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Un florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'imaginaire des haoussas du Niger
Il était un homme pauvre, très pauvre. Il était un roi riche, très riche. L'homme était le meilleur maçon de la contrée. Un jour, le roi fit appel à lui pour construire une salle de trésor à même la roche d'une colline qui surplombait la ville. Il se mit à la tâche le jour même et tout seul, car le roi refusait que quelqu'un d'autre connaisse la cachette. Le maçon mit des années à faire ce travail et, à la fin, il était tellement vieux et fatigué que ce fut sa dernière construction. Il demanda alors son salaire de tant d'années de dur labeur, mais le roi refusa catégoriquement car, selon lui, la commande n'était pas livrée à temps. Un jour, le maçon sentant sa mort prochaine fit venir ses deux garçons, Ali et Salou, et leur dit : Ecoutez-moi très attentivement : je vais bientôt mourir et je n'ai rien à vous léguer. Le roi m'avait exploité pendant des années et m'a jeté. Père, où veux-tu en venir ? demanda Ali, l'aîné des deux garçons.
À PROPOS DE LA COLLECTION
« Aux origines du monde » (à partir de 12 ans) permet de découvrir des contes et légendes variés qui permettent de comprendre comment chaque culture explique la création du monde et les phénomènes les plus quotidiens. L’objectif de cette collection est de faire découvrir au plus grand nombre des contes traditionnels du monde entier, inédits ou peu connus en France. Et par le biais du conte, s’amuser, frissonner, s’évader… mais aussi apprendre, approcher de nouvelles cultures, s’émerveiller de la sagesse (ou de la malice !) populaire.
DANS LA MÊME COLLECTION
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Contes et légendes de France
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Contes et légendes de la Chine
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Contes et légendes du Burkina-Faso
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Contes et légendes d'Allemagne, de Suisse et d'Autriche
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Contes et récits des Mayas
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Seitenzahl: 161
Veröffentlichungsjahr: 2015
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À Babanguida, petit papillon qui s’est
envolé trop tôt…
À Mama Hajia
À mon mari Damien
À ma fille Jade
Le Niger est un pays d’Afrique de l’Ouest, situé entre l’Algérie, le Bénin, le Burkina Faso, le Tchad, la Libye, le Mali et le Nigeria. Ce qui fait de lui un carrefour d’échanges entre l’Afrique du Nord et l’Afrique au sud du Sahara.
Il est composé majoritairement de neuf ethnies : Haoussa, Djerma, Songaï, Peuls, Touaregs, Toubou, Kanouri, Boudouma et Gourmantché. Ces ethnies sont réparties sur huit régions du pays : Agadez, Dosso, Maradi, Tahoua, Tillabéry, Zinder, Diffa et Niamey.
Ce recueil présente des contes traditionnels haoussa de la région de Maradi. On retrouve ces mêmes histoires avec des versions différentes dans presque toutes les régions du Niger.
Chez les Haoussa, les contes se racontent le soir au coucher du soleil. Car on dit que celui qui raconte sans attendre la nuit risque de devenir amnésique le temps d’une journée, au point de ne pas reconnaître le chemin de sa propre maison.
J’ai entendu la majorité de ces contes lors des nombreuses veillées de mon enfance dans le quartier populaire de Dan-goulbi de la ville de Maradi. La plupart sont rythmés par des chants soulignant l’émotion du moment.
Lorsque j’ai commencé ma carrière de conteuse, j’ai décidé de mettre par écrit les histoires restées gravées dans ma mémoire.
Ce livre est donc pour moi l’occasion de vous faire découvrir la culture haoussa à travers les souvenirs des contes traditionnels de mon enfance.
Un grand merci à :
Jean-Pierre et Juliette Givry,
Katy Feinstein
Catherine Grenet
Lorsque Dieu créa le monde, il fit deux royaumes. Celui des hommes à plusieurs têtes et celui des hommes à une seule tête. Entre ces deux royaumes il érigea une forêt, avec l’interdiction pour chacun de la franchir pour passer de l’autre côté. Car les hommes à plusieurs têtes étaient les prédateurs naturels de ceux à une seule tête.
Mais un soir, dans un village un paysan à trois têtes et sa femme à deux têtes mirent au monde leur unique enfant à une seule tête. Ils le prénommèrent Dan-Zabarma. Ils comprirent tout de suite qu’ils ne pouvaient pas le garder, d’autant plus qu’ils eurent envie de le dévorer dès sa naissance. Cependant, ils décidèrent de l’élever comme les autres enfants du village. Mais le chef de ce village avait les yeux qui brillaient chaque fois qu’il voyait l’enfant. Ses parents prirent donc une décision. Le jour de ses sept ans, la mère de Dan-Zabarma alla couper une branche dans la brousse. Son père s’en servit pour sculpter une jolie canne. Le matin très tôt, la mère réveilla l’enfant et l’amena au bord de la forêt interdite. Elle lui donna la canne en lui disant :
– Traverse cette forêt et à l’autre bout il y aura des hommes qui te ressemblent. Ta place est chez eux. Garde cette canne en notre souvenir. Pars, mon fils, et ne reviens plus jamais. Car si tu reviens, ça sera à tes risques et périls.
Et l’enfant courut de toute la force de ses petites jambes pendant plusieurs jours en essayant tant bien que mal d’échapper aux animaux sauvages. Il comprit qu’il se rapprochait du but lorsqu’un matin, il croisa un homme à une seule tête comme lui. C’était un chasseur. Ce dernier tua un oiseau qui resta coincé dans un arbre. Il jeta sa carabine qui se coinça aussi. Alors il prit la canne de l’enfant et la lança dans l’arbre. Il récupéra l’oiseau et sa carabine, la canne resta dans l’arbre. Dan-Zabarma, voyant l’homme en train de s’en aller, commença à pleurer.
– Qu’est-ce qui t’arrive ?
Et l’enfant de chanter :
Sanda ta, sanda ta
Da inna ta sara
Abba ya zana
Bakin dajin katuru
Katuru ko bakusa ba
Ballé yaro ya jé can
Ya saro mini abuta.
Rends-moi ma canne,
Ma canne que ma mère m’a donnée,
que mon père a sculptée aux abords
de la brousse de Katuru.
Et Katuru, ce n’est pas la porte à côté.
Tu ne peux pas me la rembourser.
– Puisque je ne peux pas te rembourser, lui dit le chasseur, prends au moins cet oiseau. Comme ça, tu ne mourras pas de faim.
Dan-Zabarma prit l’oiseau et continua son chemin. Il rencontra une vieille femme et sa petite-fille qui pleurait de faim. Comme elle n’avait rien à donner à l’enfant, elle prit l’oiseau de Dan-Zabarma et le grilla pour sa petite-fille qui mangea tout. Le petit garçon se mit à pleurer.
– Qu’est-ce qu’il y a ? demanda la vieille femme.
Rends-moi mon oiseau
Mon oiseau que le chasseur m’a donné
Le chasseur qui a perdu ma canne
Ma canne que ma mère m’a donnée,
Que mon père a sculptée aux abords de
la brousse de Katuru
Et Katuru ce n’est pas la porte à côté.
Il ne pouvait pas me la rembourser.
– Ton oiseau non plus je ne peux te le rembourser. Tiens une poignée de cendre. Je n’ai que ça à t’offrir.
L’enfant continua son chemin avec sa poignée de cendre. Il continua d’avancer et rencontra une femme qui préparait à manger mais qui n’avait pas de sel. Alors elle lui prit sa cendre et assaisonna sa sauce. L’enfant pleura.
– Pourquoi pleures-tu ? demanda-t-elle.
Rends-moi ma cendre
La cendre que m’a donnée la vieille femme
La vieille femme qui a mangé mon oiseau
L’oiseau…
– Tiens, prends ce plat. Tu dois avoir faim.
Il prit le plat encore chaud et continua d’avancer vers la ville. Il passa devant une forge. Le forgeron avait travaillé toute la journée et avait très faim. Il appela l’enfant et lui mangea son repas. L’enfant pleurnicha.
– C’est la fumée qui te fait pleurer ? lui demanda le forgeron.
Rends-moi mon plat
Le plat que m’a donné la femme
La femme qui a pris ma cendre
La cendre que m’a donnée la vieille femme
La vieille femme…
Le forgeron lui donna un petit couteau. Dan-Zabarma s’approcha enfin de la première ville. Mais il rencontra une tribu d’ogres nains qui venaient de tuer un éléphant et qui le dépeçaient avec leurs ongles. Dès qu’ils virent le couteau de l’enfant, ils se jetèrent sur lui et le lui prirent. Ils découpèrent l’éléphant, mais le couteau se cassa à la fin.
L’enfant pleura.
– Qu’est-ce qu’on t’a fait ? demandèrent les ogres nains.
Rendez-moi mon couteau
Le couteau que m’a donné le forgeron
Le forgeron qui a mangé mon plat
Le plat que m’a donné la femme
La femme…
Dan-Zabarma reçut un gros quartier de viande. Lorsqu’il arriva dans la ville, il rencontra des tisserands qui lui prirent sa viande. Il s’énerva et dit :
Rendez-moi ma viande
La viande que m’ont donnée les ogres nains
Les ogres nains qui ont pris mon couteau
Le couteau…
Les tisserands lui donnèrent une grande couverture. Il resta chez eux comme apprenti.
Lorsqu’il devint un jeune homme, il décida de continuer son chemin afin de découvrir des contrées lointaines. Il emporta avec lui sa seule richesse, c’est-à-dire sa couverture. Au bout de plusieurs jours de marche, il arriva dans une ville devant une maison où les gens pleuraient une jeune fille morte. Ces gens étaient tellement pauvres qu’ils n’avaient pas de linceul pour couvrir le corps. Ils lui empruntèrent sa couverture, mais le jeune homme compris tout de suite qu’ils allaient enterrer la morte avec sa couverture. Il s’y opposa. N’ayant rien d’autre à lui proposer, ils lui donnèrent la jeune fille morte dans la couverture.
Dan-Zabarma voulu s’en débarrasser un peu plus loin. Il s’arrêta au bord d’un puits, découvrit le corps de la jeune femme et la fit s’asseoir. Puis il s’éloigna et attendit. Un roi voisin arriva avec son armée. Ils s’arrêtèrent au puits pour s’y abreuver. En homme bon, le roi s’approcha de la jeune femme et lui proposa de l’eau. Comme elle ne répondait pas, il lui tapota l’épaule et là, elle s’effondra. Dan-Zabarma arriva en courant et mit à sangloter et à pleurer la mort de sa compagne. Le roi, ne sachant plus où se mettre, calma le jeune homme. Il le ramena chez lui, organisa de belles funérailles à la défunte puis donna au jeune homme sa fille en mariage. Sa femme lui donna un fils. Cette année-là, la femme de Dan-Zabarma commença à lui poser des questions sur sa belle-famille. Lui faisait comme s’il n’avait rien entendu. Mais elle insista, alors il lui dit :
– Pour ton propre bien, ne parle plus jamais de mes parents.
– Mais les autres femmes se moquent de moi. On dit partout que mon père m’a donné à un étranger et que personne ne sait d’où il vient. Alors je veux voir tes parents.
– Non. Pense à notre fils. C’est très dangereux de rencontrer mes parents.
Puis des jours s’écoulèrent. Un soir le petit garçon demanda à sa mère où se trouvaient les parents de son père. Elle lui dit d’aller le lui demander. Celui-ci refusa de répondre. Et alors sa femme lui posa un dilemme : ou bien il les emmenait voir ses parents, ou bien il les perdait, elle et l’enfant.
L’homme poussa un long soupir puis dit :
– Préparez vos affaires, le petit et toi. Nous partons demain.
Le lendemain avant de partir :
– Ah ! J’oubliais : tout ce que tu verras, ne me dis pas que je ne t’avais pas prévenue. Et on va peut-être y rester.
L’enfant couru vers la niche et détacha la petite chienne noire qu’il avait adoptée quelques jours auparavant. Il voulut l’emmener. Sa mère l’en empêcha, il pleura, sa mère céda.
C’est ainsi qu’ils partirent tous les trois accompagnés de la petite chienne. Au bout de plusieurs semaines de marche ils traversèrent la forêt interdite et arrivèrent à l’orée du village. Dans un champ, ils rencontrèrent un homme à quatre têtes qui labourait son champ. Lorsque ce dernier reconnut Dan-Zabarma, il se prit à chanter :
Maraba, maraba da Dan-Zabarma
gashinan tahe !
Ina sanda Dan-Zabarma
Sanda na sayar
Ina kuddi Dan-Zabarma
Na yo aure
Ina mata Dan-Zabarma
Gata nan tahé
Mi taka kuka
Haba a kanu taggani
Tukuna bataga akanu ba
A kanu suna gari
Tukuna bataga akanu ba
Akanu suna gaba !
Bienvenue à toi Dan-Zabarma,
te voilà de retour !
Où est ta canne ?
La canne, je l’ai vendue
Où est l’argent ?
L’argent, je me suis marié avec
Où est ta femme ?
Ma femme est derrière moi
Et pourquoi pleure-t-elle comme ça ?
C’est la première fois qu’elle voit
Un homme à plusieurs têtes.
Elle n’a pas encore vu de têtes.
Continuez jusqu’au village !
Et la jeune femme se mit à sangloter et voulut rebrousser chemin.
– Trop tard ! lui dit son mari.
Ils continuèrent vers le village et rencontrèrent des femmes qui revenaient du puits. Chacune avec cinq têtes. Sur chacune des têtes elles portaient un canari. Au dos de chacune d’elles il y avait un nourrisson à six têtes. Chacune des bouches des cinq têtes de chaque femme se mit à chanter. Cela réveilla les cinq nourrissons à six têtes qui se mirent à pleurer de chacune de leurs six bouches.
La femme de Dan-Zabarma pleurait tellement qu’elle avait la morve qui coulait de son nez comme une enfant. Elle ne voulait rien savoir, elle voulait rentrer. Mais la nouvelle de son arrivée atteignit vite les douze paires d’oreilles du roi. Ce dernier voulut goûter de la chair humaine en premier. D’ailleurs comme le voulait la coutume, tout nouvel arrivant avait pour devoir d’aller directement saluer le roi dès son entrée dans la ville sans même passer par chez lui. Lorsqu’ils arrivèrent, la femme était au bord de l’évanouissement tellement sa terreur était grande. Elle trempa ses vêtements d’urine quand le roi à douze têtes sortit leur souhaiter la bienvenue. Mais lorsque ses douze bouches commencèrent à baver en même temps, Dan-Zabarma lança à sa femme et à son fils :
– Courez de toutes vos forces ! Courez !
Le roi donna l’alerte. Toute la ville se mit à leurs trousses. Ils coururent, coururent…
Dan-Zabarma menait la course. Après lui venait sa femme, puis son fils et enfin la petite chienne. Mais soudain cette dernière ouvrit grand sa gueule et avala l’homme, sa femme et son fils puis se remit à courir en direction de la forêt interdite. Mais les hommes du roi étaient vraiment proches. Si proches qu’au moment où ils bondirent sur la chienne, elle esquiva de justesse et s’engouffra dans les profondeurs de la forêt sacrée. Les hommes à plusieurs têtes rebroussèrent chemin. Mais la chienne n’arrêta pas sa course pour autant. Elle courut la journée entière, arriva au village, puis à la maison de ses maîtres et, seulement à ce moment-là les recracha tous les trois. La femme se réfugia dans sa chambre, sanglotant de plus belle, l’enfant partit s’amuser avec ses amis. Ni lui, ni ses parents ne parlèrent plus jamais de ceux de Dan-Zabarma.
Une femme vivait dans une contrée lointaine, seule et triste. Tous les matins, à la fin de sa prière, elle avait pour habitude de demander à Dieu de lui donner un enfant :
– Rien qu’un tout petit bout, implorait-elle. Pour avoir quelqu’un à qui parler. Pour ne pas finir folle, folle et seule.
Mais comme à chaque fois elle ne recevait pas de réponse, philosophe elle se disait : « Je n’ai pas prié assez fort pour qu’il puisse m’entendre. Je réessaierai la prochaine fois. »
Ce jour-là en pilant du mil pour son repas du soir, elle se rendit compte qu’elle avait une belle ampoule entre le pouce et l’index. Mais quelque chose d’étrange se produisit le lendemain, car ce qu’elle avait pris pour une ampoule enfla tellement que ce la fit souffrir des jours entiers. Et elle était incapable de la percer. Elle profita de la venue de la vendeuse de galettes pour lui donner une aiguille afin qu’elle lui perce l’ampoule.
Mais à peine avait-elle transpercé l’ampoule qu’un tout petit enfant en sortit. La vendeuse de galettes s’en fut, horrifiée, la mère resta sur place pétrifiée de peur. Il était si minuscule qu’elle craignit pour sa vie dès que ses yeux se posèrent sur lui pour la première fois. Si les enfants du village ne le tuaient pas, se dit-elle, c’est la nature qui s’en chargerait car sa tête était si grosse qu’elle avait l’impression que son cou allait se briser aux moindres mouvements qu’il faisait.
– N’aie pas peur, mère. C’est moi, ton fils. Celui que tu as demandé depuis tout ce temps. Je suis Dan-Nafartché mugun yaro in ba mutun ba saï ibilichi (« l’enfant pouce, l’enfant terrible. Si l’homme ne me terrasse pas, c’est que seul le diable peut le faire »). Mère, où est mon père ?
– Ton père est mort depuis très longtemps.
– Ai-je des frères et sœurs ?
– Des frères.
– Où sont-ils ?
– Ils sont grands maintenant. Ce sont des chasseurs de sorciers comme ton père. Ils sont partis et ça fait des années que je n’ai plus de nouvelles.
– Dans ce cas moi, ton fils, je te les ramènerai.
Il demanda à sa mère de tuer un coq plutôt qu’un bélier le jour de son baptême. Elle accepta.
Le septième jour après sa naissance, la fête passée, la mère récupéra tous les os rongés du poulet et les remit à Dan-Nafartché qui s’enferma seul dans l’unique chambre de la maison.
Il en ressortit des heures plus tard avec un cheval et un baluchon aussi minuscules que lui. Il embrassa sa mère, enfourcha l’animal et fila à la vitesse de la lumière sous les yeux ébahis de la femme qui se demandait encore ce qui lui était arrivé.
Dan-Nafartché galopa pendant des jours entiers à la recherche de ses frères. Un jour, dans une brousse chaude et aride, il vit un nuage de poussière au loin. En s’approchant, il aperçut trois beaux cavaliers sur de magnifiques chevaux qui galopaient vers la ville la plus proche. Il se mit alors à appeler :
– Attendez-moi, mes frères ! C’est notre mère qui m’envoie vous chercher.
Au début, les trois frères ne virent rien. Puis, lorsqu’ils arrêtèrent leurs chevaux et que la poussière se dissipa, ils le virent : un enfant minuscule sur un cheval minuscule portant un baluchon minuscule. Les trois hommes s’esclaffèrent. Le plus âgé s’approcha :
– D’où sors-tu, toi ? Qui es-tu ? Humain ou djinn ?
– Si je ne suis pas humain, c’est que je suis le diable en personne. Je suis votre frère.
– On n’a pas de frère.
– Je suis né il y a quelques jours seulement. Ma mère m’a dit de vous ramener à la maison.
Les trois frères ne le crurent pas jusqu’à ce que l’enfant se mette à raconter l’histoire de chacun d’eux comme s’il les connaissait depuis toujours.
– Nous te croyons. Mais nous ne pouvons pas rebrousser chemin maintenant. Il y a des années que nous cherchons cette sorcière et elle est dans la ville que tu aperçois là-bas.
Il proposa de les accompagner contre la promesse de rentrer, une fois leur mission accomplie.
Ils arrivèrent dans une auberge tenue par une femme et ses quatre filles ; étrangement elles étaient du même âge que les quatre garçons. Ils sympathisèrent et discutèrent jusqu’à très tard dans la nuit. À un moment, Dan-Nafartché eut envie de se soulager. Il sortit dans la cour de la maison et fut attiré par un bruit. Dans l’immense cour il y avait une hutte isolée. En regardant par une faille dans le mur, il vit d’abord la grosse marmite sur le feu, puis la sorcière en train d’y mettre des herbes en disant :
– Je mettrai d’abord les trois aînés. Une fois qu’ils seront bien cuits, je mettrai le plus petit.
L’enfant terrible retourna avec les autres. Il resta silencieux un bon moment puis tout à coup il dit :
– Ça vous dirait de jouer à un jeu de déguisement ? Les filles, vous échangerez vos habits avec les nôtres.
Tout le monde accepta. Un peu plus tard dans la nuit, Dan-Nafartché n’était toujours pas tranquille. Il proposa une nouvelle fois :
– On va pousser le jeu un peu plus loin : les garçons dormiront dans la chambre des filles et vice versa.
Tout le monde accepta. Donc tard dans la nuit, la sorcière cuisina ses filles qu’elle surprit dans leur sommeil. Elle attendit avec impatience le matin afin de leur faire la surprise au petit déjeuner, ses filles ayant l’habitude de partager la prise de leur mère.
Au petit matin, Dan-Nafartché réveilla ses frères et, en silence, ils détachèrent leurs chevaux et prirent la poudre d’escampette. Seulement la sorcière avait un guetteur : un coq sur le toit qui se mit à alerter ainsi :
– Kikirikiiiii ! Les garçons s’enfuient. Kikirikiiiii ! Tu as cuisiné tes filles. Kikirikiiiii ! Dan-Nafartché t’a eue !
La sorcière était tellement furieuse qu’elle lança à l’attention des quatre garçons :
– Je viendrai personnellement me venger dans votre village !
L’enfant entendit les propos menaçants et, une fois à la maison, il conseilla à tout le monde d’être sur ses gardes et de se méfier de toute chose inhabituelle qu’ils verraient.
Le temps passa et les propos de Dan-Nafartché avec.
Un matin, un enfant revint du champ avec de grosses mangues bien mûres au village. Puis un deuxième, un troisième, et toute une ribambelle d’enfants. Pour eux, c’était exceptionnel, car seul quelques-uns avaient eu la chance d’y goûter une fois dans leur vie. Intrigué, Dan-Nafartché demanda à l’un de ces enfants :
– Où as-tu donc trouvé ces belles mangues ?
