Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Aujourd'hui, les aiguilles de l'horloge se jouaient de moi. Le temps était si long et la pluie ne cessait de tomber. Le regard perdu vers la porte de sortie, je ne vis pas tout de suite cette silhouette qui s'avançait vers l'entrée. En tenue décontractée et une capuche pour se protéger de la pluie. Je sentais une montée d'adrénaline à chacun de ses pas. Aucune raison, des clients j'en voyais tous les jours. Une petite mèche rousse, tombante, qu'elle remontait d'un simple geste derrière son oreille. Un corps de rêve, son regard si perçant... Je ne peux pas y croire! Elle pouvait passer inaperçue devant tout le monde, mais moi, oui moi, je l'avais reconnue. C'était elle, cette femme qui avait toujours hanté mes rêves. Mylène...
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 143
Veröffentlichungsjahr: 2018
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Ce livre est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des faits réels ne peut être que le fruit du hasard.
Sa bouche est sanctuaire Le plus sacré des mystères…Mylène Farmer (Q.I. album Avant que L’ombre…)
Moche, je suis moche. Le cheveux gras mais pourtant propre. Sans parler de l’acné que j’ai essayé de corriger après bon nombre de crèmes, lotions, solutions miracles chez des médecins… non, décidément, la vie ne m’a pas gâtée…
J'ai longtemps vécu dans ce corps qui ne m'appartenait pas, difforme, petit et répugnant. Je savais que Dieu ne m'avait pas envoyée dans la bonne enveloppe mais je ne lui en voulais pas car l'erreur est humaine, si on peut appeler la sienne ainsi, ce devait être une erreur de calcul. J'ai toujours su qu'en moi vivait une femme glamour et féminine à souhait, pas cette demie femme qui ne savait ni s'habiller ni se coiffer. En gros j'avais une image de moi en femme serpillière. Je me dégoûtais à chaque passage, très furtif, devant un miroir. J'évitais les magasins et la foule. Je ne voulais en aucun cas faire supporter mon physique ingrat aux autres, j'avais déjà du mal à me tolérer moi-même, alors je voulais les épargner.
Pour pallier à tout ça, j'étais la bonne petite fille gentille et douce comme tout le monde le voulait. Après tout je le leur devais bien.
Mais ça c'était avant, avant mon fabuleux changement ! J'ai toujours rêvé d'une nouvelle vie, celle que je voyais dans les magazines. Toutes ces femmes si parfaitement sculptées. Je savais qu'il y avait beaucoup de montages sur ces clichés mais je voulais, pour moi, un corps sans trucages. Je souhaitais pouvoir me montrer au monde entier sans crainte d'attirer les regards de dégoûts. Je voulais plaire et faire envier toutes les femmes qui croiseraient ma route. Je savais qu'un jour j'y arriverai et qu'à partir de là je renaîtrai. Mais tout ça me paraissait totalement inaccessible. Je ne connaissais personne qui pouvait m'orienter. Seule je me sentais incapable d'y parvenir. J'ai essayé bon nombre de régimes depuis le début de mon adolescence mais rien n'y a fait. C'était toujours l'effet yoyo, je perdais 5 kilos et j'en reprenais dix derrière. Cette vie ne me convenait plus et j'aurais pu en mourir plutôt que d'endurer ce calvaire. Et j'ai fait cette rencontre, celle qui m'a changée entièrement. Bon Dieu que ça fait du bien !
Au fait, je ne me suis pas présentée, je m'appelle Tyméa et j'ai vingt-cinq ans. Je viens de fêter mon quart de siècle et je peux vous dire que c'était la fête la plus fabuleuse à mes yeux. Enfin après avoir attaqué ma vraie nouvelle vie.
L'année de mes vingt-trois ans, en me levant et en ayant eu un léger regard sur mon faciès devant le miroir, je fus prise d'une folle envie de tout simplement changer ! Après quelques recherches sur internet, sur les possibilités qui s'offraient à moi, je fus hypnotisée par le récit d'une femme qui racontait son expérience sur son changement radical de vie et surtout de son changement physique. Elle avait laissé ses coordonnées « au cas où » comme elle le mentionnait et je n'ai pas, pu me retenir de sauter sur mon téléphone pour connaître ses secrets.
Après plusieurs aller-retour en fixant mon téléphone, je finis par appuyer sur le bouton vert. Je tremblais de tout mon corps. Le ton de ma voix était hésitant. Et si c’était simplement une blague ? Une bande de jeune midinette cherchant à se moquer de gens comme moi. Avec internet, on pouvait tomber sur n'importe qui et n'importe quoi. Cette voix douce et suave me mis, finalement, très vite à l'aise. Elle se prénommait Héléna. Elle me raconta ses différentes étapes vers sa métamorphose. Elle m'invita ensuite à la rejoindre sur son profil afin de me montrer des photos d'elle avant et après son changement. En effet, c'était tout simplement stupéfiant !
Héléna me ressemblait auparavant, petite et grosse. Avec ses photos de maintenant, elle me faisait rêver ! Des courbes parfaites, des jambes aussi longues que ma langue qui se déroulait à la vue de ce corps magnifique. J’avais tout de même un doute, après tout, la retouche de photo coûte beaucoup moins cher que la retouche chirurgicale ! Mais Héléna me proposa de nous rencontrer pour en juger par moi-même. Sous mes hésitations, elle trouva le moyen de me rassurer. Elle savait ce que je vivais, elle était également passée par là et elle souhaitait me soutenir en m’aidant et en m’envoyant vers les meilleurs médecins qu'elle connaissait.
A moitié rassurée, j'acceptais notre rencontre chez elle. Le rendez-vous était fixé pour le lendemain.
- Plus vite on se verra et plus vite ta transformation pourra commencer, me dit Héléna.
J'étais excitée et angoissée. Toute la soirée, j'avais noté toutes les questions qui me seraient utiles. Il se faisait déjà bien tard et j'avais réussi à remplir trois pages de la plus petite à la plus grande question. De toute manière je n'allais pas réussir à trouver le sommeil donc je préférais tout noter. Au moins j'étais sûre de ne rien oublier ! C'était de mon changement de vie dont il était question, alors je ne devais rien laisser au hasard.
14h49 pile à l'heure! Ah non, on avait convenu de se voir à 15h, j'hésitais à frapper à sa porte. Elle était peut-être occupée et j'allais certainement la déranger ! Elle pourrait même m'envoyer promener en me disant qu'elle n'avait pas envie qu'une gourdasse ne tienne pas sa parole sur le rendez-vous pris et que je devais sans doute être un pot de colle. Je crois que j'étais surtout en train de me donner des excuses pour repartir chez moi en courant.
Je ne savais pas qui se trouvait réellement derrière cette porte. Un serial killeur ! On verrait demain dans les journaux :
« Une grosse laide s'est fait tuer par un sauveur de l'humanité » « Elle faisait honte au monde de la mode, on ne la regrettera pas » « J'ai accouché d'un monstre et heureusement on l'a enfin tué ».
Oui j'avais une très grande estime de moi-même !
J'entendis des pas se rapprocher de la porte. Le bruit me fit sortir de mes pensées. Quelqu'un était derrière. Elle m'avait peut-être entendu, pourtant il me semblait bien avoir parlé dans ma tête !
La porte s'ouvris et comme un réflexe, j'eus ce même geste que tout macho peut avoir, la regarder des pieds à la tête ! Elle dut le remarquer vu cet air fier qu'elle m'envoyait en pleine face.
Elle m'invita à entrer. Sa maison était tout autant splendide.
- Tu vois ! Avec un physique comme celui-ci, tu peux te payer tout ce dont tu désires ! Suis-moi par ici !
Ce furent ses premières paroles. Et j'étais là toute salivante et ne sachant plus où donner de la tête. Je veux ça moi aussi ! Je prends le lot et je l'emporte avec moi ! Pas besoin d'emballage c'est pour utiliser maintenant ! Si c'était aussi facile, ce serait évidemment très bien ! Mais il me restait encore un long chemin à parcourir avant de réussir ma vie comme la sienne. Aucun désespoir, je peux le faire, et j'y parviendrai !
Installée sur son luxurieux canapé, j'attendais son retour. Elle était dans sa grande cuisine lumineuse et impeccable. Elle devait sans doute nous concocter un jus de carotte avec, en accompagnement, du céleri. Ce goûter ne m'enchantait pas mais bon il allait bien falloir « souffrir pour être belle » ! Bizarrement j'avais souvent entendu cette fameuse phrase. Puis, tout sourire aux lèvres, elle s'installa devant moi avec son plateau. Mon intuition était la bonne mais il fallait me faire une raison : j'allais avoir droit à ça tous les jours si je voulais enfin avoir cette taille de guêpe.
Je pris donc mon verre et mon céleri en n'oubliant pas de rester souriante et polie. Yeark ! Mais c'est immonde ce goût ! J'essayais tant bien que mal de m'imaginer, m'engouffrant dans la bouche, une de ces bonnes viennoiseries que je m'achetais dans la boulangerie en bas de chez moi. La boulangère connaissait par cœur mes habitudes, que c'était pathétique ! J'étais tellement prévisible qu'elle ne me demandait même plus ma commande. Et si ce jour-là j'avais eu envie d'autre chose ? J'avais déjà voulu feinter en voulant changer mon choix pour qu'elle me fiche la paix avec son sourire si faux, mais elle savait très bien que j'allais illico revenir sur mes bonnes vieilles habitudes. Quelle fourbe cette femme ! Je la détestais, elle et ses pâtisseries si délicieuses et si crémeuses et... concentres-toi sur ton céleri !
J'attendais sagement qu'elle commence à parler, j'étais trop angoissée pour réussir à faire le premier pas, mes mots n'auraient été qu'un dégueuli sur son si beau tapis.
- Bon alors, tu veux donc changer, fini-t-elle par sortir. Tu es certaine d'être totalement prête ?
- Oui, je suis prête.
- Tu as déjà vu les démarches que tu veux ou peux faire ?
- Non pas vraiment... je pensai qu'il n'y avait aucun recours...
- Chérie, sache que maintenant avec la médecine tout est possible. Il suffit juste d'être prête à encaisser des semaines, voire des mois, de douleurs pour ton cas", me dit-elle en faisant la moue, ce sera des mois.
Me voilà bien remise à ma place.
- Je ne veux pas être méchante, mais je suis passée par là et regarde le résultat.
Elle laissa tomber tous ses vêtements, sans aucune gêne, me laissant ainsi une vue sur l'ensemble de son corps. Rien qu'en voyant son sourire, elle avait dû être témoin de ma maladresse en laissant tomber ce légume infecte de mes mains. C'était trop beau pour y croire, une taille élancée et fine, des seins parfaits, un fessier bien ferme et arrondie. Elle était là en tenue d’Ève, tournant sur elle-même pour que je puisse admirer ce corps si parfait. Elle se posa à nouveau sur son fauteuil sans se rhabiller.
- Alors qu'en penses-tu ?
- C'est vraiment possible d'avoir ça ?
- Bien sûr que c'est faisable ! Je t'ai montré des photos de moi avant non ?
J’acquiesçais tout en repensant à ce que je venais de voir et j'avais du mal à m'en remettre. Je pourrais enfin réaliser mon rêve ! Je pouvais enfin m'imaginer réellement dans ce corps que je convoite. Je repensais à toutes les questions que j'avais précautionneusement écrites toute la nuit et je cherchais ma feuille dans mon sac. Rien... j'avais oublié mon papier... je suis vraiment une tarte !
- Alors tu as des questions ?
- Oui, mais j'ai oublié ma feuille.
- Pas besoin de ça ! Pose-moi toutes les questions que tu veux, j'y répondrai du mieux que je peux.
- J'ai peur de m’emmêler les pinceaux, dis-je intimidée.
- Je recollerai tout ça et on finira bien par avoir ce qu'il te faut !
Je repris donc mon souffle afin de retrouver ma respiration pour réussir à parler sans bégayer. J'étais impressionnée et elle était très compréhensive. Elle me raconta exactement toutes les démarches qu'elle avait suivies. Liposuccion, rallongement de la taille, à nouveau une liposuccion pour bien refaire le corps en fonction de la nouvelle taille, mâchoire refaite, nez refait, contour des yeux et puis les seins. Rien n'était laissé au hasard. J'avais l'impression d'entendre une personne ayant été entre les mains du père de Frankenstein, mais au lieu de créer un monstre, il avait créé une beauté de la nature. J'étais émerveillée.
- Et puis pour finir bien sûr, car rien n'est aussi simple, du sport pour bien tout raffermir et à nouveau une liposuccion. Je ne te cache pas que tout ça fait très mal. Mais il faut souffrir pour être belle !
- A ce qu'il paraît oui, dis-je lassée d'avoir trop souvent entendu cette phrase.
- Écoute ma belle, si tu es prête à endurer tout ça, je veux bien te donner toutes les coordonnées de chaque médecin que j'ai eu. Et puis je pourrai venir avec toi aux premiers rendez-vous pour te mettre plus en confiance.
- Pourquoi est-ce que vous m'aideriez ainsi ? Vous n'avez rien à y gagner...
- Si ! j'ai bien des choses à gagner, réussir à combattre la laideur dans le monde. Personne ne devrait être moche et je suis ravie que tu en es pris conscience alors je veux bien t’aider ! Mais à une seule condition...
- Laquelle ?
- Que tu n'abandonnes pas! Une fois commencée, tu iras jusqu'au bout ! Tu veux changer ?
- Oui, je le veux, ma réponse sonnait comme un accord de mariage.
- Alors tu vas changer et on va commencer maintenant !
- Déjà !
- Tu veux peut-être attendre d'avoir quarante ans ? Alors on va commencer à prendre rendez-vous avec le premier docteur pour connaître son verdict sur ton...
- Gros problème, oui...
- Voilà, je ne savais pas comment le dire, mais appelons un chat, un chat.
Elle s'empara de son téléphone et pris sans même me demander si le jour et l'heure me convenait, le premier rendez-vous du début de mon calvaire. Jeudi à 14h30, demain.
De retour chez moi, je m’installai sur mon canapé terne et troué de part et d'autres pour reprendre un peu mes esprits. Cet après-midi, j'avais signé pour une "nouvelle moi", j'allais souffrir, voulais-je vraiment avoir mal ?
Le soir même, je sortis un plat surgelé du congélateur et fis chauffer dans le micro-onde, en attendant, je m'assis sur un tabouret face à la vitre et regardai mon plat tourner. C'était sans doute mon dernier repas copieux et bien gras. A partir de demain, je devrai sans doute remplir mon frigo de jus de carotte et de céleri. Rien qu'à l'idée de ce légume, mon visage se tordit en grimaces.
Assise à nouveau sur mon canapé avec mon plateau en guise de table, je zappai sans cesse pour enfin trouver quelque chose d'intéressant à la télé. Une pub sur de la pâte à tartiner, une pub sur les dernières glaces, une pub sur les brioches aux chocolat, que des pubs de tentations. Aucune pub sur du céleri... on comprend vite que le monde tourne sur la mal bouffe, « ah tiens Mac do ! Qu'il a l'air bon leur nouvel hamburger ! Non ressaisies toi ! Tu as rendez-vous demain ! oui mais demain est un autre jour alors je pourrais aller vite fait m'en chercher un, ni vu ni connu, et puis ce serait mon dernier plaisir. »
Devant le comptoir, je repérai rapidement le menu qui m’intéressait et c'est à ce moment-là, pour la première fois que je pus ressentir ce dégoût pour la nourriture. Comme une envie de fuir et de crier au monde dans le restaurant de lâcher leur sandwich et de partir vers de la nourriture saine. Mais ma gourmandise l'emportant, je pris le plus grand menu et rentrai chez moi pour engloutir ce délicieux repas, bien gras et rempli de ces mauvaises choses, en pensant au fameux céleri d'Héléna.
14h15, encore en avance. Faisant les cent pas devant ma première étape, j’attendais Héléna qui n'était pas encore arrivée. Je sentais mon amie l'angoisse poindre le bout de son nez et amener avec elle sa compagne la boule au ventre. Je vis Héléna arriver enfin. Je secouai la tête et me tapotai les joues afin de me redonner du courage et m’ôter l’envie de partir en courant. Il fallait que je pense à autre chose avant de mourir sur place.
- Tu es prête ma belle ? Me demanda Héléna
- Je crois... lui répondis-je tendue.
- Allez, ça va aller. Dis-toi que dans quelques mois ta vraie vie va enfin commencer.
Dans la salle d'attente, des femmes attendaient également leur tour, l'attente allait être longue. Des peintures sur les murs représentaient le corps nue de femmes allant de la plus obèse à la plus svelte. Ça représentait très bien le parcours que je devais effectuer, de celui de la baleine s'échouant sur le sable, rejetée par une mer elle-même dégoûtée d'avoir cette immonde créature chez elle et celui de la femme que j'allais devenir. Adieu les bourrelets et les pantalons trop petits. Adieu la mousse au chocolat et les pommes de terre avec de la crème bien grasse. Bonjour le... céleri. Je me promis d'ailleurs de ne pas me nourrir de celui-ci, il devrait bien y avoir d'autres légumes fétiches qui pourraient accompagner mes maigres repas.
Je dus rester assez longtemps dans mes pensées car Héléna posa brutalement le magazine de diététique sur lequel elle s'était jetée en rentrant et m'attrapa par la main pour me conduire dans le cabinet du médecin.
C'était un homme aux cheveux grisonnant et très élégant. Il me faisait penser à Richard Gere dans Pretty Woman, et bientôt la catin se serait moi.
Je n’eus pas grand-chose à dire au départ. Héléna prit les devants et lui exposa mon gros problème. Elle finit par lui demander si mon cas n’était pas désespéré et s’il y avait bien un moyen de me sortir de ce corps immonde dans lequel j’étais enfermée.
- Bien sûr qu’on peut y remédier ! Avec moi tout est possible !
- Je le savais que vous étiez un magicien docteur ! répondit Héléna au médecin.
