Dann Siklone Na Pwin Batay ! - Gaëtan Chauviré - E-Book

Dann Siklone Na Pwin Batay ! E-Book

Gaëtan Chauviré

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Beschreibung

Sur l'Ile de la Réunion, un cyclone réveille des querelles de voisinage drôles et attachantes.

L'histoire à la fois drôle et attachante d'une querelle de voisinage qui se règle pendant un terrible cyclone sur l'île de La Réunion, ou comment le danger peut amener, au-delà des préjugés et des différends, à mieux considérer l'être humain vivant à nos côtés.

Au travers d'une querelle de voisinage, c'est l'ouverture et la tolérance qui sont au cœur de ce roman réunionnais !

EXTRAIT

Il avait vraiment eu une bonne intuition, d’aller à cette supérette. Le Malbar qui la tenait, était très sympa. La seule chose qui pouvait freiner le chaland était cette rue exiguë où se garer devenait un casse-tête. Cela relevait souvent de l’exploit d’y trouver une place. Étant un habitué (il venait souvent y boire sa canette de bière après le boulot), il connaissait les astuces et rangea sa voiture tranquillement, comme d’habitude.
Faire le plein de flotte dans ce style d’endroit, restait évidemment hors de prix. Bruno pensa que de toute manière, sa femme voyant ce liquide arriver, ne regarderait pas à la dépense. Les cyclones angoissaient tellement Marie depuis qu’ils habitaient sur cette île ! Elle suivait bien sûr, toutes les instructions à la lettre en cas d’alerte.
En pensant à toutes ces bouteilles se trouvant dans le coffre, il se rappela soudain, un truc important, les réserves d’eau en cas de coupure. Il décida de téléphoner à sa compagne pour s’assurer qu’elle y avait pensé. Guettant de droite à gauche, histoire de vérifier s’il n’y avait pas de flic, il s’aperçut que le ciel semblait s’obscurcir. « Le cyclone ! »

À PROPOS DE L'AUTEUR

Nantais d'origine et Réunionnais d'adoption depuis près de vingt ans, Gaëtan Chauviré possède plusieurs cordes à son art : musicien au sein du groupe "Positive Vibes Sound", parolier et écrivain. Dann siklone na pwin batay ! est son deuxième roman publié.

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Seitenzahl: 153

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Gaëtan CHAUVIRÉ

Dann siklone

na pwin batay !

Mentions légales

© 2019, Les Éditions du 20 Décembre

Les Éditions du 20 Décembre

1116 rue de Cambuston 97440 Saint-André

Tél: +262692732 094

Email: [email protected]

Boutique : leseditionsdu20decembre.ecwid.com

ISBN :979-10-92429-24-4

Couverture : Saël Chauviré

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Je remercie

ma femme, mes enfants,

Saël pour cette belle couverture,

la famille pour les encouragements,

Virginie et Zaï pour les corrections

et Jah HIM.

Sommaire

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Chapitre 33

Chapitre 34

Chapitre 35

Chapitre 36

Chapitre 37

Chapitre 38

Chapitre 39

Chapitre 40

Chapitre 41

Chapitre 42

Chapitre 43

Chapitre 44

ANNEXE

Numéros utiles

1.

Le parking du jumbo Score était bondé. Qu’allait bien faire Bruno dans une pareille galère ?

Il le savait bien sûr. Faire ces foutues courses, en prévision d’un cyclone soi-disant imminent. Cette fois, celui-ci s’appelait Salomé !

Cela faisait presque quatre ans qu’il habitait à La Réunion et des cyclones, des vrais, des réellement sérieux, il n’en avait jamais vus. De la pluie, beaucoup de vent… Des trucs qui volent… Des arbres arrachés… Bon, c’est vrai que l’électricité et l’eau coupées, ça n’était pas terrible. Mais bon, il en avait vu d’autres ! À l’époque où il vivait là-bas, en Bretagne. Il habitait sur la côte. Un joli petit endroit du côté du Guilvinec.

« Les tempêtes qui s’y déroulaient ne déparaient sûrement pas avec ces prétendus cyclones ! »

Prétentieux jusqu’au bout ! Une minorité de Réunionnais l’était et comme Bruno, pensait que ce cyclone ne serait qu’un pétard mouillé… Bref !

Qu’est-ce qu’il avait chaud ! Une chaleur bien étouffante qui vous faisait transpirer à grosses gouttes… Une pellicule crémeuse recouvrait chaque centimètre de son corps et il rêva d’une bonne douche glacée. Il n’avait toujours pas fait réparer la clim’ de son vieux tacot et doutait qu’elle fonctionne un jour. Suant comme pas possible, il le regretta et s’en voulut à cet instant de ne pas posséder une de ces voitures dernier cri, toutes équipées…

Par moments, il entendait gronder le tonnerre au-delà des montagnes qui le séparaient du cirque de Mafate. Là-bas, dans ce lieu dépourvu de routes, de voitures et de beaucoup d’objets modernes, cela devait être quelque chose de vivre un cyclone.

Il s’essuya de nouveau le front. Rien n’y faisait. Ses cheveux bruns dégoulinaient et il se sentait de plus en plus poisseux.

L’île ne se trouvait encore qu’en pré-alerte cyclonique, mais à la vitesse à laquelle ce météore avançait, elle risquait d’être très bientôt en alerte orange et là : « Terminées, les courses ! »

Même si cette perspective ne dérangeait pas Bruno plus que ça, elle n’arrangerait probablement pas sa femme. Il l’entendait déjà lui hurler aux oreilles :

— Comment va-t-on faire s’il nous manque des piles, des bougies ou même du PQ ? Ce sera de ta faute !

Cette nouvelle pensée, le découragea encore plus. De toute façon, il n’avait pas vraiment le choix. Il fallait qu’il se motive. Ce n’était pas gagné. Pour l’instant, il se prenait la tête à essayer de rentrer dans le parking de ce damné magasin et la galère ne faisait que commencer, il le savait.

Pourquoi n’avait-il pas fait ces achats hier ou quelques jours avant ? La flemme…

Sa femme flippait de manquer de quoi que ce soit de vital et c’était à lui de se taper cette corvée. Elle devait garder les enfants, faire des stocks d’eau... Il avait le sentiment de s’être fait rouler. Du coup, il se retrouvait comme tout le monde à dépenser ses euros.

Acheter… À croire qu’à La Réunion, c’était un sport régional ! Et lui, comme un mouton, il suivait le mouvement, juste au cas où.

Il regarda la liste que sa femme avait écrite. Un vrai roman… Toujours les mêmes choses en plus. De l’eau, des conserves, des pâtes, des piles, des bougies, l’essence pour le groupe électrogène qu’on lui avait prêté… Il se demanda si ce n’était pas juste un plan marketing, un coup de pub pour vendre au plus vite des denrées en fin de date. « Le cyclone Salomé est bien évidemment sponsorisé par les magasins Jumbo Score ! »

Mort de rire !

En attendant, il s’y était pris au dernier moment et, comme la majorité des personnes sur cette île, il allait se retrouver à planer des heures et des heures dans ce foutu magasin, avec cette chose qui se pointait. « Déjà, le challenge consiste à trouver une place dans ce parking… » Et Dieu sait qu’il était grand et complètement blindé !

Après avoir réussi l’exploit de garer sa vieille Nevada, chariot à la main, il se sentit prêt à affronter la bête, fonçant dans le tas, tel un taureau furieux.

Deux heures plus tard... Bruno avait réussi à prendre une grande partie de cette fichue liste, toutefois, il lui manquait l’essentiel : l’eau.

« Je suis bon pour chercher ça à des prix défiant toute concurrence, dans une boutique chinois ou malbar1 ! », s’exclama-t-il, les deux mains accrochées à son volant complètement décrépi.

Un bouchon commençait à se former sur la quatre voies en direction de Saint-Denis. À coup sûr, la route du Littoral était basculée et il plaignait toutes les personnes qui essayaient de rentrer chez eux pare-chocs contre pare-chocs. En temps normal, le trafic déjà dense sur cette portion de route longue de 13 kilomètres ralentissait quotidiennement les Réunionnais, alors par temps de pluie, c’était pire ! Au-delà des 30 mm de précipitations en 24 heures, le risque d’éboulis obligeait les services régionaux à éloigner les usagers de la falaise dangereuse d’où pouvaient se détacher des tonnes de roches pour tomber sur la chaussée et même parfois sur les véhicules. Pour cela, il leur fallait déplacer la circulation côté mer sur des voies rétrécies et le fameux «canal bichique»2, déclenchant aussitôt un monstrueux capharnaüm. Pourtant, pas une goutte ne tombait ici dans l’ouest !

« Ah ! La Réunion et ses microclimats… »

En plus, les corvées n’étaient pas terminées.

Non… Il avait encore du travail à la maison. Les jouets des gamins et autres objets ou outils traînant dans le jardin. Ce serait vraisemblablement pour sa pomme.

Il chassa cette désagréable idée et se dirigea vers une petite boutique qui devait bien posséder les articles qui lui manquaient.

1Commerce de proximité tenu par des descendants de travailleurs chinois ou indiens non musulmans.

2Voie unique de circulation sur la route du Littoral, appelée ainsi en référence au canal créé dans les rivières de La Réunion pour pécher les bichiques, ces alevins de gobie très recherchés et appréciés dans la cuisine réunionaise.

2.

Il avait vraiment eu une bonne intuition, d’aller à cette supérette. Le Malbar qui la tenait, était très sympa. La seule chose qui pouvait freiner le chaland était cette rue exiguë où se garer devenait un casse-tête. Cela relevait souvent de l’exploit d’y trouver une place. Étant un habitué (il venait souvent y boire sa canette de bière après le boulot), il connaissait les astuces et rangea sa voiture tranquillement, comme d’habitude.

Faire le plein de flotte dans ce style d’endroit, restait évidemment hors de prix. Bruno pensa que de toute manière, sa femme voyant ce liquide arriver, ne regarderait pas à la dépense. Les cyclones angoissaient tellement Marie depuis qu’ils habitaient sur cette île ! Elle suivait bien sûr, toutes les instructions à la lettre en cas d’alerte.

En pensant à toutes ces bouteilles se trouvant dans le coffre, il se rappela soudain, un truc important, les réserves d’eau en cas de coupure. Il décida de téléphoner à sa compagne pour s’assurer qu’elle y avait pensé. Guettant de droite à gauche, histoire de vérifier s’il n’y avait pas de flic, il s’aperçut que le ciel semblait s’obscurcir. « Le cyclone ! »

— Allô, Bruno ?

— Oui…

— T’as fini les courses ?

— Oui, je suis en chemin.

— T’as pensé au PQ ?

— Oui ! Ne t’inquiète pas. T’as pas oublié de remplir les réserves d’eau ?

— M’aurais-tu prise pour une débutante ? Bien sûr, j’ai refait les stocks… On ne devrait pas en manquer… T’as pensé aux piles pour la radio et tu rentres quand ?

— J’arrive, je te dis ! Faut que je raccroche, j’suis au volant, à tout de suite !

La radio ! Il se demanda soudain si ce qu’il détestait le plus était l’arrivée du cyclone ou l’obligation d’écouter cette maudite radio débitant ses actualités pas fraîches, sa musique périmée, pleine de faux chanteurs à la voix de vocodeur !

Le ciel devenait de plus en plus sombre. En pensant à tout le travail qui lui restait à faire, il eut son premier instant d’angoisse…

En apercevant son habitation, il poussa un soupir de soulagement, même s’il n’ignorait pas qu’à partir de l’instant où il garerait son véhicule, il serait obligé d’être au taquet.

En franchissant la grille, il sut d’emblée par quoi commencer.

3.

Frédéric, fier de lui, avait tout terminé à temps, pour accueillir ce cyclone. Prévoyant le coup. Il pouvait se la ramener, le météore ! Les vivres stockés, le groupe électrogène prêt, le carburant rempli, c’était bon. Presque un sans-faute.

Pas comme l’autre d’à côté, cet amateur qui ne savait plus où donner de la tête, au vu de tout le bordel qui traînait dans sa cour.

À cette pensée, Fred se marra et se dit qu’avec sa performance du parfait professionnel du cyclone, il méritait bien une petite bière.

Il jeta un dernier coup d’œil à son jardin. Nickel !

Il regarda une dernière fois le Zorey1 courir partout en criant comme un fou. Cela le fit de nouveau bien rire. Il rentra dans sa belle maison sur pilotis, en se disant que ce n’était pas cette Salomé de malheur qui allait la lui détruire. Toute la famille se tenait prête !

Une voix l’interpella.

Sa femme : Sarah. Elle parlait à distance et ses vieilles esgourdes n’arrivèrent pas à saisir un traître mot. « Comme d’hab’ ! », se dit-il.

Il monta les marches deux à deux, arrivant rapidement dans le couloir menant au salon. Il vit ses filles qui regardaient un dessin animé. Encore un énième épisode de Dora… Quelle idée lui avait traversé l’esprit pour télécharger cette connerie ? Elles semblaient complètement hypnotisées.

La plus petite, Manon, le vit et lui lança un de ses plus beaux sourires du bout de ses dents de lait. Elle avait les cheveux bouclés et presque blonds comme un petit mouton. La peau couleur chocolat. Du haut de ses six ans, elle dégageait déjà une beauté que beaucoup de femmes auraient aimé avoir. La ressemblance avec sa mère était flagrante et au contraire de sa grande sœur, elle ne possédait rien physiquement de lui, à part peut-être son sale petit caractère comme se plaisait à le répéter Sarah. Émilie, la plus grande, ne faisait pas un compte avec ce père qui admirait sa longue chevelure noire et sa peau de la même couleur. Pour le coup, elle lui ressemblait et il se dit que le Créateur avait bien fait les choses.

De nouveau, la voix de sa femme le sortit de ses pensées.

— Frédo ? Tu as entendu ce que je t’ai demandé ?

Elle se trouvait dans la salle de bains. Il entra en trombe sans qu’elle ne l’entende approcher.

— Non ! Tu disais quoi ? Je n’ai pas compris…

— Ouh ! Tu m’as fait peur !

La main sur sa poitrine, Sarah essayait de reprendre son souffle. Même complètement apeurée, il la trouva magnifique. Son teint hâlé, ses longs cheveux blonds bouclés, son corps encore parfait malgré les pénibles accouchements de leurs deux jolies petites filles, faisaient encore battre son cœur vingt ans après… Sa réaction démesurée ne tarda pas à faire rire Frédéric qui, hilare, se tint les côtes.

— Tu as eu si peur que ça ?

— Ah ! Moque-toi de moi ! Toi et tes blagues pourries…

— J’étais en bas dans le jardin et je n’ai rien saisi de ce que tu disais.

— Je te demandais si tu avais bien vérifié que le groupe fonctionnait. La dernière fois à la plage, il avait des ratés !

— Lé bon !2 J’ai tout vérifié ! Je l’ai démarré et laissé tourner quelques minutes…

— Si tu le dis.

— T’as vu l’autre couillon d’à côté ?

— Oui ! Il fait pitié à s’affoler comme ça !

— Il fait pitié, il fait pitié ! Ansorte ali !3 Cette espèce…

— Pas devant les enfants, Frédo ! S’il te plaît.

Énervé, il quitta la pièce et se dirigea vers sa première idée : déguster une bonne bière bien fraîche !

Tranquillement posé sous la varangue de son immense balcon, bien calé à regarder ce voisin qu’il détestait depuis le premier jour, il sirota sa Dodo.

Ce malpoli, qui se croyait en terrain conquis, se garant à sa place sans rien demander, ne disant même pas bonjour ! Celui-là même qui abîma son beau mur avec son camion d’emménagement !

Il savait bien que c’était ce sans-gêne qui avait déposé des clous devant son entrée, histoire qu’il crève ses roues. En jetant de nouveau un coup d’œil, il vit en face de lui, cette maudite famille avec leur chien, s’agiter devant ses yeux, s’énervant, se criant les uns sur les autres.

Et cet animal qui aboyait, qui aboyait… Ce maudit clebs le réveillait chaque nuit, gueulait le jour… Il ne le supportait plus.

Avalant une énième gorgée de bière, il regretta que le poison qu’il avait mis dans un morceau de viande, n’ait pas tué cette sale bête.

C’était son secret, sa vengeance. Sarah n’en saurait jamais rien. Heureusement, parce qu’elle n’aurait sûrement pas apprécié sa bassesse et lui aurait reproché cet acte sournois.

« Dommage que ce couillon de véto l’ait sauvé !» pensa-t-il, avec un peu de honte et de regret à la fois. Il se rappela en appréciant sa bière, les fois où il avait ramassé les crottes que l’animal semait partout dans le chemin. Il les récupérait et les jetait discrètement dans le jardin de l’autre abruti. Il en riait encore...

1Ou zoreil : personne originaire de l'Hexagone habitant ou en vacances à La Réunion.

2C'est bon !

3Qu'il se débrouille !

4.

Bruno, au taquet, avait embarqué ses enfants, chien y compris, à ranger leur jardin éternellement en désordre. Seulement, il commençait à se dire, en les voyant courir dans tous les sens, sortir des choses du garage, se les balancer, pour finalement les ajouter aux tas qui jonchaient la traînasse1, que ce n’était peut-être pas une si bonne idée !

Nestor et Achille avaient quatre ans de différence et adoraient se chamailler, sauf pour faire des bêtises. Dans ces moments-là, ils s’accordaient à merveille. Et là, précisément, ils étaient dans leur domaine de prédilection : mettre le boxon ! Le rangement ressemblait bien plus à la guerre des boutons qu’à un triage en urgence et les rires des deux enfants confirmaient que cela les amusait beaucoup.

Nestor, le plus grand, avait à peine neuf ans et était le portrait craché de son père. Cheveux noirs, yeux noirs, il n’y avait bien que sa peau qui était blanche. Au contraire d’Achille, quatre ans, qui avait les cheveux roux et la peau rose, avec des taches de rousseur sur les joues. Des deux, c’était lui qui ravageait le plus ! Bruno les adorait même si, pour rien au monde, il en referait un troisième. « Trop crevant ! », se dit-il.

Soudain, il vit sa femme, les bras surchargés de jouets de toutes sortes, menaçant de tout faire tomber. Elle pouvait être énervante par moments, mais lorsqu’il fallait être efficace, il la trouvait parfaite et tellement sexy ! Ses cheveux châtains coupés à la garçonne, sa ligne encore impeccable malgré deux grossesses, lui plaisaient toujours autant. Il avait l’impression de l’aimer encore plus aujourd’hui qu’hier… D’une main, il attrapa les objets sur le point de s’échapper.

— Merci chéri, j’ai bien cru que j’allais m’écrouler avec !

— Besoin d’un sauvetage ? J’suis dans les parages !

— Pfiou ! C’est nul… T’as vu le ciel ?

— Ouais ! On se croirait le soir ! On va peut-être avoir un vrai cyclone, cette fois !

— Arrête de dire ça ! Tu sais bien que j’ai peur… Terminons ce rangement et rentrons, ces nuages noirs me terrifient.

Sentant un regard peser sur ses épaules, Bruno se retourna en direction de la maison du voisin et le vit assis tranquillement sur une chaise longue à siroter une bière. Un sourire narquois aux lèvres. Il se marrait bien de les voir ainsi s’énerver à tout ranger à la dernière minute, comme les couillons de zoreys qu’ils étaient. Il souhaita au plus profond de lui, que l’autre s’étrangle en buvant sa Dodo.

— Chérie, t’as vu ? Y a Big Brother qui nous espionne !

Elle tourna la tête et vit l’espion en question.

— Ah ça ! Laisse-le donc ! Il a le droit de vivre. Si nous regarder lui procure un peu de plaisir, alors…

Plus sage que Bruno, Marie redoutait les colères inutiles de son grand mâle fier et bête. Elles n’apportaient que violence et histoires pas possibles. Elle avait déjà donné. Ce changement de vie, loin du monde des gens stressés de Paris et de Navarre, était en rapport avec les emportements excessifs de son mari.

Bruno rongea son frein, même s’il n’oubliait pas toutes les bassesses de ce sale type. Il se rappela bien sûr les siennes… « Vengeance ! », dit-il tout bas en serrant les dents.