Déflagration - Elisa Durocq - E-Book

Déflagration E-Book

Elisa Durocq

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Beschreibung

Une maisonnette isolée en bord de mer, idéale pour un séjour au calme. Christine aspire à un peu de solitude pour faire le point sur sa vie. Elle ne se doute pas que ses rêves vont la dévorer et que son avenir va lui échapper. Des vacances en solitaire : la pire idée qu'elle n'ait jamais eue...

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Seitenzahl: 58

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Du même auteur :

La ligne de faille ou les quatre souffrances

BoD éditeur

SOMMAIRE

CHAPITRE I : SAMEDI

L

A JOURNÉE

L

A NUIT

CHAPITRE II : DIMANCHE

L

A JOURNÉE

L

A NUIT

CHAPITRE III : LUNDI

L

A JOURNÉE

L

A NUIT

CHAPITRE IV : MARDI

L

A JOURNÉE

L

A NUIT

CHAPITRE V : MERCREDI

L

A JOURNÉE

L

A NUIT

CHAPITRE VI : JEUDI

L

A JOURNÉE

L

A NUIT

CHAPITRE VII : VENDREDI

L

A JOURNÉE

CHAPITRE I : SAMEDI

La journée

Paris ploie sous la chaleur et Christine, pressée de partir, termine ses bagages. Une bonne vingtaine de livres, parmi lesquels Alexandre Dumas, Simone de Beauvoir, Edmonde Charles-Roux, René Barjavel ou encore le dernier prix Goncourt « La Vie Devant Soi » d’Émile Ajar, rejoint vêtements et maillot de bain.

Au volant de sa 204 Peugeot, elle quitte les rues de la capitale et prend la direction de la côte ouest de la presqu’île du Cotentin. Environ quatre cents kilomètres à parcourir et, au bout, trois semaines de vraies vacances. Pour une fois, elle sera seule et pourra enfin vivre à son rythme. Elle aspire à changer d’air, d’environnement, à dormir surtout sans ces rêves récurrents et épuisants.

Il faut bien se l’avouer — et Christine sait qu’il faudrait surtout l’avouer à sa mère — : sa vie lui pèse de plus en plus. Avec une lenteur insidieuse, le piège des habitudes s’est refermé et la broie chaque jour davantage. Métro-boulot-dodo : un parfait cliché certes, mais ô combien descriptif de son quotidien. Son métier d’institutrice, tant vanté, sûr, sans surprise jusqu’à la retraite, l’étouffe. Elle n’a jamais aimé les enfants ; et c’est loin de s’arranger. Elle se garde bien d’en parler, de crainte de décevoir et de passer pour un monstre.

De jolie, pétillante, sportive, voilà que, à seulement vingt-sept ans, elle s’éteint doucement. Elle oscille, mais de plus en plus rarement, entre résignation et colère. Force lui est de reconnaître que face à cette colère dangereuse, à cette trop douloureuse nécessité de remise en cause, la passivité gagne peu à peu, mais inexorablement du terrain. Il lui faudrait se débattre, se battre, prendre des décisions sans appel. Oser dire NON ! Affronter ses peurs, les oppositions, les qu’en-dira-t-on, le chantage affectif, le chantage à la sécurité de l’emploi, et prendre des risques. Mais elle n’a jamais eu le courage de s’imposer. Ces vacances en solitaire, presque ce retrait du monde, sont devenues, au fil de l’année écoulée, une question de survie. Peut-être y puisera-t-elle suffisamment d’énergie pour sortir de cette paralysie et la force de caractère dont elle a tellement besoin ?

Les vitres avant baissées laissent entrer un vent tiède. La 204 sillonne les routes de plus en plus étroites et tortueuses, encaissées entre de hauts talus herbeux. Collée au siège par la sueur, Christine songe qu’elle devrait s’arrêter, ne serait-ce que pour regarder la carte. Elle jette un coup d’œil inquiet à la jauge d’essence ; une station-service serait la bienvenue. Ces routes se ressemblent toutes, elle n’a pas croisé de voiture depuis des kilomètres et, à voir l’herbe qui pousse au beau milieu de la chaussée, ainsi que les traces de bouse, la circulation ne doit jamais être très dense par ici.

Certaine de s’être égarée, Christine, à la recherche d’un bas-côté pour faire une pause, roule lentement, lorsqu’un panneau indicateur, à moitié caché dans la végétation, lui saute aux yeux. Elle tourne brusquement à droite et, quelques virages plus loin, elle arrive enfin au bourg où se situe l’agence immobilière qui lui a réservé la maison.

Il est un peu plus de seize heures. Après avoir cherché en vain un peu d’ombre, Christine gare la voiture en plein soleil sur la vaste place du village. Une Fiat 127 et une Renault 5 occupent déjà le maigre espace ombragé.

La place du Commerce porte bien son nom : boulangerie, boucher-charcutier, épicerie à la double enseigne « Café de l’Ayney » et « Chez Madeleine », plus un coiffeur et une pharmacie bordent le parking. Dans de vastes jardinières, de luxuriants géraniums font face aux hortensias qui, de l’autre côté de la rue et en contrebas de l’église, fleurissent le Calvaire. Elle se dirige vers le Café où une grande partie du village semble s’être réunie et d’où provient une conversation animée.

− Non, mais sans blague tu vois Chirac démissionner ? Un Premier ministre ?

− Je te dis que Giscard lui porte sur les nerfs…

− Tu dis n’importe quoi !!! Tout ça, c’est des manœuvres politiciennes…

Indifférent aux éclats de voix, un berger allemand se prélasse sous l’auvent et lève paresseusement la tête au passage de la jeune femme.

Ses achats les plus urgents faits, elle passera à l’agence se présenter et prendre les clés.

Lorsqu’elle a repéré l’annonce le mois précédent, elle n’a pas hésité une seule seconde : maisonnette à louer, idéalement située sur les falaises, à proximité de longues plages de sable. Elle a téléphoné, pris quelques renseignements, puis réservé dans la foulée.

L’Agence des Falaises est située tout au bout de la route de La Guichard, en face de la Poste, à la sortie opposée du bourg et à proximité de la laiterie. Christine a repris la voiture et s’est garée devant l’entrée, profitant de la place tout juste libérée. Par la porte ouverte, elle examine les lieux quelques secondes avant d’entrer. Un gros ventilateur bourdonne. Un homme, la soixantaine cauteleuse, l’invite à s’asseoir.

Les présentations faites, Hadrien (avec un H, a-t-il précisé) lui apporte un grand verre d’eau fraîche.

− La route a dû être difficile par cette chaleur. Vous serez bien au Sémaphore. L’endroit est isolé et calme. Vous n’entendrez que les cris des mouettes…

Il lui présente le contrat de location et enchaîne :