De plume et de plomb - Maryse Schellenberger - E-Book

De plume et de plomb E-Book

Maryse Schellenberger

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Beschreibung

Recueil de nouvelles rédigées tout au long de l année dans le cadre d un atelier d écriture à la MJC de Montluel animé par Raphaelle JEANTET.

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Seitenzahl: 86

Veröffentlichungsjahr: 2022

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TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE – Raphaëlle Jeantet

UNE PASSERELLE POUR L’AVENIR — Fabienne Jomard

ENFER AU PARADIS — Maryse Schellenberger

CLAIR DE LUNE SUR L’ATLANTIQUE — Maloue Allais

GISÈLE LENTILLET — Maloue Allais-Wolff

LA TACHE — Maryse Schellenberger

LE GRENIER — Maryse Schellenberger

RÈGLEMENT DE COMPTES AU COLLÈGE — Maloue

COMPLAINTE D’UNE CUISINIÈRE — Fabienne Jomard

STOP ! — Maryse Schellenberger

TROP — Maryse Schellenberger

L’ACCIDENT — Maloue Allais-Wolff

TOURNAGE — Maloue Allais-Wolff

PETIT DRAME EN BLEU — Fabienne Jomard

REMERCIEMENTS

PRÉFACE

Raphaëlle Jeantet

Après Douces-amères en 2020 et Sur le fil en 2021, j’ai l’immense plaisir de vous présenter De plume et de plomb.

Vous y découvrirez des nouvelles écrites pendant les ateliers d’écriture de la MJC de Montluel, mais aussi grâce aux Déclics d’écriture, un travail d’écriture individuel que je propose à distance.

Maloue, Fabienne et Maryse vous dévoilent le fruit de leur travail.

Si l’écriture est un art solitaire, le livre que vous tenez entre les mains est un véritable travail d’équipe. Car l’atelier d’écriture est un espace de création, mais aussi de partage. Le regard de l’autre, critique et bienveillant, est un trésor pour un auteur.

Bonne lecture !

UNE PASSERELLE POUR L’AVENIR

Fabienne Jomard

On est lundi. Elise est arrivée ce matin et s’est installée pour quelques jours chez Grand-Pa. Elle doit prendre soin de lui en attendant que Pat vienne prendre le relais. Grand-Pa occupe un deux-pièces dans un immeuble banal, à Lyon. L’après-midi, pour tromper l’ennui, Elise regarde par la fenêtre. Du neuvième étage, elle peut voir la ville qui dévore tout le paysage jusqu’à l’horizon. Elle s’applique à chercher des taches vertes dans cette mosaïque de béton gris. Son regard s’enfonce si loin qu’elle parvient à faire abstraction de son environnement proche. Le rebord de fenêtre, le géranium et le chat qui l’habitent ont presque disparu, engloutis dans un premier plan flouté.

Si elle levait les yeux, elle pourrait voir la passerelle en construction. Un projet tout de verre et d’acier qui promet monts et merveilles aux riverains. Une brochure en quadrichromie sur papier glacé a été distribuée dans le quartier. Afin de désamorcer toute critique, la passerelle y est présentée comme LA solution au problème d’enclavement du quartier. Les habitants sont invités à se réjouir. En effet, ils vont pouvoir, sans encombre et en toute sécurité, se rendre au centre commercial des Avenières pour y acheter tout ce dont ils ont besoin ainsi que ce dont ils n’ont aucun besoin. Envie de sortir ou de se distraire ? Un centre ludo-culturel saura combler toutes les envies. On y trouvera des automates de jeux vidéo grandeur nature, un cinéma multisalles avec pop-corn à volonté et même un spa pluri-sensoriel…

Mais l’esprit d’Elise aspire à autre chose. Nulle promesse de béton ne comblera son désir d’espace et de lumière. Elle a tant besoin d’évasion, de sous-bois, de montagnes. Alors qu’elle est encore absorbée par sa contemplation de l’horizon, les éclats d’une conversation lui font lever la tête malgré elle. Deux types harnachés comme des élagueurs évoluent dans les airs tels des araignées, reliés à leur toile par un fil ténu. Gracieux voltigeurs de l’azur, ils se déplacent avec naturel sur le dôme vitré de la passerelle, à trente mètres au-dessus du trottoir. Soudain fascinée par le ballet qui se déroule là-haut, Elise oublie son vague à l’âme et suit les opérations. Penchés sur une plaque translucide que le palan vient de déposer délicatement à leurs pieds, les deux acrobates la soulèvent puis l’ajustent sur le toit de la passerelle. Ainsi dotée d’un plancher de verre et d’un toit transparent, celle-ci devrait donner l’impression aux usagers d’avancer dans une bulle en apesanteur au-dessus du fracas de l’avenue. « Un vrai supplément d’âme pour le quartier ! vante la brochure. Si transparente que vous aurez l’impression de flotter entre les nuages ! »

« Transparente pour combien de temps ? » lance Grand-Pa. Allongé dans son fauteuil « Relax », il tient la brochure dans ses mains et fait des réflexions à voix haute… Il ricane déjà en imaginant les centaines de mètres carrés à nettoyer, les fientes d’oiseaux et le voile gris de la pollution qui vont vite faire vieillir ce « dôme de lumière »…

Le lendemain, lorsqu’on sonne à la porte, elle ouvre tout de suite. Elle attend Pat. Mais ce n’est pas Pat. Ou alors un Pat qui aurait pris de la testostérone et qui aurait grandi de vingt centimètres. Il tient dans les bras un chat tigré.

— Pardon mais ça ne serait pas à vous par hasard ? dit-il en baissant les yeux vers l’animal. Il me semble l’avoir vu hier sur l’appui de votre fenêtre.

— Non ! Euh, oui, si, c’est le chat de mon grand-père balbutie-t-elle. Mais comment... ?

— Comment j’ai pu le voir ? C’est simple, je prends ma pause-déjeuner juste au-dessus de votre fenêtre, sur la passerelle.

C’est à cet instant qu’elle se rend compte qu’il est en tenue de travail, combinaison et harnais bardé de crochets métalliques. Il a les yeux rieurs et une petite fossette sur le menton.

— Eh bien, merci, dit-elle en empoignant le fugueur.

— C’est qui ? crie Grand-Pa.

— Personne, répond-elle en refermant la porte.

Le mercredi est un jour férié et elle se prend à le regretter. Pas de spectacle de haute voltige, pas de remue-ménage dans les airs.

Tout le quartier est plongé dans le calme et elle laisse son esprit divaguer dans les nues, telles ces bandes de corneilles qui tournoient et qui, à l’image de ses pensées, se croisent et se décroisent dans les airs sans ordre apparent. C’est quand elles se posent toutes en même temps que, soudain, tout devient clair et ordonné. Elles forment alors des rangées bien alignées sur le bord des chenaux, soulignant la rectitude des toits en une géométrie rassurante.

La journée se passe sans qu’elle s’en aperçoive, absorbée qu’elle est par les soins du ménage et la conversation avec Grand-Pa. Il est atteint de polyarthrite et ne peut plus subvenir à ses besoins mais il n’a rien perdu de sa verve ni oublié ses engagements politiques. Grand lecteur de Libération, il commente tous les articles qui le « font bondir » comme il dit. Elle aime lui faire remarquer malicieusement qu’il n’y a plus que les articles de Libé qui réussissent à le faire bondir…

— Non mais écoute ça : « Jeff Bezos, le patron d’Amazon, s’apprête à faire un vol dans l’Espace. » Quel égoïsme ! Quand tu vois ces gus qui claquent leur fric pour s’envoyer dans les étoiles pendant onze minutes ! Des types bouffis d’argent qui se demandent comment cramer le plus de thune et le plus de carburant possible, tout ça pour se faire remarquer ! « Voir la Terre depuis l’Espace, c’est un rêve de gosse, c’est magique… » singe-t-il. Ils disent tous ça… Ce qui serait magique, c’est que tu tournes en orbite jusqu’à la fin des temps, espèce de baudruche narcissique ! Ça ferait un déchet de plus dans l’Espace mais un connard de moins sur Terre !

Elise sourit, elle a l’habitude des coups de sang de Grand-Pa.

Avec le jeudi reviennent les acrobates du chantier des nuages. Elle n’a pas de mal à reconnaître le sauveur de chat : il lui adresse un petit signe de la main pendant qu’elle arrose le géranium.

Le vendredi, ils reçoivent enfin la visite de Pat, son frère.

— C’est pas trop tôt. Tu devais arriver hier ! Tu restes pour le week-end j’espère, j’étais là toute la semaine.

— T’en fais pas, j’étais en galère, c’est pour ça que je suis pas venu, mais c’est bon maintenant.

Elle ne réclame pas plus d’explications à son frère. Le moins elle en sait et le mieux elle se porte. Pat a le chic pour se retrouver dans des situations impossibles et sait très bien se présenter comme victime alors qu’il n’a rien fait pour l’éviter... Elle connaît son art du faux-fuyant et préfère éviter d’entendre ses excuses.

— Bon, alors à lundi. Prends bien soin de lui et s’il y a un problème, appelle-moi !

La fin de semaine tant espérée est enfin là. Elise se sent soulagée d’avoir déposé son fardeau de responsabilité sur les épaules de quelqu’un d’autre, même si Pat n’est pas vraiment rassurant dans le rôle du garde-malade. Orphelins, Elise et Patrick n’ont plus que leur grand-père comme famille. La maison de retraite serait une solution beaucoup trop onéreuse pour la maigre pension de Grand-Pa, alors ils ont décidé de se partager la tâche d’aide à domicile auprès de lui. Grand-Pa a besoin qu’on lui fasse les courses, le ménage, la cuisine et la conversation. Ils lui doivent bien ça, à lui qui a remplacé leurs parents depuis leurs dix ans. À leur tour de prendre soin de leur grand-père courage.

Elise se retrouve dans la rue sans bien savoir où elle va. Elle n’a pas d’autre pied-à-terre que l’appartement de Grand-Pa. Elle a bien quelques amies prêtes à l’accueillir mais aucune n’a pensé à l’appeler pour lui proposer de venir passer le week-end et elle n’a pas jugé urgent de trouver une solution. Il fait beau, les soirées de ce mois d’avril commencent à s’étirer en longueur et il serait bien étonnant qu’elle ne rencontre pas une de ses connaissances en allant traîner du côté de la Guillotière. Elle avance le nez en l’air. Le plafond de nuages qui lui est si proche et si familier est maintenant très haut au-dessus de sa tête. La fenêtre de l’appartement est toute petite et c’est tout juste si elle peut apercevoir la tache rouge du géranium. Entre les deux façades qui enserrent la rue, la passerelle de verre a encore progressé mais là, le chantier étant stoppé pour le week-end, le plancher transparent s’avance à l’aplomb du trottoir, sans parvenir à atteindre le prochain pilier. On dirait un tremplin imaginé par un architecte de l’absurde et qui n’aurait d’autre vocation que de s’élever dans le vide.

L’esprit d’Elise dérive au gré de son errance dans les rues. Elle pense maintenant à ce conte que Grand-Pa leur