Ivan courut au bord de l’étang et appela cent fois sa bien-aimée. Mais rien ne répondit à ses tendres supplications. La transfuge, assez mal accueillie, était retenue prisonnière dans une grotte profonde et n’entendait même pas les appels de son époux.
Désespéré, Ivan revint au logis. Peu après, il partit, alla s’engager dans l’armée qui combattait à cette époque contre les Turcs, et fut tué quelques mois plus tard, après avoir fait bravement son devoir.
Vers ce même moment, la belle roussalka mettait au monde une petite fille, qui avait les cheveux argentés de sa mère et les beaux yeux noirs de son père, Ivan Sarounine. Les fées des eaux, réunies en conseil, décidèrent qu’elle serait élevée parmi elles, et ne connaîtrait jamais son origine paternelle.
Seize années passèrent. Naïa devenait merveilleusement jolie. Avec ses compagnes, elle commençait maintenant d’aller s’ébattre sur les berges gazonnées, aux soirs de lune. Mais tandis que les autres, insouciantes et légères, se livraient au plaisir du moment, Naïa, rêveuse, regardait autour d’elle, avec une curiosité inquiète, un désir chaque jour plus vif de voir ce qui existait au-delà de cet étang, sa demeure, et de ces bois sombres qui fermaient l’horizon.
Un soir, pendant que les autres roussalkas dansaient, elle s’échappa, traversa un bois de pins, puis de grands jardins fleuris, et se trouva près de l’habitation seigneuriale, tout illuminée, car on y célébrait aujourd’hui l’anniversaire de naissance du seigneur, Pierre Petrovitch Sarounine, frère aîné du défunt Ivan Petrovitch.
Il y avait, à cette occasion, quelques hôtes étrangers, entre autres le comte Serge Oranoff, lieutenant aux chevaliers-gardes, très riche, de très grande famille, et fort entouré par tous les Sarounine, car Pierre Petrovitch, fort ambitieux, espérait lui faire épouser Lydia, sa fille aînée.
Mais Serge semblait rester insensible à la grâce piquante de la jeune personne, et accueillait toutes les avances avec une amabilité un peu ironique. Il n’ignorait pas le motif de ces empressements, mais, Lydia ne lui plaisant qu’à demi, il jugeait plus loyal de ne pas encourager des espoirs qui ne se réaliseraient pas.
Or, tandis qu’il passait dans un des salons, il aperçut tout à coup, derrière les vitres d’une fenêtre, la plus délicieuse figure de femme qu’on pût rêver. De grands yeux foncés le regardaient avec un mélange d’effarement et d’admiration... Pendant un moment, l’étrangère et le bel officier se considérèrent ainsi. Serge, très ému, le cœur battant, songeait : « Je n’ai jamais rien vu d’aussi charmant ! »
Et tout à coup, il s’élança vers la fenêtre, l’ouvrit, sortit sur la terrasse, dans l’intention d’aborder l’inconnue...
Mais elle s’enfuyait, si légère et si vive qu’à grand-peine il la rejoignit à l’extrémité des jardins.
