COURIR APRES LE VENT - Véronique Lelong - E-Book

COURIR APRES LE VENT E-Book

Véronique Lelong

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Beschreibung

Elyne et Louis se sont séparés. Elyne quitte Paris et part se réfugier dans l'Aveyron pour tenter de se reconstruire. Mais rien n'est jamais aussi facile. Des choix, des révélations, des retrouvailles inespérées vont bousculer ses convictions. Entourée de sa fille Garance, de sa soeur Estelle, de ses parents et de ses compagnons à quatre pattes, Elyne va , durant une année, traverser des doutes, des remises en question, affronter ses souvenirs et tracer un nouveau chemin.

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Seitenzahl: 307

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Pour J., l’homme qui partage mes jours et mes nuits, parce que ton pragmatisme flirte si bien avec mon idéalisme.

Je remercie mes enfants d’être, depuis qu’ils sont nés, les lumières sur mon chemin de vie, vos prénoms m’ont servi de lanterne magique pendant l’écriture de ce roman. Je vous aime plus grand que l’univers.

Un grand merci à N. sans qui ce livre serait toujours à l’état de manuscrit sur ma table basse. « Les amis sont des compagnons de voyage qui nous aident à avancer sur le chemin d’une vie plus heureuse » disait Pythagore ; ils sont là aussi pour chercher chez nous ce qui ne demande qu’à fleurir, et, en ce qui me concerne, mon amie a la main verte…

Enfin merci à Anaé de m’avoir soufflé son si joli prénom…

Sommaire

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 1

« En amour de toutes manières on prend du jus »

Alain SOUCHON

Estelle m’avait dit la veille au téléphone : « Va à La Grange, ça te fera du bien, ça fait tellement longtemps que tu n’y es pas allée, tu n’as rien vu des travaux dans le grenier. Et puis si ça te dit j’ai besoin de quelqu’un pour la décoration des nouvelles chambres, je te laisse carte blanche ». Ça, c’était tout elle, arriver à faire croire à l’autre qu’on a besoin de lui, pas psy pour rien ma sœurette.

La Grange c’est la maison de notre enfance, celle des vacances surtout. Et donc de la liberté. La maison des cache-cache endiablés, des Monopoly tardifs, des confitures maison, des petits déjeuners sur la terrasse ensoleillée que nous faisions durer juste pour le plaisir de l’instant, des soirées au coin du feu quand nous venions à Noël, des marches sur les Causses l’hiver avec un bonnet, l’été avec un bâton pour les vipères. Celle de la cueillette des cerises, du canoë sur le Tarn et des baignades, du soleil de plomb, des cigales et de l’accent chantant. Une maison que les parents louaient chaque année à un paysan du coin et qui a fini par faire partie de notre histoire, d’autant que nous étions les seuls à l’occuper. Pendant longtemps, Estelle et moi avions pensé que c’était notre maison. Nous y laissions des petits objets dans les tiroirs, nos jeux, nos dessins, et tout était encore là la fois suivante comme par magie. Je dois à cet endroit mes plus beaux souvenirs. Nos parents avaient proposé plusieurs fois de l’acheter, en vain ; Georges, le paysan était tenace et s’en sortait toujours avec un bougonnement assorti d’un semblant de sourire. Alors nous avions continué à occuper chaque année les lieux et à nous attacher à cet endroit magique.

Quand nos parents avaient divorcé, j’avais dix-huit ans et Estelle dixsept. Ce ne fut pas vraiment un choc car leur couple s’asphyxiait depuis longtemps déjà. Une longue agonie, pourrait-on dire, ponctuée d’hypocrisie et de silences. Et puis mon père avait réagi. « Enfin » devrais-je dire ! Un jour il avait retrouvé ses couilles et envoyé ma mère vivre ses aventures ailleurs que sous ses yeux. Celle-ci s’était retrouvée prise à son propre piège, obligée d’avouer au grand jour ses frasques et de les assumer. Ce ne fut pas facile car le moins que l’on puisse dire c’est que le terme « assumer » ne faisait pas partie du caractère de ma mère. Beaucoup plus facile de se victimiser et d’accuser les autres par voie de fait. Ce ne fut pas un choc mais ce fut rocambolesque. Des larmes pour amadouer, des menaces pour tenter de récupérer son statut, des mensonges encore et encore pour garder la tête haute ; bref du grand art ! La fin d’un amour, d’une vie partagée pendant plus de vingt ans ne se fait jamais dans le calme, il faut du fracas et beaucoup de mauvaise foi pour trouver l’élan qui donne envie d’aller vers après.

La suite fut plutôt simple et sans grande surprise. Voire même très prévisible et sans beaucoup de classe : pour mon père récupérer sa dignité, pour ma mère récupérer le plus d’argent possible en essayant de persuader tout le monde que c’était un dû après ces années de vie commune. Le divorce est quelquefois la meilleure façon de s’enrichir.

Estelle et moi avions réagi différemment. Elle, plus encline à la tolérance, au recul, avait considéré dès le départ que ce n’était pas son problème et avait donc continué à côtoyer les parents séparément. Bien sûr, c’est elle qui avait raison. Moi, plus frontale, « construite d’un seul bloc » comme disait ma mère et souvent à fleur de peau, j’avais réagi avec violence et agressivité, celles-ci ne servant évidemment qu’à camoufler une très grande tristesse. J’avais donc coupé les ponts avec les deux, pour me protéger et peut-être aussi, comme me l’avait fait remarquer Estelle bien des années plus tard, pour commencer à grandir. Nous avions habité, ma sœur et moi dans un petit appartement rue Lamarck dont papa payait le loyer ainsi que nos études et nous avions ainsi fait notre entrée vers une pseudo autonomie.

La Grange ne nous avait plus accueillis pendant dix longues années. J’étais passée devant plusieurs fois, à différentes saisons, lors de mes pérégrinations dans la région ; à chaque fois les volets étaient clos, la maison en sommeil, cela me rendait nostalgique mais en même temps j’étais plutôt contente qu’elle n’abrite pas une autre famille. Je passais lui dire bonjour, comme à une amie qui vit loin et qu’on ne voit pas souvent mais dont les souvenirs communs nous rendent heureux. Une fois j’avais même poussé la grille et étais montée dans l’énorme cerisier duquel on pouvait observer toutes les fenêtres de la maison. J’étais restée là un bon moment, envoutée par la douceur de l’instant et m’étais dit que c’était si bon de connaitre un endroit comme ça qui résiste au temps qui passe et à ses mauvaises ondes, un endroit préservé, gardant encore en lui toute la tendresse de notre enfance. Cet arbre, j’y avais passé tellement de temps que chaque branche devait garder un souvenir de moi. C’est ici qu’enfant je venais me réfugier quand j’étais triste ou en colère. C’est ici aussi que je venais quand je voulais lire tranquille à l’abri des regards. C’était ma tour. Mon royaume. J’y étais comme un chat qui peut observer sans être vu.

Après le divorce, nous avons passé nos étés dans le Var où mon père avait continué sa vie avec Hélène. J’avais fait de la résistance pendant deux ans et avais refusé tout contact et puis, cela me ressemblait bien, j’avais débarqué à l’improviste un week-end de mai et devant les yeux rougis de mon père m’étais laissée submerger moi aussi par l’émotion et avais enfin rompu la digue de mes larmes. S’en étaient suivies de longues conversations sur les chemins de la garrigue. Je ne marchais plus sur les traces de mon père comme je l’avais si souvent fait, j’imprimais mes propres pas et trouvais la force de lui dévoiler mon âme. Je sais qu’il en fût très heureux. J’appris à connaitre celle qui lui avait redonné le sourire et amené une certaine douceur.

Hélène était médecin généraliste ici à Draguignan et, comme elle le disait souvent elle soignait d’abord les âmes, les corps n’en étant que le reflet. Difficile de résister à quelqu’un qui vous regarde dans les yeux vraiment et même bien au-delà.

Retrouver ma mère fut plus difficile, plus douloureux, plus long aussi. D’abord parce qu’elle disparût elle-même pendant de longs mois sans qu’aucun de nous ne sache vraiment où elle était. Nous recevions une carte postale de temps en temps lointaine avec « tout va bien ». Elle nous confia ensuite qu’elle avait voulu vivre pour elle après toutes ces années où elle s’était consacrée à nous et à la réussite sociale de son mari.

« C’est grâce à moi qu’il a pu obtenir des postes à responsabilité et gravir les échelons. J’ai fait tout le boulot de l’ombre. Et je me suis perdue. Aujourd’hui vous n’avez plus besoin de moi, vous pouvez voler de vos propres ailes et moi je veux me reconquérir avant qu’il ne soit trop tard »

Ces aveux d’une femme que j’aimais du plus profond de mon être mais qui me hérissait tellement parfois me touchaient. Elle avait encore beaucoup de charme, avait gardé une silhouette mince et son sourire était délicieux.

« Je veux vivre pour moi. Est-ce trop demander ? » Non maman. Bien sûr que non. Y’a juste un côté bulldozer chez toi qui surprend, qui panique. Estelle avait hérité du côté british zen de papa, je devais bien m’avouer sans que cela me fasse vraiment plaisir que j’avais plutôt écopé du côté rentre- dedans maternel et de son hypersensibilité qui allait avec.

Ma mère n’avait pas refait sa vie. Elle avait « un ami » qu’elle voyait régulièrement et n’aimait pas du tout qu’on la questionne sur le sujet.

Après son mariage avec Pierre, Estelle avait réussi à convaincre Georges de lui vendre la maison. Comment ? Elle n’en parla jamais, même à moi, mais j’ai toujours pensé que ma sœur avait mis notre agriculteur dans sa poche depuis l’enfance et que la maison c’était pour elle qu’il la gardait. Elle était discrète, parlait peu, écoutait et depuis toujours aimait passer du temps avec lui, le regarder travailler, l’aider quand il le voulait bien. C’est ainsi qu’elle apprit le nom des arbres, nourrir les poules et les lapins n’avait plus de secret pour elle, aller garder les moutons sur le Causse non plus. Lui, le vieux garçon sans enfant s’était laissé prendre aux filets de son petit minois. Moi j’étais trop fille, trop féminine et surtout trop bavarde déjà sûrement, je crois que je l’impressionnais. Estelle, au contraire lui donnait exactement ce qui lui avait manqué. Et elle trouvait chez lui ce qu’elle n’avait pas à la maison, un homme qui avait la patience de lui faire partager ce qu’il savait. Notre père était rarement là, le plus souvent déjà parti le matin quand nous nous levions ou alors sur le point de passer la porte ; et le soir ce n’est qu’à partir du collège alors que nous nous couchions plus tard que nous avions pu, de temps en temps, le croiser. Il arrivait, fatigué, la tête remplie de toutes ces décisions qui reposaient sur ses épaules et n’était donc pas très disponible à nos facéties. Il nous aimait bien sûr et avait toujours un geste de tendresse pour nous mais le quotidien se faisait sans lui, jour après jour, et lorsqu’aux vacances nous nous retrouvions à vivre ensemble ce fameux quotidien, il était dans un premier temps désemparé, ne retrouvait plus ses marques et se référait quelquefois aux vacances précédentes. Sauf qu’entre temps nous avions grandi, changé et que les données n’étaient plus les mêmes ! Pauvre papa ! Il nous émouvait beaucoup quand il se rendait compte qu’il était à côté de la plaque et qu’alors il se mettait à bafouiller des excuses. Celle qui ne riait pas c’était notre mère, elle qui pensait peut-être à juste titre que la famille reposait sur ses frêles épaules et qui aurait tellement voulu partager cette assommante tâche avec quelqu’un ; lui disait souvent « mon pauvre Henri, tu es dépassé, tu es dépassé, le monde avance sans toi ! »

Juste après la signature nous avions été à La Grange toutes les deux et lorsque nous avions ouvert la porte tous nos souvenirs d’enfance s’étaient précipités sur nous, nous avions alors dévalé les escaliers très bruyamment comme autrefois. Georges avait laissé tous les meubles et prises d’un terrible fou-rire nous avions eu la même idée au même moment : enlever les tiroirs des couverts pour voir si derrière nos chewing-gums étaient toujours collés…

« Reste à La Grange aussi longtemps que tu veux, c’est l’endroit idéal pour oublier » avait ajouté Estelle. Les clefs seront sous le pot comme d’habitude, je vais demander à Georges de te préparer la maison.

Prend des pulls et des écharpes, d’après mes sources le jardin est sous la neige.

Je l’avais écoutée me vanter ce lieu que je connaissais par cœur, que nous aimions et qui était censé me guérir.

J’avais répondu par onomatopées rythmées, me demandant en même temps qu’elle me parlait si tout cela était une si bonne idée. Je doutais qu’un lieu autant chargé d’émotions puisse me faire oublier quoique ce soit mais après tout c’était elle la psy, celle qui connaissait les atermoiements de nos arrangements avec la vie. Cela faisait six semaines maintenant que je ne sortais plus de mon lit. Au bout de quelques jours le frigo, puis les placards s’étaient vidés, j’avais alors cessé de manger. Je flottais à présent dans mon pyjama. J’avais perdu mes seins et mes fesses en même temps que ma joie de vivre.

Mon visage s’était creusé, agrandissant encore mon regard et me regardant longuement dans le miroir de la salle de bains, j’avais l’air d’une bête traquée. Je ne répondais presque plus au téléphone, filtrant les appels. Ne pas tomber sur ma mère à qui pour l’instant je ne voulais rien confier. Ne pas tomber sur mon père qui ne sachant quoi dire dirait n’importe quoi. Ne pas tomber sur les amis qui voulaient que je sorte, que je me coiffe, que je m’habille, que je me fasse belle.

J’avais raccroché doucement et avais retrouvé instantanément le silence troublant de mon appartement. Je n’écoutais plus de musique non plus, n’allumais plus la télévision et, plus inquiétant n’avais plus ouvert un livre depuis la débâcle.

Préparer mon sac. Prendre mon billet de train. Prévenir la voisine pour le chat.

« Ça n’a pas l’air d’aller très fort » m’avait-elle dit en parlant très fort, elle par contre

« Fatiguée ? et votre ami on ne le voit plus, il est en voyage ? » J’ai pensé « connasse », j’ai répondu « oui, c’est ça ». Bien élevée, je suis bien élevée et c’est épuisant à la longue.

Depuis six semaines je rêvais de tuer tout le monde. Ou presque. J'avais une colère sourde tout au creux de mon ventre, une boule qui grossissait et qui prenait toute la place. J'en voulais à ceux qui prenaient de mes nouvelles parce que je n'avais pas envie de parler de moi. J'en voulais à ceux qui n'appelaient pas parce que je savais qu'ils n'osaient pas affronter mon chagrin, le pensant contagieux peut-être. J'en voulais à ceux qui me faisaient la morale. J'en voulais à ceux qui me disaient « Ça pourrait être pire, réagis, ce n’est pas comme si on t'avait annoncé que tu avais un cancer... ». Ouais, c'est sûr...J'en voulais à ceux qui me disaient « Je m'en doutais ! » suivi en général de « Je te l'avais bien dit » ou « T’avais rien vu venir ?» Ah la bonne conscience ! Les certitudes ! Certains se prélassent dedans avec délice ! Et tout cela en ayant l'air de prendre soin de toi ! « Je te dis tout ça pour ton bien ». « Abstiens toi », version polie de « ferme ta gueule... » Mais rien, je ne disais rien. Je me contentais de soliloquer, de hoqueter, de me moucher bruyamment, jusqu'à ce que la personne en face se dise qu'elle avait probablement mieux à faire. Mon cerveau s'était vidé en même temps que mon cœur et mes réparties légendaires s'étaient enfuies laissant derrière elles un goût amer de désarroi et d'abandon. A quoi bon parler, expliquer ? Redire encore une fois que je ne comprenais pas, que je ne voulais pas comprendre parce qu'alors ça voudrait dire que j’acceptais ; que vivre ne m'intéressait plus ; que tout était fade, moche, uniforme, dénué du moindre intérêt ; que rien ne me faisait plus sourire. Je voulais arrêter de respirer comme j'avais arrêté de manger mais la vie s'accrochait à ma lâcheté.

Je ne parlais plus qu'à Estelle, ma petite sœur, elle seule trouvait encore le chemin jusqu'à moi. Sûrement à cause de toutes ces années passées côte à côte à discuter, se disputer, se tester, se réconcilier, faire des bêtises, être complices face aux parents, se marrer comme des baleines pour des trucs qui ne faisaient rire que nous, à juste s'aimer en fait ; ceci avait tissé un lien inaltérable. Nous étions différentes tant physiquement que moralement. Pour la famille, elle était « l’intello », j'étais «la jolie ». Ces petits mots répétés dans l'enfance font qu'au fil des jours on se plie au moule qu'on nous a donné. Inconsciemment. Estelle n'était pas moche du tout, plutôt très mignonne d'ailleurs mais se refusait le droit de se mettre vraiment en valeur puisqu'à ce niveau-là c'était moi qui étais sur le devant de la scène. Et moi, pas du tout idiote, je n'avais pourtant aucunement confiance en mes capacités et j'avais mis longtemps avant de trouver ma voie et bien sûr celle-ci était plutôt manuelle. Je faisais de la décoration intérieure, donnant mes idées à ceux qui n'en avaient pas et ma pratique à ceux qui n'avaient pas le temps ou ne savaient pas faire. J'avais monté mon entreprise et me débrouillais plutôt bien. L'hérédité avait fait des farces ; elle était très blonde aux yeux noisette, j'étais brune aux yeux verts. Elle ressemblait à notre mère, je ressemblais à la sœur de mon père. Notre oncle Paul nous avait surnommées respectivement, les deux E, Einstein et Esméralda, merci tonton pour le carcan psychologique !

Depuis hier j’hésitais, je tergiversais sur la bonne décision à prendre.

En observant par la fenêtre le ciel tout gris, je me décidais enfin. J’avais alors rempli mon sac rapidement. Pris des pulls comme Estelle me l'avait conseillé. J'avais hésité devant celui que Louis avait oublié chez moi en partant, l'avais glissé au dernier moment entre deux jeans et n'avais pu résister au plaisir d'y glisser mon nez afin de retrouver son parfum que j'aimais tant.

Il fallait aussi que je me décide à appeler Garance, ma fille, pour ne pas qu'elle s'inquiète. Garance a 20 ans, vit depuis six mois, seule, dans un studio rue du Pot de Fer, près de la rue Mouffetard et croque la vie à pleines dents. Insouciante comme on l'est à cet âge. Belle, talentueuse, elle danse sa vie et par là même rend la nôtre un peu plus douce. C'est souvent moi qui l'appelle mais je ne lui en veux pas.

Notre relation est intime et plaisante, pas de faux semblants entre nous, nous allons tout de suite à l'essentiel et parce qu'elle se sert de son corps huit heures par jour pour exprimer des émotions, elle sait reconnaître chez les autres au moindre coup d'œil ce qui les blesse ou les rend heureux. Elle lit dans le corps comme d'autres dans le marc de café. Et pas possible de lui mentir alors depuis six semaines, à chaque fois que j'ai eu envie d'entendre sa voix je me suis retenue.

Pas le courage de l'affronter. Toute petite déjà elle savait remettre les gens à leur place et taper là où ça fait très mal, sans complaisance. En général elle voyait très juste. Je savais qu'en l'entendant j'allais craquer, que du coup elle allait passer, prenant sur son emploi du temps surchargé et qu'elle allait planter ses grands yeux verts, les mêmes que les miens, dans les miens justement et allait me dire « Raconte ». Et je ne pourrai pas tricher avec elle, faire semblant, être en dehors, alors j'ai empilé les jours les uns sur les autres et aujourd'hui je suis face à moi-même.

Allez, je me lance. J'attrape mon portable, j'ai trois sms. Le premier de Margaux, mon amie de cœur. Ma minouchette. Son sms dit «je sais que tu n'as pas envie de parler mais je voulais juste te dire que je pense à toi. Gros bisous. » Merci ma belle, tu feras partie des premières personnes à qui j'aurais envie de parler quand ma voix sera revenue. Le deuxième est de Garance justement : « maman, je pars 2 semaines en Italie pour 1 série de représentations, pas le temps de t'appeler mais je t’m ». Ouf sauvée par le gong...Le troisième est de Louis et là je dois prendre une grande respiration et même m'asseoir « j’ai oublié un pull chez toi, quand puis-je passer le chercher ?». Réponse : jamais.

Je suis restée prostrée dans mon fauteuil crapaud un certain temps, en proie à une sorte d’inanition. A quel moment cesserai-je d’avoir mal ? Quand la vie allait-elle redevenir légère ?« Allez bouge-toi ma vieille »me suis-je dis, accélère, passe la première au moins. Je me suis levée, suis allée regarder le boulevard par la fenêtre, l’enfilade ininterrompue des véhicules et me suis dit que si je partais maintenant en voiture j’y serai avant minuit. « Allez Galatée, on part en balade, je t’emmène ma belle !» Je sonne de nouveau chez la voisine pour lui dire que finalement j’ai changé d’avis et que je pars avec le chat. Pas là. Je lui laisse un message sur sa porte et me concentre sur mes derniers préparatifs.

Adieu Paris... Je ne sais pas encore si La Grange est une bonne idée mais ici, c'est irrespirable.

Chapitre 2

« Les peines liées à un être humain tendent à se perpétuer d’elles- mêmes, parce que cette douleur qu’on abomine c’est encore de cet être qu’on aime. Et sans doute préfère-t-on souffrir à oublier puisqu’au moment même où l’on souffre, la pire des souffrances parait encore l’oubli » Jean D’Ormesson

Paris -La Grange : 635 km, soit en comptant les arrêts pipi - café environ sept heures de route. Mais rien à voir avec le voyage de notre enfance qui s'apparentait plus à un périple.

Dès Le Puy les virages n'en finissaient plus et la beauté du paysage ne compensait pas la nausée ni l'impatience de se dégourdir enfin les jambes parce que dans la 504 on y passait quand même dix heures à l'époque et cela nous semblait bien sûr une éternité. Pas d’écouteurs ou de casque pour s'isoler, pas de tablette pour passer le temps, pas de téléphone pour se sentir relié au monde des vivants.

On faisait ce qu'ont fait tous les gosses de notre génération : compter les voitures d'une certaine couleur choisie au préalable, compter les bornes, chanter, se disputer la place sur la banquette et en profiter pour régler des querelles intestines, jouer au jeu des plaques d'immatriculation, faire des grimaces aux passagers des autres voitures. On finissait par s'endormir mais nous étions toujours déçues à notre réveil : " On en est que là ?".

Au début, notre père était tout guilleret, enclin à la blagounette facile « je n'ai pas de carrosse mais j'ai des princesses... » aux mots gentils « allez mes chéries, courage », aux attentions « Elyne, met un coussin sous ton cou sinon tu vas te réveiller avec un torticolis », à la tendresse envers sa femme dont il caressait doucement la cuisse tout en conduisant. Et puis, au fil des heures, l'air dans l'habitacle devenait chargé, trop de promiscuité tuait l'envie d'être ensemble probablement et les mots se faisaient plus rares et plus lourds de sens surtout lorsqu'il parlait à notre mère. Les voyages en voiture invitent chacun à se concentrer sur ses pensées intimes, à les faire tourner dans sa tête encore et encore jusqu'à plus soif, on se vautre dedans comme un hippopotame dans la boue et on n'en sort pas tout le temps indemne ni vainqueur.

Nous ne savions pas à l'époque ce qui se passait entre eux, c'était leur secret, forcément douloureux ; mais nous ressentions bien sûr les tensions, nous entendions les non-dits et nous pensions que s'aimer c'était comme ça.

C'était la grande époque de Cloclo, Estelle et moi reprenions en chœur ses succès avec entrain.

« Le lundi au soleil c’est une chose qu’on n’aura jamais

Chaque fois c’est pareil

C’est quand on est derrière les barreaux

Quand on travaille que le ciel est beau

Tout simplement ne rien faire

Le lundi au soleil »

Ou

" J'ai plus d'appétit qu'un barracuda, barracuda !"

Et cette phrase chantée à tue-tête devant nos parents très patients nous faisait mourir de rire à chaque fois. On voyait maman lever les yeux au ciel, dans le rétroviseur alors que nous en étions à la dixhuitième reprise...

En général, au moment d'attaquer la montagne, papa nous mettait ses Nocturnes de Chopin et elles avaient au moins le don de couper la parole à tout le monde, elles nous plongeaient dans une béatitude silencieuse et intime. Ou alors s'il avait encore un brin de forme et qu'il avait envie de pousser la chansonnette, si maman avait été un peu plus tendre avec lui que d'habitude il nous passait du Brel et sa voix de baryton résonnait au plus profond de mon cœur. Comme j'aimais mon père quand il était enfin lui -même, quand il lâchait son rôle de patron, d'homme important et impressionnant pour redevenir un instant sûrement un peu le jeune homme qu'il avait dû être.

" Bougnat, apporte-nous du vin, celui des noces et des festins Mathilde est revenue"

Maman, quant à elle, adorait Aznavour et nous restions bouche bée devant cette mère étonnante dont la voix nous donnait des frissons et mettait des larmes dans nos yeux. Encore, encore criions-nous ; elle se faisait un peu prier, pour la forme mais nous faisait plaisir presque à chaque fois.

" Je sais qu'un jour viendra car la vie le commande

Ce jour que j'appréhende où tu nous quitteras

Je sais qu'un jour viendra où triste et solitaire

En soutenant ta mère et en traînant mes pas

Je rentrerai chez nous dans un " chez nous" désert

Je rentrerai chez nous où tu ne seras pas »

Ces moments où nous étions enfermés tous les quatre pendant dix heures dans la voiture, portaient en eux bien sûr une certaine pénibilité, une obligation à être ensemble, que nous ne vivions pas toujours très bien ou les uns ou les autres ; ils nous mettaient face à nos disfonctionnements familiaux, à notre violence enfouie, à notre amertume aussi. Mais quand l'alchimie avait lieu, que chacun faisait un pas vers les autres avec simplicité et bienveillance, qu'on oubliait ce qui faisait mal nous étions alors juste une famille unie quelques instants par la musique et la joie.

Vingt-cinq novembre, pas un chat sur l’autoroute, sauf la mienne qui dort comme un chat…Il y a quatre ans, Garance avait ramené un soir cette petite boule toute blanche, enveloppée dans son pull, en me jurant qu’elle l’avait trouvée dans la rue et que, je cite : « quand même on ne va pas la laisser mouriiiiiir !!!!». Alors, forcément, j’avais craqué et accueilli cette petite princesse poilue qui était devenue ma mascotte et ma confidente aussi les jours de blues.

J’ai allumé la radio mais dans ce coin de France, à part « radio bouse de vache » rien ne passait. J’ai donc mis mon CD de Barbara, celui qui rend tellement gai…

« Pour le temps qu’il me reste à vivre

Stopperais-tu ta vie ivre

Pour pouvoir vivre avec moi

Sur ton île aux mimosas »

« Non tu n’as rien voulu stopper. Tu n’as rien voulu continuer non plus. Tu m’as juste plantée là et comme je n’ai pas d’racines et que personne m’arrose, je vais juste mourir tu vois ».

En voiture, je parle toute seule et tout haut, l’idée peut faire peur mais d’après ma sœur qui a son doctorat de psychologie c’est très bon au contraire, une sorte d’auto-psychanalyse… Cette chanson me plombe, avec Louis on l’écoutait souvent. Il me disait « Chante ma douce, chante, elle te va bien cette chanson ». Ce n’était pas NOTRE chanson, celle que tous les couples ont ; une chanson qui parle d’eux ou de leur rencontre, ou qui leur fait penser à quelque chose de personnel, qu'ils écoutent main dans la main, yeux dans les yeux…Non, nous notre chanson c’était…non en fait je n’ai pas envie de le dire, ni d’y penser d’ailleurs, j’ai jeté le CD et quand elle passe sur les ondes je m’empresse de tourner le bouton.

J’arrête le CD. Parfois la musique n’adoucit rien du tout.

Je plonge dans mes tristes pensées et pour la dix-millième fois je me repasse le film.

Nous avions passé la soirée chez des amis. J'avais mis un pull vert qui moulait mes seins. Je me sentais jolie.

Tu avais bu. Beaucoup trop comme d'habitude. Tellement qu'en sortant de chez eux tu avais trébuché et étais tombé sur le trottoir.

Tu étais monté dans la voiture en râlant contre les autres, contre moi, contre la vie. Paroles d'ivresse, je me disais. Je m’étais concentrée sur la route, pressée d'être dans notre lit, contre toi.

Parfois la vie dérape si vite qu'on a la sensation du vertige sans avoir quitté la terre ferme.

Dans la salle de bains, tu étais là, assis, un peu hébété, sur le bord de la baignoire. Immobile. Silencieux. Je t'avais demandé si ça allait.

Tu m'avais répondu « Je ne t'aime plus » ; Depuis, je ne demande plus aux gens comment ils vont, c'est une question dangereuse.

Je t’avais regardé comme si j'attendais que tu te mettes à rire, genre « Oui, je sais ce n’est pas drôle, c'était juste pour voir ta tête ! » mais tu avais baissé la tienne et plus bas, comme pour toi-même, tu avais répété «Je ne t'aime plus » Pas d'explication.

Pas de larmes.

Pas de cris.

Pas de reproches.

Juste la sentence.

La peine de mort d'emblée sans le tribunal.

Evidemment j’avais pleuré, crié, réclamé, supplié.

Une douleur inconnue prenait naissance en moi.

Nous étions montés nous coucher et je t’avais demandé « Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? » J’étais pathétique. Tu t’étais endormi injustement. Egoïstement. Tu t’étais endormi et j’avais hurlé en silence pour ne pas te réveiller.

Trois heures du matin. J’étais perdue. Anéantie. Terriblement seule.

Anesthésiée par la douleur.

Alors j’avais régressé, j’avais appelé ma mère. Je pleurais tellement qu'elle ne comprenait rien. Elle avait juste su que c'était grave. Elle m’avait dit « Viens ».

Dans la voiture je pleurais beaucoup. C’était dangereux, y’a pas d’essuie glaces pour les yeux. La rue était déserte. Mon cœur était déserté.

Les bras maternels m’avaient rajeunie de trente ans. J'avais les yeux rouges et gonflés, la morve qui se mélangeait aux larmes, la bouche tordue de mots si tristes, le cœur en lambeaux et ce n'était qu'un début.

Je m’étais couchée dans son lit. Cela faisait si longtemps. Je n’étais plus une femme, une maman avec une personnalité, des responsabilités, j’étais redevenue Elynoutchka, surnom donné par mon grand-père maternel cosaque, j'avais 8 ans et je venais de faire une chute de vélo dans le petit cours d'eau en bas de chez eux.

J'avais raté le virage. J'avais appelé ma mère et elle était venue, m’avait consolée et soignée. M’avait parlé gentiment. Je n'avais plus mal.

Plus de trente ans après ça avait presque marché. A force de paroles, je m'étais endormie en pensant qu'il avait dit ça comme ça, qu'il était perturbé, qu'il était fragile, que les hommes étaient fragiles, qu'il n'assumait pas mais que ça allait passer, que je n’étais pas la seule, etc.…etc Sa main caressait mes cheveux doucement et je pensais qu'au réveil tout serait redevenu comme avant. Peut-être que là aussi j'avais juste raté le virage. Je pensais à ses mots « Je ne t'aime plus », je me demandais si l'on se remettait de ces mots-là, si on pouvait continuer, et comment, et pourquoi. Je me souviens m’être dit que maintenant tout le monde allait connaître ma honte de n'être plus aimée.

Au matin, bien sûr rien n’avait changé. J’étais une loque. Devant le miroir je ne me reconnaissais même plus. De sombres cernes vieillissaient mon regard vide. J’avais l’air apeurée, perdue, égarée.

J’étais devenue un fantôme de femme exsangue, une triste copie de moi-même, malheureuse et abandonnée.

Le désamour est terrible et tellement injuste.

Le désamour nous renvoie à cette partie de nous-mêmes que nous voudrions oublier, cette zone d’ombre où l’on se sait fragile et vulnérable.

Est-ce que je payais aujourd’hui le mal que j’avais fait avant, à des hommes qui m’aimaient et que j’avais laissés ?

On ne peut évidemment forcer personne à l’amour, à l’abandon, à la tendresse, on peut juste être tellement triste quand on s’aperçoit que tout s’en va.

J’étais rentrée chez nous comme un robot, en pilotage automatique.

Je me demandais si Louis allait être là ou si déjà il avait mis les voiles.

Je l’avais trouvé dans le salon, un livre à la main mais perdu dans ses pensées.

« T’étais où ?»

« Chez ma mère »

« Ça va ?»

Je n’avais même pas répondu. Bien sûr, j’allais très très bien… Je me sentais comme quelqu’un qui se trouve au bord d’un précipice avec un vent force dix, mais à part ça je tenais encore debout.

« Je voudrais comprendre. » « Il n’y a rien à comprendre, y’a juste à accepter, c’est comme ça ; et qu’est-ce que tu crois, ce n’est pas facile pour moi non plus. Je n’ai plus la flamme »

« Qu’est-ce qui n’est pas facile ? De me faire un mal de chien ou d’avoir le rôle du méchant, de celui qui donne le coup fatal ? Ton aura va en prendre un coup c’est sûr ! Louis, regarde-moi, dis-moi que ce n’est pas vrai tout ça, que ce n’est pas fini, s’il te plait, je t’en supplie. Je vais oublier si tu veux, faire comme si, te laisser de l’espace si tu le souhaites, t’aimer davantage si tu veux mais ne pars pas, pas maintenant, pas déjà, s’il te plait »

« Laisse-moi de venir l’ombre de ton ombre

L’ombre de ta main

L’ombre de ton chien

Ne me quitte pas »

J’étais pathétique. En larmes. A genoux devant un homme qui ne m’aimait plus et je le suppliais de m’aimer. Je vomissais mon attitude mais j’étais prête à tout pour qu’il reste avec moi.

J’eus subitement la vision de nous deux, certains soirs, au même endroit, dans la même position alors que nous faisions l’amour et qu’à genoux devant lui, je prenais son sexe dans ma bouche pour l’emmener vers notre essentiel. Je me rapprochais de lui et tentais une approche. « S’il fait l’amour avec moi c’est qu’il m’aime encore »me disais-je. Quelle hérésie ! Je touchais son sexe à travers son jean et tentais de défaire sa ceinture. Je vis à son regard qu’il était troublé mais il me repoussa vivement, presque violemment en se levant d’un bond et me hurla dessus.

« Arrête Elyne, arrête ça tout de suite. Ça fait des jours, des semaines, des mois que je veux te parler et que je ne trouve pas la force. Je n’en peux plus. Je fais semblant, tu ne vois pas que je fais semblant ? Je vois que tu es belle mais ça ne me touche plus, quand tu rentres dans une pièce j’ai envie d’en sortir, quand tu parles j’ai envie que tu te taises, quand tu m’embrasses et me câlines j’ai envie de hurler, je ne te fais plus l’amour par amour mais par besoin, par habitude, toucher ton corps me fait bander mais plus vibrer, je veux que ça s’arrête, je veux reprendre ma liberté, je veux partir, je veux que tu me laisses »

« Mais c’est toi qui me laisses »

J’avais juste dit ça, presque chuchoté d’ailleurs, plus aucun mot ne voulant sortir de ma gorge. Il parait qu’en cas de deuil, et c’était bien de ça dont il s’agissait puisque j’enterrais notre histoire, on passe tous par une première phase de déni. La mienne aura duré quelques heures, rompue par ses mots si durs qui résonnaient au plus profond de mon être et qui, je le pressentais déjà, allaient avoir du mal à trouver la sortie.

« Elle s’appelle comment ?»

Il s’était rassis mais loin de moi, tout droit, presque raide et le regard dur de ceux qui ont gagné la bataille.

« Jeanne »

« Jeanne ? Jeanne Boulin ? La fille de cet été à Pornichet ?»

Et dans un soupir excédé il m’avait dit « oui ».

Alors, instantanément j’étais passé dans la phase deux, celle de la colère. De la rage même.

L’été dernier, Louis m’avait dit qu’une collègue à lui avait une maison à Pornichet et qu’elle nous invitait à y passer quelques jours si nous le souhaitions. J’avais plutôt envie de vrai soleil, d’une chaleur qui écrase mais nous ne connaissions pas cette région et Louis avait l’air ravi de cette invitation. « Elle est très sympa, tu verras, elle te plaira, elle est vraiment chouette ». J’avais eu un petit pincement passager mais avais décidé de ne pas en tenir compte.

Nous avions donc passé deux semaines dans sa maison, en juillet, à deux pas de la plage et c’est vrai que l’endroit était magnifique. Et c’était vrai aussi que cette fille était très sympa, un peu trop presque. Tout sourire, attentive et démonstrative. Et très proche de Louis. Beaucoup trop.

J’avais surpris des regards, des gestes qui m’avaient interpellée.

Enervée aussi. Un soir, alors que nous venions de nous coucher j’avais fait part à Louis de mes doutes. Il avait ri. « Qu’est-ce que tu vas imaginer, tu vois le mal partout, c’est une copine c’est tout et on s’entend bien, j’aime bien discuter avec elle, je la trouve brillante, pas toi ?»