Contes et légendes de Madagascar - Galina Kabakova - E-Book

Contes et légendes de Madagascar E-Book

Galina Kabakova

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Beschreibung

Un florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'imaginaire de Madagascar

L'imagination de ces peuples insulaires ne cesse de surprendre : tout l'univers, racontent-ils, tire son origine d'un immense monstre aquatique nommé Itrimobé dont le corps se transforma progressivement en terre, montagne, rivières, animaux et hommes. C'est pour cette raison que tout l'univers est un immense laboratoire des métamorphoses. La foudre, amoureuse d'un beau garçon, descend sur terre et fait semblant de se comporter en jeune fille prude, hélas, sa gourmandise la trahit, et elle se voit répudiée. Et en voici une autre, celle d'une jeune fille d'une beauté époustouflante que tout le monde voulait épouser. Celle-là se révèle trop exigeante : elle met à l'épreuve les prétendants pour mieux les accuser de vouloir épouser une bonne cuisinière et ne pas l'apprécier pour ce qu'elle est. En punition elle se voit transformée en punaise, dont l'odeur n'est pas considérée abjecte par les Malgaches, mais au contraire, fort agréable, car elle évoque ce personnage resté célèbre pour sa magnificence. D'autres animaux, comme le caïman, sont également entourés d'un vrai culte au Madagascar, car longtemps il était vénéré comme un ancêtre totémique de quelques tribus et aujourd'hui encore, on continue à croire que les humains peuvent se transformer en caïmans après leur mort s'ils le souhaitent, ainsi que se marier avec les représentants de cette charmante espèce.


À PROPOS DE LA COLLECTION

« Aux origines du monde » (à partir de 12 ans) permet de découvrir des contes et légendes variés qui permettent de comprendre comment chaque culture explique la création du monde et les phénomènes les plus quotidiens. L’objectif de cette collection est de faire découvrir au plus grand nombre des contes traditionnels du monde entier, inédits ou peu connus en France. Et par le biais du conte, s’amuser, frissonner, s’évader… mais aussi apprendre, approcher de nouvelles cultures, s’émerveiller de la sagesse (ou de la malice !) populaire.

DANS LA MÊME COLLECTION

•  Contes et légendes de France
•  Contes et légendes de la Chine
•  Contes et légendes du Burkina-Faso
•  Contes et légendes d'Allemagne, de Suisse et d'Autriche
•  Contes et récits des Mayas

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Seitenzahl: 181

Veröffentlichungsjahr: 2015

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Avant-propos

Le folklore traditionnel de Madagascar, extrêmement riche, a été découvert à la fin du XIXe siècle. Nous avons choisi de publier les récits étiologiques recueillis et édités par les administrateurs français (Charles Renel, Gabriel Ferrand, Camille Le Barbier, André Dandouau, Raymond Decary) et les missionnaires norvégiens Emil Birkeli ou Otto Christian Dahl.

Dix-huit peuples constituent la population de Madagascar. Les contes que nous avons sélectionnés ont été recueillis essentiellement auprès des Sakalava (« ceux de longues vallées »), qui occupent toute la côte ouest de l’île, Tsimihety (« ceux qui ne se coupent pas les cheveux »), leurs voisins du nord, Betsimisaraka (« ceux qui sont solidaires »), qui vivent sur la côte nord-est, Betsileo (« les nombreux invincibles »), les habitants du centre, et les Bara, qui peuplent le sud de l’île.

Les peuples de la Grande île ont une vision spécifique de l’univers : ils distinguent le monde supérieur où siège le Dieu-Zanahary et le monde d’ici-bas, habité à la fois par les humains et les génies de la nature, ancêtres des premiers hommes. Ces esprits sont à même de donner des enseignements aux devins (ombiasy) qui savent les ménager. Ils sont liés par de relations très particulières à certains animaux, comme les lémuriens, les dauphins et même les requins, qui, nous racontent les contes, ont autrefois rendu des services précieux aux ancêtres. Le souvenir de ces événements originels transmis de génération en génération frappe d’interdit la consommation de leur chair. Mais la réciproque est tout aussi vraie : les Malgaches sont convaincus que les actes d’amitié commis à l’encontre des animaux dans un passé mythique les rendent inoffensifs dans le présent.

Mais les frontières entre les animaux et les humains peuvent être encore plus perméables : ainsi, pour les Bara les caïmans ne sont que les personnes métamorphosées juste après leur décès. Il est évident qu’on leur doit les honneurs comme à n’importe quels autres ancêtres.

Les Malgaches tenaient traditionnellement en estime les contes. Il arrivait que les rois sakalava appellent leurs sujets à écouter les conteurs renommé pendant des journées entières. Ces séances se transformaient en spectacles, car les narrateurs changeait leurs voix pour indiquer les différents personnages, et parfois accompagnaient leurs récits de chants. Comme ces contes se rapprochent beaucoup de mythes, les conteurs utilisaient parfois des mots spécifiques qui ne faisaient pas parti du langage courant.

En sakalava le mot utilisé pour « conte » ou « légende » est tapasiry, composé de deux mots empruntés : tafsiri « explication, interprétation » et tapatoño « à demi-prononcé », une sorte de joute poétique. Et aujourd’hui encore, ces récits explicatifs, considérés comme le patrimoine le plus précieux, font partie de la transmission culturelle entre les générations.

Univers

Itrimobé le monstre aquatique et l’origine de l’univers

La terre était, dit-on, entièrement couverte d’une nappe d’eau dans laquelle vivait seulement un monstre aquatique nommé Itrimobé. Ce monstre était le seul maître de cet immense Océan et y vivait sans inquiétude.

Un jour, dit-on, il voulut voir la lumière et sortit sa tête de l’eau. Séduit par le spectacle qui s’offrait à ses yeux, il s’agita, alla vers l’est, vers le nord, vers l’ouest, vers le sud, il flaira partout mais ne trouva aucun passage lui permettant de sortir du grand Océan qui était, dit-on, infini. Alors, il eut l’idée de creuser avec ses larges et longues griffes cinq grands trous pour servir de vastes réservoirs : trois au milieu de la terre et deux à chacune de ses extrémités. Sa tâche étant terminée, les eaux du milieu allèrent se jeter dans les trous du centre, celles des côtés dans ceux des extrémités.

Alors des parties de terre émergèrent et formèrent des continents et des îles. Itrimobé devint amphibie et vécut alternativement sur la terre et sous l’eau. Mais ses yeux n’ayant pas été faits pour supporter la lumière ne virent plus et bientôt il mourut.

Quoique mort, son esprit vivait et il dit :

– Puissent mes deux bras devenir des hommes pour s’aider ! Puissent mes deux jambes devenir des animaux pour servir aux hommes ! Puissent mes intestins et mes poumons devenir des reptiles ! mes vertèbres des poissons qui peupleront les mers ! Puissent mes os devenir roches, mes poils des arbres et de l’herbe !

Ainsi les bras d’Itrimobé se transformèrent en êtres humains : le bras droit devint un homme, le bras gauche, une femme ; l’homme et la femme s’aident toujours comme les deux bras. Les jambes furent changées en animaux domestiques qui, de même que les jambes, rendent des services aux hommes.

Origine des montagnes

Autrefois, dit-on, il n’y avait pas de montagnes sur la terre. Sa surface était lisse et unie comme celle de la mer. Voici pourquoi il n’en est plus de même aujourd’hui.

Dans les temps anciens, le Ciel voulut, dit-on, se marier. Il cherchait partout une femme qui pût lui convenir, mais il n’en trouvait aucune qui fût assez jolie pour lui.

Un jour, son ami le Kabantiny (la fauvette) monta jusqu’à lui et lui dit :

– J’ai appris que vous vouliez vous marier. Il y a tout en bas une grande et belle femme que l’on appelle Tany (terre) et qui vous conviendrait à merveille.

– Je vous remercie, dit le Ciel. Allez, je vous prie, la demander en mariage en mon nom.

Le Kabantiny partit et arriva jusqu’à la Terre. Il la salua et lui dit :

– Mademoiselle Terre, mon ami Ciel m’envoie vous demander en mariage. Voulez-vous l’accepter pour époux ? Je crois qu’il vous plairait beaucoup.

– Je l’accepte volontiers, répondit-elle. Allez, je vous prie, lui porter ma réponse.

Le Kabantiny remonta jusqu’au Ciel.

– Qu’a-t-elle répondu ?

– Elle m’a chargé de vous dire qu’elle acceptait.

– Bien, retournez lui dire combien j’en suis heureux, et priez-la de monter jusqu’ici pour que nous nous mariions.

Le Kabantiny repartit et la Terre commença à monter vers le Ciel.

Lorsque les êtres vivants virent cela ils furent inquiets. Ils se réunirent en une grande assemblée et ils dirent :

– Qu’allons-nous devenir si la Terre continue à monter ?

– Dès qu’elle aura rejoint le Ciel nous allons être tous écrasés, nous allons tous mourir…

– C’est vrai, dit le Kabantiny, je n’avais pas songé à cela.

– Il faut empêcher ce mariage. C’est moi qui le faisais, c’est à moi de le défaire. Je crois en avoir trouvé le moyen.

Il remonta vivement vers le Ciel et lui dit :

– Mon ami, j’ai beaucoup réfléchi au sujet de votre mariage et je crois que nous nous sommes un peu pressés. Vous feriez peut-être bien de ne plus y songer. La Terre est devenue vilaine, méchante, hargneuse. Son corps est tout couvert d’épines qui vous piqueront. Ses cheveux, les feuilles des arbres, font beaucoup de bruit lorsque le vent souffle et vous empêcheront de dormir.

– Je vous remercie et je suivrai votre conseil. Vous êtes un bon ami. Allez vite voir la Terre et dites-lui de ne point monter jusqu’ici.

Le Kabantiny se laissa tomber et dit à la Terre :

– Ma pauvre amie, vous avez le plus grand tort de vous marier avec le Ciel. Son œil est trop chaud et il vous bridera. Et puis, voyez combien il vous respecte peu ! Presque toutes les après-midi il fait tomber beaucoup d’eau sur votre tête.

– Vous avez raison, mon ami, dit-elle, je renonce à me marier avec lui. Et puis, quelle est cette coutume qu’il prétendait me faire suivre ? Est-ce à la fiancée, maintenant, de courir au-devant de son futur mari ? Je préfère rester comme je suis !

Mais certaines parties de la Terre s’étaient déjà élevées. Pour paraître plus belle, elle les avait garnies des plus gros arbres qu’elle avait pu faire pousser. Ces parties élevées ne descendirent plus pour se mettre au niveau des plaines. Et ce sont les montagnes actuelles dont le sommet est toujours couronné de grands arbres.

Origine du soleil, de la lune et du nuage

Razanahary avait, dit-on, trois enfants. L’aîné s’appelait Ramasoandro (Soleil), le second Ravolana (Lune) et le dernier Rahona (Nuage). Ils passèrent tranquillement leur enfance auprès de leur père ; devenus grands, ils se marièrent et eurent des enfants.

Or, un jour leur père Razanahary leur distribua des bœufs : il en donna trois à Ramasoandro l’aîné, deux à Ravolana le cadet, et Rahona, le dernier-né, n’en reçut qu’un seul pour sa part. Chacun fit de son mieux pour multiplier les bœufs ; bientôt la part de Ramasoandro fut de dix, Ravolana posséda six bœufs et Rahona trois.

Sur ces entrefaites, leur père Razanahary tomba gravement malade ; il fit venir un devin et celui-ci déclara que le malade ne se rétablirait que si on sacrifiait un bœuf.

Le père envoya vers son fils aîné un messager avec ces paroles :

– Ramasoandro, ton père est gravement malade, il ne peut guérir que si tu lui donnes un bœuf pour le sacrifier, il te prie donc de lui offrir une bête de son troupeau.

– Dis à mon père, répondit Ramasoandro, que j’ai seulement dix bœufs ; si j’en donne un, leur nombre deviendra impair. Qu’il s’adresse à mon cadet Ravola.

Razanahary envoya donc son messager chez Ravolana ; celui-ci fit une réponse analogue à celle de son frère.

Le messager s’en fut donc trouver Rahona le dernier-né.

– Ton père est gravement malade ; il guérira, si tu lui donnes le plus gras de tes trois bœufs.

Sans hésiter, Rahona alla choisir le plus beau de ses bœufs et le donna pour être emmené par l’envoyé de son père.

Razanahary sacrifia le bœuf et bientôt fut rétabli. Alors il fit appeler ses trois enfants et leur dit :

– Je suis maintenant guéri, et je vais vous donner, moi votre père, un ordre auquel vous devrez toujours vous conformer. Toi, Ramasoandro, comme l’aîné de mes enfants, tu as reçu une grosse part, et pourtant tu n’as rien voulu me donner. Toi, Ravolana, comme le cadet, tu as été favorisé également, cependant tu m’as refusé un bœuf. Toi enfin, Rahona, parce que tu es le dernier-né, tu as eu une plus petite part que les autres, et tu m’as donné de bon cœur le plus beau de tes bœufs, à cause de ton amour pour moi. Aussi, dorénavant, quelle que soit ta lumière, Ramasoandro, et quelle que soit ta clarté, Ravolana, quand Rahona, le dernier venu, passera, vous devrez tous deux disparaître devant lui.

Voilà pourquoi, dit-on, Ramasoandro le Soleil et Ravolana la Lune, se cachent, quand passe Rahona le Nuage, et tous trois sont les enfants de Razanahary.

Ndriambavivorona, la reine des oiseaux

Autrefois, dit-on, il y avait, dans une grande forêt, un gros arbre appelé ramy*. Sur cet arbre habitait la reine des oiseaux. Elle était énorme et on l’appelait Ndriambavivorona. Vers la fin de la saison sèche, elle construisit un nid, pondit des œufs et elle les couva comme faisaient les autres oiseaux.

Un jour elle quitta son nid pour aller visiter son peuple à Andranantsanjy. Dès qu’elle fut partie, le vent se mit à souffler avec une telle violence que le ramy sur lequel elle nichait fut renversé. Ses œufs tombèrent à terre et dans la chute se brisèrent. Le contenu se répandit et forma un grand lac, tandis que les coquilles devinrent des grands rochers.

Lorsque Ndriambavivorona revint, elle vit un lac qu’elle ne connaissait pas, des rochers qu’elle n’avait jamais vus ; mais elle ne trouva plus trace de son nid et de ses œufs. Elle fut très affligée, puis elle se mit en colère et elle interrogea toute espèce de choses pour savoir sur qui elle devait se venger.

– Est-ce toi, Vent, qui as été assez fort pour renverser ma maison ? demanda-t-elle.

– Si j’étais fort, répondit le vent, la montagne ne m’empêcherait pas de passer !

– C’est donc la montagne qui est forte ?

– Si j’étais forte, le rat ne pourrait pas me percer.

– C’est donc le rat qui est fort ?

– Si j’étais fort, le bâton ne pourrait pas me tuer.

– C’est donc le bâton et le gourdin qui sont forts ?

– Si nous étions forts, le couteau ne pourrait pas nous couper.

– C’est donc le couteau qui est fort ?

– Si j’étais fort, la pierre ne pourrait pas m’ébrécher et m’user.

– C’est donc la pierre qui est forte ?

– Si j’étais forte, les racines des arbres ne pourraient pas pénétrer dans mes fentes.

– Ce sont donc les arbres qui sont forts ?

– Si nous étions forts, le feu ne pourrait pas nous détruire.

– C’est donc le feu qui est fort ?

– Si j’étais fort, l’eau ne pourrait pas m’éteindre.

– C’est donc l’eau qui est forte ?

– Si j’étais forte, le tsikoza** (râle) ne pourrait pas m’enjamber.

– C’est donc le râle qui est fort ?

– Si j’étais fort, l’homme n’aurait pas tacheté ma poitrine avec de la terre blanche.

– C’est donc l’homme qui est fort ?

– Si j’étais fort, Zanahary ne me ferait pas mourir.

– C’est donc Zanahary qui est fort ?

– Oui, c’est moi qui suis fort ! dit Zanahary.

– Alors nous allons nous battre, dit Ndriambavivorona.

Ils se battirent, mais la reine des oiseaux fut vaincue. Zanahary la saisit et la lança en l’air, la transformant en nuages, pour la punir de son orgueil et de sa vanité.

Et c’est là l’origine des nuages qui sont blancs et noirs comme était le plumage de Ndriambavivorona, reine d’Andrantsanjy. Et c’est là l’origine des lacs, chacun d’eux venant d’un des œufs brisés de Ndriambavivorona.

Et c’est là aussi l’origine des gros rochers, chacun d’eux provenant des coquilles émiettées.

La foudre et les flammes

Autrefois, dit-on, les flammes se rencontraient naturellement partout. Le soleil les avait envoyées sur la terre pour la protéger. Elles étaient comme les soldats du soleil. Rien ici-bas ne pouvait leur résister. Aussi étaient-elles très fières de leur puissance et très cruelles.

Au-dessus de la terre, la foudre régnait en maîtresse souveraine. En été, chaque après-midi, elle tonnait avec fracas. Les flammes étaient toutes surprises de ce grand bruit qu’elles entendaient dans le ciel :

– Qu’est-ce que cela ? demandaient-elles. Ce qui se fait entendre avec une telle intensité doit être une chose bien forte et bien puissante. Mais nous allons quand même lui envoyer des ambassadeurs pour lui déclarer la guerre.

L’ambassade fut envoyée. La foudre, qui était très fière, se mit en colère et répondit :

– Jusqu’ici, je n’avais jamais encore provoqué personne et je n’avais jamais fait de mal. Je faisais pour moi seule mes éclairs et mon tonnerre. Mais puisque vous venez me provoquer jusque dans les airs qui sont mon domaine, je relève votre défi. Nous nous ferons la guerre et ce sera terrible.

On fixa le jour où devait avoir lieu la rencontre, on en fixa aussi l’endroit. C’était un grand plateau dénudé situé au sommet d’une montagne. Au jour convenu les flammes s’y réunirent et s’élevèrent avec la plus grande violence. Elles répandaient des torrents d’une fumée très noire et très épaisse. Elles criaient, sifflaient, se tordaient et, de temps en temps, s’élevaient très haut avec de grands jets.

La foudre, de son côté, faisait tous ses efforts. Quoiqu’il fît encore grand jour, ses éclairs éblouissaient. On les voyait jaillir bleus, rouges, verts, violets, de toutes les couleurs. Et le tonnerre grondait avec un bruit épouvantable.

Trois fois elle tomba sur les flammes. Elle les dispersait un peu sans réussir à les éteindre. Il semblait, au contraire, que celles-ci prenaient à son contact une vigueur nouvelle et s’élançaient à l’assaut plus ardentes que jamais. À la fin les deux adversaires, fatigués, voulurent une trêve. Ils se retirèrent chez eux pour y panser leurs blessures et réparer leurs pertes.

Quelques jours après, la guerre recommença aussi terrible que la première fois. Les flammes furent décimées, la foudre fut mise en piteux état, mais il n’y eut encore ni vainqueur ni vaincu.

La foudre était très en colère. Comment pourrait-elle faire pour triompher de ses ennemies ? Elle songea alors à ses vieux amis les nuages. Elle les réunit et leur fit un long discours afin d’implorer leur assistance. Ils promirent leur aide. La foudre déclara alors à son tour la guerre aux flammes et désigna comme terrain de combat le plateau où avaient eu lieu les deux premières rencontres.

Au jour fixé, on vit s’avancer des quatre coins du ciel de gros nuages noirs. La foudre se cachait derrière eux et, de temps en temps, grondait avec un bruit sourd. Les flammes furent d’abord épouvantées de leur aspect étrange. Mais, comme elles étaient courageuses, elles engagèrent résolument le combat. Elles se groupèrent toutes ensemble, formant un tas énorme. Les plus hardies montaient sur les autres afin de s’élever plus haut.

Mais la foudre se contentait de lancer des éclairs derrière les nuages, sans beaucoup se montrer. Lorsque ceux-ci arrivèrent juste au-dessus des flammes, ils laissèrent tomber sur elles toute l’eau qu’ils contenaient.

Ce fut alors un sauve-qui-peut général. Le roi se sauva le premier, donnant le signal de la débandade. Il fut suivi par un grand nombre de chefs. Tous se réfugièrent dans l’intérieur des montagnes. Ils en sortirent quelquefois par des ouvertures qu’ils creusèrent au sommet de certaines d’entre elles.

Et c’est là l’origine des volcans.

Les simples soldats se cachèrent dans un grand nombre de corps tels que le bois, le fer, les pierres dures. C’est pour cela que l’on peut se procurer du feu en frottant l’un contre l’autre des morceaux de bois sec. C’est encore pour cela que des étincelles jaillissent lorsqu’on frappe d’un coup sec une pierre tranchante avec un morceau d’acier.

La foudre déshonorée

La foudre voulut un jour, dit-on, se marier avec une jeune fille dont les parents habitaient un village situé au sommet de la montagne Andranovo. Elle allait souvent dans ce village pour mieux connaître la jeune fille et se faire apprécier d’elle. Elle signalait son arrivée par de grands coups de tonnerre, puis se rendait dans la case de ses futurs beaux-parents et restait là. Suivant la coutume, on l’invitait à manger le riz. Elle avait un appétit formidable, pourtant elle n’osait jamais apaiser complètement sa faim car elle avait honte. Pendant le repas, elle goûtait à peine ce qu’on lui présentait, mais, pendant la nuit, alors que tout le monde dormait, elle se levait doucement, pénétrait dans les cuisines et dévorait le riz et la viande que l’on avait laissés dans les marmites pour le premier repas matinal des enfants.

Et le matin, les mères de famille s’étonnaient de trouver les marmites vides. Quelques personnes se doutaient bien que la foudre était seule capable de ces larcins, mais elles n’en étaient pas sûres. Elles voulurent la prendre sur le fait.

Elles achetèrent un jour de grosses anguilles, les coupèrent en morceaux et les firent cuire. Puis elles les mirent dans une marmite dont l’ouverture était assez étroite. Pendant la nuit la foudre, qui était très friande de la chair de l’anguille, vint dans la cuisine où était déposée la marmite afin de se régaler. Elle introduisit sa tête par l’ouverture et mangea gloutonnement. Lorsqu’elle eut tout dévoré elle voulut regagner la case de sa fiancée mais impossible : sa tête, ayant la forme d’un harpon, ne pouvait plus sortir. Elle eut beau essayer, s’agiter, se retourner et se tordre : rien n’y fit et au premier chant du coq elle était encore là.

Les habitants du village se réveillèrent et se levèrent pour aller à leurs travaux. Ceux qui avaient fait cuire l’anguille se précipitèrent vers la cuisine et y virent la foudre toujours coiffée de la marmite. Ils appelèrent leurs voisins pour leur montrer ce beau spectacle. Mais la foudre eut grand-honte et, pour que personne ne pût la voir, elle lança un grand éclair et éclata en un formidable coup de tonnerre. La cuisine flamba immédiatement, les curieux, à demi aveuglés, furent renversés, la foudre se sauva au plus vite et ne revint plus.

Depuis ce jour-là, les personnes qui connaissent les remèdes contre la foudre ne manquent pas, en les employant, de crier très fort : « Andronovo ! Andronovo ! » Lorsque la foudre entend ce mot elle se souvient de la mésaventure qui lui arriva autrefois et elle se tait immédiatement.

Les origines de la terre

Un jour, le fils du Zanahary demanda à son père la permission de descendre ici-bas.

Le père accéda à son désir. Il partit donc mais arrivé au terme de son voyage, ne trouvant aucune place pour poser ses pieds, il fut obligé de retourner au ciel et de conter au Zanahary sa mésaventure. Entendant ce récit, le Zanahary lança une grande masse d’étoiles, et, prenant son grand couteau (1’arc-en-ciel) partagea cette masse : les gros morceaux formèrent les montagnes, les parties fendues par la lame du grand couteau formèrent les vallées, et les restes réduits en poudre devinrent les plaines. Telle est, dit-on, l’origine de la terre.

Lorsque le fils du Zanahary avait quitté son père, il portait une baguette en argent dans la main droite, une baguette de cuivre dans la main gauche, des souliers en fer et un chapeau d’or. Un jour qu’il poursuivait les animaux féroces, il déposa le tout à terre pour être plus agile. Quand il revint, les objets avaient disparu, la terre les avait absorbés.

C’est ainsi, dit-on, que l’on explique l’existence des minéraux dans la terre.

Hommes

Le ciel et la terre créent les êtres vivants

Autrefois, dit-on, le Ciel et la Terre existaient seuls. Longtemps après, le Ciel eut un enfant, Razanajanahary. La Terre de son côté, songea à former un être pour devenir son compagnon. Malheureusement elle ne savait pas donner la vie.

Ses premiers essais furent maladroits. Elle modela d’abord un serpent, et c’était une image grossière, sans pattes. Ensuite elle fit l’oiseau, puis se dit :

« Celui-ci a des pattes pour se tenir, mais ses mains (elle voulait parler des ailes) sont bien incommodes ; elles ne peuvent saisir aucun objet. Et puis sa bouche est trop pointue. »

Alors Ratany la Terre fit le bœuf, et, quand il fut achevé, elle le considéra avec attention.