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Un florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'imaginaire de Russie
Autrefois, on ne savait pas mettre les pantalons. Une vieille cousit un jour un pantalon pour son homme, mais voilà, il ne savait pas quoi en faire. Il monta sur sa clôture et essaya de sauter dans les jambes du pantalon, mais il atterrit à côté, arrachant le pantalon des mains de la vieille qui le tenait. Maugréant, il grimpa à nouveau sur la clôture et réessaya, mais sans plus de succès, trois fois en tout. Au même moment, un autre vieux passa par là et demanda : " Que faites-vous donc ? " " On a cousu ce pantalon, mais pas moyen de le passer " " Allons donc, il faut s'allonger pour le mettre. " La vieille fit s'allonger le vieux et lui enfila le pantalon sur les jambes. C'est la bonne méthode, alors qu'en sautant une clôture, on n'y arrive pas.
EXTRAIT
Au commencement des temps, il n’y avait rien : ni ciel, ni terre, ni hommes. Il n’y avait que de l’eau, sans fin ni fond, au-dessus de laquelle régnait une obscurité complète. Sur cette eau se déplaçait en barque Dieu Tout-Puissant. Un jour, il cracha dans l’onde, et à l’endroit où sa salive tomba apparut Satan, lequel engagea aussitôt la conversation avec Dieu :
– Je suis ton frère. Prends-moi dans ta barque.
Comme la barque était assez grande pour deux, Dieu lui répondit :
– Monte donc.
À PROPOS DE LA COLLECTION
« Aux origines du monde » (à partir de 12 ans) permet de découvrir des contes et légendes variés qui permettent de comprendre comment chaque culture explique la création du monde et les phénomènes les plus quotidiens. L’objectif de cette collection est de faire découvrir au plus grand nombre des contes traditionnels du monde entier, inédits ou peu connus en France. Et par le biais du conte, s’amuser, frissonner, s’évader… mais aussi apprendre, approcher de nouvelles cultures, s’émerveiller de la sagesse (ou de la malice !) populaire.
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Seitenzahl: 195
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Au commencement des temps, il n’y avait rien : ni ciel, ni terre, ni hommes. Il n’y avait que de l’eau, sans fin ni fond, au-dessus de laquelle régnait une obscurité complète. Sur cette eau se déplaçait en barque Dieu Tout-Puissant. Un jour, il cracha dans l’onde, et à l’endroit où sa salive tomba apparut Satan, lequel engagea aussitôt la conversation avec Dieu :
– Je suis ton frère. Prends-moi dans ta barque.
Comme la barque était assez grande pour deux, Dieu lui répondit :
– Monte donc.
Satan prit place à côté de Dieu et tous deux poursuivirent leur route sur les eaux. Dieu dit alors à Satan :
– Je veux créer la terre. Plonge, Satan, et rapporte-moi de la terre.
Satan se changea en garrot à œil d’or et plongea dans l’eau. Mais n’ayant pas demandé la bénédiction de Dieu, il ne parvint pas à s’acquitter de sa tâche et resta longtemps sous l’eau sans parvenir à atteindre le fond. À bout de forces, il finit par remonter et dit à Dieu :
– Je n’ai pas pu atteindre le fond ni rapporter de la terre.
Dieu lui répéta alors :
– Plonge une deuxième fois et rapporte-moi de la terre.
Satan se changea aussitôt en plongeon arctique et s’immergea à nouveau. Mais sans la bénédiction de Dieu, bien qu’il soit descendu plus profondément que la première fois, il ne parvint pas à atteindre le fond et ne rapporta pas de terre. En remontant à la surface, il dit à Dieu :
– Je n’ai pas pu parvenir jusqu’au fond et prendre de la terre, bien que j’aie plongé plus profondément que la dernière fois.
– Tu n’y arrives pas parce que tu ne me demandes pas ma bénédiction. Plonge une troisième fois. Avec ma bénédiction, tu parviendras jusqu’au fond et tu pourras rapporter de la terre.
Satan reçut alors la bénédiction de Dieu, puis se changea en canard souchet et plongea une troisième fois. Cette fois-ci, il atteignit sans peine le fond, prit de la terre dans son bec et l’apporta à Dieu, avec ses mots :
– Je t’ai apporté de la terre.
Dieu prit la terre du bec de l’oiseau. Mais Satan en dissimula une partie en se disant : « Dieu va créer la terre, je l’observerai et je l’imiterai. »
Dieu ordonna à trois baleines de monter à la surface. Trois baleines apparurent, si grandes qu’en se tenant sur leur tête, on ne voyait pas leur queue. Les trois baleines se placèrent de façon à ce que leurs têtes se touchent, leurs queues étendues dans des directions différentes. Dieu prit la terre dans une de ses paumes et la modela de l’autre. Il en fit une petite galette ronde et parfaitement lisse, qu’il déposa sur la tête des baleines. La terre se mit à grandir et à s’élargir, à s’étirer, si bien qu’elle finit par recouvrir les trois baleines. Lorsqu’elle devint trop lourde pour les trois cétacés, Dieu appela quatre autres baleines. Montant des profondeurs, elles joignirent leurs têtes aux trois premières, étendirent leurs queues et soutinrent la terre. Depuis ce temps, la terre repose sur sept baleines.
Pendant que la terre placée sur les baleines grandissait et s’étirait, il en allait de même avec la poignée de terre restée dans la bouche de Satan, si bien que ses joues gonflèrent. Dieu le remarqua et demanda à Satan :
– Qu’as-tu donc à tes joues ?
Satan reconnut alors son forfait :
– Pardonne-moi, Seigneur, j’ai dissimulé dans ma bouche un peu de terre.
– Recrache-la !
Satan s’exécuta. En tombant de sa bouche, la terre forma des lieux sauvages et impurs : des montagnes et des ravins, des fourrés épais, des marais et des marécages. Auparavant, la terre était lisse et parfaite en tous points. C’est ainsi que Dieu créa la terre et le monde.
Quand la création de la terre fut terminée, Dieu voulut se reposer. Il sortit la barque de l’eau, la retourna, s’allongea à côté et s’endormit profondément. En voyant cela, Satan eut l’idée suivante :
– Je vais jeter Dieu à l’eau et le noyer pendant qu’il sommeille, ainsi la terre et la barque seront à moi.
Satan souleva Dieu et se dirigea vers la rive. Mais plus il avançait, plus la terre s’étirait devant lui et plus l’eau s’éloignait. Comprenant qu’il n’atteindrait pas la berge, Satan fit volte-face et se dirigea de l’autre côté, pour jeter Dieu par-dessus le bord de la terre. Mais le même phénomène se répéta. Satan reposa alors Dieu près de la barque, comme s’il ne l’avait pas déplacé.
Aujourd’hui encore, la terre repose sur sept baleines et flotte sur l’eau. Elle continue à s’étendre, et lorsqu’elle sera trop grande pour les sept baleines, celles-ci repartiront au fond de l’eau. La terre se désagrégera et s’enfoncera dans les profondeurs marines : ce sera la fin du monde. On dit que ce moment approche.
Le Seigneur créa le monde et tout y était bon : la terre, l’eau, toutes sortes de bienfaits. Dieu regardait son œuvre et il était heureux et joyeux, l’âme en paix. Mais son ennemi, Satan, était rongé par la jalousie, à la vue du monde que Dieu avait créé. Son cœur n’était occupé que par une pensée : celle de détruire l’ouvrage divin. Il s’assit pour réfléchir, trois jours durant. Le quatrième jour, il eut une idée, bondit sur ses pieds et s’enfuit. Or, à cet instant, Dieu voulut se reposer de son labeur. Il s’endormit profondément et dormit trois jours et trois nuits. En se réveillant, il aperçut dans le ciel un cercle rouge qui éclairait et chauffait la terre.
– Le diable n’est pas idiot, dit-il, voilà une belle chose qu’il a faite !
Et grâce au soleil apparurent l’herbe, les arbres, les buissons, les animaux et la vermine, les êtres purs et impurs, visibles et invisibles.
Satan fulminait. Il avait voulu brûler la terre avec l’éclat ardent du soleil, mais n’avait en fait réussi qu’à aider Dieu dans son œuvre.
– Tu ne perds rien pour attendre, dit-il à Dieu, tu vas voir de quoi je suis capable.
Et il redisparut on ne sait où. Dieu s’endormit à nouveau pour trois jours et trois nuits. Le quatrième jour, il se réveilla en se disant : « Tiens, d’où vient cette chaleur ? » C’était une fois de plus l’œuvre de son ennemi, qui avait accroché un deuxième soleil en face du premier afin de griller la terre des deux côtés. La gravité de la situation sauta aux yeux de Dieu : l’herbe était calcinée, l’eau s’épuisait. Il prit alors de l’eau et aspergea le deuxième soleil avec. Après beaucoup d’efforts, il finit par l’éteindre. Mais le soleil se ralluma à nouveau, et Dieu l’éteignit encore. Et depuis, chaque mois, Dieu verse de l’eau sur le deuxième astre, la lune, pour qu’il ne s’enflamme pas et ne détruise pas notre terre.
Et le conteur ajouta : Tout cela, Dieu le fait, car il prend soin de nous, pauvres pécheurs. Cela veut dire qu’il reste encore sur la terre beaucoup de justes qui prient pour les âmes pécheresses. Sans eux, le monde toucherait à sa fin. Dieu ne protégerait plus sa création et laisserait faire Satan l’Antéchrist. La lune s’embraserait, la terre se transformerait en fournaise ardente et le diable tourmenterait les pécheurs.
Cela s’est passé il y a longtemps, bien longtemps, mais toutes les choses que nous connaissons existaient déjà : la terre, les montagnes, les mers et les forêts. Seul le soleil manquait dans le ciel. Le froid régnait alors sur toute la terre, et l’obscurité était complète.
Les hommes étaient en permanence gelés et aucun feu ne pouvait les réchauffer. Ils attendaient avec espoir la mort, seule capable de mettre un terme à leurs souffrances.
Un jour, enfin, un vieillard aux cheveux gris et à la longue barbe blanche se dressa près du feu et lança d’une voix forte, afin que tous l’entendent :
– Hommes ! Regardez comme nous sommes nombreux ! Prenons chacun un charbon dans nos feux et gravissons cette haute montagne. Nous y déposerons nos charbons ensemble et le vent, en soufflant dessus, nous fera un grand feu bien chaud. Nous aurons alors tous chaud et nous verrons clair.
Les gens l’écoutèrent, petits et grands apportèrent des charbons. Ils les déposèrent sur la montagne et les charbons s’assemblèrent pour former une boule brûlante. Un vent violent emporta cette boule de feu et l’éleva dans le ciel. Et la lumière apparut sur la terre, et la chaleur tant attendue réchauffa aussitôt les habitants transis.
Voilà d’où vient le soleil.
Les premiers fils d’Adam étaient Abel et Caïn. Caïn était mauvais, alors qu’Abel était sincère et obéissant. Ils faisaient paître un troupeau. À la nouvelle lune, ils sacrifiaient chacun un animal de leur troupeau, surtout des mâles, des agneaux ou des boucs. La fumée du sacrifice d’Abel monta droit au ciel, en colonne, mais le vent s’abattit sur le feu de Caïn et sa fumée resta près du sol. Il vit que Dieu n’acceptait pas son sacrifice et, jaloux, tua son frère Abel. Le sang qui coula à ce moment-là s’imprima sur la lune.
Autrefois, le soleil et la lune brillaient tous les deux pendant la journée et cheminaient toujours ensemble. Lorsque Dieu envoya le déluge pour punir les hommes de leurs péchés, seuls Noé et sa famille survécurent. Au quarantième jour, quand tous les hommes périrent noyés, l’arche s’arrêta sur une montagne. Dieu ordonna à la pluie de cesser et au soleil et à la lune de se montrer et de réchauffer la terre. Le soleil sortit, mais la lune se cacha derrière un nuage et désobéit à l’ordre divin. Dieu se mit en colère et dit à la lune :
– Puisque tu ne m’as pas écouté, tu brilleras la nuit et Caïn t’ouvrira et te fermera. Tu te cacheras et tu éviteras le soleil.
Depuis, la lune ne brille que la nuit et quand le soleil se montre, elle disparaît aussitôt.
La Lune regardait les hommes en dessous d’elle et se disait : « Pourquoi, alors que je suis nue, sans habits, tous les hommes sur terre sont habillés et chaussés ? »
Et elle voulut avoir une robe. Elle trouva dans le ciel, tant bien que mal, un tailleur et lui commanda une robe.
Le tailleur prit ses mesures et commença à coudre la robe. Peu après ou longtemps après, nul ne le sait, la Lune revint pour sa robe. Quand elle l’essaya, la robe était trop étroite et trop courte.
Le tailleur réfléchit, réfléchit, secoua la tête et dit :
– Apparemment, je me suis trompé. Je me fais vieux, ma vue est mauvaise : j’ai dû me tromper dans les mesures.
Et il se remit au travail. Peu après ou longtemps après, nul ne le sait, la Lune revint à la date convenue. Elle l’essaya : la robe était encore trop petite !
Le tailleur regarda, regarda et dit :
– Apparemment, je me suis encore trompé.
Et il se remit à couper et à coudre. Au jour dit, la Lune revint pour la troisième fois chez le tailleur.
Le tailleur vit la Lune arriver, si grosse, deux fois plus large que la robe qu’il avait cousue ! Il prit peur et se dit : « Que faire ? Il faut prendre la fuite ! » Aussitôt pensé, aussitôt fait, le tailleur prit ses jambes à son cou.
Arrivée chez le tailleur, la Lune ne vit personne. Elle le chercha partout, mais pas moyen de mettre la main dessus.
Depuis, on n’a jamais retrouvé le tailleur, et la Lune vit dans le ciel nue, sans robe.
Il ne faut pas regarder la lune trop longtemps, car elle attire les hommes. Un jour, un jeune homme et une jeune fille marchaient au bord de l’eau et contemplaient la lune. Tout à coup, ses rayons pâles descendirent du ciel et l’astre attira les jeunes gens à lui avec sa trompe.
Dieu et Satan se partagèrent le monde. Ils établirent une borne pour délimiter leurs possessions respectives, et se promirent de ne plus la déplacer. Mais Satan était envieux et son territoire lui parut trop petit. Pour que Satan ne déplace pas la borne, Dieu ordonna au soleil et la lune de la surveiller. Mais Satan trouva une ruse : il s’enfouit dans le sol et se mit à remuer la terre avec ses ailes. Les mottes de terre retournées formèrent les montagnes. Lorsque le soleil se cacha derrière les montagnes et que la lune fut voilée par un nuage, Satan déplaça la borne. Mais une étoile l’aperçut et le répéta à Dieu. C’est depuis ce temps que nous avons des montagnes.
Dans la région de Minoussinsk, dans les falaises entourant les rivières Nina et Baza, il y a de larges grottes, dont le fond est parsemé d’une multitude de pierres multicolores. Ces pierres étaient jadis du bétail, des chevaux, des vaches et des moutons, entraînés par des chaïtans (des esprits malins) au fond des grottes, et transformés par ces derniers en cailloux.
Il était une fois deux frères, l’un pauvre, l’autre riche. Le riche ne supportait pas son frère pauvre. Un jour, le pauvre vint à manquer de blé. Et pas un sou vaillant en poche pour en acheter ! Il se rendit donc chez son aîné pour lui demander de l’aide. Mais à peine le riche eut-il aperçu son frère, qu’il lui lança avec humeur un jambon moisi par la fenêtre en lui disant :
– Va au diable ! Vends-lui ce jambon, tu en tireras peut-être quelque argent !
– Merci pour ton aide, répondit le pauvre.
Il ramassa le jambon et, les larmes aux yeux, partit à la recherche de la fournaise infernale. En chemin, il croisa un petit vieux qui l’interrogea :
– Qu’as-tu à pleurer ?
Le pauvre lui conta son malheur :
– Mon frère m’a envoyé au diable vendre ce jambon, mais j’ignore où se trouve l’enfer !
– Sèche tes larmes, le consola le vieux. Suis ce sentier, toujours tout droit, et tu arriveras en enfer. Surtout, n’oublie pas : n’accepte pas d’argent en échange de ton jambon, demande le moulin qui traîne dans un coin.
Le pauvre remercia le petit vieux et se mit en route. Après avoir longtemps cheminé sur ce sentier qui semblait sans fin, il parvint enfin à l’entrée de l’enfer et frappa à la porte. Un garde à trois têtes en sortit et lui demanda :
– Que veux-tu ?
– J’ai un jambon à vendre.
– Combien en demandes-tu ? demanda le diable, ravi.
– Je ne veux pas d’argent. Je ne le cèderai qu’en échange du moulin qui traîne dans un coin.
– Demande tout ce que tu veux, sauf ce moulin.
L’homme remarqua que le diable se pourléchait les babines et ne pouvait détacher ses yeux du jambon. Il insista :
– Donne-moi le moulin. Je n’accepterai pas d’autre payement !
Finalement, ils tombèrent d’accord. Le serviteur à trois têtes lui remit le moulin et se retira en enfer avec le jambon sous le bras, en refermant les lourdes portes derrière lui. Notre homme s’empara du moulin et prit ses jambes à son cou. Sur le chemin du retour, il vit à nouveau le vieux.
– Alors, as-tu obtenu le moulin ? demanda le vieillard.
– Pour l’obtenir, je l’ai obtenu. Mais que vais-je en faire maintenant ? Je n’ai même pas un grain de blé à moudre !
– C’est un moulin magique. Demande-lui ce que tu veux, il te le moudra aussitôt !
Puis, le petit vieux lui apprit comment arrêter le moulin en lui recommandant de ne le répéter à personne :
– Prends une branche de sapin, pose le moulin dessus et prononce ces mots : « Arrête de moudre, petit moulin ! Repose-toi donc sur ce sapin ! »
Dès lors, le frère pauvre vécut riche et heureux. Chaque jour, le moulin lui fournissait les mets et les boissons les plus savoureux. Il lui moulut des biens et de l’or en abondance, ce qui lui permit de faire construire un palais en or. Quand le frère riche l’apprit, il faillit en perdre la raison. Accourant aussitôt, il interrogea son frère :
– D’où te vient toute cette richesse ?
L’autre lui raconta que sa richesse provenait d’un petit moulin. Le riche se mit à le supplier de lui vendre le moulin.
– Pourquoi pas, répondit le frère. J’ai maintenant de tout en abondance, je peux bien partager mes biens avec mon frère !
À ces mots, le riche saisit le moulin et s’enfuit chez lui. Le lendemain matin, le riche se prépara à aller aux champs avec ses journaliers. À sa femme qui voulait rester à la maison pour préparer de la bouillie, il ordonna :
– Viens faucher avec nous. À l’heure du déjeuner, je rentrerai à la maison et le moulin nous préparera de la bouillie en un clin d’œil !
La femme les accompagna aux champs sans protester. L’heure du déjeuner s’approchant, le maître courut chez lui et demanda au moulin de faire de la bouillie. Le moulin moulut, moulut, remplissant tous les pots de la maison. Puis la bouillie déborda, envahissant toute la maison, sans que le moulin ne paraisse près de s’arrêter. Le maître cria, tempêta, finit par jeter le moulin dehors. Cela n’affecta en rien ce dernier, qui remplit en peu de temps la cour de bouillie. Finalement, ne sachant plus quoi faire, le riche le rapporta à son cadet :
– Fais-en ce que tu veux !
En entendant le récit de son aîné, le frère rit de bon cœur, chuchota les mots magiques et en un clin d’œil l’ordre revint.
Un jour, des marins vinrent à passer près de la côte et remarquèrent un toit en or qui brillait au soleil. Ils débarquèrent et découvrirent le palais en or de notre héros. Ils demandèrent :
– À qui appartient ce palais ? D’où vient-il ?
– Ce palais est à moi, répondit le pauvre, et il est sorti de ce moulin !
Admiratifs, les marins examinèrent le moulin de près et supplièrent le propriétaire de le leur vendre. Devant son refus, ils décidèrent de le voler. Le lendemain matin, le maître de maison chercha en vain son moulin, pendant que les marins étaient déjà en mer.
Les marins se rassemblèrent sur le pont du bateau et discutèrent de ce dont ils avaient besoin. L’un d’eux lança :
– Il faut moudre du sel, nous n’en avons pas.
– D’accord, commençons par du sel.
À peine donnèrent-ils l’ordre au moulin que celui-ci cracha une colonne de sel. Lorsqu’il eut moulu assez de sel pour remplir une assiette, les marins voulurent l’arrêter, mais comment donc ! Le moulin continua sa tâche de plus belle. Les marins essayèrent de le bloquer avec leurs mains, en vain. Bientôt, le bateau entier fut recouvert de sel et coula, avec les marins et le moulin à son bord. Au fond de l’eau, le moulin continua de moudre du sel, encore et encore, jusqu’à nos jours.
C’est pourquoi l’eau de mer est salée.
Dieu et le roi dragon se disputèrent un jour sur la façon dont il fallait créer l’homme. Le roi dragon voulait d’abord fabriquer l’homme, puis la terre et le ciel. Il serra dans son poing du sable et vola vers la mer Noire, mais le sable dans son poing fut emporté par l’eau.
Dieu commença par créer le ciel et la terre. Puis, il prit du sable entre ses trois doigts, le pouce, l’index et le majeur, ceux dont on se sert pour faire le signe de la croix. C’est ainsi qu’il créa Adam. Et ensuite, de sa neuvième côte, il fit Ève.
Au temps où il n’y avait ni terre, ni ciel, il y avait une clôture, entourée d’une palissade, au milieu de laquelle vivait un vieillard. Le vieillard dit à son petit-fils :
– Petit, nous ne pouvons pas vivre ainsi, construisons-nous une maison. Faisons mieux qu’une maison, bâtissons plutôt un palais en os. Tu apporteras les os et tu les jetteras dans ce fossé. J’apporterai de l’eau et je mouillerai les os.
Ils se mirent à l’ouvrage : le petit-fils apporta les os et les disposa dans le fossé, le grand-père apporta de l’eau et mouilla les os. Une fois les os trempés, ils façonnèrent un palais avec et s’y installèrent. Ils accumulèrent du bien, engendrèrent des enfants et c’est d’eux que descendent tous les hommes.
Dieu créa Adam, le premier homme, à partir de neuf éléments : son corps est issu de la terre ; ses os, de la pierre ; son sang, du feu ; ses cheveux, du bois ; son souffle, du vent ; sa vue, du soleil ; sa pensée, des nuages ; sa parole, de la mer ; son âme, de Dieu. Il faisait quinze coudées de haut.
Après avoir modelé l’homme, Dieu le laissa reposer sans âme jusqu’au lendemain. Le diable s’approcha du corps inanimé et le palpa du bout des doigts. Quand Dieu revint avec une âme, il vit que le corps d’Adam était abîmé et demanda :
– Comment, diable, as-tu osé toucher ma créature ?
– Seigneur, j’y ai introduit des maladies, afin qu’il ne t’oublie pas.
Et Dieu plaça l’âme dans le corps d’Adam.
Le corps d’Adam était très beau et pur. Nous n’avons des ongles que sur les doigts, alors que la peau de notre ancêtre était entièrement recouverte de corne. C’est pourquoi il était heureux, car il ne craignait ni les piqûres des puces, ni celles des mouches, ni celles d’aucune autre créature du Malin.
Mais lorsque Dieu le chassa du paradis, sa peau changea. Adam s’adressa alors à Dieu et plaida pour que ses enfants puissent conserver une partie de son enveloppe céleste :
– Seigneur ! Laisse sur les doigts de mes enfants un peu de ma belle peau éternelle, afin qu’ils se souviennent de moi et qu’ils sachent que mon péché les a privés de cette belle peau vivante.
Dieu écouta la prière d’Adam et laissa à ses enfants la peau du paradis sur le bout de leurs doigts : c’est ce que nous appelons des ongles.
Le Seigneur créa Ève à partir de la côte gauche d’Adam, celle qui était la plus proche de son cœur. Quand Adam vit la première femme, étonné de ne plus être seul, il s’écria :
– Eh, voui !
Le Seigneur lui dit alors :
– Appelle donc ta femme « Ève ».
